18 octobre : saint Luc, patron du Service de santé des armées.
L’Église fête le 18 octobre l’évangéliste Luc, auteur présumé du troisième évangile et des Actes des Apôtres. Présenté par la tradition comme médecin, il est le patron des médecins et, à ce titre, du Service de santé des armées.
La tradition chrétienne fait de Luc un Grec d’Antioche, converti par Paul de Tarse, dont il aurait été le compagnon de voyage. Paul le désigne dans l’épître aux Colossiens comme « le médecin bien-aimé », formule qui fonde sa réputation. Son évangile, rédigé en grec soigné vers les années 80, est le seul à rapporter l’Annonciation, la Visitation et la parabole du bon Samaritain, souvent invoquée par les soignants.
Les médecins le choisissent comme patron dès le Moyen Âge. À partir du XIIIe siècle, plusieurs facultés de médecine font leur rentrée le jour de la Saint-Luc, usage maintenu jusqu’à la Révolution. Le Service de santé des armées, dont l’origine remonte à l’édit de 1708 créant des médecins et chirurgiens militaires en titre, l’a adopté comme saint patron ; le diocèse aux Armées lui consacre une prière propre. La tradition en fait aussi le patron des peintres, plusieurs icônes de la Vierge lui étant attribuées.
18 octobre 629 : mort de Clotaire II, Dagobert Ier devient roi des Francs.
Le roi Clotaire II meurt à 45 ans après quelques jours de maladie. Son fils aîné Dagobert, roi d’Austrasie depuis 623, recueille l’essentiel du royaume franc et le gouverne seul à partir de 632. Il est le dernier Mérovingien à exercer un pouvoir personnel étendu.
Fils de Clotaire II et de Bertrude, Dagobert naît vers 603-605. Pour satisfaire l’aristocratie austrasienne, son père l’a établi roi à Metz en 623, sous la tutelle de l’évêque Arnoul et du maire du palais Pépin de Landen, ancêtres des Carolingiens. Clotaire II est inhumé dans l’église Saint-Vincent de Paris, la future Saint-Germain-des-Prés.
À la mort de son père, Dagobert écarte son demi-frère Caribert II, soutenu par une partie des grands, et lui concède un royaume autour de Toulouse. La mort de Caribert, en 632, lui laisse les mains libres. Il installe sa cour en Neustrie, s’entoure de conseillers laïcs formés au palais, comme l’orfèvre Éloi et le référendaire Dadon, futur saint Ouen, et fait reconnaître son autorité aux Gascons et aux Bretons.
Sur la frontière orientale, la puissance slave de Samo inflige à une armée franco-austrasienne une défaite à Wogastisburg, vers 631, selon la chronique dite de Frédégaire. Les Austrasiens obtiennent alors leur propre roi : Dagobert leur donne en 633-634 son fils Sigebert III, encore enfant, et réserve la Neustrie et la Bourgogne à son second fils, Clovis II. Il meurt le 19 janvier 639 (638 selon certains auteurs) et repose à l’abbaye de Saint-Denis, qu’il a largement dotée. Après lui, le pouvoir réel glisse vers les maires du palais.

18 octobre 1009 : le calife al-Hakim fait détruire le Saint-Sépulcre (Jérusalem).
Sur ordre du calife fatimide al-Hakim bi-Amr Allah, qui règne depuis Le Caire, l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem est abattue jusqu’aux fondations. Le tombeau taillé dans le rocher, vénéré comme celui du Christ, est en grande partie arraché. L’événement marque durablement l’Occident chrétien.
Élevé au IVe siècle sur l’ordre de Constantin et consacré en 335, le sanctuaire avait traversé la conquête arabe de 638 : les premiers souverains musulmans en avaient garanti l’usage aux chrétiens. Sixième calife fatimide, monté sur le trône en 996 à l’âge de 11 ans, al-Hakim mène à partir de 1004 une politique de plus en plus rigoureuse envers les chrétiens et les juifs de ses États, de l’Égypte à la Syrie : vêtements distinctifs, interdictions, puis destructions d’églises et de synagogues.
L’ordre visant le Saint-Sépulcre est exécuté par le gouverneur de Ramla. Les murs tombent ; seuls subsistent, selon les relevés archéologiques, les piliers et une partie de la rotonde jusqu’à la hauteur des tribunes. Les persécutions durent jusque vers 1014, avant qu’al-Hakim ne revienne sur une partie de ces mesures. Il disparaît mystérieusement en 1021.
En Occident, les chroniqueurs Raoul Glaber et Adémar de Chabannes accusent les juifs d’avoir inspiré la destruction, ce qui provoque des violences dans plusieurs villes de France. Un accord entre Byzance et le calife az-Zahir, fils d’al-Hakim, permet la reconstruction à partir de 1027-1028 ; elle est achevée vers 1048 aux frais de l’empereur Constantin IX Monomaque, à une échelle plus modeste. Le souvenir de 1009 compte parmi les éléments qui nourriront la prédication de la croisade en 1095.
18 octobre 1016 : bataille d’Assandun (Essex, Angleterre).
Le Danois Knut défait le roi anglo-saxon Edmond « Côte-de-Fer ». La défection d’Eadric Streona en pleine bataille décide de la journée. 6 semaines plus tard, la mort d’Edmond fait de Knut le roi de toute l’Angleterre.
Depuis 1013, l’Angleterre d’Æthelred II est conquise par les Danois de Sven à la Barbe fourchue, puis de son fils Knut. À la mort d’Æthelred, le 23 avril 1016, son fils Edmond est proclamé roi à Londres. Il livre aux Danois une série de combats au cours de l’été, à Penselwood, Sherston, Brentford et Otford, sans obtenir de décision.
En octobre, Knut regagne ses navires après un raid en Mercie. Edmond le rattrape en Essex, à Assandun, dont l’emplacement reste discuté entre Ashingdon, près de Southend, et Ashdon, près de Saffron Walden. Au cours de l’engagement, l’ealdorman de Mercie Eadric Streona, qui a déjà changé deux fois de camp, quitte le terrain avec ses hommes. L’armée anglaise est battue ; la Chronique anglo-saxonne compte parmi les morts l’ealdorman Ulfcytel d’Est-Anglie, l’évêque Eadnoth de Dorchester et l’abbé de Ramsey.
Les deux rois se rencontrent ensuite à Alney, près de Deerhurst : Edmond garde le Wessex, Knut reçoit la Mercie et le Nord. Edmond meurt le 30 novembre 1016 et Knut règne seul sur l’Angleterre, avant de devenir aussi roi de Danemark puis de Norvège. Il fait exécuter Eadric à Noël 1017 et fait élever une église sur le champ de bataille.
18 octobre 1081 : bataille de Dyrrachium (Durrës, Albanie).
Devant Dyrrachium, la grande place byzantine de l’Adriatique, l’empereur Alexis Ier Comnène est battu par les Normands d’Italie du Sud conduits par Robert Guiscard. La Garde varangienne, formée en grande partie d’Anglo-Saxons exilés après 1066, y est presque anéantie.
