3 octobre 1569 : bataille de Moncontour (Poitou).
L’armée royale du duc d’Anjou, frère de Charles IX et futur Henri III, bat l’armée protestante de l’amiral de Coligny près de Moncontour, sur la Dive, au nord-ouest de Poitiers. Anjou a 18 ans ; la conduite des opérations revient en pratique à Gaspard de Saulx-Tavannes.
Coligny a levé le 7 septembre le siège de Poitiers, commencé fin juillet, et cherche à gagner le sud pour rejoindre les troupes de Montgomery. Il veut éviter la bataille. Le matin du 3 octobre, ses reîtres et ses lansquenets allemands, qui ne sont plus payés, refusent de se mettre en marche. Le retard permet à l’armée royale de l’accrocher. Avant l’engagement, l’amiral fait mettre à l’abri, sous escorte, les jeunes princes Henri de Navarre et Henri de Condé.
Les protestants alignent environ 12 000 fantassins et 7 000 cavaliers. L’armée royale compte de 25 000 à 27 000 hommes selon les auteurs : Français, Suisses, Italiens et un contingent envoyé par Philippe II sous Pierre-Ernest de Mansfeld. La canonnade dure jusqu’au milieu de l’après-midi, puis la cavalerie royale attaque. L’aile de Coligny plie, se rétablit, et la mêlée reste un moment indécise : le duc d’Anjou est désarçonné. Coligny, atteint au visage d’un coup de pistolet, doit quitter le champ de bataille et laisse le commandement à Louis de Nassau. Tavannes engage alors les Suisses et la réserve confiée à Biron. La cavalerie protestante se retire et abandonne son infanterie.
Les Suisses ne font pas de quartier aux lansquenets. Les catholiques entendent répondre au combat de La Roche-l’Abeille, en juin, où les protestants avaient tué leurs prisonniers. Les pertes huguenotes vont de 6 000 à 10 000 tués et prisonniers selon les sources ; celles de l’armée royale sont de quelques centaines d’hommes. François de La Noue figure parmi les prisonniers.
La victoire n’est pas exploitée. Anjou s’attarde d’octobre à décembre devant Saint-Jean-d’Angély, ce qui laisse à Coligny le temps de refaire une armée dans le Midi. L’amiral remonte vers le nord au printemps 1570, tient tête à l’armée royale à Arnay-le-Duc en juin et obtient la paix de Saint-Germain le 8 août 1570.
Ambroise Paré a laissé un récit de cette campagne. Charles IX, alors au Plessis-lès-Tours, l’envoie après la bataille soigner le comte de Mansfeld, blessé au bras gauche d’un coup de pistolet.

3 octobre 1574 : délivrance de Leyde (Hollande).
La flotte des Gueux de mer de l’amiral Louis de Boisot entre dans Leyde au matin du 3 octobre et met fin à un siège espagnol de plus de 4 mois. Après l’échec espagnol devant Alkmaar en 1573, cette délivrance arrête la reconquête de la Hollande par l’armée de Philippe II.
Francisco de Valdés avait investi Leyde une première fois d’octobre 1573 à mars 1574, puis levé le blocus pour marcher contre Louis de Nassau, battu et tué à Mook le 14 avril. Il revient le 26 mai. La ville n’a ni refait ses réserves ni reçu de garnison régulière. Elle est défendue par sa milice bourgeoise, sous le bourgmestre Pieter Adriaanszoon van der Werff.
Guillaume d’Orange, installé à Delft, ne dispose d’aucune armée capable de rompre le siège. Il fait ouvrir les digues de la Meuse et de l’IJssel hollandais au début d’août, pour inonder le pays et amener une flottille jusqu’aux murs. Boisot réunit environ deux cents bateaux à fond plat et 2 500 marins. La progression est lente : l’eau manque de profondeur et les digues intérieures doivent être prises une à une. Dans la ville, la famine et la peste tuent environ 6 000 personnes, entre le tiers et la moitié des habitants selon les estimations.
Une tempête de nord-ouest, puis de sud-ouest, pousse la mer dans les terres les 1er et 2 octobre. Dans la nuit du 2 au 3, les Espagnols évacuent le fort de Lammen, dernier obstacle avant la ville. La flotte entre au matin et distribue du hareng et du pain blanc, usage que Leyde répète chaque 3 octobre. L’université, fondée le 8 février 1575, est la récompense accordée à la ville par Guillaume d’Orange.
3 octobre 1682 : naissance Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, ingénieur militaire du roi en Nouvelle-France de 1716 à 1756.
Ingénieur en chef du roi en Nouvelle-France de 1716 à sa mort, en 1756, Chaussegros de Léry a dessiné l’enceinte de Québec, celle de Montréal et plusieurs forts des frontières de la colonie.
Il est baptisé Gaspard à Toulon. Son père, l’ingénieur Gaspard Chaussegros, l’a vraisemblablement formé. Il n’appartiendra jamais au corps des ingénieurs du roi, malgré deux demandes en 1729 et 1738. Il est aide de camp du marquis de Vibraye au siège de Turin en 1706, prend part en 1708 à la tentative de débarquement du prétendant Stuart en Écosse, puis reçoit une commission de capitaine d’infanterie. En 1714, il achève un Traité de fortification divisé en huit livres, que le ministère refusera de publier.
Le Conseil de marine l’envoie à Québec en 1716 pour lever le plan des fortifications et proposer de nouvelles défenses. La mission devait être temporaire ; il reste 40 ans. Il épouse à Québec, le 13 octobre 1717, Marie-Renée Legardeur de Beauvais, dont il a au moins 10 enfants. Son fils aîné, Gaspard-Joseph (1721-1797), sera lui aussi ingénieur militaire.
Ses travaux couvrent les fortifications de Québec et de Montréal, les forts Niagara, Chambly, Saint-Frédéric et Sault-Saint-Louis. Il est aussi l’architecte du pavillon du gouverneur au château Saint-Louis, de la cathédrale de Québec et de la façade de l’église Notre-Dame de Montréal. Il étudie le canal de Lachine, qu’il déconseille en 1733 à cause du coût, les forges du Saint-Maurice et les chantiers navals de la rivière Saint-Charles. Ses plans-reliefs de Québec (1720) et de Montréal (1721), longtemps conservés au Louvre, ont disparu au XIXe siècle.
Versailles finance peu la défense du Canada. Le ministre Maurepas privilégie Louisbourg et soutient encore en 1746 qu’une capitale mal fortifiée découragerait un envahisseur, faute de quartiers d’hiver. Le gouverneur Charles de Beauharnois de La Boische fait reprendre les travaux de l’enceinte de Québec en 1745, après la chute de Louisbourg. Les ouvrages élevés de 1746 à 1749 sont critiqués : pas de fossé, presque pas d’ouvrages extérieurs, peu d’embrasures face aux plaines d’Abraham. L’ingénieur Louis Franquet, envoyé en 1752, impose ses propres plans. L’enceinte de Montréal est jugée en 1760 incapable de soutenir un bombardement. Le fort Niagara, lui, tient vingt jours en 1759.
Chaussegros de Léry reçoit la croix de Saint-Louis en 1741, après l’avoir sollicitée 25 ans. Il meurt à Québec le 23 mars 1756, ce qui lui évite une mise à la retraite d’office.

3 octobre 1691 : traité de Limerick (Irlande).
La capitulation de Limerick met fin à la guerre entre les partisans de Jacques II et ceux de Guillaume III en Irlande. Elle envoie en France une armée irlandaise entière, origine de la Brigade irlandaise de Louis XIV et de Louis XV.
Après la Boyne (1690) et la défaite d’Aughrim, le 12 juillet 1691, les jacobites ne tiennent plus que Limerick. Ces dates sont celles du calendrier julien, alors en usage dans les îles Britanniques ; le traité est du 13 octobre dans le calendrier grégorien. Le général hollandais Godert de Ginkel assiège la ville à partir de la fin d’août. Le commandant français, le marquis d’Usson, et Patrick Sarsfield, comte de Lucan, ouvrent les pourparlers à la fin de septembre.
Le traité comprend deux séries d’articles. Les articles militaires laissent aux soldats jacobites le choix entre rentrer chez eux, entrer au service de Guillaume III ou passer en France avec armes et drapeaux, sur des navires fournis en partie par les Anglais. Les articles civils promettent aux catholiques la liberté de culte dont ils jouissaient sous Charles II et la conservation de leurs biens, contre un serment d’allégeance.
Plus de 10 000 soldats, suivis de plusieurs milliers de femmes et d’enfants, embarquent pour Brest entre octobre et décembre : c’est la « fuite des Oies sauvages ». Une escadre française de secours arrive dans le Shannon peu après la signature ; Sarsfield refuse de dénoncer le traité. Il quitte l’Irlande le 22 décembre 1691 et meurt en 1693 des blessures reçues à Neerwinden, au service de la France.
Les articles civils ne sont pas respectés. Le Parlement irlandais, protestant, ne les ratifie qu’en 1697 et sous une forme amputée, puis vote les lois pénales contre les catholiques. Limerick en garde le surnom de « ville du traité violé ».
3 octobre 1747 : fait d’armes naval du chevalier Pierre-Alexandre de Costentin de Tourville.
Les frégates françaises la Galatée et la Mutine, de 24 canons chacune, repoussent au large de l’île de Ré un vaisseau britannique de 56 canons et une frégate de 30. Les deux bâtiments anglais se retirent « fort avariés ». Le commandant de la Galatée, le chevalier de Tourville, reçoit la croix de Saint-Louis.
La Galatée a été mise en chantier à Brest en février 1744. Elle arme d’abord en course et fait plusieurs prises. En 1747, elle appartient à une division volante chargée de protéger les atterrages entre Groix et l’île d’Yeu. Le 21 juin, avec la Mutine, elle capture le navire de la Compagnie anglaise des Indes Duke of Cumberland.
L’année est mauvaise pour la marine de Louis XV. Les escadres de La Jonquière et de L’Étenduère sont battues au cap Ortegal en mai, puis au cap Finisterre le 25 octobre, en protégeant des convois. Les croisières britanniques serrent de près les ports du Ponant, et la sécurité des pertuis charentais, par où passent les convois de Rochefort et de La Rochelle, repose sur quelques frégates.
Ce combat n’est connu ici que par une notice sur les bâtiments ayant porté le nom de Galatée. Les deux navires britanniques ne sont pas identifiés et aucun récit anglais n’a été retrouvé. Le prénom de l’officier donné par la page en ligne, Pierre-Alexandre, n’a pas pu être confirmé. Une descendance directe du maréchal de Tourville est improbable : le fils unique du vainqueur de Béveziers, colonel, a été tué à Denain en 1712. L’officier de 1747 appartient donc, selon toute vraisemblance, à une autre branche de la famille de Costentin.
La croix de Saint-Louis, créée par Louis XIV en 1693, récompense les officiers catholiques pour l’ancienneté de leurs services ou pour une action de guerre. Elle n’est pas la plus haute distinction de l’Ancien Régime. Son attribution à un officier subalterne à la suite d’un combat reste toutefois peu courante.

3 octobre 1813 : combat de Wartenburg (Saxe).
Le corps prussien du général Yorck force le passage de l’Elbe à Wartenburg contre le 4e corps du général Bertrand. L’armée de Silésie de Blücher prend pied sur la rive gauche du fleuve, ce qui permet la réunion des armées coalisées autour de Leipzig deux semaines plus tard.
Blücher a quitté la région de Bautzen à la fin de septembre et marché vers le nord, le long de l’Elbe, pour se rapprocher de l’armée du Nord de Bernadotte. Ses pontonniers jettent deux ponts à Elster, dans une boucle du fleuve. Ney, qui craint un passage à cet endroit, y envoie Bertrand le 1er octobre. Le 4e corps, éprouvé à Dennewitz, ne compte qu’une division française, celle de Morand. Les deux autres sont l’italienne de Fontanelli et la wurtembergeoise de Franquemont.
La position est forte. Morand tient Wartenburg derrière une digue, devant un terrain coupé de bras morts et de marécages. Les Wurtembergeois gardent Bleddin, sur la droite. Les premiers bataillons prussiens passent les ponts vers sept heures. Les attaques de front de la brigade Steinmetz échouent sous le feu. Le prince Charles de Mecklembourg déborde alors la position par Bleddin, d’où il chasse les Wurtembergeois, tandis que la brigade Horn traverse le marais et enfonce les Italiens. Tourné par sa droite, Bertrand se replie dans l’après-midi vers Düben et la Mulde.
Les Prussiens perdent 67 officiers et 1 548 hommes. Les pertes du 4e corps sont moins bien établies : plusieurs centaines de tués et de blessés, un millier de prisonniers et une dizaine de canons selon les relations allemandes. Le reste de l’armée de Silésie passe le fleuve le 4 octobre, et Bernadotte le franchit à son tour en aval. Napoléon quitte Dresde le 7 pour marcher contre eux. La bataille de Leipzig s’engage le 16.
Frédéric-Guillaume III fait Yorck comte de Wartenburg le 3 juin 1814.
3 octobre 1908 : création des Goums marocains.

Unité de 100 cavaliers incorporée plus tard au sein d’un Tabor qui comprend 4 Goums. Créées initialement pour des opérations de police, ces Goums deviennent une infanterie légère d’élite qui contribue à de nombreuses victoires (Monte Faito et Majo). Les 6 premiers Goums marocains ont été mis sur pied le 1er novembre 1908 par le général d’Amade, à la suite de la directive n°9917/9/11 du 3 octobre signé par le général Picquart, ministre de la Guerre. Leurs compositions étaient de 150 fantassins et de 50 cavaliers, ce qui fait qu’ils seront appelés Goums Mixtes Marocains en 1913.
C’est seulement en 1940 qu’ils formeront des Tabors, mot d’origine ottomane qui signifie bataillon. Ce mot a été choisi par le général Noguès pour camoufler les Goums aux yeux des commissions d’armistices allemandes en tentant de faire croire qu’ils formaient les Mehallas chérifiennes du sultan.
Le Chant des Tabors est aujourd’hui le chant du 31e régiment du génie.

3 octobre 1898 : naissance de Diego Brosset, Compagnon de la Libération.
Méhariste, écrivain et Français libre de 1940, le général Diego Brosset commande la 1re division française libre de l’été 1943 à sa mort accidentelle, le 20 novembre 1944, à 46 ans.
Il naît en Argentine dans une famille de magistrats lyonnais, rentre en France à deux ans et fait ses études chez les jésuites, à Lyon puis à Dole. Il s’engage le 7 septembre 1916 comme chasseur de 2e classe. Il combat aux 68e et 28e bataillons de chasseurs alpins et finit la guerre sergent, avec 4 citations. Aspirant en avril 1919, il sort de Saint-Maixent sous-lieutenant en octobre 1921.
À partir de 1922, il sert 15 ans aux confins sahariens comme officier méhariste de l’infanterie coloniale : Soudan, Mauritanie, Sud algérien, Sud marocain. Il est promu capitaine en 1930 et reçoit 5 nouvelles citations. Il épouse en 1931 Jacqueline Mangin, fille du général. De 1933 à 1936, il commande le 29e goum marocain dans l’Anti-Atlas. Il publie en 1935, sous le pseudonyme de Charles Diego, le récit Sahara, réédité en 1946 sous le titre Un homme sans l’Occident. Diplômé des Langues orientales, il entre à l’École de guerre en 1937.
Chef de bataillon en décembre 1939, il est affecté à l’état-major du corps d’armée colonial. En avril 1940, il est envoyé comme professeur de stratégie et de tactique à l’École supérieure de guerre de Bogota. Il se rallie au général de Gaulle le 27 juin 1940 et gagne l’Angleterre en octobre. Un tribunal militaire de Vichy le condamne à mort par contumace.
Lieutenant-colonel en décembre 1940, il accompagne de Gaulle au Moyen-Orient et en Afrique comme officier d’état-major. Il devient chef d’état-major du général Catroux en juillet 1941, colonel en octobre, puis commandant de l’Est syrien. En janvier 1943, il prend la 2e brigade française libre, qu’il conduit en Libye et en Tunisie. Elle enlève les positions du djebel Takrouna le 11 mai 1943.
