jeudi 1 décembre 2022

11 février 1922 : Naissance d’Hélie Denoix de Saint Marc – « Que dire à un jeune de 20 ans ? »

Quand on a connu tout et le contraire de tout,

quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,

on est tenté de ne rien lui dire,

sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,

sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause

font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,

et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,

en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

« Il ne faut pas s’installer dans sa vérité

et vouloir l’asséner comme une certitude,

mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère ».

À mon jeune interlocuteur,

je dirai donc que nous vivons une période difficile

où les bases de ce qu’on appelait la Morale

et qu’on appelle aujourd’hui l’Éthique,

sont remises constamment en cause,

en particulier dans les domaines du don de la vie,

de la manipulation de la vie,

de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,

de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.

Oui, nous vivons une période difficile

où l’individualisme systématique,

le profit à n’importe quel prix,

le matérialisme,

l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile

où il est toujours question de droit et jamais de devoir

et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,

tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,

il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.

Il faut savoir,

jusqu’au dernier jour,

jusqu’à la dernière heure,

rouler son propre rocher.

La vie est un combat

le métier d’homme est un rude métier.

Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir

que rien n’est sûr,

que rien n’est facile,

que rien n’est donné,

que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite.

Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur

que pour ma très modeste part,

je crois que la vie est un don de Dieu

et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde,

une signification à notre existence.

Je lui dirai

qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,

cette générosité,

cette noblesse,

cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,

qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,

qui nous guident où nous sommes plongés

au plus profond de la nuit

et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai

que tout homme est une exception,

qu’il a sa propre dignité

et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai

qu’envers et contre tous

il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai

que de toutes les vertus,

la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres

et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,

de toutes les vertus,

la plus importante me paraît être le courage, les courages,

et surtout celui dont on ne parle pas

et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages,

c’est peut-être cela.

Hélie de Saint Marc

(11 février 1922 – 26 août 2013)


Il entre dans la résistance en 1941 à l’âge de 19 ans et est arrêté en franchissant la frontière franco-espagnole en 1943. Déporté dans le camp de concentration de Buchenwald où il manque mourir (« j’ai trouvé le pire chez les autres mais aussi en moi »), il conserve malgré tout la soif de l’action et fait Saint Cyr. Légionnaire parachutiste, il effectue trois séjours en Indochine qui le marquent profondément : les rencontres (avec l’adjudant Bonnin), les combats (« l’entrée dans ces territoires où rôde la mort, oblige à se hisser à la pointe de soi-même »), le pays (« un monde féérique ») mais aussi l’abandon du village de Talung ensuite massacré par le Vietminh. Chef de cabinet du général Massu pendant la bataille d’Alger puis commandant au 1er REP, il entre en rébellion lors du putsch des généraux en avril 1961 (« Un homme doit toujours garder en lui la capacité de s’opposer et de résister »). Il se constitue prisonnier, ne rejoint pas l’OAS et est condamné à 10 ans de prison (« L’enfermement peut développer une force intérieure qui peut être plus grande que la violence qui nous est faite »). Gracié 5 ans plus tard, il est réhabilité dans ses droits civils et militaires. Ecrivain talentueux, et homme au parcours incroyable, son témoignage humble et courageux est à lire (Les champs de braises) tant il est structurant pour l’éthique du soldat français.

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