Formé à l’automne 1940 dans des territoires français situés à plus de quinze mille kilomètres de la métropole, le Bataillon du Pacifique réunit 600 volontaires originaires des Établissements français d’Océanie, de Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides. Engagés au sein des Forces françaises libres dès les premiers ralliements de l’empire à la France libre du général de Gaulle, ces soldats ont parcouru, durant cinq années, l’Australie, le Proche-Orient, l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Italie, puis la France métropolitaine.
Un engagement venu des antipodes
Le Bataillon du Pacifique appartient aux unités des Forces françaises libres (FFL) qui se distinguent, entre 1941 et 1945, sur les principaux théâtres d’opérations terrestres aux côtés des Britanniques puis des Alliés. Cette unité d’infanterie coloniale présente une singularité dans l’ordre de bataille de la France libre : ses effectifs initiaux ne proviennent ni de la métropole, ni des territoires africains de l’empire, mais des îles et archipels du Pacifique sud, regroupant des engagés volontaires polynésiens, néo-calédoniens et néo-hébridais. Intégré à la 1re Brigade française libre, puis à la 1re Division française libre (1re DFL) du général Pierre Kœnig, le bataillon participe aux campagnes de Syrie, du désert occidental, de Tunisie, d’Italie, ainsi qu’au débarquement de Provence et à la libération du territoire métropolitain.
Surnommés les « Tamari’i volontaires » – littéralement « les enfants volontaires » en tahitien – ses combattants ont été célébrés dans leurs territoires d’origine, où le souvenir de leur engagement reste entretenu par les institutions publiques et par les associations d’anciens combattants. Leur histoire est en revanche restée longtemps mal connue en métropole, où elle n’a fait l’objet de travaux universitaires approfondis qu’au cours des dernières décennies. Plusieurs monographies et thèses, parmi lesquelles celles de François Broche, fils du premier chef de corps, de Jean-Christophe Shigetomi, et plus récemment de Yacine Benhalima, ont contribué à reconstituer le parcours de cette unité au prisme à la fois militaire et social.
L’effectif initial, de l’ordre de 600 hommes, en fait une formation modeste à l’échelle des armées alliées. Le Bataillon du Pacifique se range néanmoins parmi les unités d’infanterie coloniale les plus décorées de la Seconde Guerre mondiale. Le 28 mai 1945, le général de Gaulle remet la croix de la Libération au Bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique (BIMP), héritier direct du Bataillon du Pacifique après sa fusion en juin-juillet 1942 avec le 1er Bataillon d’infanterie de marine. Le fanion de l’unité porte également la croix de guerre 1939-1945 ornée de cinq palmes, témoignant des cinq citations à l’ordre de l’armée obtenues au cours de la guerre.
Du ralliement au front : la naissance du bataillon (1940-1941)
L’effondrement militaire français de mai-juin 1940 et la signature de l’armistice du 22 juin par le maréchal Philippe Pétain placent les territoires d’outre-mer dans une situation politique inédite. À Londres, le général Charles de Gaulle, sous-secrétaire d’État à la Défense nationale du dernier gouvernement Reynaud, lance le 18 juin 1940 son appel à la résistance. Sa voix, relayée par la BBC, atteint en quelques jours les colonies les plus éloignées, dont celles disséminées dans le Pacifique sud. Toutefois, comme l’a souligné l’historien Marc Michel, le ralliement des territoires d’outre-mer ne se résout pas dans la seule réception de l’appel : il dépend de rapports de force locaux, de l’attitude des gouverneurs et du jeu des notables, des comités gaullistes, des élus consulaires et des chefs militaires.
Au début de l’été 1940, les possessions françaises du Pacifique forment un ensemble dispersé et peu peuplé. Les Établissements français d’Océanie (EFO), futur territoire de la Polynésie française, comptent environ cinquante et un mille habitants répartis sur cinq archipels – îles de la Société, Tuamotu, Marquises, Australes et Gambier. La Nouvelle-Calédonie, colonie depuis 1853, est peuplée d’environ 53 000 habitants, dont près de 30 000 Kanak alors régis par le code de l’indigénat. Les Nouvelles-Hébrides, condominium franco-britannique depuis 1906 et aujourd’hui République de Vanuatu, comptent environ 14 000 habitants, parmi lesquels un nombre indéterminé de citoyens français. Le protectorat de Wallis-et-Futuna rassemble approximativement 6 000 personnes.
Les communications entre la métropole et ces archipels sont longues et incertaines : un bâtiment quittant Marseille met plusieurs semaines à atteindre Papeete ou Nouméa. Cette distance physique, qui rend impossible toute occupation militaire allemande, italienne ou japonaise dans l’immédiat, ouvre simultanément un espace politique inédit. Les autorités locales, désormais coupées de la chaîne de commandement directe, doivent prendre position sans pouvoir attendre d’instructions claires de Vichy. Dans plusieurs des territoires concernés, les colons d’origine européenne, les commerçants, les officiers de la « Coloniale » et certaines élites autochtones se prononcent dès les premières semaines pour une poursuite du combat aux côtés du Royaume-Uni, partenaire commercial et stratégique de premier plan dans la région.
