1er septembre 1557 : mort à 65 ans du navigateur et explorateur Jacques Cartier.
Le navigateur malouin meurt à soixante-cinq ans, probablement de la peste qui frappe Saint-Malo depuis le début de l’été. Il avait ouvert à la France une voie vers l’Amérique du Nord, ramené des pierres sans valeur et laissé derrière lui une colonie abandonnée. 66 ans s’écouleront avant que la France ne revienne durablement sur le Saint-Laurent.
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Jacques Cartier naît à Saint-Malo, alors dans le duché de Bretagne, probablement entre juin et décembre 1491 — l’acte de baptême n’a pas été retrouvé. On ne sait rien de sa carrière avant 1532.
Deux éléments seulement éclairent ces quarante années. Son mariage, en 1520, avec Catherine Des Granches, fille du connétable de Saint-Malo, le place dans la notabilité de la ville. Et l’hypothèse, avancée par l’historien Gustave Lanctot et reprise par le Dictionnaire biographique du Canada, selon laquelle il aurait participé aux expéditions de Giovanni da Verrazzano en 1524 et en 1528 : ses absences coïncident avec les voyages du Florentin, et le point d’arrivée qui lui est assigné en 1534 correspond au terme du voyage de 1524. L’hypothèse n’est pas démontrée.
Ce qui est certain, c’est qu’en 1532 Jean Le Veneur, évêque de Saint-Malo et abbé du Mont-Saint-Michel, le présente à François Ier comme un homme capable de conduire des navires à la découverte de terres nouvelles.
L’enjeu : contester Tordesillas
Le traité de Tordesillas, conclu en 1494 sous arbitrage pontifical, avait partagé le monde à découvrir entre l’Espagne et le Portugal. En 1534, les Espagnols tiennent les Caraïbes, le Mexique et l’Amérique centrale, et achèvent la conquête du Pérou. La France n’a aucune part au partage et ne le reconnaît pas.
François Ier a résumé sa position par une formule restée célèbre : il aimerait voir la clause du testament d’Adam qui l’exclut du partage du monde. Financer un voyage vers les « Terres Neuves », c’est donc poser un acte de contestation d’un ordre juridique international imposé par deux puissances rivales — et le faire discrètement, dans une période de trêve avec Charles Quint.
Le précédent en avait été donné par Verrazzano en 1524, financé par des banquiers lyonnais et par l’armateur dieppois Jean Ango, dont les navires pratiquaient parallèlement la course contre le commerce ibérique. Découverte et guerre de course procédaient des mêmes intérêts et parfois des mêmes bailleurs de fonds.
La commission délivrée à Cartier le nomme capitaine et pilote pour le roi, avec charge de voyager aux Terres Neuves au-delà du détroit de la baie des Châteaux — le détroit de Belle-Isle.
Premier voyage, 1534
2 navires, 61 hommes. Départ de Saint-Malo le 20 avril, Terre-Neuve atteinte le 10 mai après une traversée de 20 jours. L’exploration du golfe du Saint-Laurent commence le 10 juin.
Le 24 juillet, à Gaspé, Cartier plante une croix de 30 pieds portant les armes de France et prend possession du pays au nom du roi. Le chef iroquoien Donnacona proteste : les explications embarrassées de Cartier ne le convainquent pas, mais il finit par accepter que deux de ses fils, Domagaya et Taignoagny, embarquent pour la France.
C’est de cette rencontre que vient le nom du pays. Les Iroquoiens désignaient leur établissement par le mot kanata, village ; Cartier l’appliqua à la région entière.
Deuxième voyage, 1535-1536
3 navires, 110 hommes. Guidé par les deux jeunes Iroquoiens rentrés au pays, Cartier remonte cette fois le fleuve. Il atteint Stadaconé (le site de Québec) puis Hochelaga, le 2 octobre 1535, au pied d’une colline qu’il baptise mont Royal.
L’hivernage à Sainte-Croix est meurtrier. Le scorbut tue 25 hommes sur 110 et en met une centaine hors d’état. L’équipage est sauvé par une décoction d’écorce et d’aiguilles d’annedda, vraisemblablement du thuya occidental, dont Domagaya donne la préparation. C’est l’un des premiers transferts documentés de savoir médical amérindien vers l’Europe ; et il sera perdu, faute d’identification botanique certaine, jusqu’au XVIIIe siècle.
En mai 1536, avant d’appareiller, Cartier fait enlever Donnacona lui-même et 9 autres personnes. Il s’agit de ramener au roi des témoins capables de décrire les richesses supposées du royaume de Saguenay. Aucun ne reverra le Saint-Laurent ; Donnacona meurt en France vers 1539. Cet enlèvement explique l’hostilité rencontrée cinq ans plus tard.
Troisième voyage, 1541-1542 : l’entreprise coloniale
Le troisième voyage est une opération de peuplement armée, décidée par lettres patentes de janvier 1541.
Le commandement en chef revient non à Cartier mais à Jean-François de La Rocque de Roberval, gentilhomme picard nommé lieutenant général du roi au Canada. Cartier, dont le protecteur l’amiral Chabot vient de tomber en disgrâce, est capitaine général et maître pilote ; c’est-à-dire second. 5 navires sont armés ; on embarque du bétail et l’on tire des prisons des colons volontaires.
Roberval prend du retard. Cartier appareille sans lui le 23 mai 1541, se présente le 23 août devant Stadaconé (où il annonce la mort de Donnacona en affirmant que les autres vivent en France comme des seigneurs et n’ont pas voulu revenir), puis choisit de s’établir plus en amont, à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge. La colonie prend le nom de Charlesbourg-Royal.
L’hiver est désastreux. Les Iroquoiens harcèlent l’établissement : 35 Français sont tués. Le scorbut réapparaît. En juin 1542, Cartier abandonne le site et met le cap sur la France. Il croise à Terre-Neuve la flotte de Roberval, qui lui ordonne de faire demi-tour. Il refuse et poursuit sa route ; désobéissance formelle à un lieutenant général du roi.
Les diamants du Canada
Ce qui justifiait à ses yeux ce retour tenait dans ses cales : des pierres brillantes et un minerai jaune ramassés à Cap-Rouge, qu’il croyait être des diamants et de l’or.
L’expertise, à son arrivée, conclut à de la pyrite de fer et du quartz. La mésaventure est passée dans la langue française sous la forme de l’expression « faux comme des diamants du Canada », et dans la toponymie québécoise sous celle du cap Diamant.
Roberval poursuivit l’entreprise, remit l’établissement en état, puis l’abandonna à son tour et rentra en 1543 avec les survivants. La France renonce alors au Saint-Laurent. Il faudra attendre 1608 et Samuel de Champlain pour qu’un établissement français y prenne racine ; soit 66 ans après le départ de Cartier.
Cartier ne repartira plus. Il vit à Saint-Malo, rue de Buhen, et dans son manoir de Limoëlou, à Rothéneuf. Notable respecté, il est consulté pour son expérience de la navigation et sert d’interprète auprès des Portugais ; son nom apparaît dans les registres malouins comme parrain, témoin ou juré.
Il meurt le 1er septembre 1557, emporté selon toute vraisemblance par l’épidémie de peste qui frappe la ville depuis le début de l’été. Il est inhumé dans la cathédrale de Saint-Malo ; ses restes y seront retrouvés en 1949, au cours de travaux.
L’entreprise est un échec sur tous les plans que ses commanditaires avaient fixés : ni passage vers l’Asie, ni métaux précieux, ni colonie.
Elle laisse pourtant 3 acquis. Une connaissance cartographique du golfe et du fleuve qui servira aux navigateurs français pendant tout le siècle. Une antériorité juridique (la prise de possession de Gaspé en 1534) que la France invoquera contre l’Angleterre jusqu’au traité de Paris de 1763. Et l’installation durable, sur les bancs de Terre-Neuve, d’une pêche à la morue malouine, dieppoise et basque, qui constituera pendant deux siècles l’un des principaux enjeux des négociations franco-britanniques et une pépinière de marins pour la marine du roi.


1er septembre 1715 : mort à 76 ans du « Roi Soleil » Louis XIV.
Le , au retour de Marly, le roi apparaît brusquement très abattu. Le 10, il se plaint d’une douleur à la jambe gauche que son premier médecin Fagon diagnostique deux jours plus tard : il attribue la douleur à une sciatique et préconise une médecine. Les jours passent, les nuits sont agitées, le roi se nourrit de moins en moins et il paraît à tous, de plus en plus affaibli. Le , il accepte la consultation collective de quatre docteurs de la faculté de médecine de Paris qui confirment la sciatique alors que la fièvre mine le malade et que la pourriture de la jambe devient apparente avec le développement de taches noires. Fagon continue ainsi à prescrire des pansements à l’eau-de-vie camphrée et des bains de lait d’ânesse. Le samedi 24, la situation s’aggrave : le premier chirurgien du roi Georges Mareschal annonce au souverain que la prétendue sciatique est en fait un sphacèle (gangrène sénile, ischémie aiguë probablement causée par un caillot venant boucher l’une des artères principales du membre) à la jambe contre laquelle les médecins sont impuissants.
Le roi souhaite l’amputation mais ses médecins, vu son âge et la progression de la maladie, lui font comprendre qu’elle ne servirait à rien. Dès lors, le monarque met en scène sa mort en trois phases : la première phase correspond à la mort chrétienne (confession et pardon). Le , il réclame à se confesser au père Le Tellier ; le , il demande à recevoir le viatique et l’extrême-onction administrée par le grand aumônier de France, le cardinal de Rohan, ce qui prépare la mort du roi en bon chrétien. La seconde phase est la mort curiale : toute la cour défile devant son lit. Enfin la mort politique se traduit par les dernières recommandations à son arrière-petit-fils, le petit dauphin, le futur roi Louis XV, alors âgé de 5 ans et demi : le 26, après avoir pris son dîner au lit, qu’il ne quitte plus, il fait entrer le dauphin. Il lui adresse un discours dont les termes diffèrent selon que l’on se rapporte au marquis de Dangeau ou à Saint-Simon. Ses derniers conseils sont de ne pas l’imiter dans son goût pour les bâtiments, de soulager la misère de ses peuples, « ce que j’ai le regret de ne pas avoir fait » et de vivre en paix avec ses voisins. Il avoue même : « J’ai trop aimé la guerre » et « C’est la ruine des peuples ». Sur son lit de mort, il déclare aussi : « Je m’en vais mais l’État demeurera toujours ». Il tombe finalement dans un semi-coma, les 30 et 31.
Le samedi 31, la nuit et la journée sont détestables. Il n’a que de rares instants de connaissance. La gangrène gagne le genou et toute la cuisse. On lui donne du remède que sa belle-fille, la duchesse du Maine, a apporté et qui est excellent pour la petite vérole. Mais le lendemain, 1er, Louis XIV meurt d’une ischémie aiguë du membre inférieur, causée par une embolie liée à une arythmie complète, compliquée de gangrène aux alentours de 8 h 15 du matin, entouré de ses courtisans, après cette agonie de plusieurs jours. Son règne a duré 72 années et cent jours (54 années de règne effectif si on retire la période de la régence de 1643 à 1661).
33 ans de guerre
Le bilan militaire du règne personnel, entamé en 1661, tient en 4 conflits majeurs :
- La guerre de Dévolution (1667-1668) donne Lille et une partie de la Flandre.
- La guerre de Hollande (1672-1678) se conclut par la paix de Nimègue et l’acquisition de la Franche-Comté.
- La guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) oppose la France à une coalition européenne et s’achève par un traité qui ne lui rapporte rien.
- La guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) manque de tout emporter (l’année 1709 voit la famine, la défaite de Malplaquet et les offres de paix humiliantes rejetées par le roi) avant que Denain, en 1712, ne rétablisse la situation. Les traités d’Utrecht et de Rastatt placent un Bourbon sur le trône d’Espagne au prix de l’abandon de toute perspective d’union des deux couronnes.
L’apport institutionnel de son règne est considérable :
- Une armée permanente d’une taille inédite : Sous l’impulsion de Michel Le Tellier puis de son fils Louvois, les effectifs passent de quelque 70 000 hommes à plus de 300 000 en temps de guerre. La discipline, la solde, l’habillement, l’armement et le grade sont normalisés ; les compagnies cessent d’être la propriété de leur capitaine ; l’intendance et les magasins deviennent des services d’État. C’est la naissance de l’administration militaire française.
- Une frontière fortifiée : Sébastien Le Prestre de Vauban, commissaire général des fortifications à partir de 1678, conçoit le « pré carré » : une double ligne de places fortes couvrant le nord et l’est du royaume. Il construit ou remanie plus de cent cinquante ouvrages et conduit une cinquantaine de sièges. Douze des sites qu’il a édifiés sont aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial.
- Une marine : Colbert crée en une quinzaine d’années une flotte qui compte jusqu’à cent vingt vaisseaux de ligne, les arsenaux de Rochefort, Toulon et Brest, l’inscription maritime et les compagnies de gardes de la marine. La victoire de Béveziers en 1690 est suivie de la défaite de La Hougue en 1692, après quoi la France se replie sur la guerre de course, illustrée par Jean Bart et Duguay-Trouin.
- L’Hôtel des Invalides, fondé en 1670, premier établissement européen destiné à recueillir les soldats blessés et vieillis au service.

1er septembre 1785 : Bonaparte est nommé sous-lieutenant.
À 16 ans, sorti de l’École militaire de Paris après un an au lieu des deux ou trois habituels, Napoléon Bonaparte est nommé au régiment d’artillerie de La Fère. Il est le premier Corse à sortir de cette école.
Bonaparte se distingue en mathématiques en maîtrisant en 10 mois « le fameux Bezout », traité de mathématiques étudié habituellement en trois ans. Doué en mathématiques, il ne présente aucune disposition pour les langues vivantes en négligeant les cours d’allemand. Comme à Brienne, Napoléon, petit noble, souffre des inégalités et va même jusqu’à proposer au directeur de l’école un projet de règlement qui interdirait les démonstrations liées aux privilèges de la fortune.
Le , Charles Bonaparte meurt d’un cancer de l’estomac dans d’atroces souffrances ; le rôle de chef de la famille échoit alors à l’aîné Joseph, mais Napoléon le juge d’un caractère trop faible pour diriger la famille. En , il passe l’examen de sortie de l’école, interrogé par le mathématicien Pierre-Simon de Laplace ; il est jugé apte à être affecté à un régiment de la marine, mais la mère de Napoléon s’y oppose et il est finalement intégré à un régiment d’artillerie.
Il est reçu sous-lieutenant (42e sur 58), à l’examen de l’artillerie. Il reçoit son ordre d’affectation, comme lieutenant en second, au régiment d’artillerie de La Fère, alors en garnison à Valence, qu’il rejoint le .

1er septembre 1862 : bataille de Chantilly (guerre de Sécession).
La bataille de Chantilly (ou bataille de Ox Hill selon les Confédérés) eut lieu dans le comté de Fairfax (Virginie). Ce fut une bataille d’arrière-garde acharnée, disputée tout près de la capitale fédérale Washington D.C., sous un terrible orage, par des troupes épuisées. La bataille de Chantilly, au résultat tactiquement incertain, fut cependant une victoire stratégique pour l’armée de Virginie du Nord de Robert E. Lee : elle marqua la fin de la campagne de Virginie Septentrionale. Deux généraux unionistes éminents furent tués à Ox Hill : Isaac Stevens et Philip Kearny.
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Défait lors de la seconde bataille de Bull Run (–), John Pope, le commandant de l’armée de Virginie unioniste bat en retraite vers Centreville (Virginie).
Le mouvement commence le au soir, sous la protection de l’arrière-garde commandée par le major général Irvin McDowell. Après le passage des derniers bataillons, le 1er corps unioniste du major général Franz Sigel détruit Stone Bridge (le « Pont de Pierre ») sur le ruisseau Bull Run.
Robert E. Lee, conscient que son armée est épuisée par près de deux semaines de marche et trois jours de batailles, ne poursuit pas l’armée de Virginie (unioniste) en retraite.
Le IIe Corps unioniste de Nathaniel P. Banks, qui gardait la voie ferrée, peut ainsi quitter Bristoe Station et rejoindre l’armée de Pope. Et surtout les IIe, Ve, et VIe corps de l’armée du Potomac, qui ont été retirés à George McClellan (malgré ses protestations) et viennent d’arriver de la Péninsule de Virginie, sont lancés en avant par Washington et mis sous le commandement de Pope.
Au matin du , Pope est démoralisé et indécis. Contrairement à son habitude, il convoque un conseil de guerre et prend l’avis de ses généraux. À l’issue de la réunion Pope décide de faire rentrer l’armée de Virginie (unioniste) à Washington ; mais un ordre de Henry W. Halleck, le général-en-chef des armées, arrive de la capitale : il faut attaquer de nouveau les sudistes.
Lee, cependant, a établi un plan : couper Pope de Washington en faisant répéter à Stonewall Jackson sa brillante marche de contournement du par Thoroughfare Gap. Stuart et ses cavaliers seront les éclaireurs, et Longstreet restera un certain temps immobile pour leurrer l’ennemi et lui faire croire que les confédérés ne bougent pas. L’objectif de Stonewall sera de prendre Germantown (actuellement Jermantown, dans la banlieue ouest de Faifax City), point de convergence des deux seules routes que Pope peut prendre pour rentrer à Washington : les turnpikes (grand-routes à péage, pavées de planches) de Warrenton (actuellement Route US 29) et de Little River (actuellement Route US 50).
Les troupes de Stonewall s’ébranlent; mais elles sont fatiguées et mal nourries, avancent lentement sous la pluie, et doivent bivouaquer à Pleasant Valley, à 3 miles au nord-est de Centreville.
Au soir du , Pope ne se doute pas qu’il est en train de se faire contourner. Mais pendant la nuit du au 1er, il apprend d’un de ses officiers qu’une forte troupe de cavalerie sudiste a canonné au crépuscule un convoi avançant sur la grand-route vers Germantown, puis s’est retirée. Pope accorde peu d’importance à l’incident, mais on lui annonce quelques heures plus tard qu’un gros corps d’infanterie ennemie a été vu, marchant vers l’est sur la turnpike de Little River.
