Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont lancé une série de frappes aériennes sur le territoire vénézuélien, marquant une escalade majeure dans la crise entre les deux pays. Le président Donald Trump a annoncé la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores.
Plusieurs explosions ont retenti à Caracas vers 2h du matin, heure locale, suivies du survol d’aéronefs militaires américains à basse altitude. Des vidéos vérifiées montrent des hélicoptères survolant la capitale vénézuélienne, avec des panaches de fumée s’élevant dans le ciel nocturne.
Au moins sept explosions ont été signalées dans différents quartiers de Caracas et ses environs, notamment à La Guaira, Higuerote, Meseta de Mamo, Baruta, El Hatillo, Charallave et Carmen de Uria. Les frappes ont principalement visé des installations militaires, dont la base de Fort Tiuna – siège du ministère vénézuélien de la Défense – et la base aérienne Generalissimo Francisco de Miranda.
À 4h21, heure de la côte Est américaine, Donald Trump a publié sur Truth Social : « Les États-Unis d’Amérique ont mené avec succès une frappe à grande échelle contre le Venezuela et son dirigeant, le président Nicolás Maduro, qui a été, avec son épouse, capturé et exfiltré du pays ».
Détails de l’opération
Selon CBS News, l’opération de capture de Maduro a été menée par la Delta Force, l’unité d’élite des forces spéciales de l’armée américaine. Le 160e régiment d’aviation d’opérations spéciales (160th SOAR), unité spécialisée dans les missions héliportées, aurait assuré le transport des forces au sol, dans une opération comparée au raid contre Oussama ben Laden.
Trump a déclaré à Fox News avoir regardé la capture de Maduro en temps réel « comme une émission de télévision ». Il a ajouté que Maduro « tentait de négocier à la fin », mais que les États-Unis ont refusé en raison de son rôle présumé dans le trafic de drogue.
La procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, a annoncé que Maduro et son épouse ont été inculpés dans le district sud de New York pour « complot de narco-terrorisme, complot d’importation de cocaïne, possession d’armes automatiques et de dispositifs destructeurs ». Selon Trump, Maduro se trouve à bord de l’USS Iwo Jima en route vers New York, où il devra faire face à des accusations fédérales CNN.
Cette frappe s’inscrit dans le cadre de l’opération Southern Spear, campagne militaire américaine lancée officiellement en novembre 2025. Depuis début septembre 2025, le président Trump a autorisé plus d’une vingtaine de frappes létales contre des embarcations présumées de trafiquants de drogue dans la mer des Caraïbes.
Le 13 novembre 2025, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait annoncé le lancement formel de l’opération Southern Spear, décrite comme une campagne de « contre-narco-terrorisme » visant à perturber les réseaux de trafic de drogue dans l’hémisphère occidental.
Le déploiement américain avait débuté fin août 2025 avec l’envoi de navires de guerre dans le sud des Caraïbes, officiellement pour lutter contre le trafic de drogue. La première opération de cette campagne avait été l’attaque et le naufrage, le 2 septembre, d’une embarcation en provenance du Venezuela, tuant 11 « narcoterroristes » selon Donald Trump.
Fin octobre 2025, le déploiement américain comptait environ 10 000 soldats dans le sud des Caraïbes et à Porto Rico. Avec l’arrivée du porte-avions USS Gerald R. Ford en novembre, il s’agissait du plus important déploiement militaire américain dans la région depuis la crise des missiles de Cuba en 1962.
L’administration Trump a commencé à préparer l’opération de capture de Maduro à la mi-décembre 2025. Une exécution antérieure de l’opération avait été perturbée par d’autres facteurs, notamment la météo et la décision de Trump de frapper le Nigeria à Noël.


Réponses vénézuéliennes
Le gouvernement vénézuélien a condamné ce qu’il a qualifié d’« agression militaire très grave » et a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le ministre de la Défense Vladimir Padrino López a déclaré que « la Nation prévaudra » et a ordonné la mobilisation totale des forces armées vénézuéliennes.
La vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez a déclaré lors d’un appel téléphonique avec la télévision d’État VTV que le gouvernement ne connaît pas la localisation de Maduro et de Cilia Flores, exigeant une « preuve de vie immédiate » de l’administration Trump.
