Alain Henri Georges Marie de Penfentenyo de Kervéréguin naît le 28 octobre 1921 au château de Montpezat, à Larcan, dans la Haute-Garonne, chez sa grand-mère maternelle, Marie-Louise Dutfoy du Mont de Benge. Il est le dixième enfant d’une fratrie de quatorze, au sein d’une famille profondément ancrée dans la tradition militaire et maritime française.
La famille de Penfentenyo appartient à l’ancienne noblesse bretonne. Originaire de Sibiril, dans l’évêché de Léon en Bretagne, elle est d’extraction chevaleresque sur preuves remontant à 1393 et bénéficie des honneurs de la Cour depuis 1788. La lignée est suivie sans interruption depuis Jehan de Penfentenyo, premier du nom. En 1651, la famille se scinde en deux branches : les Cheffontaines, fixés à Clohars-Fouesnant, et la branche cadette des Kervéréguin, installée à Loctudy. Le nom « Cheffontaines » est la traduction française du breton Penfeunteuniou. Les armes de la famille sont « burelé de gueules et d’argent de dix pièces » et leur devise est « Plura quam ex opto ».
Son père, Hervé Alphonse Marie de Penfentenyo de Kervéréguin, né le 14 août 1879 à Brest, est un officier général de la Marine nationale. Son propre père est le contre-amiral Auguste de Penfentenyo et son grand-père l’amiral Louis Henri de Gueydon, grand-croix de la Légion d’honneur. Hervé de Penfentenyo intègre l’École navale avec la promotion 1897. Après avoir servi dans l’escadre d’Extrême-Orient et participé en Chine aux opérations contre les Boxers, il gravit les échelons de la hiérarchie : contre-amiral en 1931, vice-amiral en 1937, puis vice-amiral d’escadre en 1939. Nommé en 1938 préfet maritime de la 5e région, gouverneur militaire de Lorient, il se distingue lors de la débâcle de juin 1940 en organisant l’évacuation du port, en faisant saborder les navires ne pouvant appareiller, en ordonnant la destruction des installations portuaires et en livrant un baroud d’honneur de deux heures aux Cinq-Chemins à Guidel, le 21 juin 1940, face aux forces allemandes. Arrêté par la Gestapo en février 1943 à Nantes, il est emprisonné et déporté en Allemagne, au Wehrmachtgefängnis de Fort Zinna, à Torgau, où il reste détenu jusqu’en mai 1945. Il meurt à Versailles le 18 avril 1970, fait grand-croix de la Légion d’honneur.
Sa mère, Renée Marie Henriette Dutfoy, épouse Hervé de Penfentenyo le 22 août 1903. De cette union naissent quatorze enfants, dont l’aîné Jehan (1905-1984), qui deviendra colonel d’infanterie.
Le jeune Alain passe son enfance au gré des affectations successives de son père dans les principaux ports militaires français et d’outre-mer : Toulon, Casablanca, Brest et Lorient. Baigné dans l’univers de la Marine, entouré de ses douze frères et sœurs, il connaît une enfance marquée par la discipline militaire et le nomadisme propre aux familles d’officiers.
Le 28 septembre 1939, quelques semaines après la déclaration de guerre, Alain de Penfentenyo intègre l’École navale. Il n’a pas encore dix-huit ans. La guerre bouleverse le cursus habituel des élèves officiers et sa formation se trouve accélérée par les circonstances. À sa sortie, il est promu enseigne de vaisseau de 2e classe le 15 juillet 1940, alors que la France vient de signer l’armistice.
La Seconde Guerre mondiale : embarquements et instruction
Sa première affectation le conduit à Casablanca, où il embarque sur l’aviso La Boudeuse du 3 septembre 1940 au 2 juin 1941. Son officier instructeur rédige à son sujet, le 23 juin 1941, une appréciation remarquée : « Excellent observateur capable d’assurer le quart sur un petit bâtiment. Caractère franc et droit. Très beau tempérament d’officier. Nature très douée, dirigé avec fermeté doit devenir un officier d’élite. »
Il embarque ensuite sur le contre-torpilleur Le Terrible, basé à Toulon puis à Dakar, où il sert jusqu’au 25 décembre 1943. C’est pendant cette période qu’il obtient sa promotion au grade d’enseigne de vaisseau de 1re classe, le 15 juillet 1942.
Du 4 janvier au 30 septembre 1944, il est affecté comme instructeur au centre Siroco des fusiliers-marins, où il forme les équipages destinés au combat. Il est ensuite désigné officier en second de l’escorteur Tirailleur, fonction qu’il occupe du 30 septembre 1944 au 3 janvier 1946.
Deux frères tombés avant lui
Lorsqu’Alain de Penfentenyo demande à rejoindre les forces d’Extrême-Orient en 1945, il a déjà perdu deux de ses frères au combat. François Germain Georges Marie de Penfentenyo de Kervéréguin, né le 9 mai 1915 à Brest, est passé par l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion « Marne et Verdun », 1937-1939). Sous-lieutenant au 10ᵉ bataillon de chasseurs à pied, il est tué au combat le 23 mai 1940 à Blaregnies, en Belgique, lors de la campagne de France. Il a vingt-cinq ans. Il reçoit à titre posthume la croix de chevalier de la Légion d’honneur et la croix de guerre avec palmes.
Tanguy de Penfentenyo, né en 1919, s’engage dans l’aéronautique militaire. Pilote de chasse au sein du groupe de chasse « Alsace », il est tué au combat le 8 mars 1945, quelques semaines avant la fin de la guerre en Europe. Il a 26 ans.
Alain sera le troisième fils de la famille à mourir les armes à la main, en l’espace de six années.
Le départ pour l’Indochine
En 1945, alors que la guerre en Europe touche à sa fin, Alain de Penfentenyo demande à être affecté aux Forces maritimes d’Extrême-Orient. Sa démarche est volontaire. La France cherche alors à rétablir sa souveraineté en Indochine, où la situation est bouleversée depuis le coup de force japonais du 9 mars 1945 contre l’administration coloniale française, et la proclamation d’indépendance du Viêt Nam par Hô Chi Minh le 2 septembre 1945.
La Brigade marine d’Extrême-Orient (BMEO), constituée en décembre 1944 à Arcachon sous le commandement du capitaine de vaisseau Killian, a été envoyée en Indochine avec des compagnies de fusiliers marins, plusieurs flottilles fluviales et des commandos parachutistes de l’aéronautique navale. Alain de Penfentenyo s’inscrit dans ce dispositif. Le 3 janvier 1946, il est affecté à la Flottille fluviale d’Extrême-Orient et reçoit le commandement d’une section de LCVP (Landing Craft Vehicle & Personnel), des embarcations de débarquement utilisées pour les opérations fluviales, à Saïgon.
Le combat du 12 février 1946 sur le Dong Naï
Le 12 février 1946, l’enseigne de vaisseau de Penfentenyo participe à une opération de contrôle d’îlots de résistance Viêt Minh le long du fleuve Dong Naï (ou Donaï), dans la région du village de Thiên-Quan, au nord de Saïgon. Il remonte le fleuve à la tête de sa section de LCVP lorsque ses embarcations sont prises sous un feu nourri d’armes automatiques, appuyé par des tirs de mortiers.
Alain de Penfentenyo ordonne la riposte avec les moyens de feu dont il dispose. Touché à la jambe, il perd abondamment son sang (artère fémorale coupée) mais refuse d’abandonner le commandement de la manœuvre. Souffrant visiblement, il parvient à ramener son LCVP jusqu’au poste de Tan-Yen. Un garrot lui est posé sur place par le second-maître Morin avant qu’il ne soit évacué vers Saïgon. Il décède au cours de son transfert. Il a 24 ans.
Le corps d’Alain de Penfentenyo est d’abord inhumé au cimetière de la rue Massiges, à Saïgon, aux côtés du capitaine de frégate Jaubert et de l’enseigne de vaisseau Ichon, morts pour la France les 26 et 28 janvier 1946. Ce cimetière français de Saïgon a été détruit par la suite. La dépouille d’Alain de Penfentenyo est ultérieurement rapatriée en France et repose au cimetière des Gonards, à Versailles, auprès de sa famille.
Le 27 août 1946, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume. Il reçoit également la croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieures avec palme et une citation à l’ordre de l’armée de mer, dont le texte est le suivant :
« Officier volontaire pour des missions périlleuses. Mortellement blessé le 12 février 1946 par des armes automatiques soutenues de mortiers aux environs du village de Thien-Quan, alors qu’il remontait le Dong Naï. Après une énergique riposte de ses moyens de feu, et quoique perdant beaucoup de sang et souffrant visiblement, a continué à assurer la manœuvre de ses LCVP qu’il a ramenés au poste de Tan-Huyen. A fait preuve d’un cran remarquable. Figure noble et magnifique incarnant les qualités de l’officier français. »
Le commando de Penfentenyo : une mémoire perpétuée
En 1947, la Marine nationale crée un commando qui reçoit le nom d’Alain de Penfentenyo. Héritier direct du 1er bataillon de fusiliers marins commandos constitué durant la Seconde Guerre mondiale en Grande-Bretagne, le commando de Penfentenyo est l’un des sept commandos marine de la Marine nationale française.
Basé à Lorient – la ville que le père d’Alain avait défendue en 1940 – le commando de Penfentenyo est spécialisé dans la reconnaissance de sites et d’installations maritimes, le renseignement tactique, l’infiltration et l’exfiltration de personnel, ainsi que l’aérolargage à la mer. En 1992, il est rattaché au Commandement des opérations spéciales (COS).
Successivement embarqué sur les bâtiments Richelieu, Georges Leygues et Montcalm, le commando intervient en Tunisie en 1952, au Maroc en 1955, lors de l’opération de Suez en 1956, puis en Algérie à partir de 1957, où il participe notamment à l’opération Sauterelle en 1960.
Un destin emblématique
La trajectoire d’Alain de Penfentenyo de Kervéréguin condense en 24 années de vie les fractures de l’histoire militaire française du XXe siècle : une formation navale précipitée par l’entrée en guerre, des embarquements dans une Marine française en recomposition sous le régime de Vichy, l’instruction des fusiliers marins dans la perspective du rétablissement de la France combattante, puis le départ volontaire pour l’Indochine où s’ouvre un conflit qui durera huit années.
La famille de Penfentenyo a payé un tribut considérable aux guerres du siècle. Trois fils du vice-amiral Hervé de Penfentenyo sont morts pour la France en l’espace de six ans : François en 1940, lors de la campagne de Belgique ; Tanguy en 1945, aux commandes de son avion de chasse ; Alain en 1946, sur les eaux du Dong Naï. À ces trois fils tombés au combat s’ajoutent la déportation du père, arrêté par la Gestapo en 1943, et le deuil de Loïc, un autre frère mort en bas âge en 1924.
Le nom d’Alain de Penfentenyo subsiste au sein de la Marine nationale à travers le commando qui porte son nom, unité d’élite rattachée aux opérations spéciales, toujours en activité et basée à Lorient. Il figure également au Mémorial national des marins morts pour la France, à la pointe Saint-Mathieu, à Plougonvelin, dans le Finistère.