Général de brigade le 1er juin 1943, il reçoit le 1er août le commandement de la 1re DFL, qu’il rééquipe et entraîne. La division débarque en Italie en avril 1944. Elle combat sur le Garigliano et dans la vallée du Liri à partir du 11 mai, perce la ligne Hitler à Pontecorvo, entre dans Rome en juin et poursuit en Toscane. Elle débarque en Provence le 16 août, prend part aux combats d’Hyères et de Toulon, remonte la vallée du Rhône et entre à Lyon le 3 septembre. Autun et Dijon sont atteintes dans les jours suivants. Brosset est promu général de division à cette époque. Il conduit ensuite la division dans les Vosges à partir du 20 septembre.
Le 20 novembre au matin, il adresse à ses soldats un ordre du jour leur fixant pour objectifs Giromagny et le Rhin au nord de Mulhouse. L’après-midi, la jeep qu’il conduit dérape sur le pont du Rahin, à Champagney (Haute-Saône), et tombe dans le torrent en crue. Il se noie. Son aide de camp, l’acteur Jean-Pierre Aumont, et son chauffeur en réchappent. Le général est inhumé à la nécropole nationale de Rougemont (Doubs).
• Commandeur de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 20 novembre 1944
• Croix de Guerre 1914-18 (4 citations)
• Croix de Guerre 1939-45 (4 citations)
• Croix de Guerre des TOE (5 citations)
• Médaille Coloniale avec agrafes « AOF », « Sahara », « Maroc »
• Croix du Combattant Volontaire
• Legion of Merit (US)
• Chevalier de l’Etoile Noire (Bénin)
• Officier du Ouissam Alaouite (Maroc)

3 octobre 1908 : directive créant les goums marocains.
Le général Picquart, ministre de la Guerre, prescrit au général d’Amade, commandant le corps de débarquement de Casablanca, de lever des goums recrutés dans les tribus marocaines. Cette directive du 3 octobre 1908 est l’acte de naissance des goums. Leur mise sur pied effective date du 1er novembre.
La France est intervenue à Casablanca en août 1907. Le général d’Amade, qui remplace le général Drude en janvier 1908, étend l’occupation à la plaine de la Chaouia. Il emploie d’abord un goum provisoire de cavaliers de tribu et propose en avril d’en faire une formation permanente. L’ordre général n° 100 du 1er novembre 1908 crée les six goums de la Chaouia. Une circulaire du 5 novembre précise leur emploi : ils sont un moyen de police et d’action politique à la disposition des officiers du service des renseignements. Le commandant Simon en reçoit le commandement le 16 novembre.
Chaque goum réunit environ 150 fantassins et 50 cavaliers, d’où le nom de goums mixtes. L’encadrement est français et algérien : un capitaine, trois lieutenants, un officier interprète, un médecin et une quinzaine de gradés. Les goumiers, engagés par contrat, vivent en famille près de leur poste. En mai 1911, les 6 goums forment l’avant-garde de la colonne qui marche sur Fès. Lyautey fixe leur statut en 1913 sous le nom de goums mixtes marocains. Ils sont 16 en 1914, 25 en 1919 et une cinquantaine en 1934, à la fin des opérations de l’Atlas.
Le mot tabor, d’origine turque, n’apparaît qu’en 1940. Après l’armistice, le général Noguès soustrait les goums au contrôle des commissions allemande et italienne en les présentant comme des forces de police du sultan, les méhallas chérifiennes. À compter du 1er septembre 1940, les groupements de goums prennent le nom de tabors. Un tabor équivaut à un bataillon : trois goums et un goum de commandement et d’appui.
4 groupements de tabors marocains (GTM) reprennent le combat à partir de 1942. Ils sont engagés en Tunisie, en Sicile et en Corse, où le 2e GTM enlève le col de Teghime devant Bastia en octobre 1943. En Italie, sous le général Guillaume, leur progression à travers les monts Aurunci en mai 1944 contribue à la rupture de la ligne Gustav. Les prises du monte Faito et du monte Majo, citées par la page en ligne, reviennent en revanche aux tirailleurs de la 2e division d’infanterie marocaine. Cette campagne est aussi marquée par des viols et des pillages commis contre la population du Latium. Les tabors combattent ensuite à l’île d’Elbe, à Marseille, dans les Vosges, en Alsace et en Allemagne, puis en Indochine de 1948 à 1954.
Les goums sont dissous en 1956, à l’indépendance du Maroc, et leurs effectifs versés aux Forces armées royales. Diego Brosset, né lui aussi un 3 octobre, avait commandé le 29e goum de 1933 à 1936. Le Chant des tabors est aujourd’hui le chant du 31e régiment du génie.
3 octobre 1911 : la flotte italienne bombarde Tripoli (Libye).
À 15 h 30, l’escadre du vice-amiral Luigi Faravelli ouvre le feu sur les forts de Tripoli. C’est la première opération de la guerre italo-turque, qui donne à l’Italie la Tripolitaine et la Cyrénaïque.
Rome a remis un ultimatum à la Porte à la fin de septembre et déclaré la guerre le 29. L’escadre se présente devant Tripoli sans corps de débarquement : les transports du général Caneva ne sont pas prêts. Faravelli diffère le bombardement plusieurs jours, par crainte de représailles contre les quelque 2 000 Européens de la ville. Le câble télégraphique est coupé le 1er octobre et une partie des habitants s’enfuit.