Duc d’Apulie et de Calabre, Robert Guiscard a chassé les Byzantins d’Italie (prise de Bari en 1071) et achevé avec son frère Roger la conquête de la Sicile. La déposition de l’empereur Michel VII, dont le fils devait épouser sa fille Hélène, lui fournit un prétexte. En mai 1081, il traverse l’Adriatique avec environ 15 000 hommes, dont quelque 1 300 chevaliers, s’empare de Corfou et assiège Dyrrachium. La flotte vénitienne, alliée de Byzance, bat la sienne, mais la garnison de Georges Paléologue est à bout à l’automne.
Alexis, au pouvoir depuis avril, arrive avec 18 000 à 25 000 hommes, dont des Varangiens, des mercenaires turcs et des contingents balkaniques. Le 18 octobre, l’aile droite normande, rompue, s’enfuit vers la mer ; selon Anne Comnène, c’est l’épouse de Guiscard, Sikelgaite, qui la rallie. Les Varangiens se lancent à la poursuite, s’isolent et sont pris de flanc ; les survivants, réfugiés dans une église de l’archange Michel, périssent dans l’incendie qu’y allument les Normands.
La charge de la cavalerie lourde normande, lance tenue sous le bras, enfonce alors le centre byzantin. Le roi serbe Constantin Bodin et les auxiliaires turcs se retirent sans combattre. Alexis, blessé au front, s’échappe vers Ohrid ; il a perdu environ 5 000 hommes. Dyrrachium tombe en février 1082. Mais Guiscard doit rentrer en Italie, Alexis ayant financé l’intervention de l’empereur Henri IV contre le pape, et son fils Bohémond est battu à Larissa en 1083. En échange de son aide navale, Venise obtient en 1082 des privilèges commerciaux considérables à Constantinople.
17-18 octobre 1244 : bataille de La Forbie (près de Gaza).
Près du village de Harbiyah, au nord-est de Gaza, l’armée du sultan d’Égypte as-Salih Ayyub et ses auxiliaires khwarezmiens écrasent la coalition des Francs d’Orient et des princes ayyoubides de Damas, Homs et Kerak. Le royaume de Jérusalem ne pourra plus jamais mettre en ligne une armée de cette importance.
Au cours de l’été 1244, des cavaliers khwarezmiens chassés d’Asie centrale par les Mongols et appelés par le sultan d’Égypte prennent Jérusalem et massacrent une partie de ses habitants. Le danger rapproche les Francs des adversaires d’as-Salih Ayyub dans la famille ayyoubide : as-Salih Ismaïl de Damas, al-Mansur Ibrahim, émir de Homs, et an-Nasir Dawud, seigneur de Kerak, en Transjordanie. Les forces chrétiennes, soit environ 1 000 cavaliers et 6 000 fantassins, se rassemblent devant Acre au début d’octobre. Avec leurs alliés, la coalition aligne quelque 11 000 hommes.
Le commandement chrétien revient à Gautier IV de Brienne, comte de Jaffa, aux côtés du patriarche Robert de Nantes et du connétable Philippe de Montfort. En face, l’armée égyptienne est conduite par l’émir mamelouk Rukn al-Din Baybars al-Salihi, distinct du futur sultan Baybars. Al-Mansur conseille de retrancher le camp et d’attendre que les Khwarezmiens, mal payés et indisciplinés, se dispersent. Gautier, qui dispose pour une fois de l’avantage du nombre, choisit d’attaquer.
Le 17 octobre, les charges franques se brisent sur la ligne égyptienne. Le 18 au matin, les Khwarezmiens enfoncent le centre tenu par les Damascènes, puis l’aile gauche des Bédouins de Kerak ; al-Mansur quitte le champ de bataille avec 280 survivants. Pris de front et de flanc, les Francs résistent plusieurs heures avant de céder. Plus de 5 000 d’entre eux sont tués et 800 faits prisonniers, dont Gautier de Brienne et Guillaume de Châteauneuf, maître de l’Hôpital ; le maître du Temple, Armand de Périgord, est tué. Il ne reste que 33 templiers, 27 hospitaliers et 3 chevaliers teutoniques.
Ascalon et Tibériade tombent en 1247. La nouvelle de la défaite pousse Louis IX à prendre la croix en décembre 1244 ; le concile de Lyon de 1245 appelle à la 7e croisade. La Forbie fait déjà l’objet d’une notice dans la chronique du 17 octobre : une seule des deux mérite d’être conservée.
18 octobre 1663 : naissance du prince Eugène de Savoie (Paris).
Né à l’hôtel de Soissons, à Paris, et élevé à la cour de Louis XIV, qui lui refuse un commandement, Eugène de Savoie-Carignan passe au service des Habsbourg. Il devient l’un des plus grands capitaines de son temps, vainqueur des Ottomans comme des armées françaises.
Cinquième fils d’Eugène-Maurice de Savoie-Carignan, comte de Soissons, et d’Olympe Mancini, nièce de Mazarin, il est d’abord destiné à l’Église. Compromise dans l’affaire des Poisons, sa mère fuit la France en 1680. En 1683, à 19 ans, Eugène sollicite une compagnie ; Louis XIV la lui refuse. Il quitte Paris dans la nuit du 26 juillet 1683 pour rejoindre l’armée impériale, où son frère vient d’être tué face aux Turcs.
Il combat lors de la délivrance de Vienne, le 12 septembre 1683, et reçoit un régiment de dragons. Le 11 septembre 1697, à Zenta, sur la Tisza, son premier commandement en chef se solde par l’anéantissement d’une armée ottomane. Pendant la guerre de Succession d’Espagne, il s’associe au duc de Marlborough pour vaincre les Français à Blenheim (Höchstädt, 13 août 1704), Audenarde (1708) et Malplaquet (1709), et délivre Turin en 1706. Villars le bat à Denain en 1712 ; les deux hommes négocient ensuite la paix de Rastatt (1714).
Il remporte encore sur les Ottomans les victoires de Peterwardein (1716) et de Belgrade (1717), qui étendent les possessions des Habsbourg dans les Balkans. Président du conseil aulique de guerre, collectionneur, constructeur du Belvédère à Vienne, il signe « Eugenio von Savoie », en trois langues. Il meurt à Vienne le 21 avril 1736 et repose dans la cathédrale Saint-Étienne.
18 octobre 1670 : bataille de Kitombo (Soyo, actuel Angola).
Dans la forêt de Nfinda Ngula, près de Kitombo, l’armée du Soyo, ancienne province côtière du royaume du Kongo, détruit le corps expéditionnaire envoyé par le gouverneur portugais de Luanda. Le Portugal renonce pour longtemps à intervenir militairement au Kongo.
En 1665, à Mbwila, les Portugais d’Angola ont écrasé l’armée du roi du Kongo António Ier, tué dans la bataille avec une grande partie de sa noblesse. Le royaume sombre dans la guerre civile. Au nord-ouest, à l’embouchure du fleuve Congo, le Soyo profite du chaos : ses princes font et défont les rois à São Salvador, s’arment auprès des marchands hollandais et entretiennent leurs propres relations avec Rome. Chassé de sa capitale, le roi Rafael Ier se réfugie à Luanda et promet aux Portugais une forteresse au Soyo en échange de leur aide.
Le gouverneur Francisco de Távora confie à João Soares de Almeida la plus forte colonne coloniale jamais réunie en Afrique centrale : environ 400 mousquetaires portugais, un rare détachement de cavalerie, 4 pièces légères, des archers levés dans la colonie, des auxiliaires imbangala et des embarcations. Le prince du Soyo Paulo da Silva obtient l’appui du royaume voisin de Ngoyo. Un premier engagement sur la rivière Mbidizi, en juin, tourne à l’avantage des Portugais, qui s’enfoncent dans le pays.
Pendant l’été, le Soyo se réarme auprès des Hollandais. Le 18 octobre, son armée, commandée par Estêvão da Silva, attend la colonne dans un terrain boisé où l’artillerie portugaise ne peut se déployer, la prend sous le feu de ses canons légers hollandais puis la charge. La colonne est anéantie ; Soares de Almeida est tué, comme le chef soyo. Les survivants se noient en tentant de franchir la rivière ou sont faits prisonniers. Les Portugais de Luanda ne s’aventurent plus au Soyo, dont les princes obtiennent, par l’entremise de la papauté, que Lisbonne renonce à le soumettre.
18 octobre 1685 : édit de Fontainebleau, révocation de l’édit de Nantes.
Au château de Fontainebleau, Louis XIV signe l’édit qui révoque celui de Nantes (1598) et supprime l’existence légale du protestantisme dans le royaume, Alsace exceptée. L’exil de plusieurs dizaines de milliers de huguenots prive la France de soldats, d’officiers et de marins qui serviront ses adversaires.
Depuis 1661, le roi applique l’édit de Nantes de manière restrictive, puis multiplie les pressions : exclusion des offices, démolition de temples, conversion des enfants autorisée dès sept ans. À partir de 1681, l’intendant du Poitou Marillac loge des dragons chez les réformés pour obtenir des abjurations ; ces « dragonnades », soutenues par Louvois, sont étendues au Midi en 1685. Constatant des conversions massives, le roi juge l’édit d’Henri IV sans objet. Le texte est enregistré au parlement de Paris le 22 octobre.
L’édit ordonne la démolition des temples, interdit le culte réformé, impose le baptême catholique des enfants et laisse quinze jours aux pasteurs pour quitter le royaume. Les fidèles, eux, n’ont pas le droit de partir, sous peine de galères pour les hommes. Entre 150 000 et 200 000 huguenots s’enfuient pourtant vers les Provinces-Unies, l’Angleterre, la Suisse et le Brandebourg, dont l’Électeur publie dès fin octobre l’édit de Potsdam pour les accueillir. En 1688, un groupe s’installe au Cap, où les réfugiés fondent les vignobles de Franschhoek.
Le maréchal de Schomberg, protestant, quitte la France et meurt en 1690 à la bataille de la Boyne dans le camp de Guillaume d’Orange. Dans un mémoire de 1689, Vauban estime que la révocation a grossi les armées ennemies de 500 à 600 officiers et de 10 000 à 12 000 soldats aguerris. Dans les Cévennes, la répression débouche en 1702 sur la guerre des camisards. Les protestants ne retrouvent un état civil qu’avec l’édit de tolérance de novembre 1787.
18 octobre 1741 : naissance de Pierre Choderlos de Laclos (Amiens).
Officier d’artillerie de carrière, l’auteur des Liaisons dangereuses finit général de brigade sous le Consulat. Il meurt en 1803 à Tarente, en service, emporté par la dysenterie et le paludisme.
Fils d’un secrétaire de l’intendance de Picardie, de noblesse récente, Laclos n’a pas les quartiers requis pour l’infanterie ou la cavalerie ; il entre en 1759 à l’école d’artillerie de La Fère et en sort sous-lieutenant en 1761. Affecté à la brigade des colonies à La Rochelle, il ne part jamais outre-mer et enchaîne les garnisons, de Toul à Grenoble et Besançon. En 1779, il travaille sous les ordres du marquis de Montalembert aux fortifications de l’île d’Aix, où il rédige une grande partie de son roman.
Les Liaisons dangereuses paraissent en avril 1782. Le livre, construit en lettres échangées entre le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, connaît un succès immédiat et fait scandale par le tableau qu’il donne de la manipulation amoureuse dans la haute société. En 1786, une lettre où il conteste l’éloge de Vauban vaut à Laclos une mutation disciplinaire. En 1788, il entre au service du duc d’Orléans comme secrétaire, puis milite au club des Jacobins.
Nommé maréchal de camp le 22 septembre 1792, il est arrêté en avril 1793 après la trahison de Dumouriez. Libéré en mai sous surveillance, il expérimente à La Fère, à partir d’août 1793, un boulet creux de son invention, chargé de poudre ; ces essais restent sans suite. De nouveau incarcéré, il n’est libéré qu’après Thermidor. Bonaparte le réintègre comme général de brigade le 16 janvier 1800. Il sert à l’armée du Rhin puis en Italie, où il commande l’artillerie à Tarente. Il y meurt le 5 septembre 1803. Son fils Étienne, officier d’artillerie, sera tué en 1814 à Berry-au-Bac.

18 octobre 1748 : traité d’Aix-la-Chapelle.
La France, la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies signent à Aix-la-Chapelle la paix qui met fin à la guerre de Succession d’Autriche. Victorieux aux Pays-Bas, Louis XV rend toutes ses conquêtes ; l’opinion française juge la paix « bête » et dit avoir travaillé « pour le roi de Prusse ».
Ouverte en décembre 1740 par l’invasion de la Silésie par Frédéric II, la guerre a opposé la France, la Prusse, l’Espagne et la Bavière à l’Autriche de Marie-Thérèse, soutenue par la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies. Le maréchal de Saxe a conquis les Pays-Bas autrichiens après les victoires de Fontenoy (1745), Rocourt (1746) et Lauffeld (1747) ; Maastricht capitule en mai 1748. Aux Indes, La Bourdonnais a pris Madras en 1746. En Amérique, les Anglo-Américains se sont emparés de Louisbourg en 1745. Des préliminaires sont signés le 30 avril 1748.
Le traité définitif, négocié par le comte de Saint-Séverin pour la France et le comte de Sandwich pour la Grande-Bretagne, est signé le 18 octobre ; les autres belligérants y accèdent dans les semaines suivantes. La France évacue les Pays-Bas autrichiens et rend la Savoie et le comté de Nice au roi de Sardaigne. Madras est échangée contre Louisbourg. La Prusse garde la Silésie, la Pragmatique Sanction est reconnue et l’infant Philippe d’Espagne reçoit Parme et Plaisance. Louis XV s’engage à expulser le prétendant Charles-Édouard Stuart, arrêté à Paris en décembre.
Rien n’est réglé entre la France et la Grande-Bretagne, ni en Amérique du Nord ni en Inde. Sept ans plus tard, les hostilités reprennent dans la vallée de l’Ohio, prélude à la guerre de Sept Ans.
18 octobre 1775 : incendie de Falmouth (actuelle Portland, Maine, États-Unis).
Une petite escadre de la Royal Navy commandée par le lieutenant Henry Mowat bombarde le port de Falmouth, dans le Massachusetts, puis fait incendier les bâtiments encore debout. Plus de 400 constructions sont détruites. L’événement soulève l’indignation des colonies insurgées.
Au printemps 1775, Mowat, commandant du sloop Canceaux, a été brièvement retenu par la milice de Falmouth. Au cours de l’été, les Massachusetts de la côte ont pris une goélette royale à Machias et repoussé un navire à Gloucester. Le vice-amiral Samuel Graves, qui commande à Boston, donne à Mowat l’ordre de détruire les ports accessibles qui soutiennent la rébellion. Mowat appareille le 6 octobre avec le Canceaux, l’Halifax, le Cat, la galiote à bombes Spitfire et un transport.
Arrivé devant Falmouth le 16 octobre, il fait lire un ultimatum et laisse aux habitants le temps d’évacuer. Le 18, vers 09 h 30, ses navires ouvrent le feu au boulet, à la bombe et au projectile incendiaire ; dans l’après-midi, des détachements débarquent pour mettre le feu aux maisons épargnées. Aucun mort n’est signalé, mais les 2/3 environ de la ville sont détruits et une quinzaine de navires coulés ou pris ; un millier d’habitants se retrouvent sans abri à l’approche de l’hiver.
L’expédition ne va pas plus loin, les navires de Mowat étant trop éprouvés. Présentée par les insurgés comme une preuve de la brutalité britannique, l’affaire contribue à radicaliser l’opinion ; la Déclaration d’indépendance de 1776 reproche au roi d’avoir « brûlé nos villes ». La localité reconstruite prend en 1786 le nom de Portland.
18-20 octobre 1812 : seconde bataille de Polotsk (actuelle Biélorussie).
Le jour même où Napoléon s’apprête à quitter Moscou, l’armée russe de Wittgenstein attaque les Franco-Bavarois de Gouvion-Saint-Cyr qui tiennent Polotsk, sur la Dvina. Après trois jours de combats, les Français évacuent la ville. Le flanc nord de la Grande Armée est découvert.
Polotsk, à quelque 240 kilomètres au nord-ouest de Smolensk, couvre la ligne de communication de la Grande Armée et le grand dépôt de Vitebsk. Le IIe corps d’Oudinot et le VIe corps bavarois y tiennent tête à Wittgenstein depuis l’été. Lors de la première bataille, en août, Oudinot a été blessé ; Gouvion-Saint-Cyr, qui lui a succédé, a obtenu son bâton de maréchal. À la mi-octobre, Wittgenstein, renforcé par des milices, dispose de près de 50 000 hommes, dont le corps de Steinheil venu de Finlande, qui manœuvre sur l’autre rive. Saint-Cyr n’en a plus que 23 000 à 27 000.
Le 18 octobre, les Russes lancent 7 assauts frontaux, tous repoussés. Le 19, l’artillerie russe met le feu à la ville tandis que Steinheil approche à six kilomètres par la rive gauche ; menacé d’encerclement, Saint-Cyr, blessé au pied, évacue Polotsk dans la nuit, au prix de violents combats de rue. Le 20, les Bavarois de Wrede repoussent Steinheil et dégagent la route de la retraite. Les pertes des trois jours sont estimées entre 8 000 et 12 000 hommes côté russe, 6 000 à 8 000 côté français.
Napoléon quitte Moscou le 19 octobre. Il n’apprend la chute de Polotsk qu’au début de novembre. Oudinot reprend le commandement du IIe corps, Wittgenstein s’empare de Vitebsk, et ses troupes participeront fin novembre à la tentative d’encerclement de la Grande Armée sur la Bérézina.
18 octobre 1860 : Lord Elgin fait incendier le palais d’Été (Pékin, Chine).
À la fin de la seconde guerre de l’opium, le haut-commissaire britannique Lord Elgin ordonne la destruction du Yuanmingyuan, l’ancien palais d’Été des empereurs Qing, déjà pillé par les troupes franco-britanniques. Environ 3 500 soldats britanniques y mettent le feu ; l’incendie dure deux à trois jours.
Ouverte en 1856, la guerre oppose la Chine des Qing à la Grande-Bretagne et à la France, qui exigent l’application des traités de Tianjin (1858). En 1860, un corps expéditionnaire d’environ 18 000 hommes, commandé par le général Cousin-Montauban et le général Hope Grant, débarque dans le golfe du Bohai, prend les forts de Dagu et bat l’armée chinoise à Palikao, le 21 septembre. 3 jours plus tôt, une délégation conduite par le consul Harry Parkes, accompagnée du correspondant du Times Thomas Bowlby et d’une escorte, a été arrêtée sous drapeau parlementaire. Torturés, une vingtaine de prisonniers britanniques, français et indiens meurent en captivité.
Le 6 octobre, les troupes atteignent le Yuanmingyuan, vaste ensemble de jardins, de pavillons et de palais à l’européenne aménagé depuis le début du XVIIIe siècle au nord-ouest de Pékin. Officiers et soldats des deux armées le pillent pendant plusieurs jours. Lorsque les survivants de la délégation sont rendus, Elgin choisit de frapper la résidence personnelle de l’empereur Xianfeng plutôt que la Cité interdite. Les Français, opposés à la mesure, n’y participent pas. Le 18 octobre, la 1re division britannique du général Michel commence l’incendie ; des centaines de serviteurs restés dans les bâtiments y auraient péri.
La convention de Pékin est signée le 24 octobre avec la Grande-Bretagne, qui obtient Kowloon, et le 25 avec la France. Une partie des objets pillés se trouve encore dans des musées et collections d’Europe. En 1861, Victor Hugo dénonce l’expédition dans une lettre au capitaine Butler. La destruction du palais d’Été reste en Chine un symbole des humiliations infligées par les puissances occidentales.
18 octobre 1867 : les États-Unis prennent possession de l’Alaska (Sitka).
À Sitka, sur la colline où se dresse la résidence du gouverneur russe, le pavillon impérial est amené et la bannière étoilée hissée. Le capitaine Alexeï Pestchourov remet l’Alaska au général Lovell Rousseau. L’Amérique russe, achetée 7,2 millions de dollars, devient un territoire américain.
Affaiblie par la guerre de Crimée, la Russie juge sa colonie américaine coûteuse et indéfendable face à la Royal Navy. Le 30 mars 1867, le secrétaire d’État William Seward et le ministre russe Édouard de Stoeckl signent le traité de cession ; le Sénat le ratifie le 9 avril. La presse américaine raille « la folie de Seward » et la « glacière » achetée environ deux cents l’acre.
Les commissaires arrivent à Sitka, alors Novo-Arkhangelsk, à bord de l’USS Ossipee. Dans l’après-midi du 18 octobre, quelque 250 soldats américains et une centaine de soldats russes se rangent devant la résidence du prince Dmitri Maksoutov, dernier gouverneur russe. Le changement de souveraineté s’accompagne du passage du calendrier julien au calendrier grégorien.
L’Alaska est d’abord administré par l’armée, jusqu’en 1877, puis par l’US Navy. Les découvertes d’or des années 1880 et 1890, dont celles du Klondike voisin, en changent la perception. Territoire en 1912, État en 1959, l’Alaska fête chaque 18 octobre l’Alaska Day. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’occupation japonaise d’Attu et de Kiska, dans les Aléoutiennes, puis la guerre froide en feront une position militaire de premier plan.

18 octobre 1904 : décret de réorganisation de l’Afrique occidentale française (Dakar).
Un décret pris à Paris donne à l’Afrique occidentale française l’organisation qu’elle gardera pour l’essentiel jusqu’aux indépendances. Le gouverneur général, installé à Dakar, coiffe les lieutenants-gouverneurs des colonies et devient le seul interlocuteur du ministère.
Créé en 1895 pour coordonner la conquête de l’intérieur, le gouvernement général de l’AOF a d’abord été confié au gouverneur du Sénégal, à Saint-Louis. La fin des guerres contre Samory, capturé en 1898, et contre Rabah, tué en 1900 à Kousséri, permet de passer de l’administration militaire à l’administration civile. Un décret du 1er octobre 1902 a fixé le siège du gouvernement général à Dakar, sous l’autorité d’Ernest Roume.
Le décret du 18 octobre 1904 achève de séparer le gouvernement général de l’administration directe de toute colonie et le dote de ses propres services. Il regroupe sous son autorité le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Dahomey et une nouvelle colonie du Haut-Sénégal-et-Niger, qui réunit les territoires du Haut-Sénégal, du Moyen-Niger et le territoire militaire du Niger. La Mauritanie devient un territoire civil confié à un commissaire du gouvernement, Xavier Coppolani, qui sera tué à Tidjikja en mai 1905.
La Haute-Volta sera détachée du Haut-Sénégal-et-Niger en 1919, le Niger et la Mauritanie deviendront des colonies en 1920-1922. La fédération, qui fournit l’essentiel des tirailleurs sénégalais des deux guerres mondiales, subsiste jusqu’en 1958-1959.
18 octobre 1906 : naissance du pilote d’essais Erich Warsitz (Hattingen, Allemagne).
Né à Hattingen, dans la Ruhr, Erich Warsitz est le premier pilote à voler sur un avion propulsé uniquement par un moteur-fusée à ergols liquides, le Heinkel He 176, le 20 juin 1939, puis sur le premier avion à turboréacteur, le Heinkel He 178, le 27 août 1939. Capturé par les Soviétiques après la guerre, il passe plusieurs années dans les camps. Il meurt le 12 juillet 1983.
Fils d’un ingénieur, Warsitz apprend à piloter en 1929-1930 au groupe aéronautique universitaire de Bonn-Hangelar. Entré comme pilote d’essais au centre d’essais de la Luftwaffe à Rechlin, il y vole entre 1934 et 1936 sur presque tous les avions à hélice en cours d’évaluation. Le titre de Flugkapitän qu’il porte est une distinction décernée aux pilotes d’essais confirmés, et non un grade militaire.
À la fin de 1936, le ministère de l’Air du Reich le détache auprès de Wernher von Braun, qui développe à Kummersdorf des moteurs-fusées à alcool et oxygène liquide pour l’armée de terre. En 1937, sur le terrain de Neuhardenberg, Warsitz essaie au sol puis en vol un chasseur Heinkel He 112 auquel on a ajouté le moteur de von Braun, puis un second équipé d’un moteur Walter à peroxyde d’hydrogène, plus sûr. Il teste aussi des fusées d’aide au décollage Walter sur un bombardier He 111.
Ces travaux débouchent sur le He 176, minuscule avion expérimental mû par un seul moteur-fusée Walter. Après une série de bonds au ras de la piste, Warsitz effectue le premier vol véritable le 20 juin 1939 à Peenemünde. Le 27 août suivant, à Rostock-Marienehe, il décolle sur le He 178, propulsé par le turboréacteur de Hans von Ohain, et accomplit deux tours de piste : c’est le premier vol d’un avion à réaction au monde, quatre jours avant l’invasion de la Pologne. Le ministère de l’Air, peu convaincu, ne donne pas suite aux deux appareils.
Après la guerre, il s’installe en zone d’occupation américaine. Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1945, des officiers soviétiques l’enlèvent pour le contraindre à collaborer à leurs recherches sur les réacteurs et les fusées. Il refuse et est condamné à 25 ans de travaux forcés en Sibérie, avant d’être libéré au début des années 1950. Son fils Lutz a publié sa biographie, traduite en anglais sous le titre The First Jet Pilot.

18 octobre 1933 : premier vol du chasseur embarqué Grumman XF2F-1 (États-Unis).
Le prototype XF2F-1, biplan monoplace à train rétractable conçu pour opérer depuis les porte-avions comme depuis la terre, effectue son premier vol. Doté d’un moteur expérimental Pratt & Whitney XR-1534-44 Twin Wasp Junior de 625 ch, il atteint 369 km/h. Produit sous le nom de F2F-1, il devient le chasseur standard de l’US Navy au milieu des années 1930.
Fondée en 1929 par Leroy Grumman, la Grumman Aircraft Engineering Corporation s’est imposée auprès de la Navy avec le biplace FF-1, premier chasseur embarqué américain à train escamotable, plus rapide que les monoplaces de son époque. La Navy commande un dérivé monoplace, plus court et plus maniable. Le XF2F-1 (modèle G-8 du constructeur) conserve le train qui se replie dans les flancs du fuselage, reçoit 2 mitrailleuses de 7,62 mm au-dessus du capot moteur et des compartiments étanches destinés à le maintenir à flot en cas d’amerrissage.
Lors des essais, le prototype atteint 369 km/h à 2 600 m d’altitude, soit 35 km/h de plus que le FF-1 à la même altitude, et se révèle plus maniable. Le 17 mai 1934, la Navy commande 54 F2F-1, propulsés par un R-1535-72 de 700 ch. Le premier est livré le 19 janvier 1935 ; un 55e exemplaire est commandé pour remplacer un appareil perdu le 16 mars, et le dernier est livré le 2 août 1935.
