21 août 1415 : victoire de Jean 1er de Portugal, à la bataille de Ceuta.
Le débarquement portugais devant Ceuta, sur la rive africaine du détroit de Gibraltar, ouvre à la fois le cycle des conquêtes portugaises au Maghreb et celui des expéditions maritimes conduites pour le compte d’un État, et non plus par des aventuriers isolés.
L’expédition a été montée dans le plus grand secret par Jean Ier de Portugal. La flotte quitte Lisbonne le 25 juillet 1415 et fait route vers Lagos, où l’objectif réel est enfin annoncé aux équipages, en même temps qu’est lue la bulle d’indulgence obtenue de la papauté d’Avignon-Pise. Les chroniqueurs de l’époque (au premier rang desquels Gomes Eanes de Zurara) avancent des effectifs de 45 000 à 50 000 hommes embarqués sur environ 200 à 250 bâtiments ; l’historiographie contemporaine, notamment les travaux de Luís Miguel Duarte, ramène ces chiffres à une fourchette bien plus modeste, de l’ordre de quelques dizaines de milliers d’hommes tout compris, marins et non-combattants inclus.
La traversée est contrariée. Après Faro et Tarifa, la flotte franchit le détroit dans la nuit du 9 au 10 août, mouille devant Algésiras, puis paraît devant Ceuta le 12. Une tempête la disperse, une partie des navires étant rejetée jusqu’à Malaga. Le rassemblement n’est achevé que le 20 août. Ces allées et venues, prises pour de simples manœuvres de passage, ont vraisemblablement endormi la vigilance de la garnison mérinide.
Le matin du 21 août, les troupes débarquent sur la plage de San Amaro sans rencontrer de résistance organisée. La garnison tente de refermer les portes de la ville, mais les assaillants les devancent. Les combats de rue se poursuivent toute la journée ; la place est aux mains des Portugais à la tombée de la nuit, les derniers îlots de résistance étant réduits le lendemain 22 août. Le gouverneur Salah ben Salah s’enfuit avec une partie de la population.
Le 24 août, la grande mosquée est consacrée comme église et une première messe y est célébrée. Jean Ier y arme chevaliers ses trois fils, Duarte, Pedro et Henri ; la future « illustre génération ». Une garnison d’environ 2 700 hommes est laissée sur place sous le commandement de Pedro de Meneses, nommé capitaine de la ville ; contrairement à ce qu’affirment certains récits, ce n’est pas l’infant Henri qui y demeure, celui-ci rentrant au Portugal avec la flotte.
Le butin est considérable, à la mesure du rôle commercial de Ceuta, plaque tournante des caravanes transsahariennes. Mais la ville coupée de son arrière-pays perd rapidement sa fonction économique et devient une place assiégée coûteuse. Elle restera néanmoins portugaise pendant plus de deux siècles, avant de passer sous souveraineté espagnole en 1668.
21 août 1792 : première exécution politique sous la lame de la guillotine.
Louis David Collenot d’Angremont est guillotiné place du Carrousel, à Paris. Administrateur au bureau militaire de la Garde nationale, il était chargé du recrutement et de la solde ; ses accusateurs lui reprochent d’avoir enrôlé et payé des hommes pour la défense des Tuileries lors de la journée du 10 août 1792.
Condamné par le tribunal criminel extraordinaire institué le 17 août, il est le premier condamné politique exécuté par la machine adoptée quelques mois plus tôt — le premier supplicié tout court, le voleur Nicolas Pelletier, l’ayant été le 25 avril 1792. Son exécution inaugure l’usage de la guillotine comme instrument de la répression politique, usage qui va s’amplifier avec la mise en place du Tribunal révolutionnaire en mars 1793.

21 août 1808 : bataille de Vimeiro (Guerre d’Espagne et du Portugal).
Quatre jours après le combat de Roliça, l’armée française du Portugal, commandée par le général Jean-Andoche Junot, attaque le corps expéditionnaire britannique débarqué à Mondego Bay, dans les collines qui dominent le village de Vimeiro, sur la route de Lisbonne.
Le rapport de forces est défavorable aux Français. Sir Arthur Wellesley – encore simple lieutenant-général, il ne recevra le titre de vicomte de Wellington qu’en 1809 – aligne environ 18 700 Britanniques et 18 pièces d’artillerie, appuyés par un détachement portugais d’environ 2 600 hommes. Junot dispose d’un peu plus de 13 000 hommes, dont quelque 8 300 fantassins de ligne, 2 100 grenadiers réunis en réserve, 1 950 cavaliers et 700 artilleurs servant une vingtaine de bouches à feu.
