dimanche 3 mars 2024

Premiers pas du syndicalisme militaire ?

Les armées se trouvent confrontées désormais à une nouvelle menace potentielle de désorganisation si je me réfère à la Croix (Cf. La Croix du 31 janvier 2016) avec cette interview du lieutenant-colonel en retraite Matelly, porte-parole de l’association GENDXXI. Cette association créée en vertu de la décision du CEDH sur la liberté d’association des militaires a porté plainte devant la commission européenne pour l’absence de repos accordé aux militaires dans le cadre des missions actuelles sur le territoire national, donc dans le contexte de l’état d’urgence.

Le lcl® Matelly estime en effet que « des gendarmes et soldats épuisés ne peuvent conserver la vigilance nécessaire à leurs missions ». Il s’appuie sur une directive européenne du 18 novembre 2003 qui fixe les seuils horaires à ne pas dépasser pour les militaires dans les activités dites normales, c’est-à-dire hors opérations extérieures ou de guerre.

La mauvaise foi et la faille juridique sont donc évidentes dans la mesure où les opérations intérieures dans le cadre de l’état d’urgence ne sont pas intégrées dans cette directive. Nous pourrions nous en étonner mais en 2003, il y avait sans doute une autre perception de la sécurité. L’ennemi n’existait plus et on réduisait déjà les forces armées. Une modification de cette directive est à faire rapidement.

Cependant, le manque de vigilance de nos soldats est une possibilité qui ne peut pas être ignorée en raison de leur engagement de longue durée sur le terrain. Peut-on cependant douter de leur entraînement et de leur résilience qui leur permettent d’être disponibles et vigilants 24h/24 sur une longue période ? Pour reprendre la dernière intervention du chef d’état-major des armées dans le Monde, 50% des militaires sont partis de chez eux au moins 200 jours en 2015. On ne peut pas douter de la fatigue des soldats mais leur professionnalisme semble leur avoir permis de faire face jusqu’à présent à un ou plusieurs engagement de longue durée.

La disponibilité est un principe fort de l’état militaire, dès lors que le politique n’en abuse pas, bien sûr. J’en conclurai que si un militaire ne peut pas être aussi disponible que son statut l’y engage, il est temps pour lui de rejoindre une profession qui accorde un droit à récupération et où les syndicats se plaignent régulièrement de la surcharge de travail donnée par la sécurité des Français.

Maintenant, le défaut de vigilance, toujours possible pour un soldat, doit conduire dans tous les cas à une protection juridique renforcée. En effet, un acte accompli pour faire face à une menace en temps « normal », mais en fait dans le cadre de l’état d’urgence, ne doit pas entraîner des conséquences négatives pour nos soldats dans l’exercice de cette mission sensible de protection.

Ainsi, un effet pernicieux de ce droit d’association voulu par l’exécutif (Cf. Mon billet du 21 décembre 2014) est avéré avec la plainte de GENDXXI. Le débat sur le temps de travail des militaires est amorcé mais compte tenu de la lenteur des procédures européennes, ce sera le successeur de cette présidence qui en assumera les conséquences éventuelles.

La désorganisation du fonctionnement des armées est en cours avec cette possible limitation du temps de travail et cette question : les militaires sont-ils assez nombreux pour assumer leurs missions de protection sans préjuger des futurs engagements après 2016, sinon 2017 ? Si non, il faudra engager encore plus de personnel … à moins qu’il ne faille plus de policiers ou de gendarmes ?

Sur ce dernier point, OPEX360 (Cf. Billet du 2 février 2016) a commenté le dernier ouvrage de Nicolas Sarkozy : « Sur le plan économique, M. Sarkozy estime qu’il faudra revenir à la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux…. Mais à l’exception des « forces de sécurité » (page 221). Cela englobe-t-il les armées dans son esprit? A priori, non. Page 186, il écrit : « S’agissant des effectifs de policiers et de gendarmes, je souhaite qu’il soit tenu compte de la particulière gravité de notre situation sécuritaire pour décider d’exonérer ces deux administrations cependant, de tout effort de réduction de dépense de personnel ».

Cela signifie clairement son choix de continuer à affaiblir les armées alors qu’il a déjà largement diminué les effectifs de la police et de la gendarmerie sous sa présidence. Donc, si jamais il était élu, les armées seraient encore plus mises sous pression. Or, la guerre contre le salafisme est loin d’être terminée. A la lumière du contexte sécuritaire actuel, la question de la clairvoyance du politique sur les questions de sécurité se pose donc.

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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