1956-2026 : 70e anniversaire du bataillon de Joinville.

Créé en 1956 pour accueillir les sportifs de haut niveau appelés sous les drapeaux, le bataillon de Joinville a permis à plusieurs générations d’athlètes français de poursuivre leur entraînement pendant leur service militaire. Mis en sommeil en juin 2002 avec la suspension de la conscription, il a été réactivé au milieu des années 2010 sous une autre forme. Il regroupe aujourd’hui, au Centre national des sports de la défense de Fontainebleau, les sportifs de haut niveau sous contrat avec les armées et la gendarmerie.

Son nom renvoie à une institution plus ancienne : l’École normale militaire de gymnastique ouverte en 1852 dans le bois de Vincennes, sur le territoire de Joinville-le-Pont. Entre ces deux dates, l’histoire du bataillon recoupe celle de l’éducation physique militaire, de la politique sportive de l’État et du service national. En 46 ans d’existence sous sa première forme, l’unité a incorporé environ 20 500 à 21 000 athlètes. Les bilans officiels lui attribuent 45 médailles olympiques, 312 titres mondiaux civils ou militaires et 952 titres nationaux ou internationaux.

L’École de Joinville, 1852-1939

L’École normale militaire de gymnastique ouvre ses portes le 15 juillet 1852, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, quelques mois avant la proclamation du Second Empire. Elle s’installe dans la redoute de la Faisanderie, un ouvrage militaire des fortifications de Saint-Maur construit en 1846 à l’angle sud-est du bois de Vincennes, en bordure du plateau de Gravelle. Le terrain dépend alors de la commune de Joinville-le-Pont, dans le département de la Seine, aujourd’hui le Val-de-Marne. C’est de cette localisation que l’établissement tire le nom sous lequel il sera connu pendant un siècle.

Charles d’Argy (1805-1870).

La fondation est confiée au commandant d’Argy. La création formelle de l’école relève du ministre de la Guerre, le maréchal de Saint-Arnaud. Elle prend la suite de plusieurs initiatives antérieures, à Paris et en province, qui avaient tenté d’introduire la gymnastique dans la formation des soldats depuis la première moitié du XIXe siècle. Sa mission est d’abord de former des moniteurs de gymnastique pour l’armée. Chaque régiment dispose d’un nombre de places déterminé pour envoyer des hommes se faire certifier à Joinville, puis diffuser l’enseignement reçu dans leurs unités.

En septembre 1872, au lendemain de la défaite contre la Prusse, l’escrime est rattachée à l’établissement, qui devient l’École normale militaire de gymnastique et d’escrime. Les deux divisions sont placées sous l’autorité d’un même commandant et relèvent du ministère de la Guerre. La division de gymnastique reste à la Faisanderie, tandis que la division d’escrime s’entraîne au camp de Saint-Maur, à proximité. L’école forme dès lors des maîtres d’armes en plus des moniteurs de gymnastique.

Le rôle de Joinville déborde rapidement le cadre militaire. La IIIe République rend la gymnastique obligatoire dans les écoles publiques, et un programme détaillé d’éducation physique est signé par Jules Ferry le 28 juillet 1882. Faute d’organisme civil capable de former les enseignants nécessaires, l’école militaire comble ce manque. Ses cadres interviennent dans la formation des maîtres et influencent les contenus enseignés aux élèves. Avant 1914, l’établissement contribue aussi à la préparation d’athlètes français engagés dans les premiers Jeux olympiques modernes.

La Première Guerre mondiale modifie son activité. Le site accueille un centre d’instruction physique et de combat à la baïonnette, dont un guide-mémento est daté du 29 juin 1916. L’école s’oriente également vers la rééducation des blessés et des mutilés, ce qui en fait l’un des premiers lieux de réadaptation physique en France. Sur le plan des méthodes, l’armée abandonne à partir de 1917 la gymnastique d’inspiration suédoise, fondée sur des mouvements rythmés et collectifs, au profit de la méthode naturelle mise au point par Georges Hébert, lieutenant de vaisseau de la Marine.