Junot cherche d’abord à déborder l’aile gauche adverse en lançant la brigade Brenier sur une crête au nord-est de Vimeiro. Wellesley détecte le mouvement et bascule trois brigades pour le contrer. Sans attendre le développement de sa manœuvre, Junot précipite l’attaque frontale : les brigades Thomières, Charlot puis la réserve de grenadiers montent à l’assaut du village en colonnes serrées.
L’affrontement illustre l’opposition tactique qui structurera toute la guerre d’Espagne. La colonne française vise le choc : masse compacte, progression rapide, enlèvement de la position à la baïonnette. Mais elle offre une cible dense et ne peut faire tirer que ses premiers rangs. En face, l’infanterie britannique, déployée sur trois rangs et souvent placée en contre-pente, ouvre un feu de salves nourri à courte portée (le mousquet à canon lisse perd toute précision au-delà de 50 à 60 m) puis contre-attaque à la baïonnette avant que l’assaillant ait pu se déployer en ligne. Les colonnes de Thomières et de Charlot sont brisées ; deux bataillons qui pénètrent dans Vimeiro en sont chassés par une contre-attaque. La cavalerie légère britannique, emportée par son succès, se jette sur la cavalerie française et perd le quart de son effectif ainsi que son chef, le colonel Taylor.
Sur la crête nord-est, la brigade Solignac, engagée à son tour en colonne, est disloquée par les salves britanniques ; son chef est grièvement blessé et ses canons capturés. L’arrivée de la brigade Brenier sur le flanc des poursuivants rétablit brièvement la situation et permet de reprendre les pièces, avant que le 29e régiment et le 71e Highlanders ne les rejettent dans le ravin. Le général Brenier, blessé, est fait prisonnier.
Junot rompt le combat et se replie sur Torres Vedras. Les pertes françaises approchent 2 000 hommes, dont plusieurs centaines de prisonniers, et une douzaine à une quinzaine de canons ; les Britanniques en déclarent environ 700 à 750.
Aucune poursuite n’est engagée. Le commandement britannique vient en effet de changer de mains deux fois en quelques heures : le général Harry Burrard est arrivé pendant la bataille, le général Hew Dalrymple juste après. C’est Burrard qui interdit à Wellesley d’exploiter le succès.
La suite tourne au scandale. Par la convention de Sintra, signée le 30 août, Dalrymple accorde à l’armée vaincue son rapatriement en France sur des navires britanniques, avec armes, bagages et une partie des biens saisis au Portugal. L’accord soulève l’indignation à Lisbonne comme à Londres. Une commission d’enquête blâme Dalrymple et Burrard ; Wellesley, qui s’y était opposé, est mis hors de cause et retrouvera le commandement en 1809.

21 août 1863 : raid de Quantrill sur Lawrence.
Au petit matin, environ 400 partisans confédérés conduits par William Clarke Quantrill fondent sur Lawrence, dans le Kansas, à une soixantaine de kilomètres à l’intérieur du territoire unioniste.
Lawrence est un symbole : place forte de l’abolitionnisme depuis les troubles du « Bleeding Kansas » des années 1850, base des raids des Jayhawkers du sénateur Jim Lane sur le Missouri esclavagiste. La colonne a marché de nuit, en s’assurant de guides locaux successivement exécutés.
La ville n’a pratiquement pas de défense armée. Pendant environ 4 heures, les cavaliers exécutent méthodiquement les hommes et les adolescents désignés sur des listes, incendient les commerces et la plus grande partie du quartier central. Le bilan s’établit entre 150 et 200 tués, tous civils ou miliciens désarmés. Lane, cible principale, s’échappe par un champ de maïs.
La réplique fédérale est immédiate et collective : le 25 août, le général Thomas Ewing publie l’Order No. 11, qui prescrit l’évacuation forcée de quatre comtés frontaliers du Missouri. Des dizaines de milliers de civils sont déplacés et la région est systématiquement dévastée. L’épisode reste l’un des exemples les plus étudiés de guerre irrégulière et de représailles contre les populations pendant la guerre de Sécession.


21 août 1914 : bataille de Charleroi et l’entrée dans les Ardennes.