Selon deux sources proches de l’opération citées par Reuters, la CIA aurait bénéficié d’une source au sein du gouvernement vénézuélien, ce qui lui a permis de suivre et de localiser le président Nicolás Maduro.
Le président colombien, Gustavo Petro, a déclaré aujourd’hui avoir ordonné le déploiement de troupes à la frontière.
Sur le réseau X, l’opposante et Prix Nobel de la Paix 2025, María Corina Machdo, a salué cette intervention militaire. Elle a également déclaré que le candidat de l’opposition Edmundo González Urrutia, qui selon l’opposition avait remporté l’élection de 2024, devrait assumer la présidence.
Dans sa conférence de presse, Donald Trump a déclaré que Maria Corina Machado n’avait pas « le soutien ni le respect » nécessaires pour diriger le pays.

Traduction :
Vénézuéliens,
L’HEURE DE LA LIBERTÉ EST ARRIVÉE !
Nicolás Maduro affronte aujourd’hui la justice internationale pour les crimes atroces commis contre les Vénézuéliens et contre des citoyens de nombreuses autres nations. Face à son refus d’accepter une sortie négociée, le gouvernement des États‑Unis a tenu sa promesse de faire respecter la loi.
L’heure est venue pour que la Souveraineté Populaire et la Souveraineté Nationale règnent dans notre pays. Nous allons rétablir l’ordre, libérer les prisonniers politiques, construire un pays exceptionnel et ramener nos enfants à la maison.
Nous avons lutté pendant des années, nous avons tout donné, et cela en valait la peine.
Ce qui devait se passer est en train de se produire.
C’est l’heure des citoyens. De ceux qui ont tout risqué pour la démocratie le 28 juillet. De ceux qui ont élu Edmundo González Urrutia comme Président légitime du Venezuela, qui doit immédiatement assumer son mandat constitutionnel et être reconnu comme Commandant en Chef de la Force armée nationale par tous les officiers et soldats qui la composent.
Nous sommes maintenant prêts à faire valoir notre mandat et à prendre le pouvoir. Restons vigilants, actifs et organisés jusqu’à ce que se concrétise la Transition démocratique. Une transition qui a besoin de NOUS TOUS.
Aux Vénézuéliens qui sont à l’intérieur de notre pays, soyez prêts à mettre en marche ce que nous allons très bientôt communiquer à travers nos canaux officiels.
Aux Vénézuéliens qui sont à l’étranger, nous avons besoin de vous mobilisés, en activant les gouvernements et les citoyens du monde et en vous engageant dès maintenant dans la grande opération de construction de la nouvelle Venezuela.
En ces heures décisives, recevez toute ma force, ma confiance et mon affection. Nous restons tous en alerte et en contact.
LE VENEZUELA SERA LIBRE !
Allons, main dans la main avec Dieu, jusqu’au bout.
María Corina Machado
3 janvier 2026

Le 160th Special Operations Aviation Regiment : Les Night Stalkers, fer de lance de l’aviation des opérations spéciales américaines

Dans l’arsenal des forces spéciales américaines, peu d’unités incarnent aussi parfaitement l’excellence opérationnelle et la discrétion que le 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne), universellement connu sous son appellation de « Night Stalkers ». Cette unité d’élite de l’US Army constitue la composante aérienne des opérations spéciales, assurant l’insertion, l’extraction et le soutien aérien rapproché des unités les plus sensibles des forces armées américaines, notamment les Delta Force, les SEAL Teams et les Rangers.
Depuis sa création dans le contexte de l’échec de l’opération Eagle Claw en Iran, le 160th SOAR s‘est forgé une réputation d’excellence dans les missions les plus périlleuses, opérant dans des conditions météorologiques extrêmes, en terrain hostile et avec une précision chirurgicale. Sa devise, « Night Stalkers Don’t Quit » (Les chasseurs de nuit n’abandonnent jamais), reflète l’esprit de détermination qui anime cette unité unique.
Genèse et création : l’héritage d’Eagle Claw
L’échec fondateur
La création du 160th SOAR trouve ses racines dans l’une des opérations les plus controversées de l’histoire militaire américaine : l’opération Eagle Claw, tentative de libération des otages américains retenus à l’ambassade des États-Unis à Téhéran en avril 1980. Cette mission, qui devait être un coup de force spectaculaire, se solda par un échec retentissant à Desert One, le site de rassemblement dans le désert iranien.