Après l’armistice, Joinville occupe une position centrale dans l’éducation physique nationale. De 1919 à 1922, l’école publie en sept fascicules un projet de règlement général d’éducation physique. La version définitive paraît à partir de 1925, en plusieurs tomes publiés jusqu’en 1931. Ce texte, connu sous le nom de « méthode française » ou « méthode de Joinville », emprunte à la gymnastique suédoise, à la méthode d’Hébert, aux travaux de Georges Demenÿ et aux sports anglais. Il sert de référence dans l’armée et à l’école pendant plusieurs décennies. La même année 1925, l’établissement prend le nom d’École supérieure d’éducation physique.

L’entre-deux-guerres voit aussi l’école essaimer en province. Au sortir de la Grande Guerre, des structures liées à Joinville s’implantent notamment au Fort Carré d’Antibes. De 1920 à 1967, plusieurs écoles militaires d’entraînement physique s’y succèdent, ce qui fera d’Antibes l’autre grand foyer du sport militaire français.

Un épisode des Jeux olympiques illustre la place qu’occupe alors la culture de Joinville. Le salut olympique, pratiqué depuis les Jeux d’Anvers en 1920, bras droit tendu vers le côté, est parfois appelé « salut de Joinville ». Lors du défilé d’ouverture des Jeux de Berlin, en 1936, la délégation française conduite par le lanceur de disque Jules Noël l’exécute devant la tribune officielle. Le public allemand l’interprète comme un salut hitlérien et applaudit. Le 3 septembre 1946, la commission exécutive du Comité international olympique décide de modifier le salut lors des cérémonies d’ouverture pour éviter toute confusion.

L’école ferme ses portes en 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale. Ses personnels sont dispersés. À partir de 1941, ils reprennent leurs fonctions dans divers établissements civils et militaires, dont le collège national des moniteurs et athlètes d’Antibes et les écoles militaires d’entraînement physique de Pau et d’Antibes.

Les premières années, 1956-1967

Dans ses premières années, le bataillon fonctionne au bois de Vincennes, à proximité immédiate de l’Institut national des sports. Les appelés bénéficient d’un encadrement technique combinant entraîneurs civils et cadres militaires qualifiés. La présence simultanée des meilleurs athlètes de leur génération, toutes disciplines confondues, crée un effet d’émulation que les fédérations recherchent. Les sportifs suivent leur formation militaire de base tout en consacrant une part importante de leur emploi du temps à l’entraînement.

La période coïncide avec une crise des résultats français aux Jeux olympiques. Jusqu’en 1952, la France se classait en moyenne entre la 4e et la 5e place des nations aux Jeux d’été. Elle tombe au 11e rang à Melbourne en 1956, puis au 25e à Rome en 1960, avec cinq médailles et aucun titre. Plusieurs facteurs expliquent ce recul : la compétition entre les États-Unis et l’Union soviétique, qui investissent massivement dans le sport d’élite, l’augmentation du nombre de nations participantes et l’écart croissant dans le volume d’entraînement et la professionnalisation des entraîneurs.

Les résultats de Rome provoquent une réaction au sommet de l’État. Sous l’autorité du haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports Maurice Herzog, un service de préparation olympique est créé par une délibération du Conseil des ministres du 14 novembre 1960. En 1961, le lieutenant-colonel Marceau Crespin, militaire sorti du rang et ancien international militaire de rugby, est détaché de l’armée et nommé délégué général à la préparation olympique. Il dirigera ensuite les sports au ministère jusqu’en 1974. Sous son influence, environ 1/5 des premiers directeurs techniques nationaux nommés au début des années 1960 sont issus de l’armée.

Ce rapprochement entre l’administration sportive et le monde militaire renforce la place du bataillon dans le dispositif national. Les fédérations y envoient leurs espoirs et leurs champions en âge d’effectuer leur service. L’unité devient l’un des rares lieux où des sportifs amateurs, à une époque où la charte olympique interdit le professionnalisme, peuvent s’entraîner presque à plein temps pendant une partie de leur carrière.

D’autres administrations suivent une logique comparable. À partir de 1967, les douanes réservent 35 emplois contractuels à des sportifs de haut niveau, notamment en ski. Le dispositif du bataillon reste toutefois le plus important par ses effectifs, puisqu’il concerne chaque année plusieurs centaines d’appelés.

