jeudi 7 juillet 2022

Ukraine 18 mars : « à l’Est, rien de nouveau » (enfin presque)

La situation a peu bougé depuis 48 heures. Les actions russes sont réduites à des opérations au niveau de la compagnie. Des rapports de désertion remontent de divers canaux, le moral est en berne. Les morts d’officiers généraux montrent que le commandement doit s’exposer, qu’il manque de moyens de communication. Plus de 70% des forces russes seraient engagées en Ukraine, mais sans pouvoir contrôler le pays. Malgré sa supériorité matérielle, l’armée russe attaque « à un contre quatre » face aux effectifs mobilisables par les Ukrainiens.

Le principal point de vulnérabilité russe reste toujours dans le nord (1). Les poches de Chernihiv et Sumy tiennent, entravant les flux logistiques. Les reconnaissances autour de la capitale n’ont pas fait avancer l’encerclement, faute d’effectifs et de ravitaillement et les Ukrainiens parviennent à mener de petites contre-attaques. Les pointes avancées russes pourraient néanmoins couper le ravitaillement vers Kharkiv (triangle).

À Kharkiv (2), l’action russe semble limitée au pilonnage, les Ukrainiens ayant repris plusieurs quartiers. Ceci dit, c’est sans doute un point de fixation : la ville est cruciale pour l’Ukraine.

Dans le Donbass (3) et autour de Marioupol (4) on voit le seul objectif politique russe à portée de main : la conquête du territoire revendiqué des deux républiques, associée à la prise de la côte pour relier la Crimée. Le débordement d’Izyum vers Sloviansk est menaçant mais difficile. La prise de Marioupol est un combat épuisant qui montre le peu de préparation russe en matière urbaine, ainsi que leur manque d’infanterie. Les « volontaires » Tchétchènes ou Syriens sont à l’entrainement. Quelle sera leur valeur opérationnelle au sein du dispositif combiné russe ?

Pour l’heure le seul mouvement un peu nouveau est la réorientation depuis Mikolaïv vers le nord-est, en direction de Kryvyi Rih (600 000 habitants – 1,5 fois Marioupol) (5). Abandonnant la route d’Odessa, l’armée russe peut prendre la boucle du Dniepr à revers et couper les voies de ravitaillement ukrainiennes du Donbass (triangles rouges). On peut penser qu’une partie des renforts remontant d’Arménie seront orientés dans ce secteur.

À Kherson, les manifestations continuent et plusieurs sources signalent que les Russes préparent une nouvelle « république autoproclamée » et un référendum dans la foulée. Il sera facile de faire de même à Melitopol et Marioupol.

Devant Odessa, les forces navales russes font des démonstrations et la Transnistrie est en alerte, sans doute pour fixer les troupes ukrainiennes.

À ce stade, les Ukrainiens semblent toujours bien approvisionnés par les Occidentaux en matériel d’infanterie (missiles antichars et antiaériens). Cela leur donne une forte capacité défensive dans les zones urbaines, mais sans capacité de contre-attaque.

La saison des travaux agricoles commence début avril. A minima, la FAO attend une baisse de 30% des récoltes.

Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.
ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Les plus lus

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB