dimanche 3 mars 2024

Recruter dans la police en passant par l’armée ?

Les islamistes radicaux sont toujours en action avec des « succès » psychologiques » certes  en Côte d’Ivoire, en Turquie, en Tunisie, mais des succès qui semblent surtout montrer qu’ils sont en perte de vitesse, notamment sur le terrain du Califat face à l’efficacité russe. Quand la Russie s’engage dans un conflit, elle s’engage à fond. A méditer mais ce n’est pas le sujet principal de ce billet.

En effet, j’avais lancé ce blog en août 2011 en évoquant mon inquiétude devant la militarisation de la police et la mise à sa disposition d’armes de guerre (Cf. Mon billet du 25 août 2011 et mon billet du 26 août 2011). Certes les circonstances ont changé et je comprends que les policiers veulent être mieux armés. Aujourd’hui, cette militarisation semble acquise. Cela conduit à quelques réflexions et peut-être aussi à une proposition par exemple sur le recrutement.

La question se pose sur les garanties face à une militarisation excessive de la police. Ensuite, est-ce bien raisonnable avec un entraînement qui ne sera sans doute pas à la hauteur en nombre de cartouches, avec les contraintes du service et des horaires de travail ?

Cependant l’objectif reste de former quelque 1 835 policiers en mesure d’affronter des terroristes fortement armés. Ils recevront 874 armes de guerre d’ici la fin du premier semestre 2016… avec une formation de six heures et un entraînement de 75 cartouches. Les CRS recevront aussi 400 fusils HK G36. Vous aurez remarqué que ce sont des armes étrangères, la France n’étant plus en mesure de fabriquer ses propres fusils d’assaut (Cf. La Tribune du 11 septembre 2015). Sur l’emploi des armes, il est évoqué l’interdiction de tirer en rafale… il faudra vraiment s’entrainer pour garder la tête froide sous un déluge de feu fortement probable.

Cette force morale nécessaire pour faire face est à rapprocher – peut-être – à cette phrase rapportée dans le Monde du 12 mars 2016 et recueillie au sein d’une équipe de la BAC : « Faut quand même être débile pour risquer ta vie pour 2 500  euros par mois ».  Si je me réfère à nos soldats et à leur solde, il y a un décalage réel dans l’engagement et le fait de confier des armes de guerre à la police, sans entraînement réel, avec un état d’esprit qui peut interpeller même si cela peut paraître une forfanterie.

Je préconiserai volontiers une solution pour développer le sens de l’engagement, par exemple par le recrutement. La nation ne peut être que fière de voir 35 000 candidats à 2800 postes de gardiens de la Paix. En même temps, l’armée de terre (et les armées en général), a lancé sa campagne de recrutement de 14 500 soldats.

Maintenant, n’est-il pas temps de construire un système novateur de recrutement des forces de sécurité ? En particulier, tous ces volontaires pour être policiers et donc servir le pays ne mériteraient-ils pas d’être orientés vers un engagement dans les armées ? Là, effectivement ils apprendraient à servir, à utiliser une arme et à gérer le stress dans la durée avec ensuite une possibilité de rejoindre la police s’ils le souhaitent après un temps de service par exemple simplement de trois ans. Ils auraient fait leurs preuves, ils auraient été entraînés, aguerris. Les ministères respectifs seraient dans une logique « gagnant-gagnant ».

Je sais. La fonction publique, les syndicats n’aiment pas beaucoup que les militaires intègrent leurs rangs sauf à dose homéopathique. Leur mentalité est effectivement différente mais cela ne ferait-il pas du bien à la fonction publique en général et dans ce cas précis aux forces de police ?

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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