À Fontainebleau, au sein de l’École interarmées des sports, 1967-1996

Le 1er juillet 1967, l’armée regroupe ses principales structures sportives au sein d’une école unique, l’École interarmées des sports (EIS), installée au camp Guynemer, à Fontainebleau. Elle réunit l’école militaire d’entraînement physique d’Antibes, le centre de tir de Montauban, le parachutisme de Pau, le pentathlon moderne de Bordeaux et l’entraînement physique de la Marine à Toulon. L’EIS reprend les missions de l’ancienne École supérieure d’éducation physique de Joinville. Ses deux missions principales sont la formation des moniteurs de sport des armées et l’entraînement des sportifs de haut niveau.

Le bataillon de Joinville quitte alors le bois de Vincennes pour Fontainebleau. L’EIS s’organise autour de deux bataillons : le bataillon d’Antibes, chargé de former les moniteurs et les spécialistes de l’entraînement physique militaire, et le bataillon de Joinville, consacré aux sportifs. Le nom de Joinville, qui ne correspond plus à aucune implantation géographique, devient la marque de l’unité. Chaque année, le bataillon reçoit de 450 à 550 jeunes athlètes, proposés par 54 fédérations sportives délégataires.

Le fonctionnement repose sur un partage du temps. Les appelés effectuent leurs classes comme les autres conscrits, puis consacrent une large part de leur service à l’entraînement, dans les installations du camp Guynemer ou dans les structures de leurs fédérations. Les sélections relèvent pour l’essentiel des fédérations, qui désignent les sportifs à incorporer. Le bataillon n’a pas vocation à remplacer les entraîneurs fédéraux : il offre un cadre administratif et matériel qui rend l’entraînement compatible avec les obligations militaires.

Le dispositif s’étend au-delà de Fontainebleau. En 1989, le bataillon regroupe 37 disciplines, dont 24 olympiques et 13 non olympiques. Ses effectifs, répartis entre l’EIS, le centre équestre de Fontainebleau et l’École militaire de haute montagne de Chamonix, comptent 372 appelés et 78 cadres d’active. 29 sections sportives militaires, couvrant 15 disciplines, accueillent par ailleurs 342 appelés. Au total, 792 sportifs ont alors accès à une filière militaire aménagée pour le haut niveau. En 1990-1991, le bataillon couvre 40 disciplines et compte 471 sportifs de haut niveau.

Ces chiffres placent l’armée parmi les premiers acteurs du sport de haut niveau en France. À titre de comparaison, l’Institut national du sport et de l’éducation physique (INSEP), créé en 1975 par la fusion de l’INS et de l’École normale supérieure d’éducation physique et sportive, accueille 560 athlètes dans ses centres permanents d’entraînement en 1989. Les deux établissements entretiennent des liens étroits, notamment pour la formation des cadres.

Le bataillon fournit l’essentiel des équipes de France militaires engagées dans les championnats du CISM. Il sert aussi de passage obligé pour de nombreux sportifs professionnels. Footballeurs, cyclistes, joueurs de tennis ou rugbymen y effectuent leur service, parfois en marge de leur carrière en club. L’unité est réservée aux hommes, puisque le service militaire obligatoire ne concerne pas les femmes.

La fin du service national et la mise en sommeil, 1996-2002

La décision de professionnaliser les armées, annoncée en 1996, remet en cause l’existence même du bataillon. La loi n° 97-1019 du 28 octobre 1997 portant réforme du service national suspend l’appel sous les drapeaux. Or le bataillon de Joinville tire sa raison d’être de la conscription : il accueille des sportifs qui ne sont pas militaires par choix, mais parce que la loi les y oblige. Le ministère de la Défense le reconnaît en 1999 dans ses réponses aux parlementaires : la vocation du bataillon est liée au service national, et l’unité doit connaître d’ici à 2002 un changement de format important.

La réforme touche aussi l’EIS. Dans le cadre des mesures de restructuration accompagnant la loi de programmation militaire, le ministère décide le 7 juillet 1998 de transférer l’école de Fontainebleau à Brest. Le bataillon d’Antibes, outil de formation des moniteurs professionnels dont les armées auront toujours besoin, doit constituer l’essentiel de l’école après 2002. Le ministère estime qu’il peut être implanté en province sans inconvénient majeur. Des considérations d’aménagement du territoire, liées aux restructurations subies par la région brestoise, pèsent dans le choix.