Les cuirassés Benedetto Brin et Emanuele Filiberto, puis les croiseurs cuirassés Giuseppe Garibaldi et Carlo Alberto, tirent sur les batteries de la rade. Les forts cessent de répondre au bout de deux heures environ. Le tir reprend le 4. La garnison ottomane du colonel Neşet Bey évacue la ville et se retire vers l’intérieur, où elle organise la résistance avec les tribus.
Le 5 octobre, faute de troupes de l’armée, le capitaine de vaisseau Umberto Cagni débarque avec les compagnies de marins de l’escadre, environ 1 600 hommes, et occupe la ville. Le contre-amiral Borea Ricci en devient gouverneur le 7. Les marins tiennent seuls l’oasis jusqu’à l’arrivée du corps expéditionnaire, les 11 et 12 octobre.
La suite dément l’idée d’une promenade militaire. Le 23 octobre, les Turcs et les Arabes attaquent les lignes italiennes à Sciara Sciat ; la répression qui suit fait au moins un millier de victimes dans l’oasis, plusieurs milliers selon certains témoins. Le 1er novembre, le sous-lieutenant Giulio Gavotti lance à la main quatre bombes sur Aïn Zara et Tagiura : c’est le premier bombardement aérien de l’histoire. L’Italie proclame l’annexion le 5 novembre 1911. La paix d’Ouchy, le 18 octobre 1912, met fin à la guerre avec l’Empire ottoman, mais pas à la résistance libyenne, qui dure jusqu’en 1931.
3 octobre 1918 : prise du Blanc Mont (Champagne).
La 2e division américaine du général John Lejeune, placée sous les ordres de la 4e armée française du général Gouraud, enlève en une matinée la crête du Blanc Mont, au nord de Sommepy. Les Allemands tenaient cette hauteur depuis septembre 1914.
La 4e armée attaque en Champagne depuis le 26 septembre, à gauche de l’offensive américaine de Meuse-Argonne. Elle a pris les premières positions allemandes, puis s’est arrêtée devant la ligne du Blanc Mont, qui commande les routes de l’Aisne. Gouraud obtient de Pétain et de Pershing le renfort de deux divisions américaines. La 2e division est aguerrie par le bois Belleau et Soissons. Elle réunit la 4e brigade de Marines et la 3e brigade d’infanterie. La 36e division, formée de gardes nationaux du Texas et de l’Oklahoma, n’a jamais combattu. Lejeune refuse que ses brigades soient réparties entre des divisions françaises et s’engage à prendre la crête avec sa division entière.
La 2e division relève la 61e division française dans la nuit du 1er au 2 octobre et passe aux ordres du 21e corps. Le 3 octobre à l’aube, après une courte préparation d’artillerie, les Marines attaquent à gauche et la 3e brigade à droite, vers la ferme Médéah, derrière un barrage roulant et avec l’appui de chars français. La crête est atteinte en trois heures. Les divisions françaises voisines avancent moins vite, et le flanc gauche américain reste exposé aux mitrailleuses allemandes.
Les jours suivants coûtent plus cher que l’assaut. Le 4 octobre, le 5e régiment de Marines, pris sous des feux croisés en avançant vers Saint-Étienne-à-Arnes, subit ses plus lourdes pertes de la guerre en une journée. La 36e division relève la 2e à partir du 6 octobre et poursuit vers l’Aisne. La 2e division compte 4 821 tués, blessés et disparus en une semaine ; les pertes américaines totales approchent 7 800 hommes. L’armée allemande se replie ensuite sur l’Aisne, ce qui dégage Reims, sous le feu depuis 4 ans.
Un monument américain, inauguré en 1937, se dresse au sommet du Blanc Mont.
3 octobre 1928 : disparition au large de Cherbourg du sous-marin Ondine.
Le sous-marin français Ondine est abordé de nuit par un cargo grec au large de la Galice et coule avec ses 43 hommes. La Marine met 9 jours à apprendre ce qui s’est passé.
L’Ondine (Q 121) est un sous-marin de 2e classe d’environ 600 tonnes, destiné à la défense des côtes. Commandé le 30 juin 1922 aux Chantiers Augustin Normand, au Havre, il est mis sur cale le 8 février 1923, lancé le 8 mai 1925 et admis au service actif le 17 août 1928. Le lieutenant de vaisseau Jean Breittmayer, 32 ans, le commande.
Il appareille de Cherbourg le 1er octobre pour sa croisière d’endurance, qui doit le mener à Bizerte, Tunis, Ajaccio et Toulon. Son dernier message est reçu le 3 octobre à midi : il se trouve à 25 milles au nord-ouest du Ferrol. Vers 23 heures, alors qu’il navigue en surface au large de Vigo, le vapeur grec Ekaterini Goulandris l’aborde par l’arrière. Le sous-marin coule en quelques minutes. Le capitaine grec fait des recherches, signale par radio une épave dans le secteur, puis reprend sa route vers Rotterdam.
Cherbourg s’inquiète du silence du bâtiment le 6 octobre. Les recherches commencent le 9 : les contre-torpilleurs Panthère, Chacal et Tigre appareillent de Toulon, et une enquête est menée dans les ports d’Espagne, du Portugal et des Canaries. On pense à un accident de plongée. La vérité vient de Rotterdam, où le cargo passe en cale sèche pour réparer son étrave. Convoqué au consulat de France, son capitaine reconnaît la collision. Le ministère de la Marine l’annonce le 12 octobre et rappelle les bâtiments de recherche.