Le F2F-1 équipe d’abord l’escadrille VF-2B du porte-avions Lexington, dont les pilotes, les « Flying Chiefs », sont connus pour leurs présentations de voltige. Il sert aussi dans les escadrilles VF-3, VF-5 et VF-7 et chez les Marines. Remplacé à partir de 1939, il quitte les unités de chasse en septembre 1940 et finit sa carrière à l’entraînement. Aucun exemplaire n’a survécu. Son successeur direct, le F3F, dernier chasseur biplan de la Navy, mène ensuite à la lignée des chasseurs embarqués monoplans de Grumman, du F4F Wildcat au F6F Hellcat.

18 octobre 1941 : arrestation de Richard Sorge (Tokyo, Japon).
La police spéciale japonaise arrête à son domicile Richard Sorge, correspondant de la Frankfurter Zeitung et confident de l’ambassadeur d’Allemagne, en réalité chef d’un réseau du renseignement militaire soviétique. Il sera pendu le 7 novembre 1944, jour anniversaire de la révolution d’Octobre.
Né le 4 octobre 1895 à Sabountchi, près de Bakou, d’un ingénieur allemand et d’une mère russe, Sorge combat dans l’armée allemande en 1914-1918 et y est blessé à trois reprises. Communiste, il rejoint le Komintern à Moscou en 1924, puis le renseignement militaire de l’Armée rouge, qui l’envoie à Shanghai en 1930. Il s’installe à Tokyo en septembre 1933 sous couvert de journalisme, adhère au parti nazi et gagne la confiance de l’attaché militaire Eugen Ott, devenu ambassadeur en 1938.
Son réseau compte le journaliste Ozaki Hotsumi, proche de l’entourage du prince Konoe, l’opérateur radio Max Clausen, le journaliste yougoslave Branko Vukelić et le peintre Miyagi Yotoku. Au printemps 1941, Sorge annonce à Moscou l’imminence d’une attaque allemande, sans être cru. En septembre, il informe ses chefs que le Japon renonce à attaquer l’URSS en 1941 pour se tourner vers le Pacifique ; le poids de ce renseignement dans le transfert des divisions d’Extrême-Orient vers Moscou reste discuté par les historiens.
L’arrestation de Miyagi, le 10 octobre, puis celle d’Ozaki conduisent la police jusqu’à Sorge, arrêté le 18 avec Clausen et Vukelić. Condamné à mort en 1943, il est exécuté à la prison de Sugamo le même jour qu’Ozaki. Moscou ne reconnaît son rôle qu’en 1964 : il est fait héros de l’Union soviétique à titre posthume le 5 novembre de cette année-là, après la sortie du film français d’Yves Ciampi Qui êtes-vous, Monsieur Sorge ? Il repose au cimetière de Tama, à Tokyo.

18 octobre 1942 : Hitler signe le Kommandobefehl.
Hitler ordonne que tous les membres des commandos alliés capturés en Europe ou en Afrique soient tués, qu’ils soient en uniforme ou non, armés ou désarmés. Tiré à 12 exemplaires, l’ordre est qualifié de crime de guerre par le tribunal de Nuremberg.
Deux raids britanniques déclenchent la colère du Führer. À Dieppe, le 19 août 1942, les Allemands trouvent un ordre d’opération prescrivant de lier les mains des prisonniers. Dans la nuit du 3 au 4 octobre, lors de l’opération Basalt sur l’île anglo-normande de Sercq, des commandos ligotent des soldats allemands capturés ; plusieurs sont tués en tentant de s’enfuir. Le 7 octobre, Hitler fait annoncer dans le communiqué de la Wehrmacht que les « saboteurs » seront désormais abattus au combat ou en fuite.
L’ordre du 18 octobre, mis au point par l’OKW après consultation de ses juristes, prévoit que les commandos, qu’ils arrivent par mer, par air ou en parachute, soient « exterminés jusqu’au dernier ». Ceux qui tombent aux mains de la Wehrmacht doivent être remis au SD. Un commandant qui n’appliquerait pas l’ordre s’expose au conseil de guerre.
Les premières victimes sont sept hommes de l’opération Musketoon, raid contre la centrale de Glomfjord en Norvège, fusillés au camp de Sachsenhausen le 23 octobre 1942. Suivent les survivants de l’opération Freshman en Norvège (novembre 1942), les Royal Marines du raid Frankton sur Bordeaux (décembre 1942) et 15 Américains de l’OSS fusillés en Italie en mars 1944, crime pour lequel le général Anton Dostler est exécuté en 1945. Certains chefs, dont Rommel en Afrique du Nord, s’abstiennent de l’appliquer. À Nuremberg, l’ordre est retenu contre Keitel et Jodl.
18 octobre 1944 : annonce publique du Volkssturm (Allemagne).
Dans un discours radiodiffusé, Heinrich Himmler annonce la levée du Deutscher Volkssturm, milice qui doit réunir tous les hommes de 16 à 60 ans aptes à porter les armes et non encore mobilisés. La date, anniversaire de la bataille de Leipzig, a été choisie pour évoquer le soulèvement contre Napoléon en 1813.
À l’automne 1944, l’Armée rouge atteint la Prusse-Orientale et les Alliés occidentaux la frontière de l’Ouest ; Aix-la-Chapelle tombe le 21 octobre. Le décret de Hitler créant le Volkssturm est daté du 25 septembre 1944. La milice relève du parti et non de la Wehrmacht : les Gauleiter la lèvent dans leur circonscription, Martin Bormann en assure la direction politique et administrative, Himmler, commandant de l’armée de réserve, l’instruction et l’armement.
Les hommes sont répartis en quatre bans selon l’âge et l’aptitude. Ils portent un brassard plutôt qu’un uniforme, reçoivent un armement disparate, fusils de prise, armes de fabrication simplifiée et lance-roquettes antichars Panzerfaust, et une instruction sommaire. Les 6 millions d’hommes annoncés ne sont jamais atteints. Les bataillons du Volkssturm sont engagés en Prusse-Orientale dès l’automne, puis à Breslau, Königsberg et Berlin, souvent aux côtés des Jeunesses hitlériennes, avec de lourdes pertes.
La levée concerne aussi l’Alsace et la Moselle, annexées de fait depuis 1940, où les hommes non encore incorporés dans la Wehrmacht sont appelés à leur tour à l’approche du front.
18 octobre 1960 : premier vol du Beriev Be-12 Tchaïka (Taganrog, URSS).
Le prototype de l’hydravion amphibie de lutte anti-sous-marine et de patrouille maritime Be-12 Tchaïka (« Mouette ») effectue son premier vol à Taganrog, sur la mer d’Azov. Premier amphibie soviétique à turbopropulseurs, il est produit jusqu’en 1973 et vole encore dans les années 2020.
