CHRONICORUM BELLI du 1er septembre

1er septembre 1557 : mort à 65 ans du navigateur et explorateur Jacques Cartier.

Le navigateur malouin meurt à soixante-cinq ans, probablement de la peste qui frappe Saint-Malo depuis le début de l’été. Il avait ouvert à la France une voie vers l’Amérique du Nord, ramené des pierres sans valeur et laissé derrière lui une colonie abandonnée. 66 ans s’écouleront avant que la France ne revienne durablement sur le Saint-Laurent.

***

Jacques Cartier naît à Saint-Malo, alors dans le duché de Bretagne, probablement entre juin et décembre 1491 — l’acte de baptême n’a pas été retrouvé. On ne sait rien de sa carrière avant 1532.

Deux éléments seulement éclairent ces quarante années. Son mariage, en 1520, avec Catherine Des Granches, fille du connétable de Saint-Malo, le place dans la notabilité de la ville. Et l’hypothèse, avancée par l’historien Gustave Lanctot et reprise par le Dictionnaire biographique du Canada, selon laquelle il aurait participé aux expéditions de Giovanni da Verrazzano en 1524 et en 1528 : ses absences coïncident avec les voyages du Florentin, et le point d’arrivée qui lui est assigné en 1534 correspond au terme du voyage de 1524. L’hypothèse n’est pas démontrée.

Ce qui est certain, c’est qu’en 1532 Jean Le Veneur, évêque de Saint-Malo et abbé du Mont-Saint-Michel, le présente à François Ier comme un homme capable de conduire des navires à la découverte de terres nouvelles.

L’enjeu : contester Tordesillas

Le traité de Tordesillas, conclu en 1494 sous arbitrage pontifical, avait partagé le monde à découvrir entre l’Espagne et le Portugal. En 1534, les Espagnols tiennent les Caraïbes, le Mexique et l’Amérique centrale, et achèvent la conquête du Pérou. La France n’a aucune part au partage et ne le reconnaît pas.

François Ier a résumé sa position par une formule restée célèbre : il aimerait voir la clause du testament d’Adam qui l’exclut du partage du monde. Financer un voyage vers les « Terres Neuves », c’est donc poser un acte de contestation d’un ordre juridique international imposé par deux puissances rivales — et le faire discrètement, dans une période de trêve avec Charles Quint.

Le précédent en avait été donné par Verrazzano en 1524, financé par des banquiers lyonnais et par l’armateur dieppois Jean Ango, dont les navires pratiquaient parallèlement la course contre le commerce ibérique. Découverte et guerre de course procédaient des mêmes intérêts et parfois des mêmes bailleurs de fonds.

La commission délivrée à Cartier le nomme capitaine et pilote pour le roi, avec charge de voyager aux Terres Neuves au-delà du détroit de la baie des Châteaux — le détroit de Belle-Isle.

Premier voyage, 1534

2 navires, 61 hommes. Départ de Saint-Malo le 20 avril, Terre-Neuve atteinte le 10 mai après une traversée de 20 jours. L’exploration du golfe du Saint-Laurent commence le 10 juin.

Le 24 juillet, à Gaspé, Cartier plante une croix de 30 pieds portant les armes de France et prend possession du pays au nom du roi. Le chef iroquoien Donnacona proteste : les explications embarrassées de Cartier ne le convainquent pas, mais il finit par accepter que deux de ses fils, Domagaya et Taignoagny, embarquent pour la France.

C’est de cette rencontre que vient le nom du pays. Les Iroquoiens désignaient leur établissement par le mot kanata, village ; Cartier l’appliqua à la région entière.

Deuxième voyage, 1535-1536

3 navires, 110 hommes. Guidé par les deux jeunes Iroquoiens rentrés au pays, Cartier remonte cette fois le fleuve. Il atteint Stadaconé (le site de Québec) puis Hochelaga, le 2 octobre 1535, au pied d’une colline qu’il baptise mont Royal.

L’hivernage à Sainte-Croix est meurtrier. Le scorbut tue 25 hommes sur 110 et en met une centaine hors d’état. L’équipage est sauvé par une décoction d’écorce et d’aiguilles d’annedda, vraisemblablement du thuya occidental, dont Domagaya donne la préparation. C’est l’un des premiers transferts documentés de savoir médical amérindien vers l’Europe ; et il sera perdu, faute d’identification botanique certaine, jusqu’au XVIIIe siècle.

En mai 1536, avant d’appareiller, Cartier fait enlever Donnacona lui-même et 9 autres personnes. Il s’agit de ramener au roi des témoins capables de décrire les richesses supposées du royaume de Saguenay. Aucun ne reverra le Saint-Laurent ; Donnacona meurt en France vers 1539. Cet enlèvement explique l’hostilité rencontrée cinq ans plus tard.