L’analyse post-opérationnelle révéla de graves lacunes dans la capacité des États-Unis à mener des opérations spéciales complexes, notamment en matière de coordination interarmées et de capacités aériennes spécialisées. Les équipages d’hélicoptères engagés dans l’opération, bien que compétents, n’étaient pas spécifiquement entraînés pour le type de mission exigé : vols nocturnes de très longue distance en terrain hostile, navigation de précision sans aide extérieure, et coordination avec des forces spéciales au sol.
La Task Force 160
En réponse directe à ces déficiences, l’US Army créa en octobre 1981 la Task Force 160, basée à Fort Campbell, Kentucky. L’unité fut constituée autour d’équipages volontaires, triés sur le volet parmi les meilleurs pilotes d’hélicoptères de l’Army. Le colonel Robert « Tex » Meyer en prit le commandement, avec pour mission de développer une capacité d’aviation des opérations spéciales véritablement professionnelle.
La Task Force 160 se concentra dès l’origine sur trois domaines clés :
- Le vol nocturne de précision en utilisant des systèmes de vision nocturne de dernière génération
- Les techniques de pénétration en profondeur en territoire ennemi
- L’intégration étroite avec les unités de forces spéciales
L’institutionnalisation
Le 16 mai 1990, en reconnaissance de ses performances exceptionnelles, la Task Force 160 fut officiellement désignée comme le 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne). Cette transformation marqua la reconnaissance du caractère permanent et indispensable de cette capacité dans l’arsenal américain. L’unité reçut le statut de régiment, une distinction significative dans la structure organisationnelle de l’US Army.
Structure et organisation
Configuration actuelle
Le 160th SOAR est organisé en quatre bataillons d’aviation opérationnels, plus un bataillon de soutien et un bataillon d’entraînement :
- 1st Battalion : Basé à Fort Campbell, Kentucky, il constitue le bataillon originel et opère principalement des MH-60 Black Hawk et MH-6 Little Bird. Ce bataillon est traditionnellement déployé en soutien des opérations au Moyen-Orient et en Asie centrale.
- 2nd Battalion : Également stationné à Fort Campbell, il dispose d’un équipement similaire au 1er bataillon et assure une capacité de déploiement rapide avec rotation des équipages.
- 3rd Battalion : Basé à Hunter Army Airfield, Savannah, Géorgie, il se distingue par sa flotte de MH-47 Chinook à longue portée, essentiels pour les opérations de pénétration profonde.
- 4th Battalion : Stationné à Joint Base Lewis-McChord, Washington, ce bataillon est orienté vers le théâtre indo-pacifique et opère un mélange de MH-60 et MH-47.
- 5th Battalion : Unité de soutien assurant la maintenance, la logistique et les fonctions de renseignement.
- Regiment Headquarters and Headquarters Company : Assure le commandement, le contrôle et les fonctions de soutien administratif.
Effectifs et personnel
Le régiment compte environ 3,000 personnels, incluant :
- Pilotes et copilotes qualifiés pour les opérations spéciales
- Mécaniciens de bord spécialisés servant également comme tireurs d’élite aériens
- Personnels de maintenance hautement qualifiés
- Spécialistes en systèmes d’armes et avionique
- Personnel de soutien et de renseignement
La sélection et la rétention du personnel constituent une priorité absolue. Le régiment maintient des standards de sélection parmi les plus élevés de l’US Army, comparable à ceux du Delta Force ou des Rangers.
La flotte d’hélicoptères
Le 160th SOAR opère une flotte d’hélicoptères hautement modifiés et spécialisés, désignés par le préfixe « MH » (Mission Helicopter) plutôt que le « UH » standard, soulignant leur configuration unique pour les opérations spéciales.
MH-60M Black Hawk
Version fortement modifiée du UH-60, le MH-60M représente la plateforme d’insertion/extraction moyenne du régiment. Ses caractéristiques incluent :
- Avionique avancée : Système de gestion de vol entièrement numérique, écrans multifonctions et capacités de navigation autonome.
- Systèmes de vision nocturne : FLIR (Forward Looking Infrared) et pilotes équipés de lunettes de vision nocturne de quatrième génération.
- Perche de ravitaillement en vol : Permettant une autonomie théoriquement illimitée.
- Contre-mesures électroniques : Systèmes de brouillage et d’alerte radar sophistiqués.
- Armement : Mitrailleuses minigun de 7.62mm, canons de 30mm en nacelle, et capacité d’emport de roquettes.
- Capacité : 11-12 soldats entièrement équipés ou charge externe de 4 tonnes.
MH-6M et AH-6M Little Bird
Ces hélicoptères légers constituent la marque de fabrique visuelle du 160th SOAR. Dérivés du Hughes OH-6 Cayuse, ils existent en deux variantes :
MH-6M (version transport) :
- Banquettes externes latérales pour 6 opérateurs.
- Insertion/extraction ultra-rapide en environnement urbain.
- Capacité de se poser sur des espaces extrêmement réduits.
- Discrétion acoustique relative.
AH-6M (version d’attaque) :
- Minigun de 7.62mm ou canon de 30 mm.
- Pods de roquettes Hydra 70.
- Capacité d’emport de missiles Hellfire.
- Plateforme de tir stabilisée.
Ces appareils se sont révélés particulièrement efficaces en environnement urbain, comme démontré à Mogadiscio en 1993 et dans les opérations anti-terroristes en Irak et Afghanistan.
MH-47G Chinook
Le cheval de bataille pour les opérations de longue distance, le MH-47G est une version hautement modifiée du CH-47 standard :
- Portée étendue : Plus de 1,400 km avec réservoirs auxiliaires.
- Ravitaillement en vol : Perche rétractable pour missions ultra-longue distance.
- Avionique sophistiquée : Radar météorologique et de suivi de terrain, GPS militaire, systèmes de navigation inertielle.
- Capacité de charge : 33 soldats en configuration standard, ou 11,000 kg de charge utile.
- Armement défensif : Positions de tir multiples avec mitrailleuses M134 minigun et M240.
- Rotor arrière rampe : Configuration à double rotor offrant une excellente stabilité en vol stationnaire.
Capacités techniques distinctives
Le 160th SOAR se distingue par plusieurs capacités techniques uniques :
- Navigation autonome de précision : Les équipages sont entraînés à naviguer avec une précision de quelques mètres sans recourir au GPS, utilisant l’estime, les repères visuels même nocturnes, et les systèmes inertiels.
- Vol en terrain hostile : Maîtrise du vol tactique à très basse altitude (nap-of-the-earth), exploitant le relief pour éviter la détection radar.
- Opérations par tous temps : Capacité à opérer dans des conditions météorologiques que d’autres unités jugeraient prohibitives, grâce à l’avionique avancée et l’entraînement intensif.
- Insertion/extraction furtive : Techniques de fast-rope, rappel, échelle de corde, et SPIES (Special Patrol Insertion/Extraction System) permettant d’opérer sans poser l’appareil.
Doctrine opérationnelle et missions
Le 160th SOAR est certifié pour un large éventail de missions de forces spéciales :
- Action Directe (DA) : Insertion et extraction de teams de frappe sur des objectifs à haute valeur, raids contre des installations ennemies, captures ou éliminations de personnalités ennemies.
- Reconnaissance Spéciale (SR) : Insertion de teams de reconnaissance en profondeur du territoire ennemi pour collecte de renseignements.
- Contre-terrorisme (CT) : Soutien aux opérations de contre-terrorisme domestiques et internationales, notamment en appui du Delta Force et du DEVGRU (SEAL Team 6).
- Personnel Recovery (PR) : Récupération de personnels isolés en territoire ennemi, qu’il s’agisse de pilotes abattus, d’otages, ou de forces spéciales en difficulté.
- Soutien aérien rapproché (CAS) : Utilisation des variants d’attaque (AH-6M, DAP – Direct Action Penetrator) pour appui-feu immédiat.
- Guerre non conventionnelle : Soutien aux opérations avec des forces irrégulières, assistance militaire étrangère en zones de guerre.
Intégration interarmées
Une caractéristique fondamentale du 160th SOAR est sa capacité d’intégration avec les unités des autres armées :
- Navy SEALs : Support régulier des SEAL Teams conventionnels et du DEVGRU pour des opérations maritimes et terrestres.
