mercredi 24 avril 2024

Une loi de programmation militaire pour répondre au défi de la guerre de la haute intensité

Il devient insupportable d’entendre le dénigrement de l’effort militaire que la France accepte de financer. Certes, il reste insuffisant par rapport à ce que nos alliés affichent mais nous n’avons pas d’ennemi directement au contact de nos frontières. Les capacités sont conçues dans un cadre multinational, avec des appuis aériens et navals.

Concernant les effectifs du ministère des armées, civils compris, ils s’élèveront à 271 800 équivalents temps plein en 2027 et à 275 000 équivalents temps plein en 2030. La réserve opérationnelle militaire, portés à 80 000 en 2030 puis à 105 000 au plus tard en 2035 pour atteindre l’objectif, y compris en outre-mer, d’un pour deux militaires d’active.

À la lumière de la guerre en Ukraine, le plus important demeure les capacités opérationnelles.

Bien loin des affirmations entendues pour exemple sur une force terrestre aux effectifs limités de 15 000 hommes, ce qui était prévu en 2013, aujourd’hui, et la loi de programmation militaire du 1er août 2023 pour les années 2024 à 2030 le montre, une force militaire interarmées conséquente est désormais planifiée pour intervenir en haute intensité. Ainsi en fonction du milieu dominant de l’opération (terrestre, aérien, maritime), cette LPM (si elle est respectée) prévoit (abréviations dans le document joint) :

  • 1 état-major interarmées stratégique, 1 état-major opératif, 1 groupement de soutien interarmées de théâtre ;
  • 1 état-major terrestre de niveau corps d’armée, 1 division (avec appuis et soutiens) composée de 2 brigades interarmes relevables, 1 brigade d’aérocombat, 1 groupement de forces spéciales terre, soit 25 000 hommes ;
  • 1 commandement de force navale (MCC), 1 porte-avions (PA) et son groupe aérien (GAé) (30 chasseurs et 2 avions de guet aérien), 2 PHA, 8 frégates de 1er rang, 2 SNA, jusqu’à 5 PATMAR, jusqu’à 2 BRF, 1 groupe de guerre des mines, 1 groupe d’actions spéciales navales;
  • 1 commandant interarmées de forces aériennes (JFACC), 1 AWACS, 40 avions de chasse, 8 avions de transport stratégiques et de ravitaillement, 2 plots RESCO, 1 capacité de 15 avions de transport tactique (ATT) avec capacité d’aérolargage, 1 capacité de renseignement de théâtre (1 ARCHANGE + 2 ALSR + 2 systèmes de drones MALE), 2 plots de défense sol-air multicouches avec capacité LAD (protection de la force), jusqu’à 3 bases aériennes projetées (comprenant une capacité LAD et si besoin de défense sol-air) ;
  • 1 état-major de composante de forces spéciales (SOCC) composé de 8 groupes et de leurs états-majors tactiques et moyens de transport (avions, hélicoptères, véhicules tactiques protégés), de moyens d’insertion maritime, d’une trame drones (tactiques, ISR) et des soutiens spécifiques associés ;
  • 1 composante cyberdéfense reposant sur un commandement centralisé et des capacités métropolitaines couvrant les trois domaines de lutte cyber : LIO, L2I et une capacité LID déclinée au niveau du théâtre, reposant sur des centres opérationnels de cyberdéfense déployés (SOC de théâtre) et des groupes d’intervention cyber mis en alerte pour des missions préventives et réactives. Ces dispositifs seront complétés au niveau des composantes par des unités spécialisées appartenant aux composantes terrestre, navale, aérienne et spatiale ;
  • + appui de la composante spatiale en mesure de mettre en œuvre le spectre complet des opérations spatiales militaires comprenant l’établissement d’une situation spatiale partagée, les appuis aux opérations (SATCOM, géolocalisation et aides au positionnement et à la navigation, météorologie spatiale) et les actions couvrant le volet de la défense active et passive des systèmes spatiaux.

Certes ces ambitions sont soumises à la stricte application de la LPM. La précédente de 2017 a été respectée mais celle-ci connaitra une nouvelle élection présidentielle sinon une nouvelle majorité à la moitie de son exécution. Le risque d’une remise en cause de cette LPM est réel si l’on se réfère aux LPM précédentes.

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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1 COMMENTAIRE

  1. À la lumière de la guerre en Ukraine, le plus important demeure les capacités opérationnelles.

    Je pense que à la lumière de la guerre en Ukraine le plus important est la masse de soldat, vu le taux d’attrition sur le front en combien de temps l’armée de terre et sa réserve seront elles anéantis ????
    Un « mercenaire Polonais » ayany fuit les combats disait sur une vidéo
    Dans les 30 m les kalashnikov vous tuent.
    Dans les 200 m les mitrailleuses vous tuent.
    Dans les 1000 m les engins blindés vous tuent.
    Je ne parle pas de l’artillerie, des hélicoptères, des avions ou des drones, mines.
    Enfin sur le champs de bataille tout veux vous tuer.

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