Pope comprend alors le danger, annule les préparatifs d’attaque, ordonne la retraite sur Washington D.C., et envoie une série de patrouilles sur les routes pour s’assurer qu’elles ne sont pas déjà tenues par l’ennemi.
Au matin du 1er, comme la pluie tombe à verse et que les montures de la cavalerie sont fourbues, Pope donne l’ordre au maj.gen. Edwin V. Sumner d’envoyer une brigade d’infanterie en reconnaissance vers le nord. Il continue cependant à presser le mouvement de retraite vers Washington, et envoie le Corps d’Irvin McDowell s’assurer du carrefour stratégique de Germantown. Puis il ordonne au brig.gen. Isaac Stevens de prendre la tête de deux brigades du IXe corps de Jesse L. Reno et d’aller arrêter Stonewall. Dans l’après-midi il envoie un renfort à Stevens : le major général Philip Kearny et sa division.
Les troupes de Stonewall ont repris leur marche vers le sud, mais elles sont épuisées et avancent lentement sous la pluie battante. Après 3 milles (4,8 km) de progression, Stonewall occupe Ox Hill (la colline du bœuf), au sud-est de la plantation de Chantilly.
Les troupes de Stevens rejoignent les sudistes à cet endroit, et, bien qu’en plus faible nombre, elles attaquent. Leur charge sous la pluie, à travers une prairie, contre le centre des Confédérés tenu par Alexander Lawton, est tout d’abord victorieuse. Mais la brigade de Jubal Early mène une puissante contre-attaque. Isaac Stevens, qui se lance à leur rencontre à la tête de son 79th New York Volunteers (les Cameron Highlanders) est tué d’une balle dans la tempe à 5 h, et les unionistes reculent.
Le maj-gen.Kearny arrive alors avec sa division, et fait charger la brigade du brig. gen. David B. Birney sur la gauche des hommes de Stevens. Dans les buissons et la boue, le combat dégénère en corps à corps sanglant avec les hommes de A.P. Hill. Philip Kearny, qui est allé reconnaître une éventuelle brèche dans la ligne nordiste, est tué dans un champ de maïs par des soldats du 49th Georgia Infantry. Birney fait alors reculer ses troupes et quitte le champ de bataille.
Grâce en particulier au sacrifice du 21e régiment volontaire d’infanterie du Massachusetts et du 51e de New York (pertes : 1 300 hommes, contre 800 du côté sudiste), la poussée de Stonewall Jackson a été arrêtée. Le 21e régiment volontaire d’infanterie du Massachusetts subit les plus lourdes pertes qu’il subira tout au long de la guerre : 3 officiers et 19 hommes du rang tués, 5 officiers et 37 hommes du rang blessés, 3 officiers et 37 hommes du rang portés disparus.
Dans la nuit, Longstreet arrive à la rescousse de Stonewall, mais les unionistes se sont retirés sur Germantown et Fairfax Court House.
Tactiquement, la bataille est indécise : deux généraux unionistes ont été tués et les confédérés sont restés maîtres du terrain, mais le mouvement tournant de Stonewall a avorté, l’armée de Pope n’a pas été détruite, et elle continue sa retraite vers la capitale.
Lee va traverser le Potomac et commencer sa campagne du Maryland.
Le président retire le commandement de l’armée de l’Union au major général Pope le lendemain. L’armée de Virginie (unioniste) est dissoute, et ses éléments versés dans l’armée du Potomac, qui sera confiée à McClellan.

1er septembre 1870 : bataille de Sedan (victoire allemande).
La bataille de Sedan a lieu durant la guerre franco-allemande. Elle opposes l’armée française, dite l’Armée de Châlons, forte de 120 000 hommes et de 560 canons et commandée par l’empereur Napoléon III, à l’armée prussienne sous le commandement du futur Kaiser (Guillaume 1er de Prusse), forte de 200 000 hommes et de 780 canons. Il s’agit d’une victoire décisive des forces prussiennes, l’empereur ayant lui-même été fait prisonnier, mettant fin à la guerre en faveur de la Prusse et de ses alliés (la Bavière notamment), bien que le combat continuât sous la nouvelle République. L’armée française, commandée par Napoléon III et Patrice de Mac Mahon, tente vainement de lever le siège de Metz, mais elle est interceptée par l’armée prussienne stationnée en Meuse, et défaite à la bataille de Beaumont. L’armée de la Meuse et la Troisième Armée Prussienne du Feld-Marschall Helmuth von Moltke, accompagné par le roi Guillaume de Prusse et le chancelier Otto von Bismarck, font jonction et encerclent les restes de l’armée française à Sedan. Mac Mahon avait été blessé durant les affrontements et le commandement avait été assuré par Auguste-Alexandre Ducrot.
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Mac-Mahon décrète placidement : « Repos pour toute l’armée demain 1er septembre. » Sans se donner la peine de couper les ponts sur la Meuse, il se borne à concentrer son armée sur une hauteur boisée, juste au nord-est de Sedan, dans le triangle Floing-Illy-Bazeilles, entre la Meuse élargie par les inondations et deux ruisseaux, le Floing et la Givonne. Les corps d’armée français se positionnent adossés à la citadelle : le 7e du général Félix Douay entre Floing et Givonne, le 1er du général Ducrot entre Givonne et la Moncelle, le 5e du général De Failly éprouvé par la bataille de Beaumont près de la citadelle de Sedan au fond de Fond-de-Givonne, enfin le 12e sur La Moncelle, Bazeilles et Balan.
L’après-midi du 31 août, les Allemands commencent à encercler Sedan ; l’armée du prince héritier de Prusse occupe Frénois et Donchéry à l’ouest ; celle du prince royal de Saxe attaque par Daigny pour déboucher sur le plateau d’Illy et le bois de la Garenne. Le général Ducrot conseille plutôt au maréchal de concentrer toutes les troupes au nord de Sedan adossé à la frontière, sur le plateau d’Illy, ce qui permettrait de filer sur Mézières si les Prussiens venaient à encercler Sedan, coupant toute possibilité de retraite. Mais très mal renseigné sur les forces prussiennes, Mac-Mahon l’écoute d’une oreille distraite : « Nous ne sommes pas ici pour nous éterniser. » L’Empereur pourrait aussi se retirer sur Mézières tant que la route est libre ; il y serait en sûreté et pourrait revenir activer la défense de Paris ou traiter de la paix avec l’ennemi.
Le , une avant-garde du 4e bataillon de chasseur bavarois (IIIe armée) réussit à occuper le pont de chemin de fer de Remilly-Aillicourt avant que les troupes françaises n’aient le temps de le faire sauter. Les éléments les plus avancés du bataillon peuvent ainsi traverser la Meuse et atteindre Bazeilles, à environ 5 km au sud-est de Sedan. Les troupes de marine de la division dite bleue commandée par le général de Vassoigne reçoivent l’ordre de reprendre le village, la 2e brigade du général Martin des Pallières engage une contre-attaque, appuyée par la 1re brigade du général de Reboul. Les « marsouins » reprennent le village dès la tombée de la nuit et repoussent même les Bavarois jusqu’au pont, tant la contre-attaque est énergique. Mais sur le soir, le 1er, le 2e et le 4e corps bavarois passent le pont. La bataille de Bazeilles a coûté à la France la vie de 2 655 marsouins et bigors et à l’Allemagne celle de près de 5 000 Bavarois.
Le 1er septembre avant l’aube, la bataille commence, les Bavarois attaquent Bazeilles. Les deux armées allemandes se déploient vers le nord, celle du prince héritier de Prusse par le flanc ouest, celle du prince de Saxe par le flanc est, pour ensuite converger vers Illy. À 07 h 00, Mac-Mahon, blessé à la fesse par un éclat d’obus, abandonne son commandement. Pour le remplacer, il désigne Ducrot, qui ordonne aussitôt la retraite en direction d’Illy et de Mézières. Mais le mouvement est à peine commencé que de Wimpffen, exhibant une lettre du ministre Charles Cousin-Montauban, comte de Palikao lui confiant l’intérim de Mac-Mahon en cas d’empêchement, revendique le commandement et annule les instructions de Ducrot. En trois heures, les troupes françaises auront eu trois commandants en chef, chacun avec un plan différent.
Le 1er septembre à 4 h 00 du matin, une partie du premier corps bavarois s’infiltre dans Bazeilles sur le flanc est du château de Sedan. Une forte résistance des troupes de marine françaises force les Bavarois à y faire pénétrer leur 1er corps tout entier. La bataille commence à tourner en faveur des Français. Ayant remplacé Mac-Mahon blessé, le général Ducrot, partisan de la retraite sur Mézières, ordonne le repli pour réorganiser les forces et se concentrer sur le flanc ouest, seule possibilité de sortir de Sedan sans trop combattre. Finalement le commandant en chef en place de Mac-Mahon, De Wimpffen, réfute la stratégie de la retraite et ordonne de réoccuper Bazeilles. Vers 13 h 00, Wimpffen donne ses ordres : contre-attaquer vigoureusement du côté de Bazeilles, en direction de Metz. Et, pour s’en donner les moyens, il prélève les réserves de Douay et de Ducrot, les obligeant à dégarnir le front nord. Cela ne va pas sans mal : des commandants, faute de cartes, se trompent de direction, des régiments hésitent à se déplacer sous les tirs d’artillerie, d’autres trouvent la route bloquée par des chariots. Les Bavarois, nettement plus nombreux et surtout appuyés par une artillerie moderne et très efficace, ont repris le village. Néanmoins les marsouins excellent dans le combat de rues : ils repoussent par deux fois les Bavarois du village. Un bataillon du 4e corps bavarois progresse jusqu’au village de Balan, coupant ainsi Bazeilles de Sedan.