La décision suscite en 1999 une série de questions écrites de députés et de sénateurs de plusieurs groupes. Les élus contestent le transfert vers un site qu’ils décrivent comme dépourvu d’installations sportives, dont l’aménagement coûterait au moins 200 millions de francs. Ils craignent que l’école perde ses liens avec l’INSEP, notamment pour la formation des cadres. Ils dénoncent surtout la réduction du nombre de sections sportives du bataillon de 60 à 8, qu’ils assimilent à sa quasi-disparition. Le ministère répond que le bataillon sera maintenu pour six ou sept disciplines afin de préparer les compétitions entre militaires.

Le transfert de l’EIS à Brest n’est finalement pas réalisé. L’école reste au camp Guynemer, où elle est toujours implantée. Le bataillon, en revanche, ne survit pas sous sa forme d’origine. En juin 2002, avec la fin de l’incorporation des derniers appelés, il est dissous, ou selon la formule employée par le ministère, mis en sommeil.

Au terme de ces 46 années, le bataillon compte quelque 20 500 athlètes du contingent et de carrière incorporés, 45 médailles olympiques, 312 titres mondiaux civils ou militaires, 952 titres nationaux ou internationaux. 

Après 2002 : des équipes de France militaires à l’Armée de champions

La disparition du bataillon prive les armées des sportifs de haut niveau qui effectuaient jusque-là leur service sous l’uniforme. Le ministère de la Défense choisit de poursuivre son soutien au sport d’élite dans le cadre d’une armée professionnelle. Le 8 avril 2003, les ministres de la Défense et des Sports signent un accord-cadre pour le développement du sport de haut niveau et du sport de masse au sein des armées. Il crée un dispositif propre aux sportifs de haut niveau de la Défense (SHND), recrutés désormais sous contrat.

Dans un premier temps, chaque armée constitue ses propres équipes de France militaires, autour de disciplines bien identifiées. La gendarmerie s’oriente vers le tir, l’armée de l’Air vers le parachutisme et la voltige, la Marine vers la voile, l’armée de Terre vers le triathlon, l’équitation et le ski. Ces athlètes mènent de front leur métier de militaire et leur entraînement, et représentent les armées dans les compétitions civiles et militaires, notamment celles du CISM. L’appellation d’Armée de champions apparaît à partir de 2004 pour désigner l’ensemble de ces sportifs.

Le 1er janvier 2006, le ministère crée le Centre national des sports de la défense (CNSD), placé sous l’autorité du chef d’état-major des armées et installé au camp Guynemer. Il regroupe deux organismes spécialisés dans l’entraînement physique militaire et sportif : l’École interarmées des sports et l’École militaire d’équitation. Son commandant porte le titre de commissaire aux sports militaires.

Au fil des années, les unités commencent à recruter directement des athlètes, ce qui disperse la gestion des sportifs. Un nouvel accord-cadre, signé le 4 mars 2014, introduit davantage de souplesse dans leur recrutement et leur gestion, sur l’ensemble des disciplines. Les athlètes sont placés sous la responsabilité du commissaire aux sports militaires. C’est à cette occasion que le nom de bataillon de Joinville est réactivé. La même année, un accord interministériel associe les ministères des Armées, de l’Intérieur, des Sports et le secrétariat d’État chargé des Personnes handicapées. Un protocole signé en 2015 confirme la centralisation au CNSD de la gestion des sportifs sous contrat avec les armées et la gendarmerie.

Le bataillon reconstitué compte 88 sportifs de haut niveau à sa réactivation. Il s’organise en deux compagnies : l’une rassemble les disciplines d’été, rattachées à 22 fédérations, au sein de l’EIS ; l’autre regroupe les disciplines d’hiver au sein de l’équipe de France militaire de ski, liée à la Fédération française de ski. Les effectifs progressent ensuite pour atteindre 118 athlètes valides et 15 parasportifs, répartis dans 21 disciplines. Sur le camp Guynemer, la place d’armes porte le nom de « Place d’armes des Joinvillais ».

