DIÊN BIÊN PHU : Journal de marche du 22 février 1954

Nuit du 21 au 22 février

19 h 00

Une section de la 4e Cie pousse vers l’Ouest. Une deuxième section vers le Sud. Une troisième se met en recueil.

20 h 45

Toutes les sections sont en place. Les deux premières en embuscade. Les autres en recueil.

05 h 30

La 4e Cie du 1er BEP décroche et se regroupe au village de Ban Na Ngum.

Lundi 22 février

Les hommes d’ISABELLE fêtent entre eux la Sainte Isabelle.

Lieutenant DESPERT, peloton char ROUGE, évacué sur Hanoï remplacé par l’adjudant-chef CARETTE.

Arrivée du chef de bataillon DURIEUX, commandant le 31e BMG, pour relever le chef de bataillon SUDRAT qui arrive en fin de temps de commandement.

08 h 00

La 4e Cie du 1er BEP rentre à Diên Biên Phu.

1er BEP : continuation des travaux. Reconnaissance des Commandants d’unité au PA DOMINIQUE.

10 h 30

8e BPC : le détachement du lieutenant DESMONS rentre au complet (RAS).

GIAP réunit l’état-major Vietminh afin de mettre au point les missions revenant à chaque division dans ce qui va être la bataille décisive. Pour des raisons de politique internationale, il doit désormais l’engager rapidement. Et la gagner.

À Berlin, la conférence des quatre grands vient de s’achever sur un unique point d’accord : la réunion d’une nouvelle conférence, à partir du 26 avril, à Genève ; on y abordera les questions coréennes et indochinoises. GIAP sait que le Vietminh pourra manifester des exigences proportionnelles aux succès remportés sur le terrain, face aux Français. Diên Biên Phu, dont le monde entier parle, lui fournit cette occasion.

Cette victoire, que GIAP veut à tout prix, exige que la totalité de l’effort de guerre Vietminh soit concentré sur le camp retranché.

En conséquence, le programme des travaux est révisé, des délais impératifs fixés. Il s’agit d’abord d’augmenter le nombre de voies de communications : à partir d’un tronçon principal, ouvrir trois nouveaux itinéraires au cœur de la montagne tout en conservant les couverts naturels qui servent de camouflage contre l’aviation. Au total, une trentaine de kilomètres de route et une dizaine de ponts. Un travail de titans, mais surtout de fourmis, avec seulement des outils rudimentaires pour pallier l’absence de matériel de terrassement lourd. GIAP s’accorde un mois pour que les routes soient ouvertes aux véhicules chargés d’acheminer l’artillerie et les approvisionnements en vivres et munitions sur tous les emplacements du front.

Simultanément, les brigades de coolies, employées à l’acheminement des positions d’artillerie, continueront à percer, à étayer, à creuser pistes et casemates, de telle sorte que les batteries se trouvent en surplomb, face au camp retranché. Les pièces, non seulement sous abri, mais également sous couvert, échapperont ainsi à toute observation terrestre ou aérienne.

Pour assurer le transport des approvisionnements en provenance de Chine : armement, munitions, vivres et, surtout, camions Molotova, GIAP lance une nouvelle campagne de recrutement et rameute des détachements de renforts depuis les régions les plus éloignées. L’attaque du camp retranché sera probablement très coûteuse en hommes ; d’ores et déjà, il faut prévoir les effectifs destinés à combler les vides.

Les communications Vietminh interceptées par les services d’écoute ne laissent plus désormais l’ombre d’un doute : GIAP est définitivement décidé à attaquer et s’y prépare activement.

Pascal PECCAVET
Pascal PECCAVET
Ancien pilote d'hélicoptère sur Gazelle au sein de l’aviation Légère de l’armée de Terre (ALAT) pendant 18 ans cumulant 2 500 heures de vol. Ancien combattant de la guerre du Golfe et de la Somalie. Attaché Principal d’Administration d’État dans l’Éducation nationale. Adjoint gestionnaire d’un établissement scolaire. Commissaire aux Armées de Réserve (en attente d'affectation). Membre de l’Union Nationale des Combattants de Saint-Paul-lès-Dax (Landes). Historien chercheur pour l'ECPAD. Historien "War Studies". Spécialiste de la guerre d’Indochine. A rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en janvier 2024.

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