La journée marque, pour l’armée française, le basculement de la bataille des Frontières (vidéo).
Sur la Sambre, la Ve armée du général Lanrezac s’est portée dans l’angle formé par la rivière et la Meuse pour couvrir la charnière avec les Britanniques. Elle y est attaquée par la IIe armée allemande de von Bülow, qui n’attend pas l’attaque française annoncée. Dans l’après-midi du 21 août, les avant-gardes allemandes s’emparent des ponts de Tamines, d’Auvelais et de Roselies, établissant plusieurs têtes de pont au sud de la Sambre. Les régiments des IIIe et Xe corps français, engagés au coup par coup dans un terrain d’usines et de corons, échouent à les réduire. Le même jour, le bombardement systématique des forts de Namur commence, préfigurant leur chute quatre jours plus tard.
Plus à l’est, les IIIe et IVe armées françaises entament leur marche offensive dans les Ardennes belges, dans un brouillard qui masque totalement le déploiement adverse. Les deux dispositifs se heurteront frontalement le lendemain à Rossignol, Virton, Bertrix et Neufchâteau.
Le 21 août est aussi la journée où les Allemands, entrés à Bruxelles la veille, achèvent de dégager leur aile marchante vers le sud-ouest, ce qui rendra la position de Lanrezac intenable dès le 23.
Les contre-attaques françaises du 22 août, menées en formations denses et sans préparation d’artillerie suffisante, feront de cette date la journée la plus meurtrière de l’histoire militaire française ; environ 27 000 tués. Charleroi et les Ardennes imposent aux états-majors français la révision immédiate de leur doctrine d’attaque à outrance et ouvrent la retraite générale qui ne s’arrêtera qu’à la Marne.

L’énigme de Charleroi (Gabriel Hanotaux – 1917)
21 août 1914 : naissance du pilote de chasse (FAFL) René Mouchotte.
René Mouchotte naît à Saint-Mandé. Fils d’un industriel de la distillerie, il apprend à piloter à 18 ans et effectue son service militaire dans l’armée de l’air, à Istres, où il obtient son brevet et le grade de sergent, avant de revenir à l’aviation civile.
Mobilisé en septembre 1939, il est affecté non à une escadrille de chasse comme il le souhaitait, mais au centre d’instruction de la chasse de Chartres, puis, en mai 1940, à l’école de formation des sous-officiers navigants d’Avord. Envoyé à Oran, il refuse l’armistice. Le 30 juin 1940, avec Émile Fayolle, Charles Guérin, Georges Heldt, Henry Lafont et Hubert Stourm, il s’empare sur le terrain de La Sénia d’un Caudron Simoun et d’un Caudron Goéland (ce dernier saboté pour empêcher les départs non autorisés) et parvient à rallier Gibraltar malgré le blocage des hélices au grand pas.
Débarqué en Angleterre le 13 juillet, il signe un engagement dans la Royal Air Force. Après un stage à la 6 Operational Training Unit de Sutton Bridge, il rejoint en septembre 1940 le 245 Squadron, puis le 615 Squadron « County of Surrey » (l’unité honoraire de Churchill) dans le sud de l’Écosse, où il participe à la phase finale de la bataille d’Angleterre à raison de deux à quatre sorties quotidiennes. Adjudant en octobre 1940, sous-lieutenant en mars 1941, lieutenant en juillet, il devient la même année flight commander d’une escadrille britannique, distinction alors sans précédent pour un étranger.
Fin 1941, il participe avec Bernard Dupérier à la mise sur pied du groupe de chasse Île-de-France, le 340 Squadron, première unité de chasse des Forces aériennes françaises libres, et prend en février 1942 le commandement de l’escadrille « Paris ». Capitaine, il reçoit la croix de guerre des mains du général de Gaulle le 14 juillet 1942 et couvre le raid sur Dieppe le 19 août. Il est ensuite le premier Français à commander une unité britannique de chasse, le 65 Squadron.
Le 9 janvier 1943, il est chargé de former le groupe de chasse Alsace, le 341 Squadron, installé à Biggin Hill. Pierre Clostermann y sert sous ses ordres. Il remporte plusieurs victoires au printemps 1943, dont un Focke-Wulf 190 le 15 mai et un Messerschmitt 109 le 17 mai.
