La frégate multi-missions Aquitaine de la Marine nationale s’est vue remettre, le 11 mars 2026, le « Hook’Em Award » de la 6e flotte de l’US Navy. Cette distinction, qui récompense l’excellence en matière de lutte anti-sous-marine (ASM), a été décernée lors d’une cérémonie tenue à Naples — siège du commandement des forces navales américaines en Europe et en Afrique — par le commodore Doug Sattler, commandant la Task Force 69 (CTF 69), au commandant de l’équipage B de la frégate française. Elle vient couronner les performances de l’Aquitaine lors de ses opérations de traque sous-marine conduites en Atlantique Nord au cours de l’année 2025.
Le « Hook’Em Award » a été institué en décembre 1975 par le vice-amiral Frederick C. Turner, alors commandant de la 6e flotte américaine, dans un contexte de compétition sous-marine intense avec l’Union soviétique. Attribué chaque trimestre à l’unité — navire de surface, sous-marin ou escadron aérien — ayant fait preuve de la meilleure préparation opérationnelle et du plus grand impact dans le domaine ASM au sein de la zone de responsabilité de la 6e flotte, ce prix a été suspendu au début des années 1990, après la dissolution de l’URSS. Il a été remis en vigueur en 2016 par l’amiral James G. Foggo III, dans un contexte marqué par la résurgence de l’activité sous-marine russe en Atlantique Nord et en Méditerranée, consécutive à l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014.
La réactivation du trophée intervenait alors que les marines de l’Alliance atlantique devaient à nouveau faire face à des sous-marins russes de plus en plus actifs, notamment dans le couloir GIUK — le passage stratégique entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni que les bâtiments quittant la base de Mourmansk doivent franchir pour accéder aux eaux profondes de l’Atlantique.
Une cinquième distinction pour la Marine nationale
Pour la France, l’obtention de ce prix par l’Aquitaine constitue la cinquième reconnaissance de ce type. La première remontait à 1991, année où la flottille 21F, opérant depuis la base aéronavale de Nîmes-Garons avec ses avions de patrouille maritime Atlantique 2, avait été distinguée — une récompense qui coïncidait précisément avec la suspension du trophée. Depuis la relance du prix, quatre nouvelles distinctions sont venues s’y ajouter, toutes décernées à des frégates multi-missions.
En 2020, les FREMM Bretagne et Auvergne avaient ouvert cette nouvelle série. En 2021, les frégates Provence et Languedoc, agissant dans le cadre de la Task Force 473, recevaient à leur tour le prix des mains de l’amiral Eugene Black, commandant de la 6e flotte. L’année suivante, en 2022, le vice-amiral Wing Ishee récompensait à nouveau quatre FREMM françaises — Auvergne, Bretagne, Languedoc et Provence — pour leurs déploiements en Méditerranée coordonnés avec la marine américaine. Avec la distinction accordée à l’Aquitaine en 2026, ce sont désormais cinq des six FREMM françaises configurées en version ASM qui auront été récompensées au moins une fois : il ne manque plus que la Normandie.
Un système d’armes reconnu par ses pairs
Les performances récompensées par le « Hook’Em Award » sont le produit d’une combinaison de facteurs techniques et humains. Sur le plan des équipements, les FREMM françaises disposent d’une suite sonar particulièrement aboutie, dont le CAPTAS-4 de Thales — sonar à remorque à profondeur variable, également désigné S2087 — qui constitue la pièce maîtresse du dispositif de détection sous-marine. Ce système équipe notamment les frégates de type 23 et 26 de la Royal Navy, ainsi que les frégates espagnoles F110 et les FDI françaises de nouvelle génération. La combinaison du CAPTAS-4 avec le sonar plongeant FLASH emporté par l’hélicoptère NH90 Caïman embarqué à bord des FREMM est régulièrement citée par les experts des marines alliées comme l’une des plus efficaces actuellement en service.
L’intérêt américain pour ce sonar a d’ailleurs franchi le stade de la simple observation : Naval News rapporte que la décision — depuis annulée — de l’US Navy d’intégrer le CAPTAS-4 à son programme de frégate Constellation (FFG-62) résultait directement des retours d’expérience de la 6e flotte sur les performances des FREMM françaises. Au-delà des capteurs, le système de combat SETIS, développé par Naval Group, contribue aux capacités d’analyse et de traitement des données acoustiques qui permettent aux équipages de conduire des opérations ASM complexes en environnement dégradé.
Le chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Nicolas Vaujour, avait quant à lui souligné, peu avant la remise du prix, que les FREMM associées au NH90 rendaient la vie particulièrement difficile aux sous-marins russes, y compris les plus récents, ajoutant que la frégate multi-missions était devenue la référence dans ce domaine aux yeux mêmes de la marine russe.
Un contexte opérationnel exigeant
La récompense accordée à l’Aquitaine pour ses opérations de 2025 s’inscrit dans un contexte d’activité sous-marine russe soutenue en Atlantique Nord, à des niveaux comparables à ceux observés pendant la guerre froide selon les sources officielles occidentales. La France, via le commandement CECLANT (préfecture maritime et commandement en chef pour l’Atlantique), assure une présence permanente dans le dispositif allié de surveillance de cette zone. Le fait que le trophée soit attribué à l’équipage B de l’Aquitaine — la frégate fonctionnant selon le principe des équipages alternants — souligne que la distinction repose sur des performances enregistrées lors de déploiements réels, et non sur des exercices simulés.
Le « Hook’Em Award » étant habituellement réservé aux unités américaines, sa remise répétée à des bâtiments français traduit un niveau de confiance opérationnelle que les autorités militaires américaines accordent formellement à la Marine nationale dans l’un des domaines les plus sensibles des opérations alliées en cours.