Conçu par le bureau d’études de Gueorgui Beriev, établi à Taganrog depuis 1934, le Be-12 succède au Be-6, hydravion à moteurs à pistons de l’après-guerre. Il en reprend l’aile en mouette, qui place les moteurs loin des embruns, mais reçoit deux turbopropulseurs Ivtchenko AI-20, ceux de l’Il-18 et de l’An-12, et un train d’atterrissage escamotable qui lui permet d’opérer depuis la terre comme depuis l’eau. Un radar de recherche loge dans le nez, un détecteur d’anomalies magnétiques dans une longue perche de queue ; une soute interne et des points d’emport sous voilure reçoivent bouées acoustiques, grenades, torpilles et mines.
Le premier prototype est construit avec l’usine aéronautique n° 86 de Taganrog entre la fin de 1959 et le début de 1960. Le Be-12 est présenté au public lors de la fête de l’aviation de Touchino en juillet 1961. La production en série débute à Taganrog, le premier exemplaire sortant en décembre 1963 ; elle s’achève en juin 1973, à environ 150 exemplaires toutes versions confondues, dont une variante de recherche et sauvetage. Désigné Mail par l’OTAN, l’appareil établit au cours de sa carrière plus de quarante records du monde dans la catégorie des hydravions et amphibies.
Le Be-12 équipe l’aviation de la flotte soviétique dans les mers de Barents, Baltique, Noire et du Japon, à la recherche des sous-marins de l’OTAN. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, un détachement opère depuis l’Égypte sous cocardes égyptiennes, mais avec des équipages soviétiques, pour surveiller la VIe flotte américaine en Méditerranée. L’appareil sert aussi au Vietnam et en Syrie. Après 1991, la Russie et l’Ukraine en conservent quelques exemplaires ; un Be-12 modifié a servi de banc d’essai au système de largage d’eau de l’amphibie Be-200. Pendant la guerre russo-ukrainienne, les services de renseignement militaire ukrainiens ont revendiqué la destruction de Be-12 russes en Crimée.

18 octobre 1960 : le Short SB5 vole avec une flèche de 69° (Bedford, Angleterre).
Au Royal Aircraft Establishment de Bedford, le pilote d’essais Denis Tayler fait voler l’avion de recherche Short SB5, numéro WG768, avec sa voilure réglée à 69° de flèche. Aucun avion n’avait encore volé avec une aile aussi fortement inclinée vers l’arrière.
À la fin des années 1940, English Electric étudie le P.1, futur chasseur Lightning, doté d’une aile en flèche de 60° et d’un empennage horizontal placé bas sur le fuselage. Le Royal Aircraft Establishment doute de la stabilité à basse vitesse d’une telle formule et préférerait un empennage en haut de la dérive. Pour trancher, le ministère de l’Air émet la spécification ER.100 et commande le 2 août 1950 à Short Brothers and Harland, à Belfast, un avion d’expérimentation subsonique et peu coûteux.
Le SB5 est un monoréacteur au train fixe dont la voilure peut être réglée au sol à 50°, 60° ou 69° de flèche, et dont l’empennage horizontal peut être monté soit en haut de la dérive, soit bas à l’arrière du fuselage. Son incidence est réglable en vol par commande électrique. Avec une flèche de 60°, l’appareil reproduit à peu près, aux 7/8, la configuration du P.1. Tom Brooke-Smith, chef pilote d’essais de Shorts, effectue le premier vol à Boscombe Down le 2 décembre 1952, l’aile réglée à 50°.
Les essais à 50° et 60° avec empennage haut, puis à 60° avec empennage bas, confirment la validité de la formule retenue par English Electric : le Lightning gardera son empennage bas. Avant les essais à 69°, le réacteur Rolls-Royce Derwent est remplacé par un Bristol Orpheus plus puissant et l’avion reçoit, pour la première fois, un siège éjectable Martin-Baker. Il revient à Bedford en septembre 1960 et vole dans sa nouvelle configuration le 18 octobre. Ces vols nourrissent les recherches britanniques sur les ailes très effilées, dont le programme du Concorde tirera parti.
Après son programme d’essais, le SB5 est confié en 1967 à l’Empire Test Pilots’ School de Boscombe Down, qui l’utilise pour initier ses élèves au pilotage des avions à aile élancée. Il est aujourd’hui conservé au musée de la Royal Air Force à Cosford.

18 octobre 1962 : premiers chantiers du Service militaire adapté (Antilles-Guyane)..
Créé en 1961 aux Antilles et en Guyane, le Service militaire adapté confie à des appelés ultramarins des travaux d’équipement, routes, ponts, bâtiments, tout en leur donnant une formation professionnelle. La date du 18 octobre 1962 pour ses premiers chantiers n’a pas pu être vérifiée.
Le dispositif est conçu par le général Jean Némo, commandant supérieur des forces armées aux Antilles et en Guyane, et adopté par le gouvernement de Michel Debré. Il vise des départements frappés par un chômage massif et des retards d’équipement. Le régiment mixte des Antilles-Guyane compte un groupement en Martinique, un en Guadeloupe et deux en Guyane, avec près de 1 800 hommes, dont 1 200 recrues locales. Le premier régiment, celui de la Martinique, s’installe au Lamentin.
Le SMA s’étend à La Réunion en 1965, à la Nouvelle-Calédonie en 1986, à Mayotte en 1988 et à la Polynésie française en 1989 ; un détachement est ouvert à Périgueux en 1995. Après la suspension du service national, il devient un dispositif de volontariat qui accueille chaque année environ 6 000 jeunes de 18 à 25 ans éloignés de l’emploi, sous statut militaire.

18 octobre 1962 : premier vol libre du Dassault Balzac V (Melun-Villaroche).
6 jours après ses premiers essais en vol stationnaire, le démonstrateur à décollage et atterrissage verticaux Balzac V, piloté par René Bigand, quitte le sol sans aucune attache. Il ouvre la voie au Mirage III V, chasseur vertical capable de Mach 2 que l’armée de l’Air espère mettre en service à la fin des années 1960.
Au début des années 1960, l’OTAN cherche un avion d’appui et de pénétration capable de décoller sans piste, les bases aériennes étant jugées trop vulnérables à une frappe nucléaire. En septembre 1960, l’armée de l’Air retient le projet de Mirage III V présenté par Dassault, à construire avec Sud-Aviation pour succéder au Mirage III E vers 1967. Les réacteurs de sustentation prévus n’étant pas encore disponibles, la direction technique de l’aéronautique commande en février 1961 un démonstrateur subsonique pour valider la formule.
Deux formules s’opposent alors pour l’avion de combat vertical, et leur histoire est franco-britannique. Michel Wibault, constructeur de l’entre-deux-guerres dont la société a été absorbée par Breguet en 1934, imagine au milieu des années 1950 un « Gyroptère » dont le flux, dirigé par des organes orientables, assure à la fois la sustentation et la propulsion. Faute d’intéresser l’industrie française, il soumet son idée en 1956 au bureau parisien du programme américain d’aide mutuelle à l’armement (MWDP), qui la transmet à Bristol. Stanley Hooker et Gordon Lewis la transforment en un réacteur à tuyères orientables, le BE.53, objet d’un brevet commun Wibault-Lewis en 1956-1957 : c’est l’ancêtre du Pegasus. Breguet étudie dès 1957 autour de ce moteur une famille de projets d’appui tactique, les Br 1110 Apterion. La France retient finalement la formule des réacteurs de sustentation Rolls-Royce associés à un réacteur de propulsion, celle du Balzac et du Mirage III V, tandis que le BE.53 Pegasus donne naissance au Hawker P.1127, au Kestrel puis au Harrier. Ce partage est parfois présenté comme un échange de technologies entre Français et Britanniques.
Le Balzac V réutilise la voilure et l’empennage du premier prototype de Mirage III, le 001, sur un fuselage nouveau. 8 petits réacteurs Rolls-Royce RB108 de 980 kgp, installés verticalement par paires de part et d’autre de la soute centrale, assurent la sustentation ; un Bristol Siddeley Orpheus de 2 tonnes de poussée, sans postcombustion, assure la propulsion. En vol stationnaire, l’assiette est contrôlée par des tuyères à air comprimé. L’appareil est le premier avion Dassault doté de commandes de vol électriques et le premier à transmettre ses paramètres au sol par télémesure.
Le 12 octobre 1962, René Bigand effectue un premier vol stationnaire, l’avion étant retenu par des câbles. Le 18 octobre, il réalise le premier vol libre à faible hauteur, deux mois avant la date prévue. Le 25 octobre, l’avion tient plus de deux minutes en stationnaire hors de l’effet de sol. La première transition du vol vertical au vol horizontal a lieu le 18 mars 1963, lors du 17e vol, et le premier cycle complet, décollage vertical, vol en palier et atterrissage vertical, le 29 mars.
Le Balzac V s’écrase le 10 janvier 1964 en vol stationnaire, tuant son pilote ; reconstruit, il est détruit en septembre 1965 dans un second accident mortel. Le Mirage III V 01, équipé de huit RB162 et d’un réacteur TF106 à double flux, effectue son premier stationnaire le 12 février 1965, et le second prototype dépasse Mach 2 en 1966. Mais la complexité de la formule, la consommation des réacteurs de sustentation et l’accident du second prototype en novembre 1966 conduisent à l’abandon du programme.
18 octobre 1963 : la chatte Félicette dans l’espace (Hammaguir, Algérie).
À 8 h 09, une fusée-sonde Véronique AGI 47 décolle de la base d’Hammaguir, dans le Sahara algérien, avec à son bord une chatte immatriculée C 341. Elle monte à 157 km et revient vivante, après 13 minutes de vol. Félicette reste le seul chat à avoir survécu à un vol spatial.
Après l’indépendance de l’Algérie, les accords d’Évian laissent à la France l’usage de ses bases d’essais sahariennes jusqu’en 1967. Le Centre interarmées d’essais d’engins spéciaux (CIEES), installé à Colomb-Béchar et à Hammaguir, sert de pas de tir au programme spatial français. Le Centre d’enseignement et de recherches de médecine aéronautique (CERMA), dirigé par le médecin général Robert Grandpierre, y a déjà lancé en 1961 des rats, dont Hector. Il choisit ensuite le chat, animal le mieux connu en neurophysiologie.
Quatorze chattes, achetées à un marchand d’animaux, sont entraînées pendant deux mois : contention, centrifugeuse, bruit de fusée. Des électrodes sont implantées dans leur cerveau pour enregistrer son activité. Le jour du tir, C 341, une chatte noire et blanche est retenue pour son calme. Elle subit une accélération de 9,5 g et environ 5 minutes d’apesanteur. La capsule redescend sous parachute ; un hélicoptère la récupère. La presse la baptise « Félix », nom que le CERMA féminise.
Un second chat lancé le 24 octobre meurt dans l’accident de sa fusée. Félicette est euthanasiée environ deux mois après son vol pour l’examen de son cerveau. Les vols biologiques se poursuivent en 1967 avec deux guenons, Martine et Pierrette. Une statue de Félicette est dévoilée le 18 décembre 2019 à l’Université internationale de l’espace, à Strasbourg.
18 octobre 1984 : premier vol du premier B-1B Lancer de série (Palmdale, Californie).
Le premier exemplaire de série du bombardier stratégique Rockwell B-1B, numéro 82-0001, décolle de l’Air Force Plant 42 de Palmdale. Après 3 h 20 de vol, il se pose sur la base d’Edwards pour y entamer ses essais. Le quadriréacteur supersonique à flèche variable sera construit à 100 exemplaires.
Le B-1 est né d’un programme lancé à la fin des années 1960 pour remplacer le B-52 par un bombardier capable de pénétrer à grande vitesse les défenses soviétiques. Quatre prototypes B-1A volent à partir de décembre 1974. Le 30 juin 1977, le président Carter annule la production, jugeant les missiles de croisière plus efficaces pour un coût moindre. Ronald Reagan relance le programme en octobre 1981 sous la forme d’une version profondément remaniée, le B-1B, commandée à 100 exemplaires.
Le B-1B renonce aux pointes de Mach 2 du B-1A au profit de la pénétration à très basse altitude. Ses entrées d’air sont modifiées pour réduire sa signature radar, sa masse maximale passe à 216 tonnes et sa vitesse maximale est ramenée à Mach 1,25 environ. Ses ailes pivotent de 15° pour le décollage et le ravitaillement en vol à 67,5° pour la pénétration, l’envergure passant de 41,7 à 26,4 mètres. Il est propulsé par quatre turboréacteurs à postcombustion General Electric F101-GE-102 d’environ 137 kN de poussée unitaire et emporte ses armes dans 3 soutes internes. L’équipage compte 4 hommes.
Présenté à Palmdale le 4 septembre 1984, le 82-0001 vole avec aux commandes le pilote d’essais de Rockwell Mervyn L. Evenson, colonel de l’US Air Force en retraite, et le lieutenant-colonel Leroy B. Schroeder, accompagnés de deux officiers chargés des systèmes offensifs et défensifs. Le premier B-1B opérationnel, le 83-0065 Star of Abilene, rejoint le Strategic Air Command à Dyess, au Texas, à l’été 1985. La capacité opérationnelle initiale est prononcée le 1er octobre 1986, et le centième appareil est livré le 2 mai 1988.
Conçu comme vecteur nucléaire, le B-1B est réorienté vers les missions conventionnelles après la guerre froide. Il est engagé pour la première fois au combat en Irak, lors de l’opération Desert Fox en décembre 1998, puis au Kosovo, en Afghanistan, où huit appareils larguent près de 40 % du tonnage de la coalition pendant les six premiers mois, en Irak en 2003, en Libye et en Syrie. Le 82-0001 lui-même a été démantelé à Ellsworth, dans le Dakota du Sud, au milieu des années 1990, en application du traité START. La flotte, réduite à 45 appareils en 2021, doit être remplacée par le B-21 Raider.