Le 27 août 1943, épuisé par l’enchaînement des missions et des tâches de commandement, il décolle pour escorter un raid de bombardiers B-17 de la 8th Air Force contre le blockhaus d’Éperlecques. Il disparaît au-dessus de la Manche. Il totalisait alors plus de 400 missions et près de 1 750 heures de vol. Son corps est rejeté sur la plage de Westende, à Middelkerke en Belgique, le 3 septembre ; inhumé anonymement par les Allemands, il n’est identifié qu’en mars 1949 et repose au cimetière du Père-Lachaise. Son Journal, publié en 1949, reste l’un des témoignages majeurs sur la France libre.
• Chevalier de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 8 mai 1943
• Croix de Guerre 39/45 (6 citations)
• Distinguished Flying Cross (GB)
• Croix de Guerre Tchécoslovaque
• 1939-1945 Star avec agrafe « Battle of Britain » (GB)
• Aircrew Europe Star (GB)
• War Medal 1939-1945 (GB)

21 août 1915 : Scimitar Hill, la plus grande attaque d’une journée aux Dardanelles.
Trois semaines après le débarquement manqué de Suvla, le corps expéditionnaire britannique tente de rétablir la situation par un assaut sur les hauteurs de Scimitar Hill et des W Hills, doublé d’une attaque australienne et néo-zélandaise sur la colline 60.
Environ 14 300 hommes sont engagés sous le commandement du général de Lisle ; le plus fort effectif jamais lancé en une seule journée sur la péninsule de Gallipoli. La préparation d’artillerie est brève et mal réglée, faute de munitions et d’observation ; une brume de chaleur inhabituelle aveugle les observateurs. Les vagues d’assaut sont fauchées sur des pentes nues.
Les incendies de broussailles allumés par les obus achèvent le désastre : de nombreux blessés restés entre les lignes périssent dans les flammes. La 29e division, l’une des plus éprouvées de l’armée britannique, et la division montée démontée subissent des pertes très lourdes. Le bilan de la journée avoisine 5 300 hommes hors de combat pour un gain territorial nul.
L’échec met un terme aux opérations offensives d’ampleur dans le secteur de Suvla. Il pèse lourdement dans la décision, prise à l’automne, d’évacuer la péninsule ; opération qui sera, elle, menée sans pertes en décembre 1915 et janvier 1916.
21 août 1918 : début de la seconde bataille de la Somme.
L’offensive alliée reprend au nord de la Somme, dans le cadre de ce qui deviendra l’offensive des Cent-Jours.
Le 15 août, le maréchal Douglas Haig a refusé de prolonger la bataille d’Amiens comme le demandait le maréchal Foch : l’attaque s’essouffle, les troupes distancent leur logistique et leur artillerie, et les réserves allemandes affluent. Haig préfère porter l’effort plus au nord, sur un secteur intact. L’attaque est confiée à la IIIe armée britannique du général Byng, à laquelle est rattaché le IIe corps américain.

Le 21 août au matin, sous le couvert du brouillard et derrière un barrage roulant, la seconde bataille de Bapaume s’ouvre sur un front d’une quinzaine de kilomètres. L’avance repousse la IIe armée allemande. Albert tombe le 22 août. Le 26, la Ire armée britannique élargit l’attaque vers le nord (c’est la seconde bataille d’Arras) et Bapaume est enlevée le 29.
Le corps australien franchit la Somme dans la nuit du 31 août et enlève le mont Saint-Quentin puis Péronne, dans une action que le général Rawlinson, commandant la IVe armée, qualifiera de plus remarquable fait d’armes de la guerre.
Le 2 septembre, le corps canadien du général Currie enfonce la ligne Drocourt-Quéant, avancée occidentale de la position Hindenburg, avec les 1re et 4e divisions canadiennes et les 4e et 52e divisions britanniques. Plus de 6 000 prisonniers valides sont capturés pour environ 5 600 pertes canadiennes. Le jour même, Ludendorff ordonne le repli général derrière le canal du Nord.
La logique de la manœuvre est logistique autant que tactique : la ligne de ravitaillement allemande court parallèlement au front, et l’objet des offensives successives est de rejeter les défenseurs au-delà de cet axe pour le rendre inutilisable. L’exploitation se poursuivra fin septembre par la rupture de la ligne Hindenburg au canal de Saint-Quentin, menée par des troupes britanniques, australiennes et américaines sous les ordres du général australien John Monash, puis par la percée canadienne vers Cambrai.

21 août 1940 : mort de Léon Trotski.
Léon Trotski meurt à Mexico, des suites de l’attaque dont il a été victime la veille dans sa maison fortifiée de Coyoacán. Ramón Mercader, agent du NKVD introduit dans son entourage sous une fausse identité belge, l’a frappé au crâne avec un piolet d’alpiniste alors qu’il relisait un manuscrit.
Fondateur et organisateur de l’Armée rouge pendant la guerre civile russe, commissaire du peuple à la Guerre jusqu’en 1925, Trotski est le théoricien de la militarisation du parti bolchevik et l’auteur d’une doctrine de guerre révolutionnaire qui l’oppose durablement à Staline. Exclu du parti en 1927, déporté à Alma-Ata puis expulsé d’URSS en 1929, il a été condamné à mort par contumace lors des procès de Moscou.
Sa mort achève l’élimination physique de la génération dirigeante d’Octobre. Mercader, condamné à vingt ans de prison au Mexique, purgera sa peine sans révéler ses commanditaires et recevra à sa libération le titre de Héros de l’Union soviétique.
21 août 1942 : anéantissement du détachement Ichiki à Guadalcanal.
Dans la nuit du 20 au 21 août, sur la rive orientale de l’Alligator Creek (que les Américains appelleront par erreur la Tenaru), environ 900 soldats japonais du détachement du colonel Kiyonao Ichiki attaquent frontalement les positions de la 1re division de Marines qui couvre le terrain d’aviation de Henderson Field.
Le renseignement japonais a gravement sous-estimé l’effectif américain débarqué le 7 août, qu’il évalue à quelques centaines d’hommes alors qu’il en compte plus de 10 000. Ichiki, débarqué avec seulement le premier échelon de son unité, n’attend pas le reste de ses forces.
Les vagues d’assaut, lancées à travers un banc de sable étroit, se heurtent aux barbelés, aux mitrailleuses en enfilade et aux canons antichars tirant à mitraille. Au matin du 21, les Marines contre-attaquent, débordent les survivants par l’amont du cours d’eau et les rejettent vers la plage, où les chars légers achèvent la destruction. Environ 800 Japonais sont tués ; les Marines déplorent une quarantaine de morts. Ichiki disparaît dans le combat.
C’est la première offensive terrestre japonaise d’envergure sur Guadalcanal et le premier échec net des troupes japonaises face aux Américains en combat rapproché. Elle inaugure le schéma qui se répétera à Edson’s Ridge en septembre et sur l’Henderson Field en octobre : attaques frontales de nuit menées avec des effectifs insuffisants, faute d’avoir correctement évalué l’adversaire.
21 août 1944 : fermeture de la poche de Falaise-Chambois.
La jonction définitive entre la 1re division blindée polonaise du général Maczek, la 4e division blindée canadienne et les 90e et 80e divisions d’infanterie américaines scelle l’encerclement des restes de la VIIe armée allemande et de la Ve Panzerarmee en Normandie.
L’étau se resserrait depuis le 12 août, les Américains remontant d’Argentan et les Canadiens descendant de Falaise. Le corridor n’a jamais été hermétique : dans la nuit du 18 au 19 août, les Polonais coupent la route Trun-Vimoutiers et s’installent sur les hauteurs de Montormel, cote 262, surnommée la « Maczuga » (la massue). Environ 100 000 Allemands se trouvent alors dans la nasse.
Pendant deux jours, quelque 1 500 Polonais isolés, à court de munitions et de vivres, tiennent la position contre les fuyards qui cherchent à sortir et contre les éléments de la 2e SS-Panzerdivision qui attaquent de l’extérieur pour rouvrir la brèche. Les combats se font par endroits à l’arme blanche. Les blindés canadiens ne parviennent à les rejoindre que le 21 août.
À l’intérieur de la poche, l’artillerie et l’aviation alliées font un carnage sur des colonnes encore largement hippomobiles, entassées sur les routes du Pays d’Auge. Trun, Saint-Lambert-sur-Dives et Chambois deviennent des charniers. La journée du 21 se passe à réduire les derniers îlots et à recueillir les redditions : plusieurs centaines d’hommes se rendent aux ponts de Saint-Lambert, plus de 700 autres à Tournai-sur-Dives par l’entremise de l’abbé Launay.
Les bilans restent discutés. Les estimations généralement retenues font état d’environ 50 000 prisonniers, 10 000 à 12 000 tués et de 20 000 à 40 000 hommes ayant réussi à s’échapper avant la fermeture ; parmi lesquels une part importante des cadres expérimentés des divisions blindées. Les Allemands abandonnent sur place plusieurs centaines de chars et de canons et des milliers de véhicules.
