jeudi 20 juin 2024

CHRONICORUM BELLI du 11 février

11 février 1814 : bataille de Montmirail.

Napoléon jette la Garde impériale sur le corps russe de Sacken, qui perd 7 000 hommes et remporte une nouvelle victoire. Le comportement héroïque des jeunes recrues (les « Marie-Louise ») formées à la hâte ajoute au retentissement de cette victoire. Montmirail sera le nom de la promotion de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr sortie en 1914 (avec dans ses rangs le futur Général Monclar) et qui perdra 60 % de ses effectifs pendant la Grande Guerre, dont la moitié dans les deux premiers mois de la guerre.   

***

Napoléon arrive à huit heures du matin à Montmirail, précédé par les cavaliers de Nansouty et accompagnés par quelques escadrons de la Garde et par une partie de la division Ricard. Face à la supériorité numérique de l’adversaire, l’Empereur décide d’attendre l’arrivée des troupes encore en arrière avant de débuter l’attaque.

À dix heures, la Vieille Garde et le reste de la division Ricard se présentent à Montmirail. Cependant, vers midi, les Russes attaquent et occupent Marchais. Napoléon envoie Ricard reprendre le village. Ce dernier réussit à s’en emparer mais est repoussé à la suite d’une contre-attaque. Les Français perdent et reprennent le village cinq fois de suite. La Vieille Garde de Friant, envoyée à son secours, menace d’être submergée par la masse ennemie. En milieu d’après-midi, alors que la bataille fait rage, l’arrivée du maréchal Mortier avec la division Michel de la Vieille Garde et la cavalerie de Defrance décide l’Empereur à lancer la cavalerie de la Garde sur les Russes, et il fait parvenir aux dragons de la Vieille Garde l’ordre de charger.

Le général Dautancourt, qui les commande, emprunte avec ses cavaliers la route de Fontenelle, passe à côté de la ferme des Gréneaux et traverse les lignes russes placées au milieu du chemin. Les fantassins d’Osten-Sacken, surpris par la rapidité de l’attaque, se replient pour la plupart en désordre dans les bois à proximité. À ce moment, le flanc droit des Russes est coupé de leur centre. Dautancourt rallie ses dragons et les relance à la poursuite des fuyards, qui s’échappent en direction du bois Jean, près de Courmont. Les cavaliers français les y rattrapent et les taillent en pièces ; Dautancourt note que « les dragons, qui ne donnaient que des coups de pointe, en firent dans cet endroit une véritable boucherie. » Entretemps, l’infanterie française refoule les Russes au-delà de Marchais, et les Prussiens de Yorck, arrivés tardivement sur le champ de bataille, ne peuvent empêcher la victoire française. À la fin de la journée, les dragons de la Vieille Garde ont perdu six tués et autant de blessés. De leur côté, les dragons de Letort de Lorville, formés en colonnes par pelotons, chargent sur la route de Viels-Maisons et enfoncent trois carrés d’infanterie. Ils galopent ensuite sur Épernay, sabrent les fuyards et font à cette occasion de nombreux prisonniers. Letort de Lorville est nommé général de division sur le champ de bataille le jour même.

Cependant, York, qui arrive à Montmirail, ordonne l’offensive pour stopper les Français dans leur progression, mais il subit de lourdes pertes à la suite de la contre-attaque de Michel appuyée par la cavalerie. À la nuit, les Prussiens se retirent après avoir perdu un millier des leurs.

Au lendemain de la bataille de Champaubert, avec la victoire de Montmirail, Napoléon porte un coup très dur à l’armée de Silésie de Blücher, en infligeant une nouvelle humiliation aux Prussiens et aux Russes pourtant deux fois plus nombreux. Les pertes subies ce jour-là par Osten-Sacken et Yorck sont importantes. Le succès français sème la discorde entre les alliés.

Mais les effets de la victoire de Montmirail demeurent cependant limités par l’inaction de MacDonald et ne portent pas un coup décisif à Blücher.


11 février 1922 : naissance d’Hélie Denoix de Saint Marc (Bordeaux). 

Il entre dans la résistance en 1941 à l’âge de 19 ans et est arrêté en franchissant la frontière franco-espagnole en 1943. Déporté dans le camp de concentration de Buchenwald où il manque mourir (« j’ai trouvé le pire chez les autres mais aussi en moi »), il conserve malgré tout la soif de l’action et fait Saint Cyr. Légionnaire parachutiste, il effectue trois séjours en Indochine qui le marquent profondément : les rencontres (avec l’adjudant Bonnin), les combats (« l’entrée dans ces territoires où rôde la mort, oblige à se hisser à la pointe de soi-même »), le pays (« un monde féérique ») mais aussi l’abandon du village de Talung ensuite massacré par le Vietminh. Chef de cabinet du général Massu pendant la bataille d’Alger puis commandant au 1er REP, il entre en rébellion lors du putsch des généraux en avril 1961 (« Un homme doit toujours garder en lui la capacité de s’opposer et de résister »). Il se constitue prisonnier, ne rejoint pas l’OAS et est condamné à 10 ans de prison (« L’enfermement peut développer une force intérieure qui peut être plus grande que la violence qui nous est faite »). Gracié 5 ans plus tard, il est réhabilité dans ses droits civils et militaires. Ecrivain talentueux, et homme au parcours incroyable, son témoignage humble et courageux est à lire « Les champs de braises » tant il est structurant pour l’éthique du soldat français.

