FP-7 et FP-7X – Un missile balistique et son dérivé antiaérien.

Le 1er octobre 2026, le président Zelensky a annoncé le premier emploi au combat du missile balistique tactique FP-7, sans préciser le lieu ni la cible. Cette annonce n’a pas été vérifiée de manière indépendante et la Russie ne l’a pas confirmée. Elle reste crédible au vu de l’avancement du programme : les premiers essais en vol datent de février 2026 et Zelensky a indiqué que le missile passerait ensuite en production. Que le tir ait eu lieu ou non, l’entrée en service du FP-7 devrait, dans tous les cas, être imminente.

Reste à savoir ce qu’est réellement ce missile et ce que vaut son dérivé antiaérien, le FP-7X, présenté comme le cœur du système antibalistique européen Freyja.

FP-7 : une quasi-copie du 5V55

Le FP-7 est une quasi-copie du missile 5V55[1], première génération de missiles antiaériens du système S-300. Il en reprend les principales caractéristiques. La principale différence structurelle serait un corps en matériaux composites, là où l’original était métallique. Fire Point affirme que le FP-7 ne partage qu’environ 20 % de similarité avec ce missile, mais ce chiffre inclut vraisemblablement l’ensemble des éléments internes, cela ne contredit donc pas la reprise de l’architecture générale du vecteur.

Il faut prendre en compte que le 5V55 était le principal missile antiaérien que l’Ukraine utilisait sur ses S-300PT. En 2014, on estimait que l’Ukraine en possédait environ 3 000 en stock[2]. Ce stock est aujourd’hui largement épuisé et les S-300 ukrainiens ne sont quasiment plus utilisés faute de missiles. L’Ukraine dispose encore de lanceurs et de radars, mais plus assez de munitions pour les servir[3]. Il est donc probable que certains aient servi de prototypes pour le FP-7. Dans tous les cas, la réutilisation de l’architecture du 5V55 est logique compte tenu de la bonne connaissance que les Ukrainiens avaient de ce vecteur.

Il existe un précédent russe à cette conversion d’un missile antiaérien en missile sol-sol. Les missiles antiaériens de la famille S-300/S-400 (48N6, 5V55) ont été développés en versions cibles pour tester les systèmes S-300 et S-400 contre les missiles balistiques. La guerre a conduit la Russie à détourner ces missiles-cibles, désignés RM-48U pour celui dérivé du 48N6, en véritables missiles sol-sol. Le RM-48U emporte environ 199 kg de charge militaire (133 kg pour la version dérivée du 5V55) et atteint jusqu’à 400 km. Il peut aussi servir de leurre lors de tirs simultanés d’Iskander-M, afin de saturer les défenses. La version sol-sol du FP-7 est employée de la même façon, ce qui fait du RM-48U son meilleur point de comparaison. Les caractéristiques annoncées pour le FP-7 ont évolué : 200 km de portée et 150 kg de charge lors de la présentation initiale, puis 250 km et 200 kg.

 

FP-7

RM-48U

Longueur

7,25 m

7,5 m

Diamètre

0,53 m

0,519 m

Charge

200 kg

199 kg

Portée

250 km

jusqu’à 400 km

Vitesse

1 500 m/s

Mach 4–6

Propulsion

solide

solide

Apogée

~60 km

n.d.

Masse totale

~1,9 t (sources secondaires)

~1,8 t

Guidage

INS + GNSS

INS + GNSS

Trajectoire

balistique

balistique

Tactiquement, ces deux missiles sont très proches.

Reste toutefois la question de son entrée effective en service. Si le développement semble désormais suffisamment avancé pour envisager cette perspective, une récente déclaration de son concepteur en chef, Denis Shtilerman[4], laisse planer un doute sur sa viabilité opérationnelle. Le coût unitaire du missile serait en effet trop élevé pour permettre son emploi dans des conditions économiquement acceptables. Les efforts de réduction des coûts auraient, par ailleurs, entraîné une dégradation importante de la précision, au point de remettre également en question les performances du missile balistique lourd FP-9 actuellement en développement.

FP-7X : l’ambition Freyja

Le FP-7X est un missile antiaérien en cours de développement par la société ukrainienne Fire Point. Il est le cœur du programme Freyja, qui vise un système antiaérien et antibalistique comparable au Patriot américain mais moins onéreux, avec un coût unitaire d’intercepteur visé inférieur à 1 M€.

On en sait encore peu sur ce système, sinon qu’il sera composite et en grande partie occidental :

  • radars de veille : Saab Giraffe 8A/4A, Thales Ground Fire 300, Hensoldt TRML-4D, Leonardo Kronos ou Weibel GFTR-2100/48 ;
  • commandement (C2) : Fire Direction Centre du norvégien Kongsberg ;
  • autodirecteur : un radar semi-actif combiné à un autodirecteur à imagerie infrarouge. Diehl Defence, constructeur de l’IRIS-T, a confirmé des discussions avec Fire Point, mais aucun accord n’a été détaillé.

