jeudi 7 juillet 2022

Ukraine 03 avril : « repli, retraite, redéploiement ? »

Les forces russes évacuent le nord de l’Ukraine, dans de relativement bonnes conditions. La manœuvre de repli est une des plus délicates : rarement prévue de longue date, effectuée sous la pression et forcément dans un contexte de moyens diminués, de fatigue et de commandement désorganisé, elle peut conduire à une déroute si elle est mal exécutée et que l’adversaire en profite pour exploiter avec succès. Pour l’heure, ce n’est pas le cas : l’armée ukrainienne, elle aussi usée, réoccupe les positions avec prudence.

L’axe nord-ouest de Kyiv (1) était le plus difficile sur le plan opérationnel. En l’absence de voie ferrée, les forces russes ne pouvaient s’y maintenir durablement.

Au nord-est de la capitale (2) les forces russes reculent, mais sans relâcher la pression sur Chernihiv, important nœud de communication dont la défense a contribué à l’échec de l’offensive russe dans le nord. Plus à l’est (3) (4) le repli le long des axes de ravitaillement s’accompagne aussi de positions de retardement. Le risque de « collapsus » du corps russe semble écarté. Autour de Kharkiv (5), les bombardement de l’artillerie russe continuent, tandis que l’armée ukrainienne poursuit des attaques modérées.

En Donbass, les Russes ont bien pris Izyum (6), mais se sont aussitôt arrêtés pour faire une pause, signe qu’ils n’ont pas de réserves blindées « fraîches » à introduire pour exploiter, ce qui permet aux défenseurs de reculer en ordre. Les mouvements offensifs russes se concentrent sur une attaque « incrémentale » (7), qui tire le meilleur parti de leur artillerie, qui reste très supérieure à celle des Ukrainiens. Tant que les stocks d’obus sont suffisants, ils peuvent « avancer sous le feu » et pousser, lentement mais surement, les Ukrainiens hors du Donbass. Inférieurs en artillerie lourde et en frappes aériennes, les Ukrainiens ne peuvent répondre.

Marioupol (8) est en ruines, et les Russes se concentrent sur le « nettoyage » des dernières poches de défenseurs. Les effectifs russes y ont été considérablement usés.

Plus à l’ouest (9) les Russes tentent de maintenir leurs positions entre Kherson et le sud de Kryvyi Rih, tout en agitant leurs forces en mer et en Transnistrie (10) pour fixer les Ukrainiens.

Commencé il y a deux ou trois jours, le mouvement de retrait des forces russes du nord de l’Ukraine va se poursuivre par une longue « régénération » et un redéploiement. Dans l’intervalle, la poussée, lente mais inexorable, en Donbass maintien la pression sur les effectifs ukrainiens.

Ne pouvant ni franchir les frontières adverses ni frapper en profondeur de manière significative, les Ukrainiens ne peuvent prendre le risque de dégarnir le front autour de Kyiv. Leur succès défensif a été réel dans le nord, parvenant à bloquer l’offensive russe principale avec des forces très inférieures. Mais le manque de réserves mobiles et de moyens lourds ukrainiens continue de peser dans la durée.

Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.
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2 Commentaires

  1. Personnellement j’ai toujours pensé que Kiev n’était un But mais un point de fixation (mais, je ne suis pas militaire). Certains pourtant avaient considéré la colonne de 64 km de blindés prise au piège (comme des débutants) … jusqu’à ce qu’elle redémarre sans rien demander à personne. Ce recul (que d’aucun vont, de la même façon, considérer comme une retraite…) en relativement bon ordre (levant le siège de Chernihiv sans raisons strictement militaires : déroute ?!) me conforte dans cette vision.
    Le but, pour ma part (en version maxi), les oblasts de (naturellement Donetsk et Louhansk) Zaporizhia, Mykolaev, Kharkiv ? Odessa ? Et Dnipro ?. C’est-à-dire la cote russophone. Sinon en version minima la mer d’Azov sera une mer intérieure russe : exit la base navale anglaise en projet.
    A suivre.

    • L’idée que Kiev aurait été une « diversion » est une théorie en vogue, et un élément de langage du Kremlin, mais cela ne tient pas. Trois armées combinées ont été massivement engagées dans le front nord (35e, 36e, 41e, 2e blindée de la Garde). On ne fait pas une diversion avec le gros de ses forces. Les unités parachutistes d’élite engagées et détruites à Hostomel sont trop précieuses et trop longues à former pour avoir été un « pion sacrifiable ». Et même si la retraite s’est déroulée en « bon ordre » du fait de la prudence ukrainienne et des blocages laissés par les Russes, les pertes matérielles et humaines sont colossales. En face, l’Ukraine alignait une poignée de brigades et peu d’artillerie.
      Il faut l’admettre, sans « complot », sans « agenda caché », sans « subterfuge génial » : les Russes ont été sèchement battus dans le nord de l’Ukraine, par un adversaire combatif, adroit, prudent mais à l’affut des opportunités. La logistique russe n’a jamais été capable de recoller au besoin des forces, les réflexes tactiques ont été déplorables et, alors que l’échec de l’assaut initial aurait du entrainer au bout de 48h une pause de retex-revue du plan, les Russes se sont acharnés pendant trois semaines avant de jeter l’éponge, avec des forces bien plus usées que celles des défenseurs. Échec.

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