Les autorités françaises s’étonnent du délai de neuf jours et de la brièveté des recherches, deux heures d’après le premier rapport. La presse de Rotterdam parle ensuite de treize heures. L’épave reposerait vers 42° de latitude nord et 9° 06′ de longitude ouest. Une cérémonie à la mémoire de l’équipage a lieu à Cherbourg sous la présidence de Georges Leygues, ministre de la Marine.

Liste des disparus :
· Commandant (LV) BREITTMAYER Jean
· S.M. ALAINMAT Jean
· MT AUFRAY Yves
· Matelot BANNIER François
· Matelot BARBOT Edouard
· Matelot BOTHOREL Jean
· Q.M. CANO Marcel
· Matelot DESCAMPS Gustave
· MT GOUASGUEN Jean
· S.M. GODEFROY Roger
· Matelot GOSSET René
· Q.M. GRANDSIRE René
· Q.M. GUEGUINOU François
· Q.M. GUENET Henri
· Q.M. HORELLOU André
· Matelot HOUILLON Pierre
· Matelot HUBER Alfred
· Matelot LE TASSEY André
· Q.M. LEGUEN François
· P.M. LEMEUR François
· MT LEPAGE Henri
· MT LEROUX Christophe
· MT LETESTU Louis
· P.M. LEVOT François
· Q.M. LOREC Pierre
· Matelot MAREC Yves
· Matelot MONVOISIN Henri
· Q.M. NEYER Charles
· Q.M. NEYER Julien
· Matelot PAIN Émile
· Q.M. PELLOIS Hyacinthe
· S.M. PERHERIN Jean
· Q.M. PRIGENT Jean
· E.V. RENAUD Georges
· Matelot SCHOCKMEL Pierre
· Matelot SOREL Marcel
· Q.M. SOUPLET Louis
· Q.M. TETIVENEZ Yves
· Matelot VAISSIER Jean
· S.M. VELLY Jean
· Q.M. VETEL Jean
· Matelot VIOLET Maurice
· L.V. WIDMER

Aller au contenu PDF
3 octobre 1935 : l’Italie envahit l’Éthiopie.
À 05 h 00 du matin, les troupes du général Emilio De Bono franchissent le Mareb, rivière frontière entre l’Érythrée italienne et l’Éthiopie. Il n’y a pas de déclaration de guerre. Mussolini avait annoncé l’offensive la veille, dans un discours radiodiffusé depuis le palais de Venise.
De Bono dispose de 3 corps d’armée, soit environ 100 000 soldats italiens et 25 000 ascaris érythréens, appuyés par l’aviation. Au sud, le général Rodolfo Graziani attaque depuis la Somalie italienne avec des forces plus réduites. L’empereur Haïlé Sélassié a retiré ses troupes à une trentaine de kilomètres de la frontière, pour que l’agression soit incontestable. Il ordonne la mobilisation générale le 3 octobre. Son armée est nombreuse, mais seule une faible partie est instruite et équipée à l’européenne. Elle a peu d’artillerie et une douzaine d’avions.
L’avance rencontre peu de résistance. Adigrat tombe le 5 octobre, Adoua le 6. La ville a une valeur de symbole : l’armée du général Baratieri y avait été écrasée par celle de Ménélik II le 1er mars 1896. Aksoum, ville sainte de l’Éthiopie, est occupée le 15. De Bono s’arrête ensuite pour construire des routes. Mussolini le trouve trop prudent et le remplace avant la fin de l’année par le maréchal Badoglio.
Le Conseil de la Société des Nations constate le 7 octobre que l’Italie a recouru à la guerre en violation du Pacte. L’Assemblée décide des sanctions économiques, appliquées à partir du 18 novembre. Elles excluent le pétrole, et le canal de Suez reste ouvert aux transports italiens. Londres et Paris ménagent Rome, qu’ils espèrent garder contre l’Allemagne. Le plan Laval-Hoare de décembre, qui accorde à l’Italie les deux tiers du pays, est abandonné devant l’opinion.
Badoglio emploie l’ypérite, larguée par avion, à partir de décembre 1935. Il entre à Addis-Abeba le 5 mai 1936 et Mussolini proclame l’Empire le 9. L’Éthiopie est libérée en 1941 par les forces britanniques et les résistants éthiopiens, avec le concours de la brigade française d’Orient en Érythrée.
3 octobre 1942 : premier vol réussi pour le V2 allemand (Peenemünde).
Lancée du banc d’essai VII du centre de recherche de l’armée allemande à Peenemünde, sur la Baltique, une fusée A4 atteint 84,5 km d’altitude et retombe à environ 190 km. Deux essais avaient échoué en juin et en août. Le général Walter Dornberger, chef du programme, déclare le soir même à ses ingénieurs que ce jour ouvre l’ère du voyage dans l’espace.
L’engin est conçu par l’équipe de Wernher von Braun, directeur technique de Peenemünde. Il mesure 14 m et pèse 12,5 t au décollage. Son moteur brûle de l’alcool et de l’oxygène liquide pendant une minute environ, puis la fusée suit une trajectoire balistique. Elle culmine entre 80 et 90 km et porte à 320 km. Sa vitesse dépasse 5 000 km/h en fin de combustion et reste proche de 2 900 km/h à l’impact. La charge est d’une tonne, dont 910 kg d’explosif.
Hitler ordonne la production en série le 22 décembre 1942. Après le bombardement de Peenemünde par la Royal Air Force, dans la nuit du 17 au 18 août 1943, la fabrication est transférée dans l’usine souterraine du Mittelwerk, près de Nordhausen. Elle y est assurée par les détenus du camp de Dora. Environ 20 000 déportés y meurent, soit davantage que les victimes des tirs. Près de 6 000 fusées sont construites.