Dans le village se déroulent alors des combats acharnés, maison par maison. Se battant à un contre dix, les marsouins commencent à être submergés. Ils manquent de munitions, plient sous les obus percutants et la chaleur des incendies. De nombreux civils prennent part aux combats. Désormais coupés de leurs lignes, les troupes françaises cèdent peu à peu le village qui est presque complètement détruit. Des maisons ont servi de bases de défense ; ces combats épiques et acharnés seront plus tard symbolisés par l’épisode de la résistance héroïque dans la Maison de la dernière cartouche.
La bataille tourne au désastre, car l’armée prussienne du prince héritier Frédéric de Prusse traverse la Meuse à Donchery, au sud-ouest de Sedan, afin de réaliser la jonction avec les corps armées du prince Albert de Saxe venus de Beaumont après la bataille. Malgré tout, Wimpffen a réussi à avancer de quelques kilomètres lorsque, sur ses arrières, déferle une marée humaine. À 14 h 00, sur le plateau d’Illy, sur le flanc nord-ouest de la citadelle de Sedan, les deux armées allemandes ont effectué leur jonction : la boucle est bouclée. Non seulement l’hypothétique fuite vers Mézières ou la Belgique initiée par Ducrot avant l’arrivée intempestive de Wimpffen n’est plus possible, mais l’ennemi a enfoncé un coin entre le corps d’armée de Douay et celui de Ducrot. Privés de leurs réserves, les deux chefs de corps tentent de jeter dans la brèche, pêle-mêle, tout ce qu’ils ont pu rallier, mais en vain. Malgré quatre charges des cavaliers du général Margueritte, aussi désespérées que courageuses, les forces françaises ne peuvent rompre l’encerclement du plateau d’Illy. Là était la seule possibilité pour l’armée française de s’échapper pour rejoindre Mézières. Le roi de Prusse observant les chasseurs d’Afrique depuis son point de vue du village de Frénois se serait exclamé : « Ah, quels braves soldats ! » (en allemand, Ach ! Die tapferen Leute).
Encerclée et complètement désorganisée, l’armée française reflue en désordre à l’intérieur de la ville citadelle de Sedan. Alors, de toutes parts, c’est un flot épouvanté d’hommes, de chevaux, de chariots, de canons, qui reflue vers Sedan, comme si, derrière les vieux remparts se trouvait le salut. Fantassins, cavaliers, équipages du train, voitures d’ambulance, fourgons de toute sorte se mettent à converger vers le centre de Sedan, se mêlant, s’étouffant, s’écrasant sur les ponts-levis. Les obus allemands tombent, éclatent et font des vides. En sept ou huit endroits, la ville se met à flamber. Les soldats se disputent les abris et menacent les officiers. La plupart des généraux se regroupent autour de l’Empereur à la sous-préfecture. Leurs soldats, exténués, ne sont plus en état de résister. Tous lui disent que la lutte est devenue sans espoir. Tous, sauf un, Wimpffen, toujours en train de rallier des hommes sur la route de Bazeilles. Alors Napoléon III se ressaisit. Et il est peut-être le seul à pouvoir jouer une dernière carte : rencontrer en tête-à-tête le roi Guillaume de Prusse — qu’il a reçu trois ans auparavant aux Tuileries à l’occasion de l’Exposition universelle —, tenter de le fléchir, d’arrêter l’effusion de sang et d’épargner l’honneur de ses généraux. Peut-être, en se constituant lui-même prisonnier, obtiendra-t-il un sauf-conduit pour ses troupes en France ou en Belgique après avoir déposé les armes ? Et l’Empereur donne l’ordre de hisser le drapeau blanc sur la citadelle pour demander un armistice. Le général Faure, chef d’état-major, estimant n’avoir à obéir qu’à Wimpffen, fait retirer le drapeau. L’Empereur insiste et le fait hisser à nouveau, cette fois pour de bon.
À 16 heures 30, le roi de Prusse envoie un officier à l’entrée sud de la citadelle (porte de Torcy). Ce dernier est conduit à la sous-préfecture de Sedan et présenté, à sa grande surprise, à l’empereur, dont la présence à Sedan n’était pas connue des Allemands. Napoléon III écrit une lettre au roi de Prusse: « Monsieur mon frère, n’ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu’à remettre mon épée entre vos mains. ». À 18 heures, le général Reille remet la lettre de l’empereur à Guillaume qui se trouve toujours sur les hauteurs de Frénois. Après délibération, les vainqueurs acceptent la reddition de l’armée française et demandent à l’empereur de désigner un de ses officiers pour traiter de la capitulation. Le roi de Prusse désigne son commandant en chef von Moltke, puis se retire sur le village de Vendresse, au sud de Sedan. En début de soirée, le général de Wimpffen, plénipotentiaire désigné par l’empereur, se rend à l’état-major allemand à Donchery au sud-ouest de Sedan. Il veut négocier mais von Moltke, accompagné du chancelier Otto von Bismarck, exige une capitulation sans condition.
Le , vers 8 h 00, l’empereur quitte Sedan, car il veut s’entretenir avec le roi de Prusse. Il se rend au bourg de Donchery, par la route impériale menant à Mézières, pensant que le roi Guillaume s’y trouve. Prévenu, Bismarck vient à sa rencontre à l’entrée du village. Une entrevue a lieu dans la maison d’un tisserand sur le bord de la route. Se doutant que l’empereur veut tenter d’adoucir les conditions de la capitulation, le ministre du roi de Prusse refuse que Napoléon III rencontre Guillaume à Vendresse. Bismarck lui indique en outre que le roi ne le verra qu’après la signature de l’acte de reddition.
À 10 h 30 du matin, l’empereur est conduit à Frénois au château de Bellevue qui domine la Meuse et la ville de Sedan. C’est en ce lieu que les généraux en chef des deux camps signent une heure plus tard l’acte de reddition de l’armée française. Le roi de Prusse n’arrive sur les lieux que dans l’après-midi. L’empereur français, qui s’est couché, se relève et l’accueille. L’entretien entre les deux dirigeants est rapide, environ un quart d’heure, et ne change rien aux conditions de capitulation. Cet acte de capitulation précise que la place forte ainsi qu’armes, munitions, matériels, chevaux et drapeaux seront remis aux vainqueurs et que l’armée prisonnière sera conduite sur la presqu’île d’Iges, à l’ouest de Sedan. Les 83 000 officiers et soldats français rescapés seront ensuite internés en Allemagne. L’armée de Mac Mahon livre en outre les 6 000 chevaux et les 419 canons qui lui restent. Les Allemands vont pouvoir les retourner contre d’autres soldats français. Le général Wimpffen et l’empereur Napoléon III obtiennent cependant trois concessions. Les officiers qui donneront leur parole de ne plus combattre les Allemands pendant la durée de la guerre sont libérés sur parole ; ils seront 550 à profiter de l’aubaine ; ceux qui, au contraire, ne veulent pas abandonner leurs hommes conserveront armes et effets personnels. Enfin, l’Empereur sera détenu à Cassel, au château Wilhelmshöhe.
Conférence d’Eric Anceau du 18 novembre 2020.
Août 1870 – L’écroulement de l’Empire de Napoléon III, avec Nicolas Chaudun (Source : Canal Académie, 12 février 2012)

1er septembre 1914 : combat de Néry.
Dans le brouillard d’un petit village de l’Oise, une brigade de cavalerie britannique en retraite est surprise à courte portée par une division de cavalerie allemande. Une seule batterie, réduite à un canon, tient assez longtemps pour renverser la situation.
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Le corps expéditionnaire britannique bat en retraite depuis Mons, le 23 août, et Le Cateau, le 26. Le 31 août au soir, la 1re brigade de cavalerie et la L Battery de la Royal Horse Artillery bivouaquent à Néry, entre Compiègne et Senlis.
Le brouillard épais du 1er septembre au matin retarde le départ. À cinq heures, alors que les chevaux sont à l’abreuvoir, la 4e division de cavalerie allemande, qui bivouaquait à moins de 2 km sans le savoir, ouvre le feu depuis une crête à 1 000 m, avec 12 pièces et des mitrailleuses.
Le camp britannique est balayé en quelques minutes. La L Battery met 3 canons en action ; 2 sont détruits presque aussitôt. Le 3e continue de tirer, servi par des équipes qui se reconstituent à mesure que les servants tombent, sous les ordres du capitaine Edward Bradbury, qui a une jambe arrachée et continue de commander. Le tir dure environ une heure et demie, jusqu’à épuisement des munitions.
L’arrivée de renforts d’infanterie et d’artillerie britanniques met en fuite la division allemande, qui abandonne 8 de ses 12 pièces.