L’objectif est un système compatible avec les normes OTAN, pouvant équiper de nombreux pays européens. Fire Point vise une première interception balistique vers juillet 2027 et présente Freyja comme un complément du Patriot plutôt qu’un remplaçant, pour des interceptions à basse altitude (20 à 25 km). Les premiers essais du missile sont prévus pour la fin 2026.

Caractéristique

FP-7X (Freyja)

5V55R (S-300PT)

Patriot GEM+ (PAC-2)

48N6 (S-300/S-400)

Longueur

7,25 m

7,25 m

≈ 5,8 m

7,5 m

Diamètre

530 mm

514 mm

410 mm

519 mm

Portée maximale

≈ 80 km

75 km

≈ 160 km

150 km

Plafond d’engagement

< 25 km

≈ 25 km

≈ 24 km

27 km

Vitesse maximale

1 500–2 000 m/s

≈ 2 000 m/s

≈ 1 700 m/s

≈ 1 900–2 000 m/s

Charge militaire

n.d.

133 kg

≈ 90 kg

143 kg

Guidage / autodirecteur

TVM / semi-actif + IR

TVM / semi-actif

TVM / semi-actif

TVM / semi-actif

Les performances du FP-7X restent donc proches de celles du 5V55 en portée, en vitesse maximale et en plafond d’interception.

Un guidage qui reste à clarifier

Le mode de guidage est classique. En première phase, le TVM (Track Via Missile) permet au missile d’être télécommandé par le radar pour s’approcher de sa cible. Ensuite, l’autodirecteur semi-actif, qui exploite la réflexion sur la cible du signal radar, et/ou l’autodirecteur à imagerie infrarouge prend le relais.

Or le guidage semi-actif suppose un illuminateur dédié, qui reste pointé sur la cible pendant toute la phase terminale. Aucun des radars envisagés pour Freyja n’est un radar de conduite de tir : ce sont des radars de veille, qui ne remplissent pas cette fonction. Il y a là une incohérence technique à lever. Fire Point a toutefois évoqué l’utilisation d’un illuminateur externe[4] ce qui limite mécaniquement le nombre de cibles pouvant être engagées simultanément ainsi que le secteur d’engagement, contraint par l’ouverture angulaire de l’illuminateur.

 

Un autodirecteur actif serait plus logique, mais irait à l’encontre de la réduction des coûts, d’autant que le missile serait aussi doté d’un autodirecteur infrarouge. Il faut rester prudent, la configuration ne semble pas figée. Fire Point est passée d’un autodirecteur infrarouge seul à une solution combinée IR + radar et la dernière fiche produit ne précise pas si la voie radar est semi-active ou active.

Un candidat qui devra convaincre contre les missiles balistiques

Freyja est présenté comme une solution antibalistique à bas coût, mais les caractéristiques du missile le rapprochent des missiles antiaériens classiques, bien plus que des missiles à capacités antibalistiques. Le Patriot lui-même a dû évoluer vers la version PAC-3 pour mieux traiter la menace balistique et même celle-ci le fait de façon imparfaite, surtout face à des missiles manœuvrants comme l’Iskander-M d’où le développement en cours du missile PAC-3 EDGE spécialement développé pour ce type de menace.

Fire Point met en avant une capacité « hit-to-kill » (collision directe avec la cible)[5]. Mais sa dirigeante, Iryna Terekh, a elle-même précisé que la première version reposera sur l’effet de souffle et de fragmentation, le hit-to-kill n’étant envisagé que dans un second temps. Cette capacité exige des contrôleurs de trajectoire latéraux, tels les ACM (Attitude Control Motor) des Patriot PAC-3 CRI et MSE ou le système « PIF-PAF » (Pilotage en Force – Pilotage Aérodynamique Fort) des Aster. Les Ukrainiens ne maîtrisent pas ces technologies. Les Occidentaux pourraient certes les leur fournir, notamment dans le cadre de la licence de production du missile ASTER 30[6] accordée à l’Ukraine. Mais cette solution impliquerait un coût occidental, tandis qu’un véritable transfert de savoir-faire paraît peu probable dans un domaine que seuls quelques pays maîtrisent. Dans tous les cas, l’acquisition de ces compétences nécessiterait du temps, ce qui repousserait d’autant la mise en œuvre d’une telle capacité.

Cette capacité nécessiterait sans doute un autodirecteur radar actif pour la poursuite finale, afin d’obtenir l’information de distance que ni l’infrarouge ni le guidage semi-actif ne fournissent seul.

Avec de tels équipements, on s’éloigne fortement de l’objectif d’un FP-7X à moins d’un million d’euros. Le coût grimperait nettement, sans garantir pour autant les performances d’intercepteurs antibalistiques éprouvés. D’ailleurs, ce projet, qui entre en concurrence directe avec le programme Koral développé par le bureau d’études ukrainien Luch[7], s’inscrit dans un contexte de tensions entre les deux industriels. Fire Point a notamment été accusée d’avoir bénéficié de financements initialement destinés à Luch, une accusation que la société a contestée[8].