Les premiers tirs opérationnels ont lieu le 8 septembre 1944, après des tentatives manquées les jours précédents. Le matin, un engin tiré de l’Ardenne belge tombe à Maisons-Alfort, dans le quartier de Charentonneau : 6 morts et 36 blessés. Le soir, un autre, tiré de La Haye, tue trois personnes à Chiswick, dans l’ouest de Londres. Le gouvernement britannique garde le silence pendant 2 mois et laisse courir l’explication par des conduites de gaz. Churchill n’annonce les attaques aux Communes que le 10 novembre.
Environ 3 200 fusées sont tirées jusqu’au 27 mars 1945. La Belgique en reçoit le plus grand nombre, 1 664, dont 1 610 sur Anvers, port de ravitaillement des armées alliées. L’Angleterre en reçoit 1 402, dont 1 358 sur Londres, et la France 76. Les tirs font 2 754 morts à Londres. À Anvers, une seule fusée tue 567 personnes au cinéma Rex le 16 décembre 1944. L’engin est repérable au radar, mais rien ne peut l’intercepter ; la seule parade est la prise des zones de lancement. Son effet militaire reste faible au regard de son coût.
Américains, Soviétiques, Britanniques et Français se disputent en 1945 les engins et les ingénieurs. Von Braun passe aux États-Unis. En France, des ingénieurs allemands sont installés à Vernon, où leurs travaux mènent à la fusée-sonde Véronique.

3 octobre 1950 : la garnison de Cao Bang évacue la place (Tonkin).
La colonne du lieutenant-colonel Pierre Charton quitte Cao Bang par la route coloniale 4. Elle doit rejoindre à Dong Khê la colonne Le Page, montée de That Khê à sa rencontre. La jonction se fera quatre jours plus tard, dans les calcaires de Coc Xa, où les deux groupements seront détruits.
Le général Carpentier, commandant en chef en Indochine, a signé l’ordre d’évacuation le 16 septembre. Le même jour, le Viêt-minh attaque Dong Khê, qui tombe le 18 et coupe la RC 4 entre Cao Bang et That Khê. Le plan est maintenu. Le groupement Bayard du lieutenant-colonel Le Page échoue devant Dong Khê les 1er et 2 octobre (voir la Chronique du 2 octobre). Il reçoit l’ordre de contourner le poste par l’ouest pour recueillir Charton.
La colonne Charton comprend le 3e bataillon du 3e régiment étranger d’infanterie du commandant Forget, le 3e tabor marocain du chef d’escadrons de Chergé et trois compagnies de partisans. Elle emmène une centaine d’éclopés et environ 500 civils. Les ordres prescrivent de détruire le matériel lourd et de marcher vite. Charton fait sauter les dépôts mais part avec ses camions et de l’artillerie, et la colonne avance lentement.
Le 4 octobre dans l’après-midi, Dong Khê étant toujours aux mains de l’adversaire, la colonne reçoit l’ordre de quitter la RC 4 à Nam Nang et de prendre la piste de Quang Liet. Les véhicules et les canons sont détruits. La piste, à peine tracée, se perd dans la jungle. Le 6 octobre, la colonne tient la cote 477 sous une pression croissante. Le 7 au matin, les survivants de la colonne Le Page, qui ont forcé le défilé de Coc Xa au prix de pertes très lourdes, la rejoignent sur cette position. Les unités se disloquent sous les attaques. Charton, blessé, et Le Page sont faits prisonniers.
Le 1er bataillon étranger de parachutistes est anéanti. Les 1er, 3e et 11e tabors, le 3e bataillon du 3e REI et le bataillon de marche du 8e régiment de tirailleurs marocains perdent la plus grande partie de leurs effectifs. Le chiffre le plus souvent cité est de 4 800 tués, disparus et prisonniers. Lang Son est évacuée sans combat le 18 octobre, avec ses dépôts intacts. La France perd le contrôle de la frontière de Chine. Le général de Lattre de Tassigny est nommé haut-commissaire et commandant en chef en décembre.


3 octobre 1952 : première explosion d’une bombe atomique britannique (au large de l’Australie).
À 07 h 59, heure locale, une bombe au plutonium explose dans la coque de la frégate HMS Plym, mouillée à 350 m de l’île Trimouille, dans l’archipel des Montebello, au large de la côte nord-ouest de l’Australie. Sa puissance est de 25 kilotonnes. Le Royaume-Uni devient la troisième puissance nucléaire, après les États-Unis et l’Union soviétique.
Les Britanniques avaient lancé leur propre projet, Tube Alloys, avant de le fondre en 1943 dans le projet Manhattan par l’accord de Québec. Plusieurs de leurs physiciens ont travaillé à Los Alamos, dont William Penney. La loi McMahon de 1946 met fin à la coopération : Washington ne transmet plus rien. Un comité restreint du cabinet Attlee décide en janvier 1947 de construire une bombe nationale. Penney dirige la conception de l’arme, et le plutonium vient en grande partie des piles de Windscale.
Les États-Unis refusent en 1950 de prêter leur polygone du Pacifique. L’Amirauté propose alors les îles Montebello, inhabitées. Le gouvernement australien de Robert Menzies donne son accord en mai 1951. L’opération Hurricane réunit une flottille commandée par le contre-amiral Torlesse autour du porte-avions d’escorte Campania, rejointe par 11 bâtiments australiens. La bombe voyage sur le Plym par le cap de Bonne-Espérance. Le cœur de plutonium arrive par avion.