3 Victoria Cross sont décernées pour ce seul engagement : au capitaine Bradbury à titre posthume, au sergent-major David Nelson et au sergent-major de batterie George Dorrell. Le canon survivant est conservé à l’Imperial War Museum de Londres.
1er septembre 1915 : occupation de l’île turque de Rouad par les français (en face de la ville de Tartous, second port syrien).
Pendant la Première Guerre mondiale, la France est en guerre contre l’Empire ottoman, et mène un blocus maritime des côtes syriennes, en concertation avec la Grande-Bretagne. Dès le 1er septembre 1915, la marine française occupe l’île Arouad, point d’appui dans le contexte des opérations navales dans la région. 80 marins français commandés par le lieutenant de vaisseau Albert Trabaud débarquent, sans combat, sous la protection des croiseurs Jeanne d’Arc et Jaureguiberry, malgré la présence de sous-marins allemands. L’île devient aussi un centre de renseignements français.
Le lieutenant de vaisseau Trabaud, nommé gouverneur de l’île, dirige l’antenne du Service des Informations de la marine au Levant (SIL). Ce centre de renseignement tourné vers la Syrie a été notamment organisé par Gabriel Auphan, enseigne de vaisseau, lors de son affectation à Rouad entre 1915 et 1916. Le blocus allié des côtes a des effets dramatiques sur les populations civiles de la région, aggravant en particulier la Grande famine du Mont-Liban. Dans la perspective d’une instauration prochaine d’un régime colonial au Levant, l’action du Service des Informations de la marine au Levant depuis Rouad a permis à la France de préserver une partie de son influence en Orient et de défendre sur le terrain les acquis diplomatiques obtenus grâce aux accords Sykes-Picot. L’île de Rouad est bombardée par les Ottomans en novembre 1917, mais leur attaque est repoussée par les marins français.
À la suite de pressions des États-Unis, l’île est cédée par la France sans condition à la Syrie, à la fin de 1945, décision confirmée en 1946.
Rouad a servi de base au recrutement des volontaires arméniens et syriens qui formeront la Légion d’Orient, constituée à Chypre en 1916 et engagée en Palestine en 1918. L’île fut ainsi, pour la France, à la fois un poste d’écoute, une tête de pont politique au Levant et un centre de recrutement ; trois fonctions dont la conjonction éclaire la nature de la présence française dans la région.

1er septembre 1939 : l’Allemagne nationale-socialiste attaque la Pologne.
À l’aube, sans déclaration de guerre, 54 divisions allemandes franchissent la frontière polonaise sur trois axes. La première journée voit le premier bombardement massif d’une ville sur des civils, l’ouverture du feu du premier navire de guerre et la première mission aérienne de la Seconde Guerre mondiale.
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L’attaque devait avoir lieu le 26 août à 4 h 30 ; Hitler l’avait annulée le 25 au soir. Il signe le 31 août au matin la directive n° 1 pour la conduite de la guerre, qui fixe l’assaut au 1er septembre à 4 h 45. Le soir du 31, l’opération Himmler fournit le prétexte, avec l’attaque simulée de la station de radio de Gleiwitz et le corps d’un prisonnier assassiné laissé en uniforme polonais.
Tczew, entre 04 h 26 et 04 h 34. Trois Junkers Ju 87 du lieutenant Bruno Dilley attaquent à très basse altitude les postes de mise à feu du pont ferroviaire de Dirschau, sur la Vistule, afin d’empêcher les Polonais de le détruire. Les câbles sont sectionnés, mais le circuit est rétabli et le pont saute dans la matinée. C’est la première mission de combat de la guerre.
Wieluń, vers 04 h 40. Une ville de 15 000 habitants sans garnison, sans industrie et sans objectif militaire, à une vingtaine de kilomètres de la frontière, est attaquée par des Stuka du I./StG 76 puis par des vagues successives jusqu’au milieu de la matinée. L’hôpital, marqué d’une croix rouge sur son toit, est détruit dès la première passe. De 70 à 90 % des bâtiments sont rasés ; les estimations de morts civils tournent autour de 1 200.
Aucune raison militaire n’a jamais été établie ; l’hypothèse d’un essai en vraie grandeur des effets du bombardement en piqué sur une agglomération est celle que retiennent les historiens polonais et allemands qui ont travaillé le dossier. L’épisode est resté longtemps méconnu hors de Pologne. L’heure exacte fait l’objet de discussions, certaines sources la situant entre 4 h 35 et 5 h 40, ce qui alimente le débat sur l’antériorité par rapport à la Westerplatte.
La Westerplatte, à 04 h 47. Le cuirassé Schleswig-Holstein, ancien bâtiment de 1908 en visite de courtoisie à Dantzig, ouvre le feu à bout portant sur le dépôt militaire polonais de la Westerplatte. La garnison, forte de deux cent dix hommes commandés par le major Henryk Sucharski, devait tenir 12 heures. Elle tiendra 7 jours, repoussant 13 assauts, avant de capituler le 7 septembre. Le nom est devenu en Pologne le symbole de la résistance de 1939.
Les forces allemandes engagent environ 1,5 million d’hommes, 2 700 chars et 2 000 avions contre un million de Polonais, 600 chars pour l’essentiel légers et quelque 400 avions de première ligne. La disproportion est aggravée par la géographie : la Pologne est prise en tenaille depuis la Poméranie, la Silésie et la Prusse-Orientale, et son dispositif, étiré le long des frontières pour couvrir les régions industrielles, se prête à l’encerclement.
L’armée polonaise se bat mieux que sa réputation ne le laisse croire. La contre-offensive de la Bzura, du 9 au 19 septembre, oblige la Wehrmacht à réorienter deux armées. Varsovie ne capitule que le 28 septembre, après un bombardement massif ; la dernière unité constituée dépose les armes à Kock le 6 octobre.
NOTA – la charge des lanciers polonais contre des chars est une légende : La charge de Krojanty, le 1er septembre au soir, fut menée contre un bataillon d’infanterie allemande au repos, qu’elle dispersa, avant que l’arrivée de véhicules blindés de reconnaissance ne contraigne les cavaliers au décrochage. La version de la charge suicidaire contre les blindés provient de correspondants de guerre italiens conduits sur les lieux le lendemain, et fut ensuite reprise par la propagande allemande.

1er septembre 1939 : création de l’Air Transport Auxiliary.
Le jour où l’Allemagne envahit la Pologne, la Grande-Bretagne constitue une organisation civile chargée de convoyer les avions militaires. Ses pilotes seront trop âgés, borgnes, manchots ou unijambistes ; et, pour un dixième d’entre eux, des femmes. En 6 ans, ils livreront 309 000 appareils de 147 types, sans radio, sans instruction au vol aux instruments et sans armement.
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L’Air Transport Auxiliary procède d’une intuition de Gerard d’Erlanger, banquier d’affaires, pilote privé et administrateur de la compagnie British Airways Ltd. Dès 1938, il fait valoir au ministère de l’Air qu’en cas de guerre il existera dans le pays plusieurs centaines de pilotes brevetés que leur âge ou leur état physique rendra inaptes au service en unité, et qu’il serait absurde de les laisser sans emploi.
Le ministère est d’abord réservé. La perspective du conflit lève les réticences : en août 1939, l’organisation des pilotes est placée sous la responsabilité administrative et financière de British Airways, et le 1er septembre 1939 (le jour de l’attaque contre la Pologne, deux jours avant la déclaration de guerre britannique) l’ATA est officiellement constituée.
Le mandat initial est de transporter du personnel, du courrier et du matériel sanitaire. Il ne durera pas 6 mois.
Dès l’automne 1939, la Royal Air Force constate qu’elle immobilise des pilotes de combat pour amener les appareils neufs des usines aux unités. C’est une tâche indispensable et un gaspillage : chaque heure passée à convoyer un Hurricane est une heure soustraite à l’entraînement au combat.
Le transfert s’opère par étapes. Au 1er mai 1940, l’ATA a pris en charge l’ensemble des convoyages des usines vers les unités de maintenance, où l’armement et les équipements sont installés. Au 1er août 1941, elle assure la totalité des convoyages, libérant l’équivalent de plusieurs escadrons de pilotes pour les missions opérationnelles.
L’organisation dépend successivement de plusieurs autorités (elle passe le 22 juillet 1941 sous le contrôle du ministère de la Production aéronautique de lord Beaverbrook) mais son administration reste jusqu’au bout entre les mains de British Airways puis de la BOAC, et de d’Erlanger lui-même, qui la commandera pendant toute la guerre.
Le quartier général, d’abord installé à Andover, s’établit à White Waltham, dans le Berkshire, en février 1940. Le réseau compte jusqu’à 22 ferry pools répartis sur le territoire.
Le sobriquet est de d’Erlanger lui-même : les initiales ATA signifieraient « aviateurs antiques et déguenillés ».
Le principe de recrutement est en effet l’inverse de celui d’une armée de l’air. Ce qui est demandé n’est pas l’aptitude physique au combat mais la capacité à mener un avion d’un point à un autre. Les handicaps sont ignorés dès lors que le candidat peut faire le travail. L’organisation compta ainsi des pilotes manchots (Charles Dutton et Stewart Keith-Jopp, qui volèrent l’un et l’autre sur Spitfire et sur Typhoon), des unijambistes, des borgnes, des myopes, plusieurs vétérans de 1914-1918 et un amiral en retraite.
Elle recruta également hors du Royaume-Uni, y compris dans des pays neutres : 25 à 28 nationalités y furent représentées, dont des Polonais, des Tchécoslovaques, des Américains, des Argentins, des Chiliens, un Siamois.
Les conditions de travail expliquent expliquent le nombre de morts :
- Pas de radio. Les appareils convoyés en sont dépourvus ou l’équipement n’est pas connecté ; les pilotes naviguent à la carte, à la boussole et à vue, dans un ciel encombré et un pays où tous les panneaux indicateurs ont été retirés pour gêner un éventuel envahisseur.
- Pas d’instruction au vol aux instruments. Les pilotes doivent en principe rester en vol à vue. La météorologie britannique ne s’y prête pas toujours, et la pression sur les livraisons conduit à voler par des conditions qui ne l’autorisaient pas. C’est la cause principale des accidents.
- Pas d’armement. Les appareils sont livrés sans munitions et souvent sans armes montées. Le statut civil de l’ATA le lui interdit : un civil ne peut légalement piloter un aéronef armé. Ses pilotes traversaient donc un espace aérien contesté à bord de chasseurs qui ne pouvaient pas se défendre. Plusieurs furent interceptés.
- Pas de familiarité avec le type. Un pilote de l’ATA pouvait avoir à convoyer, dans la même journée, trois appareils qu’il n’avait jamais pilotés. Le système reposait sur les Ferry Pilots Notes, un jeu de fiches cartonnées réunies dans un classeur à anneaux, une par type, résumant en une page les vitesses, les régimes, les procédures de démarrage et les particularités de pilotage. Le pilote lisait sa fiche sur l’aile, montait à bord et décollait.
Les qualifications étaient organisées en 6 classes : monomoteurs légers, monomoteurs de combat, bimoteurs légers, bimoteurs lourds, quadrimoteurs, hydravions — chacune ouvrant l’accès à l’ensemble des types de sa catégorie.
Le 14 novembre 1939, Pauline Gower, pilote professionnelle qui avait gagné sa vie en emmenant des passagers en baptême de l’air, est chargée d’organiser une section féminine. Les 8t premières femmes sont admises le 1er janvier 1940 à Hatfield et cantonnées au convoyage des De Havilland Tiger Moth, biplans d’entraînement à cockpit ouvert ; souvent en plein hiver, sans chauffage.
L’élargissement des qualifications est obtenu par étapes, contre une résistance constante. Le 19 juillet 1941, Winifred Crossley est la première femme lâchée sur Hurricane. À l’automne 1942, la first officer Lettice Curtis est la première à piloter un quadrimoteur ; un Halifax ; 11 femmes seulement le feront.
En 1943, les femmes de l’ATA obtiennent l’égalité de rémunération avec leurs collègues masculins. C’est le premier organisme dépendant du gouvernement britannique à accorder un salaire égal pour un travail égal, trente ans avant que la loi ne l’impose.
168 femmes ont servi à l’ATA, soit environ 1/10 de l’effectif de pilotes. 15 y ont trouvé la mort, dont Amy Johnson, la plus célèbre aviatrice britannique de l’entre-deux-guerres, disparue dans l’estuaire de la Tamise le 5 janvier 1941.
L’Américaine Jacqueline Cochran recruta en 1942 un contingent de pilotes américaines pour l’ATA, avant de rentrer aux États-Unis créer les Women Airforce Service Pilots, dont l’organisation britannique fut explicitement le modèle.
De septembre 1939 au 30 novembre 1945, date de sa dissolution, l’Air Transport Auxiliary a mobilisé environ 1 250 pilotes et mécaniciens navigants. Ils ont convoyé 309 000 appareils de 147 types différents, transporté quelque 883 tonnes de fret et 3 430 passagers.
173 d’entre eux sont morts en service, soit près d’1/7.
Lord Beaverbrook, qui n’était pas homme à distribuer les compliments, déclara lors de la dissolution que sans l’ATA la Royal Air Force n’aurait pu tenir la bataille d’Angleterre ; formulation excessive, mais qui traduit la dépendance du dispositif de combat à l’égard d’une chaîne logistique invisible.
L’ATA est, à ce titre, l’une des matrices de l’entrée des femmes dans les métiers du pilotage militaire.
1er septembre 1941 : premier vol du Me 163 Komet V4 avec un moteur fusée HWK RII-203.
Le quatrième prototype du chasseur-fusée de Messerschmitt vole pour la première fois avec le moteur de série Walter. 13 mois plus tard, le même appareil dépassera les 1 000 km/h ; record qu’aucun avion à turboréacteur n’égalera avant 1947.
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Le Me 163 procède de la rencontre de deux travaux indépendants. Hellmuth Walter avait mis au point un moteur-fusée fondé sur la décomposition du peroxyde d’hydrogène concentré, dit T-Stoff, par un catalyseur puis par un carburant hypergolique, le C-Stoff : les deux composants s’enflamment spontanément au contact, ce qui permet un moteur d’une simplicité extrême ; une pompe et une tuyère. Alexander Lippisch avait consacré 15 ans aux planeurs sans empennage, dont le fuselage court et l’aile épaisse offrent un volume interne considérable pour une traînée comparable à celle d’une cellule classique.
L’association des deux résout le problème du volume de propergols, considérable, et donne l’appareil le plus rapide de la guerre.
Le prototype V4 avait volé auparavant en planeur, remorqué, puis avec un moteur de développement. Le 1er septembre 1941, il effectue son premier vol avec le HWK RII-203, version destinée à la série.
Le 2 octobre 1941, à Peenemünde, le pilote d’essai Heini Dittmar atteint sur cet appareil, largué en altitude par un remorqueur puis allumant son moteur, la vitesse de 1 004,5 km/h ; soit Mach 0,84. Le record est classifié : l’Allemagne ne le divulgue pas, et il ne sera homologué qu’après la guerre. Aucun avion à turboréacteur ne l’égalera avant la fin des années quarante.
L’appareil n’entre en service qu’au printemps 1944, au sein du Jagdgeschwader 400. Son autonomie propulsée n’excède pas huit minutes : il décolle depuis un chariot largable, monte à 10 000 m en 3 minutes, dispose de quelques passes sur les formations de bombardiers, puis redescend en vol plané et se pose sur un patin ventral.
Cette séquence, en soi, rend l’interception difficile : la vitesse de rapprochement est telle que le tir des deux canons de 30 mm ne dure que quelques secondes. Le bilan opérationnel se limite à une dizaine de victoires pour un nombre comparable de pertes.
Les propergols sont la véritable cause de la mortalité. Le T-Stoff s’enflamme au contact de presque toute matière organique et attaque les tissus vivants ; plusieurs pilotes furent tués par des fuites après un atterrissage dur, dans des conditions dont les témoignages d’époque disent l’horreur. La combinaison de vol en tissu spécial ne protégeait pas.
Le Me 163 reste l’unique avion-fusée de chasse ayant été employé au combat.

1er septembre 1942 : le général de Gaulle rend visite aux pilotes de la base de Rayak (Liban).
Le général de Gaulle visite ce jour-là la base aérienne de Rayak, au Liban. C’est également ce jour-là, et non le mois suivant, qu’y est officiellement constitué le groupe de chasse n° 3, qui prendra le nom de Normandie et deviendra le Normandie-Niémen.
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Dès décembre 1941, de Gaulle souhaite marquer la présence de la France libre sur le front de l’Est, où se joue selon lui le sort de la guerre.
Le projet initial d’envoyer une division est abandonné faute de moyens et pour des raisons politiques ; il est ramené à un groupe de chasse. Les négociations avec Moscou, conduites notamment par le colonel Luguet et Albert Mirlesse, aboutissent le 10 juillet 1942.
Le rassemblement des volontaires se fait à Rayak, dans la plaine de la Bekaa, où la France libre dispose d’une base aérienne depuis la campagne de Syrie de 1941. C’est là qu’avait déjà été constitué, en septembre 1941, le premier groupe de chasse des Forces aériennes françaises libres, le GC 1 « Alsace ».
Le 1er septembre 1942, le groupe de chasse n° 3 est officiellement créé sous les ordres du commandant Joseph Pouliquen. Il rassemble une soixantaine de volontaires (pilotes, mécaniciens, administratifs) venus d’Angleterre, de Damas, d’Afrique du Nord, de Libye et jusqu’d’Indochine. Le nom de « Normandie », proposé par Pouliquen, est validé par le général Valin ; l’insigne porte les deux léopards d’or sur fond de gueules.
L’entraînement commence le 14 octobre sur Dewoitine 520. Le 12 novembre, le groupe quitte Rayak à bord de 3 Dakota pour Bagdad, puis Bassorah, Téhéran et Bakou. Il arrive à Ivanovo, à 250 kilomètres au nord-est de Moscou, à la fin du mois de novembre.
Novikov signe le 4 décembre l’ordre d’incorporation aux forces aériennes soviétiques. Après un hiver d’entraînement sur Yak-1 et Yak-7 par une température de -25°, le groupe est déclaré prêt le 19 mars 1943 et rejoint le front le 22.
Il y remportera 273 victoires homologuées en 5 000 sorties, au prix de 42 pilotes tués ou disparus sur les 96 envoyés. Devenu régiment en février 1944, il reçoit le nom de Niémen en juillet de la même année et rentre en France le 20 juin 1945 avec ses Yak-3, offerts par Staline.
L’épopée du groupe de chasse Normandie-Niémen.
1er septembre 1942 : le pilote et as allemand Hans-Joachim Marseille revendique 17 avions abattus en une seule journée (3 combats).
Le 1er septembre 1942 fut la journée la plus fructueuse de Marseille, revendiquant la destruction de 17 avions alliés (n° 105-121) et 54 victoires pour l’ensemble du mois de septembre, son mois le plus productif. Parmi les 17 avions revendiqués, huit en dix minutes ; pour cela, il reçut une Kübelwagen d’un escadron de la Regia Aeronautica, sur laquelle ses camarades italiens avaient peint « Otto » ( italien pour « huit »).
Il s’agit du plus grand nombre d’avions des forces aériennes alliées occidentales abattus par un seul pilote en une journée. Seuls trois pilotes égaleront ce score, et un seul le surpassera ; Emil Lang, le 4 novembre 1943, comptabilisa 18 chasseurs de l’armée de l’air soviétique sur le front de l’Est.
L’analyse d’après-guerre montre que le bilan réel de la journée fut probablement de 8 à 9 avions détruits par Marseille, avec 3 ou 4 autres endommagés.

1er septembre 1944 : libération de Dieppe.
La 2e division d’infanterie canadienne entre sans combat dans la ville où elle avait perdu la moitié de ses effectifs deux ans plus tôt.
Le raid du 19 août 1942 sur Dieppe avait coûté à la 2e division canadienne 907 tués et près de 1 950 prisonniers sur environ 5 000 hommes engagés ; le désastre le plus lourd de l’histoire militaire canadienne. L’opération avait néanmoins fourni des enseignements qui pèseront sur la préparation du 6 juin 1944 : nécessité d’un appui-feu naval et aérien massif, impossibilité de saisir un port en état de fonctionner, d’où la conception des ports artificiels.
Le 1er septembre 1944, la même division, reconstituée, entre dans Dieppe. La garnison allemande s’est retirée dans la nuit ; il n’y a pas de combat. Le port est retrouvé moins endommagé que prévu et remis en service dès le 7 septembre ; il deviendra l’un des principaux points d’entrée du carburant destiné aux armées alliées.
1er septembre 1951 : signature du traité ANZUS.
L’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis signent à San Francisco un traité de sécurité qui réoriente la défense des deux dominions du Pacifique de Londres vers Washington.
Le traité est signé une semaine avant celui de San Francisco qui met fin à l’état de guerre avec le Japon. Ce n’est pas une coïncidence : Canberra et Wellington redoutaient le réarmement japonais qu’une paix généreuse rendrait possible, et exigeaient une garantie américaine en contrepartie de leur signature.
Le texte est délibérément moins contraignant que l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord. Les parties s’engagent à considérer qu’une attaque armée dans le Pacifique contre l’une d’elles mettrait en danger leur propre paix et sécurité, et à agir pour faire face au danger commun conformément à leurs procédures constitutionnelles ; formule qui n’emporte aucune obligation automatique d’assistance militaire.
La portée historique est ailleurs : c’est le moment où l’Australie et la Nouvelle-Zélande cessent de fonder leur sécurité sur la Royal Navy (dont la chute de Singapour en février 1942 avait démontré les limites) pour la fonder sur les États-Unis. Le Royaume-Uni n’est pas partie au traité et en fut informé tardivement.
Le dispositif se fissure en 1985, lorsque la Nouvelle-Zélande interdit l’accès de ses ports aux navires à propulsion nucléaire ou susceptibles d’emporter des armes nucléaires. Washington suspend ses obligations envers Wellington en 1986 ; le traité continue de fonctionner bilatéralement entre les États-Unis et l’Australie. Les relations néo-zélando-américaines ont été partiellement rétablies à partir de 2010.
1er septembre 1958 : début de la première guerre de la morue (guerre économique).
L’Islande porte unilatéralement ses eaux de pêche exclusives de quatre à 12 milles nautiques. La Royal Navy escorte ses chalutiers à l’intérieur de la zone contestée. Deux membres de l’OTAN s’affrontent en mer pendant près de 3 ans.
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L’économie islandaise dépend presque entièrement de la pêche. L’extension de ses eaux, décidée en application d’une loi de 1948 et entrée en vigueur le 1er septembre 1958, vise les chalutiers britanniques qui exploitent les mêmes bancs.
Londres refuse de reconnaître la mesure et annonce que ses navires pêcheront sous protection. Jusqu’à 37 bâtiments de guerre britanniques sont engagés face à 7 patrouilleurs islandais. Les incidents se multiplient : coups de semonce, tentatives d’arraisonnement, sectionnement des câbles de chalut, éperonnages. Aucun coup de feu mortel n’est tiré.
L’asymétrie des moyens ne détermine pas l’issue. Reykjavik dispose d’un levier décisif : la base aéronavale américaine de Keflavík, pièce maîtresse du dispositif de surveillance de l’Atlantique Nord et du verrouillage du passage GIUN. La menace, jamais formulée explicitement mais parfaitement comprise, de quitter l’OTAN ou de fermer la base pèse plus lourd que les frégates britanniques. Washington fait pression sur Londres.
L’accord de février 1961 reconnaît la zone des 12 milles. Deux autres « guerres de la morue » suivront, en 1972-1973 puis en 1975-1976, à l’issue desquelles l’Islande obtiendra 50 puis 200 milles ; anticipant la zone économique exclusive que la convention sur le droit de la mer consacrera en 1982.
Le cas est étudié comme l’un des rares exemples où un État sans armée ; l’Islande n’en a pas ; impose sa volonté à une puissance navale majeure, en exploitant la valeur stratégique de son territoire plutôt que ses moyens militaires.
1er septembre 1961 : l’Union soviétique reprend ses essais nucléaires atmosphériques.
La reprise des essais soviétiques, annoncée le 30 août et effective le 1er septembre, rompt le moratoire observé depuis novembre 1958. Elle intervient au plus fort de la crise de Berlin, 3 semaines après la construction du Mur. La série qui s’ouvre comprendra une soixantaine de tirs en deux mois et culminera le 30 octobre avec la bombe dite Tsar, d’une puissance d’environ 50 mégatonnes ; le plus fort engin explosif jamais mis à feu. Les États-Unis reprendront leurs essais souterrains dès le 15 septembre, puis atmosphériques en avril 1962.
Cette séquence conduira directement au traité d’interdiction partielle des essais du 5 août 1963 ; signé, comme la mise en service de la ligne directe Washington-Moscou du 30 août précédent, dans le sillage de la crise des missiles de Cuba.
1er septembre 1969 : coup d’État de Mouammar Kadhafi en Libye.
Un groupe d’officiers subalternes renverse la monarchie sénoussie en quelques heures, sans effusion de sang. Le capitaine Kadhafi, 27 ans, dirigera le pays 42 ans.
Le royaume de Libye, indépendant depuis 1951 sous le roi Idris Ier, est un État faible devenu riche : la découverte du pétrole en 1959 a bouleversé son économie sans modifier ses structures politiques. Deux bases militaires étrangères y subsistent, l’américaine de Wheelus Field près de Tripoli (la plus importante des États-Unis hors de leur territoire à l’époque) et la britannique d’El Adem.
Le 1er septembre 1969, profitant de l’absence du roi, parti se soigner en Turquie, le Mouvement des officiers libres unionistes socialistes prend le contrôle de Tripoli et de Benghazi. Le modèle revendiqué est celui des Officiers libres égyptiens de 1952 ; l’inspiration est ouvertement nassérienne.
Les conséquences militaires sont rapides. Les bases étrangères sont évacuées en 1970 ; les Britanniques en mars, les Américains en juin. Les compagnies pétrolières sont nationalisées à partir de 1971. La Libye devient l’un des principaux clients de l’armement soviétique, puis un acteur d’un nombre considérable de conflits régionaux : Tchad, Ouganda, Soudan, soutien à des mouvements armés en Afrique, en Europe et en Asie.
Le régime sera visé par les frappes américaines d’avril 1986, mis en cause dans les attentats de Lockerbie en 1988 et du DC-10 d’UTA en 1989, puis soumis à des sanctions internationales levées en 2003 après le renoncement libyen aux programmes d’armes de destruction massive. Il tombera en 2011 à l’issue d’une insurrection appuyée par une intervention aérienne conduite sous mandat des Nations unies.

1er septembre 1974 : record de vitesse New York-Londres sur SR-71.
Un Lockheed SR-71 Blackbird relie New York à Londres en 1 h 54 min 56 s, à une vitesse moyenne supérieure à 2 900 km/h. Le record n’a jamais été battu.