- US Air Force : Coordination avec les Special Operations squadrons, notamment pour le ravitaillement en vol par MC-130.
- Joint Special Operations Command (JSOC) : Élément intégré permanent dans les task forces du JSOC.
- Forces étrangères : Entraînement et opérations conjointes avec les unités d’élite alliées.
Concept du « Package »
Le régiment opère selon le concept du « package » intégré, où plusieurs types d’appareils sont combinés pour une mission :
- MH-6 pour la reconnaissance et la suppression initiale
- MH-60 pour l’insertion de la force principale
- AH-6 ou DAP pour le soutien aérien direct
- MH-47 pour l’extraction et le support logistique
- Hélicoptères de commandement et contrôle
Cette approche permet une synergie maximale et une flexibilité opérationnelle.







Au-delà de l’opération à proprement parler il me semble que les conséquences long terme mériteraient d’être développées, ou à tout le moins, évoquées.
I) Architecture de sécurité mondiale
A mon avis, cette opération sera décrite par les historiens futurs comme le dernier clou dans le cercueil du droit international post-1945. Avec la Russie, c’est donc le deuxième membre du conseil de sécurité de l’ONU qui se permet tout seul de renverser un gouvernement dérangeant (avec plus de succès que les Russes). On me rétorquera que les USA ont une longue tradition de préparation de putsch, antérieure à Maduro. Certes. Mais là, nous parlons d’interventions des forces spéciales, au grand jour, d’un président des USA qui dit ouvertement qu’ils dirigeront le Vénézuéla, et qu’en gros, ils font ça pour le pétrole. On s’en doutait un peu, et pour le coup, ce n’est pas si différent de l’invasion de l’Irak, dans le procédé comme les objectifs. Néanmoins, le côté décomplexé est nouveau : en Irak, les USA avaient fait des efforts pour que le casus belli ait l’air crédible. Ce n’est plus vraiment le cas ici.
Nous sommes donc bien revenus à l’ère des empires. Le discours de Trump à l’égard du Groenland est ici parlant : il ne fait absolument aucun effort pour justifier, même de façon bancale, une éventuelle annexion. Le discours, c’est simplement : « J’ai un plus gros canon ». Même Poutine avait fait plus d’efforts pour l’Ukraine.
II) La stratégie US
Au-delà de la question du droit, on peut finalement se dire qu’il n’y a pas de vraie rupture sur le fond. Trump a un avantage : il est très lisible. Très franc du collier. Ses allusions à la doctrine Monroe, à la sécurisation du pétrole, sont transparentes : il veut poser les USA comme une puissance impériale dans sa zone d’influence, d’une part. Et s’accaparer le maximum de ressources fossiles, d’autre part.
Finalement, il n’est pas le premier à penser ou agir comme ça, même si, encore une fois, l’absence d’effort pour préserver les apparences me semble significative.
Il y a un point sur lequel il n’a pas mal joué son coup.
Le rapport de force, en termes de construction de navires et même de bases d’opérations, n’est pas si bon que ça pour les USA face à la Chine. Les Chinois ont bien joué leur coup, et en termes de puissance navale, et en termes de « maillage » de bases navales. Mahan aurait adoré. Et aussi, c’est embêtant, quand on envisage de défendre une île.
Du coup, la stratégie visant à s’accaparer ce qui permet aux navires d’avancer, à savoir le pétrole, tient tout à fait la route. En d’autres termes, les USA ne prennent pas le pétrole vénézuélien que pour l’obtenir, mais aussi pour empêcher d’autres de le faire.
Ses tentatives de rapprochement avec la Russie peuvent aussi, à mon sens, être lues sous ce prisme (même si je vois mal ce qu’il a de crédible à offrir aux Russes… trop instable).
III) La suite des évènements
Je vois trois éléments que j’aimerais développer. On a très bien compris comment pense Trump (ce n’est pas difficile). Il n’est pas aussi idiot qu’on a voulu nous le faire croire (mais beaucoup moins malin qu’il ne le croit). Il ne respecte le droit international que quand ça l’arrange, et se sert de la guerre pour faire du business, sous des prétextes moraux vagues. Bref, c’est un états-unien classique, mais caricaturé. Je pense qu’il faut vraiment considérer avec un esprit très ouvert la liste des actions qu’il pourrait entreprendre : il a trop confiance en lui pour prendre en compte les risques.