Troisième voyage, 1541-1542 : l’entreprise coloniale

Le troisième voyage est une opération de peuplement armée, décidée par lettres patentes de janvier 1541.

Le commandement en chef revient non à Cartier mais à Jean-François de La Rocque de Roberval, gentilhomme picard nommé lieutenant général du roi au Canada. Cartier, dont le protecteur l’amiral Chabot vient de tomber en disgrâce, est capitaine général et maître pilote ; c’est-à-dire second. 5 navires sont armés ; on embarque du bétail et l’on tire des prisons des colons volontaires.

Roberval prend du retard. Cartier appareille sans lui le 23 mai 1541, se présente le 23 août devant Stadaconé (où il annonce la mort de Donnacona en affirmant que les autres vivent en France comme des seigneurs et n’ont pas voulu revenir), puis choisit de s’établir plus en amont, à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge. La colonie prend le nom de Charlesbourg-Royal.

L’hiver est désastreux. Les Iroquoiens harcèlent l’établissement : 35 Français sont tués. Le scorbut réapparaît. En juin 1542, Cartier abandonne le site et met le cap sur la France. Il croise à Terre-Neuve la flotte de Roberval, qui lui ordonne de faire demi-tour. Il refuse et poursuit sa route ; désobéissance formelle à un lieutenant général du roi.

Les diamants du Canada

Ce qui justifiait à ses yeux ce retour tenait dans ses cales : des pierres brillantes et un minerai jaune ramassés à Cap-Rouge, qu’il croyait être des diamants et de l’or.

L’expertise, à son arrivée, conclut à de la pyrite de fer et du quartz. La mésaventure est passée dans la langue française sous la forme de l’expression « faux comme des diamants du Canada », et dans la toponymie québécoise sous celle du cap Diamant.

Roberval poursuivit l’entreprise, remit l’établissement en état, puis l’abandonna à son tour et rentra en 1543 avec les survivants. La France renonce alors au Saint-Laurent. Il faudra attendre 1608 et Samuel de Champlain pour qu’un établissement français y prenne racine ; soit 66 ans après le départ de Cartier.

Cartier ne repartira plus. Il vit à Saint-Malo, rue de Buhen, et dans son manoir de Limoëlou, à Rothéneuf. Notable respecté, il est consulté pour son expérience de la navigation et sert d’interprète auprès des Portugais ; son nom apparaît dans les registres malouins comme parrain, témoin ou juré.

Il meurt le 1er septembre 1557, emporté selon toute vraisemblance par l’épidémie de peste qui frappe la ville depuis le début de l’été. Il est inhumé dans la cathédrale de Saint-Malo ; ses restes y seront retrouvés en 1949, au cours de travaux.

L’entreprise est un échec sur tous les plans que ses commanditaires avaient fixés : ni passage vers l’Asie, ni métaux précieux, ni colonie.

Elle laisse pourtant 3 acquis. Une connaissance cartographique du golfe et du fleuve qui servira aux navigateurs français pendant tout le siècle. Une antériorité juridique (la prise de possession de Gaspé en 1534) que la France invoquera contre l’Angleterre jusqu’au traité de Paris de 1763. Et l’installation durable, sur les bancs de Terre-Neuve, d’une pêche à la morue malouine, dieppoise et basque, qui constituera pendant deux siècles l’un des principaux enjeux des négociations franco-britanniques et une pépinière de marins pour la marine du roi.

1er septembre 1715 : mort à 76 ans du « Roi Soleil » Louis XIV.

1er septembre 1785 : Bonaparte est nommé sous-lieutenant.

1er septembre 1862 : bataille de Chantilly (guerre de Sécession).

1er septembre 1870 : bataille de Sedan (victoire allemande).

1er septembre 1914 : combat de Néry.

1er septembre 1915 : occupation de l’île turque de Rouad par les français (en face de la ville de Tartous, second port syrien).

1er septembre 1939 : l’Allemagne nationale-socialiste attaque la Pologne.

1er septembre 1939 : création de l’Air Transport Auxiliary.

1er septembre 1941 : premier vol du Me 163 Komet V4 avec un moteur fusée HWK RII-203.

1er septembre 1942 : le général de Gaulle rend visite aux pilotes de la base de Rayak (Liban).

1er septembre 1942 : le pilote et as allemand Hans-Joachim Marseille revendique 17 avions abattus en une seule journée (3 combats).

1er septembre 1944 : libération de Dieppe.

1er septembre 1951 : signature du traité ANZUS.

1er septembre 1958 : début de la première guerre de la morue (guerre économique).

1er septembre 1961 : l’Union soviétique reprend ses essais nucléaires atmosphériques.

1er septembre 1969 : coup d’État de Mouammar Kadhafi en Libye.

1er septembre 1974 : record de vitesse New York-Londres sur SR-71.

1er-3 septembre 2004 : prise d’otages de Beslan par des djihadistes tchétchènes et ingouches.

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