L’appareil, piloté par le major James Sullivan avec le major Noel Widdifield comme opérateur systèmes, décolle de Beale Air Force Base et effectue le parcours entre les points de chronométrage de New York et de Londres, avec un ravitaillement en vol en cours de route.
Le vol s’inscrivait dans un déploiement vers le salon aéronautique de Farnborough, où le SR-71 était présenté publiquement pour la première fois. Le record de retour, Londres-Los Angeles, sera établi 12 jours plus tard en 03 h 47 min 39 s.
Le SR-71, en service de 1966 à 1990 puis brièvement de 1995 à 1998, restait à sa vitesse de croisière (supérieure à Mach 3 à plus de 24 000 m) hors d’atteinte des intercepteurs et des missiles de son époque. Aucun appareil ne fut perdu du fait de l’action ennemie, malgré plus de quatre mille missiles tirés contre eux selon les décomptes américains. Sa parade au missile consistait à accélérer.
Les records qu’il détient (vitesse en ligne droite, altitude en vol horizontal soutenu, et ceux de septembre 1974) sont toujours en vigueur pour un aéronef habité à respiration atmosphérique.
1er-3 septembre 2004 : prise d’otages de Beslan par des djihadistes tchétchènes et ingouches.
Le jour de la rentrée scolaire, un commando armé s’empare de l’école n° 1 de Beslan, en Ossétie du Nord, et y retient plus de 1 100 personnes pendant 52 heures. Le dispositif explosif installé dans le gymnase, commandé par des pédales à action continue, rend impossible toute planification d’assaut. Le bilan s’établit à 334 otages tués, dont 186 enfants.
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Le groupe se présente au matin du 1er septembre à bord d’un camion militaire GAZ-66. Le chiffre de 32 assaillants, sera contesté par de nombreux témoins et par plusieurs enquêtes indépendantes.
Sa composition est mixte, contrairement à la présentation courante d’un commando tchétchène. Le chef sur place, Rouslan Khoutchbarov, dit « le Colonel », est un Ingouche de Galachki. Le commanditaire, Chamil Bassaïev, est tchétchène ; il n’est pas présent et revendiquera l’opération le 17 septembre au nom du bataillon Riyadous-Salikhine. La répartition qu’il a lui-même donnée mentionne 14 Tchétchènes dont 2 femmes, 9 Ingouches, 3 Russes, 2 Arabes, 2 Ossètes, 1 Tatar, 1 Kabarde et 1 Gouran. .
Beslan jouxte le district de Prigorodny, épicentre du conflit osséto-ingouche de 1992 qui avait chassé des dizaines de milliers d’Ingouches. Plusieurs assaillants en étaient des réfugiés. Le seul survivant, Nour-Pacha Koulaïev, a déclaré au procès que l’objectif recherché était de rallumer ce conflit, en provoquant des représailles ossètes contre les Ingouches et les Tchétchènes.
Les revendications, transmises par écrit, portaient sur la reconnaissance de l’indépendance de la Tchétchénie devant les Nations unies, le retrait des forces russes et la libération de combattants capturés lors du raid sur Nazran, en juin 2004 ; opération dont une partie du commando de Beslan était issue.
Le dispositif technique
Les otages (plus de 1 100 personnes, dont plus de 700 enfants) sont rassemblés dans le gymnase, une salle d’environ 250 m2. La densité d’occupation interdit tout mouvement et rend impossible la séparation entre otages et preneurs d’otages, condition normale d’un tir de précision.
Une cinquantaine de personnes ont réussi à fuir dans les premières minutes ; 12 enfants et 1 adulte, cachés dans la chaufferie, s’échapperont dans l’après-midi du 1er.
Dès les premières heures, des otages masculins sont contraints sous la menace de briser toutes les vitres du gymnase et des salles adjacentes.
La mesure est délibérée et technique. Elle vise à interdire la répétition de l’assaut du théâtre de la Doubrovka, à Moscou, en octobre 2002, où les forces spéciales russes avaient injecté un aérosol incapacitant dérivé du fentanyl dans le système de ventilation. Ce gaz avait mis fin à la prise d’otages au prix de cent trente morts parmi les otages, par dépression respiratoire et défaut de prise en charge médicale. Une salle largement ouverte ne permet pas d’atteindre une concentration incapacitante.
Un réseau d’engins explosifs improvisés est tendu à travers le gymnase, suspendu à des câbles et relié en série. Une grappe de charges est fixée au panier de basket ; l’image la plus diffusée de l’affaire, tirée de la cassette vidéo remise le 2 septembre. D’autres charges sont disposées au sol, entre les otages assis, et dans les couloirs.
Au moins deux assaillantes portent des ceintures explosives.
Le réseau est commandé par des interrupteurs à homme mort ; des pédales que l’on doit maintenir enfoncées et dont le relâchement provoque la mise à feu. Un combattant s’y tient en permanence ; les hommes se relaient. Les otages sont explicitement avertis du principe : si l’un des preneurs d’otages est abattu, le bâtiment entier explose.
Un interrupteur à action continue annule simultanément les deux modes d’action classiques : le tir de précision, puisque neutraliser l’opérateur déclenche la charge, et l’assaut par surprise, puisque le délai entre l’irruption et la neutralisation excède le temps de réaction d’un pied. Il ne laisse comme options que la négociation prolongée, la reddition, ou l’acceptation par avance de pertes massives.
Aucun plan d’assaut satisfaisant n’a donc pu être établi en 52 heures. C’est le fait central de l’affaire, et il explique (sans les justifier) une partie des décisions prises le troisième jour.
Les canalisations et les lavabos sont brisés dès le premier jour pour priver les otages d’eau. Au 3e jour, par une température qui dépasse trente degrés dans une salle surpeuplée, certains boivent leur urine. La sortie aux toilettes est d’abord tolérée puis interdite.
Une vingtaine d’otages adultes de sexe masculin sont exécutés dans les deux premiers jours et leurs corps jetés par une fenêtre du premier étage.
Les deux femmes du commando meurent le premier jour, à l’intérieur du bâtiment. La version rapportée par plusieurs survivants veut que Khoutchbarov ait déclenché leurs ceintures à distance, soit parce qu’elles avaient contesté la prise d’otages d’enfants, soit pour faire une démonstration.
La négociation
Le 2 septembre en fin d’après-midi, Rouslan Aouchev, ancien président de l’Ingouchie et général soviétique décoré en Afghanistan, est autorisé à entrer seul dans l’école. C’est la seule négociation qui produit un résultat : il obtient la libération de 11 mères allaitantes et de 15 nourrissons. Les aînés de ces femmes restent à l’intérieur ; une mère refuse de partir et Aouchev sort son enfant à sa place.
Il ressort avec une cassette vidéo et une note manuscrite contenant les exigences de Bassaïev. Les autorités russes déclareront la cassette vierge (ce qui sera démenti par la suite) et dissimuleront l’existence de la note. Ce point figure parmi les motifs de la condamnation ultérieure de la Russie par la Cour européenne des droits de l’homme.
Le 3 septembre
Vers 13 h 00, un accord est conclu pour permettre à des secouristes du ministère des Situations d’urgence de récupérer les corps abandonnés dans la cour depuis le premier jour.
Quelques minutes plus tard, deux explosions séparées d’une vingtaine de secondes ravagent le gymnase. Une partie de la toiture s’effondre et le reste prend feu. Des otages fuient par les brèches ouvertes dans les murs ; les assaillants tirent sur certains d’entre eux.
La cause de ces explosions n’a jamais été véritablement établie. Trois hypothèses coexistent :
- le relâchement d’une pédale, version soutenue par Koulaïev au procès, qui affirme que des tireurs d’élite gouvernementaux avaient abattu deux combattants tenant les commandes ;
- la chute d’une charge, dont le ruban adhésif aurait cédé sous l’effet de la chaleur ;
- un tir venu de l’extérieur, thèse défendue par le député Iouri Saveliev, physicien spécialiste des phénomènes de combustion et de détonation, membre de la commission parlementaire d’enquête, qui a publié en 2006 un rapport dissident concluant que les premières explosions provenaient de projectiles thermobariques tirés depuis l’extérieur.
L’assaut
L’irruption des forces spéciales n’est pas planifiée : elle est déclenchée par les explosions. Des unités Alpha et Vympel du FSB, des militaires, la milice locale et des civils armés de Beslan interviennent simultanément et sans coordination d’ensemble.
Au cours du combat, qui se prolonge jusque tard dans la soirée et s’étend aux bâtiments voisins, sont employés contre un édifice occupé par des otages des lance-flammes-roquettes thermobariques RPO-A Chmel, des lance-grenades et, en fin d’après-midi, le canon de chars T-72. C’est le point le plus contesté de toute l’affaire.
Les secours incendie arrivent tardivement et avec des moyens en eau insuffisants, dans des circonstances également disputées.
334 otages tués, dont 186 enfants. Plus de 800 blessés. Dix membres des forces spéciales du FSB tués (la perte la plus lourde de leur histoire) et2 secouristes.
31 assaillants tués, 1 capturé : Nour-Pacha Koulaïev, charpentier tchétchène de 23 ans, condamné à la réclusion à perpétuité en mai 2006. Chamil Bassaïev est tué le 10 juillet 2006.