Le nouveau bataillon diffère profondément de l’ancien. Il ne s’agit plus d’appelés effectuant une obligation légale, mais de volontaires sous contrat, hommes et femmes, valides et en situation de handicap. Il ne s’agit plus non plus d’une unité regroupée en un même lieu : les sportifs s’entraînent dans leurs structures fédérales, leurs clubs ou des structures personnelles, et ne se rendent à Fontainebleau que pour des stages et des regroupements.

Le bataillon aujourd’hui et les Jeux de Paris 2024

En 2018, le plan « Sport 2025 » fixe au CNSD quatre objectifs : la préparation physique et mentale des militaires à l’engagement opérationnel, la reconstruction des blessés par le sport, le sport pour tous et le sport d’élite. Le bataillon de Joinville relève de ce dernier volet. En octobre 2019, deux ans après l’attribution des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 à Paris, un protocole de soutien à l’événement est signé au CNSD. Il complète l’accord de 2014 et prévoit l’accueil de délégations étrangères, l’organisation d’épreuves tests et un soutien particulier au parasport. Il autorise le recrutement de jusqu’à 175 sportifs de haut niveau de la Défense.

En juillet 2021, l’Armée de champions compte 148 sportifs de haut niveau, dont 26 en situation de handicap, engagés dans 32 disciplines, dont 12 paralympiques. Son budget annuel avoisine 4,5 millions d’euros. Aux Jeux de Tokyo, les sportifs des armées représentent 14 % de la délégation française, mais remportent la moitié des médailles d’or olympiques françaises et 54 % des médailles d’or paralympiques. En 2023, plus de 220 sportifs sont sous contrat ; ils obtiennent cette année-là 42 titres nationaux ou internationaux.

La place des femmes, absentes de l’ancien bataillon, est désormais importante. Aux Jeux de Rio en 2016, elles représentent 46 % de la délégation de l’Armée de champions. Aux Jeux paralympiques de Rio, elles forment 29 % de la délégation mais remportent 67 % de ses médailles. Aux Jeux d’hiver de Pyeongchang en 2018, elles représentent 25 % de la délégation et rapportent 43 % des médailles.

Le recrutement obéit à des règles précises. Les candidats doivent figurer sur la liste ministérielle des sportifs de haut niveau. Une commission se réunit deux fois par an : les fédérations y proposent des noms au commissaire aux sports militaires, qui s’appuie sur l’avis de l’Agence nationale du sport et du Comité national olympique et sportif français ou du Comité paralympique. Les sportifs retenus sont répartis entre les armées et la gendarmerie selon les places disponibles, sans lien obligatoire entre leur discipline et leur affectation. Les sportifs valides ont un statut militaire ; les parasportifs sont des agents civils contractuels des ministères des Armées ou de l’Intérieur.

Les contrats sont courts. Le contrat initial peut aller jusqu’à 4 ans, les renouvellements portent ensuite sur un ou deux ans. L’avancement dépend largement des performances. Dans la gendarmerie, les sportifs sont recrutés comme sous-officiers commissionnés au grade de maréchal des logis et peuvent progresser jusqu’à celui d’adjudant. Certains parcours font exception : la pentathlète Élodie Clouvel, engagée en 2012 sous l’ancien dispositif, est devenue capitaine ; le biathlète Martin Fourcade, entré dans l’armée de Terre comme militaire du rang, est devenu sous-lieutenant au vu de son palmarès.

En contrepartie d’un salaire régulier, d’une couverture sociale et de droits à la retraite, le sportif est tenu à 3 obligations : obtenir des résultats, faire connaître son appartenance aux armées dans le milieu civil et répondre aux sollicitations de l’institution. Chaque recrue suit une formation initiale de 5 jours, consacrée aux tenues, aux grades, aux règles de communication et aux attentes de l’institution. Elle participe ensuite plusieurs fois par an à des stages de regroupement comprenant ordre serré, parcours d’obstacles et visites d’unités. En octobre 2023, un stage a ainsi conduit les athlètes au GIGN, à la base navale de Toulon et sur la base aérienne 123 d’Orléans-Bricy. En fin de carrière, les sportifs peuvent bénéficier d’une prolongation de contrat de 6 mois à un an pour préparer leur reconversion.