Hélie de Saint Marc


11 février 1992 : collision de sous-marins (Mer de Barents).

L’incident sous-marin au large de l’île Kildine fait référence à une collision entre le sous-marin nucléaire USS Baton Rouge de l’United States Navy et le sous-marin nucléaire K-276 Kostroma de la Marine russe près de la base navale russe de Severomorsk, le . L’incident a eu lieu alors que le USS Baton Rouge était engagé dans une mission secrète, apparemment destinée à intercepter les communications militaires russes. Bien que la majorité des sources affirment que le sous-marin américain avait pris la fuite, il est estimé que ni le Kostroma, ni le Baton Rouge n’étaient en mesure de se localiser l’un et l’autre avant la collision.

***

La collision entre les deux sous-marins eut lieu à 20 h 16 heure locale le  à un peu plus de 19,3 km des côtes russes de Mourmansk, dans les eaux considérées par les États-Unis comme internationales et par la Russie comme 8 km à l’intérieur de ses eaux territoriales.

La mission du USS Baton Rouge aurait été d’acquérir des données sur les dispositifs de surveillance anti sous-marins. La presse américaine de l’époque affirmait que le sous-marin contrôlait le trafic sans-fil entre les bases russes, tandis que leurs homologues russes affirmaient que les deux sous-marins s’étaient engagés dans une chasse mutuelle, une opinion soutenue également par un certain nombre de sources occidentales. Selon l’analyste naval Eugène Miasnikov, les dispositifs de surveillance anti sous-marine déployés par la Russie le long de ses côtes rendent la première possibilité invraisemblable. Il affirme également que la seconde possibilité est improbable et que la collision ne serait due qu’au hasard. Les vagues qui se brisent et les eaux peu profondes de cette région de la mer de Barents pourraient en effet, en créant trop de « bruit » autour d’eux, avoir empêché la détection précoce des deux sous-marins, qui au moment de l’incident utilisaient seulement leurs sonars passifs.

Miasnikov soutient que les sous-marins de la classe Los Angeles sont incapables de détecter des signaux acoustiques provenant de cibles situées à l’intérieur d’un cône de 60 degrés vers l’arrière. Le scénario le plus probable serait ainsi que le Kostroma se serait approché du Baton Rouge par derrière. Le sonar de classe Sierra est également « sourd » aux directions arrières, son schéma habituel de la recherche acoustique se déplaçant le long d’une course en boucle. L’incident, cependant, a laissé supposer que les sous-marins d’attaque russes sont capables d’éviter la détection acoustique passive, du moins sous certaines conditions, telles que par exemple selon l’environnement.

Les deux sous-marins ont subi des dommages, mais aucune victime ne fut signalée. Des rapports russes et américains de surveillance aérienne s’accordent en revanche pour dire que la partie avant du Kostroma a été endommagée. Les sources de la Marine russe déclarent avoir trouvé des morceaux de matériau composite des tuiles anti-sonar du Baton Rouge. L’United States Navy affirme que, outre quelques égratignures, des bosses, et deux coupures mineures sur son réservoir, le Baton Rouge n’a pas subi de dommages importants, mais précise toutefois que ce type d’incident était dans tous les cas considéré comme grave, toute rupture de la coque de l’USS Baton Rouge compromettant sa résistance à la pression. Le sous-marin sera mis hors service le , bien que certaines sources affirment qu’il avait déjà été mis hors service moins d’un an après l’incident, en . Selon Gregory Stitz, conservateur de l’Arkansas Inland maritime Museum et certaines sources européennes, l’United States Navy n’avait pas souhaité réparer la coque, étant donné le coût prévu. Les officiers de la Marine russe affirment que le sous-marin américain était irréparable après la collision. En ce qui concerne le Kostroma, il est retiré du service le  pour effectuer des réparations, terminées le 29 juin dans les chantiers navals de Nerpa à Snejnogorsk. Il est par la suite rebaptisé Krab, avant de reprendre son nom d’origine en . Après une refonte considérable à nouveau, le sous-marin russe retourne en service en 2005.

L’incident produit un embarras intense à Washington. La diplomatie russe s’est plainte de la collision, et le Pentagone a rapidement reconnu que cette dernière avait eu lieu (contrairement à la politique officielle menée jusque-là). Une réunion entre le secrétaire d’État James Baker et le président russe Boris Eltsine a été organisée immédiatement après l’incident. La Marine russe a accusé les États-Unis de continuer ses opérations de renseignement dans les eaux territoriales russes, malgré la fin de la guerre froide. Cet enchaînement de réactions force l’United States Navy à arrêter certaines de ses activités sous-marines au large des bases russes, telles que les mises sur écoute des câbles sous-marins ou l’interception des communications sans fil. Cette mesure, cependant, n’a pas empêché un incident plus tard en , lorsque l’USS Grayling est entré en collision avec un sous-marin de classe Delta, le K-407 Novomoskovsk au large de la péninsule de Kola.

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