Conclusion

Le FP-7 dans sa version sol-sol donne à l’Ukraine une capacité miroir de celle de la Russie, qui emploie déjà des RM-48U détournés de leur rôle de missiles-cibles. Les deux missiles étant tactiquement très proches, la suite sera particulièrement intéressante à observer : il faudra voir comment les capacités antibalistiques des systèmes russes traiteront cette menace lorsqu’elles y seront confrontés, alors même qu’elles ont été testées et qu’elles s’entraînent contre un missile aux caractéristiques très similaires.

Côté FP-7X, il y a un décalage entre les ambitions opérationnelles et les ambitions économiques. À ce stade, il restera probablement avant tout un missile antiaérien, avec une capacité antibalistique secondaire contre des cibles simples. Il pourrait donner du volume à la défense antiaérienne, mais ne semble pas en mesure de concurrencer les solutions antibalistiques existantes, tant les exigences technologiques sont élevées.

Même à moins de 1 M€ l’unité, on n’est pas vraiment dans le « low cost ». On reste proche d’un IRIS-T SLM, qui coûte également moins de 1 M€ pour une portée maximale de 40 km et un plafond de 20 km, des performances pas si éloignées de celles d’un FP-7X et un prix cohérent avec elles. À ceci près que l’IRIS-T SLM ne prétend pas faire de l’antibalistique.

Une inconnue demeure, Fire Point sera-t-elle réellement en mesure de tenir ses promesses ? Entre soupçons de favoritisme, performances contestées et coûts jugés excessifs, la confiance dans la société semble progressivement s’éroder. Cette situation est notamment accentuée par la récente décision de mettre un terme à la production du missile FP-5 Flamingo[9]. En cause, un taux de réussite jugé trop faible et une cadence de production qui n’aurait jamais dépassé un exemplaire par jour. Un constat d’autant plus notable que, dans le même temps, le missile R-360 Neptune, développé par le bureau d’études Luch, semble donner des résultats autrement plus satisfaisants.


NOTES :

  1. Military Watch Magazine, article sur la modernisation du S-300P / 5V55 en Europe : https://militarywatchmagazine.com/article/europe-soviet-s300p-5v55-air-defence-modernisation
  2. Hlib Parfonov, « The State of Ukrainian Air Defense (Part One) », Jamestown Foundation, Eurasia Daily Monitor, 20 juin 2024 : https://jamestown.org/the-state-of-ukrainian-air-defense-part-one/
  3. Euromaidan Press, « Ukraine’s Soviet S-300 air defenses ran low — now the US and Ukraine are working to revive their missiles », 7 août 2026 : https://euromaidanpress.com/2026/08/07/ukraines-soviet-s-300-air-defenses-ran-low-now-the-us-and-ukraine-are-working-to-revive-their-missiles/
  4. https://t.me/WarArchive_ua/39243
  5. Defence-UA, « Ukraine’s Freyja anti-ballistic missile switches from IR to combined IR-radar seeker ».
  6. Defence-UA, « Fire Point reveals more details about the FP-7X interceptor missile: will it have hit-to-kill capability? ».
  7. https://www.leparisien.fr/international/ukraine/guerre-en-ukraine-merci-la-france-zelensky-annonce-avoir-obtenu-les-licences-de-production-darmes-promises-17-10-2026-L3R62HD62VAEXH652MAMXCRZZA.php
  8. https://enderi.fr/comment-le-missile-koral-pourrait-guerre-ukraine/
  9. https://tsn.ua/zbroya/zodnoyi-hryvni-vid-derzavy-na-rozrobku-ne-otrymaly-u-fire-point-sprostuvaly-otrymannia-derzavnykh-koshtiv-na-rozrobku-raket-i-poiasnyly-velyki-obsiahy-zamovlen-3205835.html
Olivier DUJARDIN
Olivier DUJARDIN
Olivier Dujardin : ancien militaire spécialisé dans la guerre électronique et le renseignement d’origine électromagnétique. Au cours de sa carrière, il a travaillé sur l’analyse des radars, des systèmes de détection et des systèmes d'armes, développant une expertise technique dans ces domaines. Après 20 ans d'armée, il a poursuivi ses travaux au sein de plusieurs centres et revues spécialisés, notamment le CF2R, où il a rédigé de nombreux articles portant sur les drones, la défense sol-air et l’évolution des pratiques opérationnelles. Il est co-auteur de "Drones et lutte anti-drone", ouvrage écrit avec Lauraline Maniglier, qui présente une analyse complète des usages militaires et civils des drones ainsi que des moyens de détection et de neutralisation. Il est également co-auteur, aux côtés d’Éric Denécé, de "Guerre en Ukraine : réalité du terrain", un livre qui propose un retour d’expérience documenté sur les premières phases du conflit, basé sur les constats opérationnels et techniques observés sur le terrain.

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