1) Sur le Vénézuéla
Pour le moment c’est bien joué. Mais il faut voir comment ça va se passer à long terme. Une déstabilisation régionale comme ce qu’il est en train d’opérer peut avoir des répercussions difficilement prévisibles sur le long terme. C’est à la fin du match qu’on compte les points.
2) Sur le Groenland
En parlant de répercussions… l’exemple du Vénézuéla nous montre que pas mal de choses qui semblaient inenvisageables il y a encore un an semblent aujourd’hui du domaine du possible. L’Europe est en train de se réarmer, mais lentement, et surtout, en dépendant des USA. En d’autres termes, face aux USA, nous ne pouvons militairement rien faire. La situation sera sans doute différente dans 15 ans. Trump le sait, et c’est pour ça que, s’il veut bouger (et je vois mal ce qui l’en empêcherait), il doit bouger vite. A l’heure actuelle, je fais la liste des raisons qui l’empêcheraient d’envahir le Groenland, et j’en fournis ici la liste exhaustive :
….
Voilà.
Avec ceci en tête, considérons, juste pour rire, que les USA envahissent effectivement le Groenland. La question est : pouvons-nous les en empêcher ? Réponse, non. Pouvons-nous pourrir la situation de manière à ce que rester devienne intenable pour une opinion publique US habituée aux guerres courtes et faciles ? Peut-être.
En tenant la Russie à bout de bras de l’autre côté ? Certainement pas. A moins d’un vrai changement moral. C’est le boulot des médias, et ils ne jouent pas leur rôle. Il est temps de faire comprendre aux français que nous sommes entourés d’ennemis et que leur petit confort va prendre fin. Et si je devais donner un horizon temporel, je le compterais en semaines plutôt qu’en années.
Et on pourrait mettre à profit ces quelques semaines pour travailler, juste à titre d’exercice intellectuel abstrait, sur un thème du style : « Comment on gérerait si on se retrouvait de l’autre côté d’une guerre asymétrique ? ». On pourrait même faire des exercices pratiques du style « Amusons-nous à cacher des armes dans la neige, ça servira peut-être plus tard ! ».
3) Petites considérations historiques
Il est intéressant de se pencher sur la guerre du Péloponnèse. Évidemment, comparaison n’est pas raison.
Mais il est intéressant de voir le jeu de balancier entre Athènes et Sparte, et la manière dont, dès qu’une cité se retrouve en position de force, elle abuse de son pouvoir, s’aliène ses vassales, donc se retrouve en position de faiblesse, jusqu’à ce que le balancier reparte dans l’autre sens.
Dans l’histoire, à la fin, Philippe de Macédoine arrive et met tout le monde d’accord. On savait qu’il était là, mais on n’y faisait pas trop attention, jusqu’à ce qu’il soit trop tard, et que lui et son fils Alexandre le Grand ne secouent la géopolitique régionale pour quelques siècles.
Et si on était en train de rejouer la guerre du Péloponnèse, mais en remplaçant l’entreprise familiale « Philippe & Alex » par le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité ?
L’opération américaine au Vénézuela est originale, voire innovante. Bien loin d’être « impériale » ou colonisatrice, elle se veut aboutissement d’une pression sur un État par ailleurs critiquable pour le moins, et cela sans tomber dans le travers d’un « changement de régime » improbable qui n’aurait eu aucun sens. Laissant la vice-présidente, par ailleurs pleinement co-responsable de la tyrannie de Maduro, finir de céder aux pressions et accepter sous l’aune d’une « coopération avec les USA », de livrer du pétrole, de libérer des opposants, ou même d’organiser des élections. Ce qui est actuellement en discussion, même si la cour constitutionnelle considère que Maduro n’est empêché que provisoirement…
Un exercice modéré de la puissance, aussi innovant que l’opération militaire spéciale de Poutine, n’en déplaise aux commentaires absurdes, sous informés et ridicules comme par hasard issus de l’Europe en déclin, qui ne comprend absolument plus rien à toutes ces choses…