Trois ralliements successifs (été-automne 1940)
Le premier territoire français à rejoindre la France libre se trouve dans le Pacifique sud. Aux Nouvelles-Hébrides, le commissaire-résident Henri Sautot dénonce la « trahison du gouvernement du maréchal Pétain » dès le 25 juin 1940. Le 20 juillet, il réunit les colons et obtient leur adhésion à la décision de rallier le général de Gaulle. Le 22 juillet 1940, les Nouvelles-Hébrides deviennent ainsi la première colonie de l’empire français à se placer sous l’autorité du gouvernement de Londres. René Cassin, qui rejoindra plus tard le Comité national français, évoquera dans ses mémoires l’émotion provoquée par l’arrivée de ce câble venu des « antipodes franco-britanniques ».
À Papeete, le climat politique des semaines suivant l’armistice est marqué par la rivalité entre deux groupes. Les pro-Vichy, autour du journaliste Noël Ilari et du navigateur Alain Gerbault, restent fidèles à l’ordre établi. Les pro-de Gaulle, regroupés au sein d’un « Comité de Gaulle » mené par Émile de Curton et Teriieroo a Teriierooiterai, militent en faveur d’une poursuite du combat. Le capitaine Félix Broche, chef des troupes en Océanie depuis le 4 juillet 1939, et le lieutenant de vaisseau Jean Gilbert, seul officier de marine présent sur place à se rallier, soutiennent ce second courant. Un référendum est organisé à la fin du mois d’août 1940 auprès des fonctionnaires et des électeurs européens, suivi d’une délibération du conseil général. Le 2 septembre 1940, les Établissements français d’Océanie se prononcent officiellement en faveur du ralliement à la France libre. La colonie devient l’une des toutes premières du Pacifique – et plus largement de l’empire français – à effectuer ce choix. Dès la fin du mois de septembre, plusieurs centaines de volontaires se présentent aux autorités pour s’engager.
Le ralliement de la Nouvelle-Calédonie clôt la séquence pacifique de l’été 1940. Dès juin, le notaire Michel Vergès, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, rédige un manifeste appelant la colonie à rejeter l’armistice. Plusieurs « comités de Gaulle » s’organisent. Le gouverneur Georges Pélicier, jugé trop équivoque, est désavoué par le conseil général le 2 août 1940 et finalement remplacé par le lieutenant-colonel Maurice Denis, désigné par Vichy le 4 septembre. Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1940, plusieurs centaines de broussards descendent sur Nouméa pour exiger le ralliement immédiat. Le 19 septembre, Henri Sautot débarque dans le port à bord d’un bâtiment de guerre australien, en qualité de représentant du général de Gaulle. Porté par la foule et soutenu par le conseil général, il fait arrêter le gouverneur Denis et proclame officiellement le ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France libre. Le 24 septembre, le général de Gaulle nomme par télégramme le capitaine Félix Broche commandant supérieur des troupes dans le Pacifique.
La levée d’un corps expéditionnaire
L’idée de constituer une nouvelle unité de volontaires océaniens revient à Félix Broche. Officier de l’infanterie coloniale né à Marseille en 1905, orphelin de mère et fils d’un homme gravement gazé pendant la Première Guerre mondiale, Broche entame sa carrière militaire en 1926 au 22e régiment d’infanterie coloniale d’Aix-en-Provence. Élève officier à Saint-Maixent-l’École, il sert ensuite au 10e régiment de tirailleurs sénégalais à Tunis, puis au 1er régiment mixte de Madagascar. Affecté à Tahiti en 1939 comme commandant de la compagnie autonome d’infanterie coloniale (CAICT), il prend une part active dans le ralliement des EFO et propose la création d’un corps expéditionnaire à l’image du Bataillon mixte du Pacifique de 1916, qui avait combattu en Europe et sur le front d’Orient durant la Première Guerre mondiale.
Le projet est validé par les autorités gaullistes. Aux mois suivants, les centres de recrutement enregistrent les engagements volontaires dans les trois territoires concernés. La sélection s’effectue sur des critères médicaux, militaires et, dans une moindre mesure, politiques. Au printemps 1941, 605 volontaires figurent au registre, dont 287 Calédoniens. Les autres engagés viennent principalement des EFO, ainsi que, en moindre nombre, des Nouvelles-Hébrides. À ces effectifs s’ajoutent des Français nés en métropole et résidant dans les territoires concernés, parmi lesquels le médecin Louis Rollin, qui suit le bataillon comme médecin du corps expéditionnaire. Quelques vétérans de la Première Guerre mondiale sont également présents, dont le Polynésien Pouvana’a a Oopa, futur député et figure majeure du mouvement autonomiste tahitien d’après-guerre.