L’encadrement est réduit. Jusqu’à l’été 2024, le bataillon est commandé par le commandant Erwan Lebrun, judoka et directeur des équipes de France militaires de judo. À Fontainebleau, 4 personnels suivent environ 170 athlètes. À Chamonix, 4 autres encadrent une cinquantaine de sportifs d’hiver. Un chef de section suit enfin 8 athlètes à l’École des troupes aéroportées de Pau. Le bataillon travaille avec l’ensemble des fédérations olympiques de sports individuels ; le parachutisme est la seule discipline non olympique retenue, en raison de ses liens historiques avec les armées.

Les Jeux de Paris marquent un sommet pour le dispositif. Sur les 224 sportifs engagés au sein du bataillon, 104 sont sélectionnés pour les Jeux olympiques et paralympiques, dont 14 gendarmes. Les armées et la gendarmerie sont alors le premier contributeur institutionnel au sport de haut niveau français.

Anciens membres et héritage

La liste des sportifs passés par le bataillon de Joinville recouvre une large part de l’histoire du sport français de la seconde moitié du XXe siècle. Y ont notamment effectué leur service le cycliste Jacques Anquetil, les footballeurs Michel Platini et Zinédine Zidane, le joueur de tennis Yannick Noah, vainqueur de Roland-Garros en 1983, le rugbyman Fabien Galthié, le lutteur Ghani Yalouz, le judoka David Douillet, l’escrimeur Jean-François Lamour, devenu ministre des Sports, et le perchiste Jean Galfione. Pour ces sportifs, le bataillon n’a souvent représenté qu’une période d’une dizaine de mois à deux ans, mais il a permis d’éviter une interruption de leur entraînement à un âge décisif.

Depuis 2003, le dispositif des sportifs de haut niveau de la Défense a soutenu d’autres champions, cette fois sous contrat : les nageurs Alain Bernard et Florent Manaudou, champions olympiques en 2008 et en 2012, le nageur Hugues Duboscq, le biathlète Martin Fourcade, la véliplanchiste Charline Picon, de la Marine nationale, ou la judokate Clarisse Agbégnénou, de la gendarmerie, plusieurs fois championne du monde.

Le bataillon a aussi formé des cadres du sport. Plusieurs anciens deviennent entraîneurs ou dirigeants fédéraux. Dominique Nato, président de la Fédération française de boxe, y est passé comme sportif puis comme entraîneur. Le pistard Michaël D’Almeida prépare des diplômes d’entraîneur de l’équipe de France de cyclisme, tandis que l’escrimeur Daniel Jérent, sportif de la gendarmerie, se reconvertit comme maître d’armes. D’autres rejoignent les armées en fin de carrière : le judoka Christophe Humbert, champion d’Europe, est entré dans la Marine nationale ; Hugues Duboscq est devenu plongeur de la gendarmerie au peloton de sûreté maritime et portuaire du Havre. Une association, la Fédération nationale des Joinvillais, regroupe les anciens de l’École et du bataillon.

L’histoire du bataillon de Joinville éclaire plusieurs évolutions de fond. Elle témoigne de la continuité entre l’éducation physique militaire du XIXe siècle et le sport de haut niveau contemporain, à travers un même nom et des institutions successives : l’École de Joinville, l’École interarmées des sports, le Centre national des sports de la défense. Elle montre le rôle de l’armée dans la politique sportive de l’État, du service de préparation olympique des années 1960 aux Jeux de Paris. Elle reflète enfin la transformation du rapport entre la nation et ses armées : d’une unité de conscrits masculins à un dispositif de volontaires sous contrat, ouvert aux femmes et aux athlètes en situation de handicap, dont le nom sert désormais avant tout d’identifiant auprès du mouvement sportif.

Guide pratique d’entraînement physique à l’usage des armées (1917).

L’École supérieure d’éducation physique de Joinville-le-Pont, 1852-1939 (RHA, 1985)

ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

Dans le cadre de notre opération de promotion estivale, ce numéro de Marine & Océans est exceptionnellement accessible gratuitement et en intégralité.
 
Marine & Océans remercie chaleureusement ses fidèles abonnés pour leur compréhension et leur confiance renouvelée.
 
À tous ceux qui nous découvrent aujourd’hui et souhaitent mieux comprendre les grands enjeux maritimes :
 
 
Rejoignez la communauté Marine & Océans et accompagnez-nous tout au long de l’année.

Dernières notes

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB