lundi 6 décembre 2021

Temps politique et opérations militaires.

Je ne peux m’empêcher de réagir à ce décalage entre le temps politique et les opérations militaires en cours en lisant dans Libération du 4 octobre 2011 cette déclaration de François Hollande sur le départ de nos forces d’Afghanistan : « Je pense que, dès la fin de 2012, il faudrait avoir mis fin à notre présence en Afghanistan ».

Nous avons un candidat à la fonction de président de la République et de chef des armées qui annonce avant une élection éventuelle le départ total de nos forces d’Afghanistan.

Or, quelques points ne semblent pas avoir été pris en considération pour une telle décision.

Bien que les sondages montrent que les Français ne soutiennent pas la guerre en Afghanistan (quand on leur pose la question), y-a-t-il vraiment un débat en France et si oui n’est-il pas artificiel ? A ce titre, se référer sans doute à cette seule perception est-il suffisant pour envisager un retrait de nos forces ?

Le devoir de solidarité auprès de nos alliés est un principe qu’il me semble devoir être respecté pour assurer notre crédibilité et notre fiabilité dans un engagement militaire en coalition. Contribuer à l’opération militaire d’une coalition implique un engagement total y compris du niveau politique. Un retrait hâtif ne peut que fragiliser nos alliances.

Enfin, le sang versé par nos soldats ne doit pas l’avoir été pour rien. Une guerre dans laquelle nous sommes engagés ne peut aboutir à un simple retrait « en cours de route » sans que la mission n’ait été totalement terminée avec la reconnaissance d’un succès militaire qui est réel. L’oublier sera une cause de ressentiment et de défiance des militaires vis-à-vis du pouvoir politique sans remettre en cause bien entendu la prééminence de la décision politique.

Quitter l’Afghanistan, suite une simple déclaration électorale, serait un mauvais message à la fois à nos alliés, aux insurgés et à nos forces armées sur notre fiabilité, sur notre crédibilité et finalement sur la confiance à apporter à notre politique étrangère dans le long terme. Le calendrier électoral doit être dissocié de la conduite des opérations qui dépasse souvent aujourd’hui les mandats électoraux.

Chaque candidat devrait en être conscient. Un engagement militaire ne doit pas faire partie des questions électorales d’autant plus qu’il répond à une vision stratégique de nos intérêts et non à un intérêt vital qui appellerait une mobilisation complète de la Nation.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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