L’organisation initiale du Bataillon du Pacifique présente plusieurs traits inhabituels. Au 15 mai 1941, l’unité compte quatre compagnies à quatre sections, plus une section de commandement. Lorsque Félix Broche est promu lieutenant-colonel en octobre 1941, il obtient à sa demande de conserver le commandement du bataillon, alors même qu’une unité de ce type est habituellement dirigée par un commandant. Cette dérogation traduit autant la confiance des autorités que l’attachement personnel de Broche à ses hommes, qui le surnomment affectueusement « Metua », « le père » en tahitien. Les 300 premiers Tamari’i volontaires sélectionnés à Tahiti embarquent à Papeete le 21 avril 1941 à bord du Monowai, un paquebot néo-zélandais réquisitionné. Avant le départ, la reine Pomare remet le fanion du bataillon à William Grand, qui deviendra l’ordonnance du commandant Broche. Le navire arrive à Nouméa le 1er mai 1941. Le 3 mai 1941, à dix heures trente, une cérémonie officielle est organisée au monument aux morts de Nouméa pour la remise du fanion au capitaine Broche. Deux jours plus tard, le 5 mai 1941, l’ensemble du contingent embarque à Nouméa à bord du Zealandia à destination de l’Australie.
Australie et Proche-Orient : l’apprentissage du métier des armes
Après une traversée d’environ une semaine, le Bataillon du Pacifique débarque dans la région de Sydney et s’installe à Liverpool Camp. C’est là que les volontaires reçoivent leur premier équipement militaire complet, fourni par les Britanniques, et qu’ils suivent un entraînement intensif de quarante-cinq jours. L’instruction porte sur le maniement des armes, le combat d’infanterie, les marches d’endurance et la discipline militaire. C’est également pendant ce séjour qu’apparaissent les premiers traits culturels propres à l’unité. Les Polynésiens transportent avec eux leur tradition musicale ; on relève dès ce moment dans les sources la pratique du chant collectif accompagné à la guitare et au ukulélé, qui vaudra plus tard à l’unité le surnom de « bataillon des guitaristes ».
Au début du mois d’août 1941, après leur passage australien, les Pacifiens rejoignent le Proche-Orient. Le débarquement en Palestine intervient le 31 juillet 1941. L’unité s’installe d’abord au camp de Qastina, situé à proximité de Tel Aviv, où l’entraînement se poursuit pendant cinq mois. Le bataillon est alors rattaché à la 1re Brigade française libre (1re BFL) commandée par le général Pierre Kœnig. Au cours de l’automne 1941, le bataillon est successivement déplacé vers la Syrie, où la France libre tient une position contestée à la suite de la campagne du Levant menée en juin-juillet 1941 contre les forces vichystes. Promu lieutenant-colonel en octobre 1941, Félix Broche conserve la direction d’une unité dont les hommes ont alors acquis les bases du combat moderne. Le bataillon est ensuite renvoyé en Égypte. Il en franchit la frontière le 31 décembre 1941, jour de la Saint-Sylvestre. Les volontaires océaniens prennent place dans le dispositif britannique d’Halfaya, sur la frontière égypto-libyenne. Pour la grande majorité des hommes du Bataillon du Pacifique, l’année 1942 marquera l’entrée concrète dans la guerre.
L’épreuve fondatrice de Bir Haheim (1942)
Au cours du mois de janvier 1942, le Bataillon du Pacifique participe avec la 1re Brigade française libre aux combats d’Halfaya, où une garnison germano-italienne assiégée se rend après plusieurs semaines de blocus, puis aux opérations menées dans la région de Tengeder, en Cyrénaïque. Ces engagements limités constituent le baptême du feu de l’unité. Ils permettent au commandement de mesurer la valeur tactique des Pacifiens dans un environnement hostile, marqué par la chaleur, la rareté de l’eau et la guerre de mouvement caractéristique des opérations conduites en Afrique du Nord.
Le 14 février 1942, le bataillon prend position à Bir Hakeim, ancien poste italien situé au sud-est de Tobrouk, à la pointe méridionale de la ligne dite « de Gazala » que les Britanniques ont aménagée pour défendre l’Égypte. Le site est dépourvu de relief et d’eau – le puits du toponyme arabe, traduisible par « puits du vieillard », est à sec. Les hommes du bataillon, sur ordre du général Kœnig, s’enterrent et préparent une longue guerre de position. Pendant plus de quatre mois, le Bataillon du Pacifique alterne le service de garde de la position fortifiée et des sorties offensives lancées à bord des « Jock columns » – colonnes mobiles motorisées chargées de harceler l’Afrika Korps du maréchal Erwin Rommel et les unités italiennes.
À la veille de la grande offensive de l’Axe, le réduit de Bir Hakeim est tenu par environ trois mille sept cents hommes de la 1re BFL, soutenus par des unités d’artillerie, du génie et des transmissions. Outre le Bataillon du Pacifique, qui occupe le secteur sud-ouest, la défense est assurée par les 2e et 3e bataillons de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, par le Bataillon de marche n° 2 composé de volontaires d’Oubangui-Chari, par le 1er Bataillon d’infanterie de marine et par diverses unités d’appui. L’objectif allemand consiste à percer la ligne de Gazala, à reprendre Tobrouk, puis à pousser jusqu’au canal de Suez et au Levant pour s’ouvrir l’accès aux gisements pétroliers du Moyen-Orient. La résistance française à Bir Hakeim devient ainsi un enjeu stratégique majeur de la guerre du désert.
L’attaque de la division Ariete (27 mai)
L’offensive de l’Axe s’enclenche le 26 mai 1942. À l’aube du 27 mai, la division blindée italienne Ariete déclenche son assaut sur Bir Hakeim avec environ quatre-vingts blindés. Le Bataillon du Pacifique tient le secteur sud-ouest. Les Italiens se heurtent aux champs de mines et au tir précis de l’artillerie française. Le 2e bataillon de la 13e DBLE, commandé par le commandant René Babonneau, repousse cette première attaque en détruisant trente-cinq blindés. La position française résiste donc d’emblée à un effort destiné, dans les plans de Rommel, à enlever la position en quelques heures. Au cours des journées suivantes, l’investissement progresse. Trois divisions de l’Axe – dont une blindée allemande – encerclent progressivement le réduit. Le rapport de force devient extrêmement défavorable, parfois estimé à un contre dix par les chroniqueurs de l’époque. Plusieurs ultimatums sommant les Français de se rendre sont transmis par voie radio ; tous sont rejetés.
Rotonda Segnali, les grands assauts et la mort de Broche
Du 1er au 3 juin, le Bataillon du Pacifique mène, avec des éléments de la Légion étrangère, une opération offensive en avant des lignes principales, à Rotonda Segnali. L’objectif consiste à perturber la concentration des troupes ennemies et à leur infliger des pertes en matériel. L’attaque se déroule dans des conditions difficiles, sous une forte pression aérienne italo-allemande. Selon plusieurs récits, la coordination tactique entre le général Kœnig, posté au PC central, et le lieutenant-colonel Broche, dans le secteur ouest, est facilitée par l’usage de la langue tahitienne entre les opérateurs radio Snow et Thunot. Cette pratique linguistique, qui rend les communications inintelligibles aux services d’écoute italiens et allemands, illustre l’apport spécifique des engagés océaniens à la conduite tactique de la bataille. Le 4 juin 1942, depuis Londres, le général de Gaulle adresse au gouverneur Henri Sautot, alors haut-commissaire de France en Nouvelle-Calédonie, un télégramme dans lequel il salue la valeur militaire dont les volontaires du Pacifique font preuve à Bir Hakeim.
À partir du 6 juin, Rommel coordonne lui-même les opérations devant Bir Hakeim. La pression artillerie et aérienne s’intensifie. Le 8 juin, l’ennemi lance un nouvel assaut. Le Bataillon du Pacifique parvient à conserver ses positions mais commence à manquer d’eau et de munitions. Le 9 juin 1942, en fin de journée, un obus allemand – tiré, selon plusieurs sources, par un canon de 88 millimètres dont les artilleurs ont précisément repéré le poste de commandement – atteint l’abri du lieutenant-colonel Broche. Le capitaine Gaston Duché de Bricourt, son adjoint, est tué sur le coup. Broche, mortellement blessé, agonise dans les bras de son ordonnance William Grand. Sa mort prive le bataillon de son chef à la veille même de la sortie. Le général Kœnig nomme dans la foulée le commandant Jacques Savey à la tête de l’unité. Lors de cette même bataille, le sergent Walter Grand, frère de William Grand, devient le premier Tahitien à recevoir la croix de guerre 1939-1945.
La sortie de vive force et la fusion en BIMP
Conscient que la position ne peut plus être tenue plus longtemps faute de ravitaillement, le général Kœnig décide d’évacuer le réduit. Dans la nuit du 10 au 11 juin 1942, la garnison française tente une sortie de vive force vers le sud-ouest. Une fusée éclairante, tirée par les Allemands, dévoile le mouvement et provoque une réaction défensive immédiate. Plutôt qu’une attaque méthodique, les Français lancent alors une ruée à travers les lignes italo-allemandes, comptant sur la faible densité des champs de mines pour limiter les pertes. De nombreux véhicules sautent. Néanmoins, le 3e bataillon étranger et le Bataillon du Pacifique parviennent à passer. Le capitaine Jacques Beaudenom de Lamaze, à la tête de plusieurs Bren Carriers, ouvre la voie à coups de mitrailleuses. Il sera tué, avec le chef d’escadron Charles Bricogne, en réduisant à pied et à la grenade des nids de mitrailleuses ennemies. Au matin du 11 juin, plus des deux tiers de la garnison ont rejoint les lignes britanniques. Bir Hakeim est tombée, mais sa résistance, durant plus de 15 jours dans un rapport de force écrasant, a contribué à retarder l’offensive de Rommel et à permettre le repli organisé de la VIIIe armée britannique vers la ligne d’El Alamein. La presse britannique célèbre l’épisode, et Winston Churchill évoque devant la Chambre des communes l’« un des plus hauts faits d’armes » des Forces françaises libres.
Au sortir de Bir Hakeim, les pertes du Bataillon du Pacifique sont lourdes. Le 1er Bataillon d’infanterie de marine, qui combattait dans le même réduit, a lui aussi été décimé. Pour reconstituer une unité opérationnelle d’infanterie coloniale au sein de la 1re BFL, le général Kœnig décide de fusionner les deux bataillons. La décision officielle prend effet à compter du 16 juin 1942 ; sa mise en œuvre administrative est achevée le 1er juillet 1942. Le nouvel ensemble prend le nom de « Bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique » (BIMP). L’insigne du BIMP, dessiné en 1943 par le père Podevigne en Tunisie et réalisé en aluminium fondu sur place, traduit cette double filiation. Il associe à gauche les symboles de l’ancien 1er BIM et à droite ceux de l’ancien Bataillon du Pacifique, le tout posé sur une ancre de marine. La devise « FRANCE TOUJOURS » résume l’engagement de l’unité, et la date de 1940 gravée sur la pointe de l’ancre rappelle les ralliements respectifs.
Le commandement provisoire est exercé du 16 juin au 3 juillet 1942 par Eugène Alessandri, puis du 4 juillet 1942 au 20 novembre 1943 par le commandant Roger Bouillon. Dans son organisation interne, le BIMP juxtapose pendant plusieurs mois les compagnies issues des deux bataillons d’origine, avant d’obtenir, à partir de la campagne de Tunisie, des renforts venus de plusieurs horizons : engagés volontaires de l’armée d’Afrique recrutés à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942, évadés de France passés par l’Espagne et l’Afrique du Nord, et près de deux cent cinquante jeunes Corses engagés à l’automne 1943, après la libération de leur île.
D’El Alamein à la Libération (1942-1944)
À l’été 1942, la VIIIe armée britannique du général Bernard Montgomery se réorganise à l’est d’Alexandrie, sur la position d’El Alamein. Les unités françaises libres, dont le BIMP, participent à ce dispositif. Du 23 octobre au 4 novembre 1942, la seconde bataille d’El Alamein voit le commandement britannique reprendre l’initiative et infliger à Rommel un revers décisif. Si les Pacifiens et les soldats de marine du BIMP n’occupent pas les premières lignes du choc principal, ils prennent part aux opérations de la 1re BFL menées dans le secteur sud du dispositif allié, contribuant à la pression exercée sur les flancs de l’Axe.
À la suite d’El Alamein, les Forces françaises libres engagent leur unique grande poursuite avec les Britanniques à travers la Cyrénaïque, puis la Tripolitaine. La capitale libyenne, Tripoli, est libérée le 23 janvier 1943. Le BIMP intègre alors l’ensemble des unités françaises libres et de l’armée d’Afrique qui prennent part à la campagne de Tunisie, du 1er décembre 1942 au 13 mai 1943. Cette campagne s’achève par la reddition des forces germano-italiennes du général von Arnim, environ 250 000 prisonniers, et marque la fin de la guerre en Afrique. En Tunisie, le BIMP est intégré, en février 1943, à la 4e brigade de la 1re Division française libre (1re DFL), nouvellement formée à partir de la 1re BFL. Le 21 novembre 1943, le commandement du BIMP passe au commandant Henri Magny. Au cours de l’année 1943, parallèlement, un second contingent de volontaires calédoniens rejoint l’Afrique du Nord. Plusieurs Calédoniens s’engagent également dans les commandos parachutistes des Special Air Service (SAS) de la France libre.
La campagne d’Italie : du Garigliano à Sienne
Après plusieurs mois de réorganisation en Tunisie et en Algérie, la 1re DFL est mise à la disposition du Corps expéditionnaire français en Italie (CEF), commandé par le général Alphonse Juin et intégré à la Ve armée américaine du général Mark Clark. Le BIMP débarque à Naples au cours du mois d’avril 1944. Le dernier survivant tahitien du Bataillon du Pacifique, Ari Wong Kim, qui s’est éteint en octobre 2023, indiquait dans ses témoignages avoir débarqué le 20 avril 1944. La 1re DFL prend ensuite position dans la région du Garigliano, fleuve qui forme l’aile occidentale de la « ligne Gustav » que les Allemands utilisent depuis l’automne 1943 pour interdire la route de Rome aux Alliés.
L’offensive alliée s’enclenche dans la nuit du 11 au 12 mai 1944. Les troupes du général Juin, principalement composées de divisions coloniales – marocaines, algériennes, tunisiennes – associées à la 1re DFL et aux goumiers, s’élancent à travers les massifs montagneux du Latium, qui passent pour infranchissables. Le BIMP participe aux combats menés autour du Garigliano, et notamment à la prise de San Giorgio a Liri. C’est lors de l’attaque du 16 mai 1944, devant San Giorgio, que le commandant Henri Magny, chef du BIMP depuis novembre 1943, est tué à la tête de la 3e compagnie. Le capitaine Constant Roudaut assure brièvement l’intérim avant que le commandement ne soit confié, à compter du 20 mai 1944, au commandant Edmond Magendie, qui dirigera l’unité jusqu’à sa dissolution.
L’offensive du Garigliano est saluée comme la manœuvre française la plus ambitieuse de la guerre. Elle ouvre la route de Rome, capitale italienne libérée dans la nuit du 4 au 5 juin 1944 par les troupes alliées. Le 4 juin, une compagnie du BIMP entre dans Rome avec les éléments avancés de la Ve armée. Le retentissement médiatique de cette percée est rapidement éclipsé par le débarquement allié en Normandie, qui intervient le 6 juin 1944. Au-delà de Rome, la 1re DFL poursuit sa progression vers le nord, à travers la Toscane. Le BIMP participe aux combats de Bolsena, de Radicofani et du Monte Calcinajo. La division atteint Sienne le 2 juillet 1944, terme de sa campagne italienne. Au cours de cette opération, le BIMP a perdu environ 68 hommes, dont son chef de corps. Le 30 juin 1944, le général de Gaulle, en visite à Naples, passe en revue la 1re DFL ; il y cite le BIMP à l’ordre de l’armée et son fanion reçoit la croix de guerre.
Le débarquement de Provence et la libération du Sud-Est
L’opération « Dragoon » – initialement nommée « Anvil » avant d’être rebaptisée à la demande de Winston Churchill, qui s’était opposé sans succès à son lancement – débute le 15 août 1944. Sept divisions américaines et françaises débarquent entre Toulon et Cannes. La 1re DFL, embarquée à Tarente et à Brindisi, rejoint l’armada alliée au large de Naples. Ses premiers éléments touchent terre dans la baie de Cavalaire, dans le département du Var, dans la nuit du 16 au 17 août 1944. Le BIMP débarque le 17 août, deux jours après les forces de tête. Pour de nombreux Pacifiens, c’est la première fois qu’ils foulent le sol français. Beaucoup ont quitté leur île natale plus de trois ans auparavant.
La 1re DFL reçoit la mission d’enlever Toulon, principal port militaire français de Méditerranée et place forte solidement défendue par environ 31 000 soldats allemands. Le BIMP s’illustre particulièrement le 20 août 1944 devant Hyères, où il enlève le « Golf Hôtel », transformé par la garnison allemande en véritable fortin. Les combats sont aussi rudes dans le secteur de La Garde, où le 22 août 1944 le jeune Tahitien Ari Wong Kim est blessé une seconde fois ; il est cité à l’ordre de la division et reçoit la croix de guerre avec étoile d’argent. Le 23 août, deux Néo-Calédoniens du BIMP, Charles Porcheron et Raymond Perraud, sont tués à La Garde. Le lendemain, le Néo-Calédonien Georges Le Carrour, Compagnon de la Libération, est tué à Hyères. La prise de Toulon est officiellement obtenue le 26 août 1944, à l’issue d’une semaine de combats urbains menés conjointement par les unités de la 1re DFL et celles de l’armée B du général Jean de Lattre de Tassigny. Marseille tombe le lendemain. Le BIMP poursuit son avance le long de la vallée du Rhône, contribuant à la libération de Lyon le 3 septembre 1944.
Les derniers combats et la fin de la guerre (1944-1946)
À l’automne 1944, la 1re DFL prend position dans le massif des Vosges, dans des conditions climatiques très éprouvantes. Le froid intense, la neige et la pluie pénalisent particulièrement les hommes originaires du Pacifique, peu préparés à de tels environnements. Les combats du mois de septembre 1944 se révèlent meurtriers. À la mi-novembre, la division s’empare en quelques jours de Champagney, de Giromagny et de Rougemont-le-Château. Mais l’usure devient critique : la division enregistre environ mille six cents pertes au cours des combats des Vosges et son équipement, notamment en chaussures et en effets chauds, se dégrade fortement. Le commandement décide alors de relever, à l’automne 1944, environ 275 « Pacifiens » fragilisés par les rigueurs hivernales. Ils sont redirigés vers l’arrière, où ils intègrent notamment la garde du gouverneur militaire de Paris, à la caserne de Latour-Maubourg, dans l’enceinte des Invalides. Ces hommes y demeurent jusqu’à la fin de la guerre. Pour les compléter, le BIMP reçoit des renforts venus des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et des engagés volontaires de la métropole.
Alsace, Herbsheim et Colmar
Le 4 décembre 1944, la 1re DFL doit se redéployer en direction du Sud-Ouest pour participer à la réduction des poches allemandes de l’Atlantique – Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle. Mais l’offensive lancée par le maréchal Gerd von Rundstedt dans les Ardennes belges, à compter du 16 décembre 1944, remet en cause ce mouvement. La 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny reçoit la mission de tenir la Haute-Alsace et de défendre Strasbourg, libérée par la 2e DB du général Leclerc le 23 novembre. La 1re DFL est rappelée en urgence vers l’Alsace. Le BIMP s’installe dans les villages d’Obenheim, Rossfeld et Herbsheim.
L’attaque allemande se déclenche le 7 janvier 1945, dans des températures polaires. Le BIMP, qui tient Rossfeld et Herbsheim, subit des assauts violents pendant plusieurs jours, mais conserve l’essentiel de ses positions, malgré la précarité de ses liaisons avec l’arrière. La défense d’Herbsheim, conduite par le capitaine Constant Roudaut, mêle des éléments du BIMP à des sections du 22e Bataillon nord-africain, à des artilleurs antillais et à des fusiliers marins. Les combats s’achèvent par le repli partiel de la garnison française, au prix de pertes lourdes. Le bataillon, épuisé, est ensuite relevé par le 1er bataillon de Légion étrangère et placé en réserve. Lors de la grande offensive contre la poche de Colmar, conduite à partir du 22 janvier 1945, le BIMP appuyé par des tank-destroyers du 8e régiment de chasseurs d’Afrique nettoie le nord du bois de la Hardt et s’installe à Artzenheim. Au soir du 1er février 1945, la 1re DFL atteint le Rhin sur l’ensemble de son front. L’unité a alors enregistré, depuis le mois de novembre, environ deux cent vingt tués, mille deux cent quarante blessés, quatre-vingt-seize disparus et cinq cent cinquante pieds gelés.
Le massif de l’Authion (avril 1945)
Au printemps 1945, le BIMP est engagé dans le dernier épisode de combat majeur de la 1re DFL, dans le massif de l’Authion, à la frontière franco-italienne, dans les Alpes-Maritimes. Le secteur, à plus de deux mille mètres d’altitude, est tenu par la 34e division d’infanterie allemande dans des ouvrages bétonnés (forts de la Forca et des Mille-Fourches, redoute des Trois-Communes, ouvrages du col de Raus, de la baisse de Saint-Véran, du Plan-Caval, de la Béole). L’opération, baptisée « Canard », est confiée à la 4e brigade du colonel Delange, dont le BIMP forme l’élément principal.
Le 10 avril 1945, à 9 heures 30, après une préparation d’artillerie et un bombardement aérien des chasseurs du groupe 2/6, le BIMP attaque frontalement les ouvrages de la Forca et des Mille-Fourches en partant de la cime de Tueis. Les compagnies progressent sur des pentes balayées par les armes automatiques ennemies. Une compagnie s’empare en quelques heures de l’éperon précédant la Forca, mais la résistance allemande se révèle particulièrement vive. Le BIMP, renforcé par l’escadron de chars du 1er régiment de fusiliers marins du capitaine de corvette Barberot et par un détachement d’assaut équipé de lance-flammes commandé par le lieutenant-colonel Lichwitz – par ailleurs médecin personnel du général de Gaulle –, se dirige vers le camp de Cabanes-Vieilles, où la progression est bloquée pendant plusieurs heures. Le 11 avril, la 1re compagnie du BIMP s’accroche aux cotes 2068 et 2026, devant la Forca. Le bataillon entreprend un mouvement tournant par le sud des Mille-Fourches. La 2e compagnie, soutenue par les chars, prend Cabanes-Vieilles avec le concours du Bataillon de marche n° 11. Les Mille-Fourches tombent dans la foulée. Le 12 avril, en dépit d’une vive réaction ennemie, la Forca et le Plan-Caval sont enlevés à leur tour. Le 13 avril, l’objectif assigné est atteint et la résistance allemande se replie. Ces combats sont les derniers menés par le BIMP avant la capitulation allemande du 8 mai 1945.
De la croix de la Libération au retour à Papeete
Le 28 mai 1945, le général de Gaulle remet officiellement la croix de la Libération au Bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique. La citation accompagnant cette distinction salue une unité qui « gardera dans l’histoire la gloire d’avoir représenté l’infanterie coloniale sur les champs de bataille où les Forces françaises libres ont été les premières à reconquérir l’Honneur ». Le BIMP est l’une des 18 unités militaires françaises ayant reçu cette distinction. En mai 1945, le BIMP est administrativement dissous. Il devient le 1er bataillon du 1er régiment d’infanterie coloniale, conservant sa traditionnelle insertion dans l’ordre de bataille des troupes de marine.
Le 18 septembre 1945, les volontaires océaniens du BIMP défilent sur les Champs-Élysées, à Paris, parmi les troupes qui prennent part aux cérémonies de la victoire. La fin du mois marque le départ du bataillon de la capitale en direction des casernes du sud-ouest et du sud, puis de Marseille. Le rapatriement vers le Pacifique se heurte à la pénurie de navires civils et militaires disponibles dans l’immédiat après-guerre, à un moment où des centaines de milliers de soldats, prisonniers libérés et déportés cherchent à regagner leur pays d’origine.
Au début de l’année 1946, les survivants du Bataillon du Pacifique embarquent à Marseille à bord du Sagittaire, un bâtiment de la marine. Les sources évoquent un navire prévu pour environ deux cents passagers et qui en transporte alors près de deux mille, dans des conditions particulièrement précaires. Après une escale technique en Guadeloupe, le bâtiment poursuit sa route à travers le canal de Panama et le Pacifique. Le Sagittaire atteint Papeete le 5 mai 1946. La population de Tahiti, qui a appris l’arrivée du navire, déserte les commerces de l’île pendant deux jours pour accueillir ses soldats partis cinq ans plus tôt. Le navire repart ensuite en direction de la Nouvelle-Calédonie pour y débarquer les volontaires calédoniens et néo-hébridais. Quelques engagés, retenus pour des affectations spécifiques, ne rentrent au pays que plus tardivement. Ari Wong Kim, intégré à la garde du gouverneur militaire de Paris jusqu’en septembre 1945, n’arrive à Papeete que le 13 janvier 1947. Il est démobilisé le 14 mars 1947, après sept années passées sous l’uniforme.
Bilan d’un engagement
Les pertes du Bataillon du Pacifique, puis du BIMP, varient légèrement selon les sources, en raison des différences de comptabilisation entre Tahitiens, Calédoniens, Néo-Hébridais et engagés européens. Selon les chiffres habituellement retenus par les institutions mémorielles, le bataillon dénombre 76 morts tahitiens et 80 morts néo-calédoniens et néo-hébridais, soit environ 153 tués pour les volontaires océaniens d’origine. Le ministère des Armées estime à environ 75 le nombre de soldats tombés parmi les 300 engagés volontaires partis de Tahiti. Pour la Nouvelle-Calédonie, le portail Chemins de mémoire fait état de 72 morts au champ d’honneur et de 137 blessés. À ces chiffres s’ajoutent les pertes des engagés non-océaniens du BIMP, notamment les engagés du 1er BIM, les Corses incorporés en 1943, les évadés de France et les recrues métropolitaines. La fiche officielle du BIMP fait état de 13 Compagnons de la Libération morts pour la France au sein de l’unité.
Le fanion du BIMP est décoré de la croix de guerre 1939-1945 avec cinq palmes, ainsi que de la croix de la Libération. L’unité bénéficie de la fourragère aux couleurs du ruban de la médaille militaire de la croix de guerre 1939-1945, avec une olive distinctive. Plusieurs membres du Bataillon du Pacifique et du BIMP ont été faits Compagnons de la Libération à titre individuel : selon les sources institutionnelles de l’Ordre de la Libération, 68 officiers, sous-officiers et hommes de troupe du BIMP ont reçu cette distinction. Parmi les Compagnons issus du Bataillon du Pacifique avant la fusion figurent Félix Broche (1905-1942), Compagnon à titre posthume ; le Tahitien Philippe Bernardino (1915-1963) ; Robert Hervé (1910-1999) ; Pierre Lafon (1904-1942) ; Jean Pillard (1914-1989) ; Benjamin Favreau (1915-1994) ; Jean Bellec (1920-2002) ; et André Salvat (1920-2017), dernier Compagnon de la Libération du Bataillon du Pacifique. Du côté des Calédoniens et des engagés du BIMP qui ont marqué l’histoire, on trouve Marcel Cohen, Georges Le Carrour (1915-1944), Charles Porcheron (1917-1944) et Jean Tranape (1918-2012).
Au lendemain du conflit, la mémoire du Bataillon du Pacifique connaît, dans les territoires d’origine de ses combattants, une postérité immédiate et durable. La Nouvelle-Calédonie inaugure, le 18 juin 1973 sur le mont Coffyn à Nouméa, une « esplanade du 19 septembre 1940 » ornée d’une croix de Lorraine monumentale et d’une liste des combattants néo-calédoniens du second conflit mondial. À Tahiti, la caserne Bruat de Papeete, où s’étaient pressés les volontaires en septembre 1940, demeure un lieu de mémoire. Plusieurs anciens du bataillon ont occupé après-guerre des fonctions importantes : Walter Grand devient président de l’Assemblée territoriale de Polynésie française entre 1955 et 1958 ; John Martin, autre ancien du bataillon, contribue à la fondation de l’Académie tahitienne en 1972 ; Pouvana’a a Oopa, vétéran et figure du ralliement, est élu député puis sénateur de la Polynésie française. En métropole, la postérité a longtemps été plus discrète ; le retentissement de la campagne d’Italie ayant été « éclipsé » par celui du débarquement de Normandie.
Le décès des derniers anciens combattants du bataillon a marqué la fin d’une période de témoignage direct. Ari Wong Kim, dernier survivant tahitien du Bataillon du Pacifique, s’est éteint dans le 19 octobre 2023, à l’âge de 99 ans. Engagé volontaire à 16 ans en septembre 1940, sans avoir mentionné son âge réel au moment de son enrôlement, il avait été décoré de la Légion d’honneur en 2020 par François Broche, fils du premier chef de corps du bataillon.

Le Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique. 1940-1945 (Colonel Le Goyet, RHA, 1965).