Le choix d’un tir dans un navire répond à une crainte de l’époque : celle d’une bombe introduite clandestinement dans un port par un cargo. L’explosion a lieu à 2,7 m sous la ligne de flottaison. Elle creuse dans le fond de la lagune un cratère de 300 m de large et 6 m de profondeur. De la frégate, il ne reste que des débris. La contamination de l’archipel est forte, et des traces de radioactivité sont relevées jusque sur le continent.
L’engin est proche du Fat Man de Nagasaki, avec un cœur amélioré. La première bombe de série, Blue Danube, est livrée à la Royal Air Force en novembre 1953. Le succès ne rétablit pas la coopération avec Washington : les États-Unis font exploser leur première bombe à hydrogène quatre semaines plus tard. Elle ne reprendra qu’en 1958, après les essais thermonucléaires britanniques.
3 octobre 1990 : unification de l’Allemagne .
À minuit, la République démocratique allemande cesse d’exister. Ses cinq Länder reconstitués et Berlin-Est entrent dans la République fédérale par adhésion à la Loi fondamentale, selon l’article 23 de ce texte. La Chambre du peuple de RDA l’avait voté le 23 août, et le traité d’unification a été signé le 31.
Le volet extérieur est réglé par le traité « deux plus quatre », signé à Moscou le 12 septembre 1990 par les deux Allemagnes, les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et la France. Les quatre puissances renoncent à leurs droits sur Berlin et sur l’Allemagne, qui retrouve sa pleine souveraineté. L’Allemagne unie confirme la frontière Oder-Neisse, renonce aux armes nucléaires, biologiques et chimiques et limite ses forces armées à 370 000 hommes. Elle reste membre de l’OTAN. Ni troupes étrangères ni armes nucléaires ne seront stationnées sur le territoire de l’ancienne RDA.
L’Armée nationale populaire est dissoute le 2 octobre à minuit. Environ 90 000 de ses militaires passent sous l’autorité de la Bundeswehr, qui n’en gardera durablement qu’une minorité. Un commandement Est est créé sous le général Jörg Schönbohm. La plus grande partie du matériel est détruite ou cédée. Le groupe des forces soviétiques en Allemagne, plus de 330 000 soldats, achève son retrait le 31 août 1994.
Le 3 octobre est depuis 1990 la fête nationale, sous le nom de Jour de l’unité allemande. Les cérémonies centrales ont lieu chaque année dans le Land qui préside le Conseil fédéral. En 2026, elles se tiennent à Brême, du 2 au 4 octobre.
3 octobre 1993 : bataille de Mogadiscio (Somalie).
Un raid des forces spéciales américaines contre l’entourage du général Mohamed Farah Aïdid tourne au combat de rue. 2 hélicoptères Black Hawk sont abattus. 18 soldats américains sont tués en 15 heures, et Washington décide 4 jours plus tard de quitter la Somalie.
L’opération des Nations unies en Somalie (ONUSOM II) a perdu 24 casques bleus pakistanais le 5 juin 1993, dans une embuscade des miliciens d’Aïdid. Le Conseil de sécurité demande l’arrestation des responsables. En août, les États-Unis envoient la Task Force Ranger du général William Garrison : un escadron de la Delta Force, une compagnie du 75e régiment de Rangers et les hélicoptères du 160e régiment d’aviation des opérations spéciales. Elle ne relève pas du commandement de l’ONU.
Le 3 octobre, un renseignement signale une réunion de lieutenants d’Aïdid près de l’hôtel Olympic, dans le quartier du marché de Bakara. La force décolle à 15 h 32 : 160 hommes, 19 aéronefs et 12 véhicules. La capture réussit. 24 Somaliens sont arrêtés, dont Omar Salad Elmi et Mohamed Hassan Awale. Mais un premier Black Hawk est abattu au lance-roquettes vers 16 h 20, puis un second 20 minutes plus tard. Le convoi terrestre, pris sous le feu à chaque carrefour, ne parvient pas à gagner les épaves.
Sur le second site, deux tireurs d’élite de la Delta Force, Gary Gordon et Randall Shughart, se font déposer pour défendre l’équipage. Ils sont tués et le pilote, Michael Durant, est capturé. Tous deux reçoivent la Medal of Honor à titre posthume. Une centaine de Rangers et d’opérateurs passent la nuit encerclés autour de la première épave. Une colonne de secours les atteint vers 2 heures : elle réunit des fantassins de la 10e division de montagne, des blindés malaisiens et des chars pakistanais. Tous regagnent le stade tenu par les Pakistanais à 06 h 30.
Les pertes américaines sont de 18 tués et 73 blessés. Un soldat malaisien est tué et 7 sont blessés ; 2 Pakistanais sont blessés. Les pertes somaliennes vont de 200 morts selon les organisations humanitaires à plus de 300 selon les partisans d’Aïdid. Des estimations américaines sont plus élevées. Une part importante est civile. Les images de corps de soldats traînés dans les rues font le tour du monde.
Le président Clinton annonce le 7 octobre le retrait des forces américaines pour le 31 mars 1994. Durant est libéré le 14 octobre. L’ONUSOM II quitte le pays en mars 1995. L’affaire pèse sur la doctrine américaine d’intervention et explique en partie le refus de Washington de s’engager au Rwanda au printemps 1994.
Aller au contenu PDF