La bataille de Normandie s’achève. La Wehrmacht n’est plus en mesure d’opposer une résistance organisée à l’ouest de la Seine ; les Alliés atteindront la frontière belge le 2 septembre. La controverse sur la lenteur de la fermeture – et sur la responsabilité respective de Bradley, Montgomery et Patton dans le maintien de la brèche – n’a jamais cessé.
21 août 1945 : premier mort d’un accident de criticité.
Au laboratoire d’Omega Site, à Los Alamos, le physicien Harry Daghlian, 24 ans, travaille seul le soir à un assemblage destiné à mesurer la masse critique d’une sphère de plutonium.
En empilant à la main des briques de carbure de tungstène servant de réflecteur de neutrons, il en laisse tomber une sur l’assemblage. Le cœur passe instantanément en surcriticité. Daghlian écarte la brique à mains nues pour interrompre la réaction, s’exposant à une dose estimée à environ 5 sieverts. Il meurt 25 jours plus tard, le 15 septembre 1945.
C’est le premier décès attribué à un accident de criticité. Le même cœur de plutonium tuera un second expérimentateur, Louis Slotin, le 21 mai 1946, dans des circonstances comparables ; d’où le surnom de demon core qui lui restera attaché. Les deux accidents entraîneront l’interdiction des manipulations manuelles de matière fissile et la généralisation de la commande à distance, règles qui restent le fondement de la sûreté-criticité dans les installations nucléaires militaires et civiles.
21 août 1957 : premier tir réussi du missile R-7, première fusée intercontinentale.
Depuis le polygone de Tiouratam, au Kazakhstan (le futur cosmodrome de Baïkonour), le bureau d’études de Sergueï Korolev procède au premier vol pleinement réussi du missile balistique R-7, surnommé Semiorka.
L’engin, à étages latéraux allumés au sol et propulsés aux ergols liquides, parcourt environ 6 000 kilomètres et atteint le champ de tir de Koura, au Kamtchatka. Les quatre tirs précédents, depuis mai 1957, avaient tous échoué. La tête factice se désintègre à la rentrée dans l’atmosphère, problème qui ne sera réglé que plus tard, mais la trajectoire est validée sur toute sa longueur.
Le 27 août, l’agence TASS annonce que l’Union soviétique dispose d’un missile balistique intercontinental. L’information est accueillie avec scepticisme en Occident jusqu’au 4 octobre, lorsque le même lanceur place Spoutnik-1 en orbite, apportant la démonstration publique de sa portée.
Le R-7 est un médiocre système d’armes : temps de préparation de plusieurs heures, ergols non stockables, installations de tir massives et vulnérables. Une dizaine d’exemplaires seulement seront mis en alerte. Son importance est ailleurs : il ouvre l’ère des vecteurs intercontinentaux, nourrit aux États-Unis la controverse sur le prétendu missile gap et accélère les programmes Atlas, Titan et Minuteman. Ses dérivés, sous les noms de Vostok, Voskhod et Soyouz, constituent la famille de lanceurs la plus utilisée de l’histoire spatiale, toujours en service aujourd’hui.
21 août 1968 : fin du Printemps de Prague débuté le 5 janvier.
Dans la nuit du 20 au 21 août, les forces du pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie et mettent fin à la tentative de « socialisme à visage humain » engagée depuis l’arrivée d’Alexander Dubček au secrétariat général du Parti communiste tchécoslovaque, le 5 janvier 1968.
Les réformes conduites depuis janvier ont supprimé la censure, rétabli la liberté de circulation, amorcé une décentralisation économique et préparé une fédéralisation reconnaissant l’égalité des nations tchèque et slovaque. De cet ensemble, seule la réforme fédérale survivra à l’intervention.
- L’opération : Préparée depuis avril sous le nom de code Danube, l’opération mobilise, dans sa première vague, environ 250 000 hommes (effectif porté ensuite à plus de 400 000) appuyés par plusieurs milliers de chars, des centaines d’avions et une artillerie nombreuse. L’essentiel des forces est soviétique ; s’y ajoutent 28 000 Polonais de la 2e armée, des unités bulgares et un contingent hongrois réduit, retiré avant la fin octobre. La Roumanie de Ceaușescu refuse d’y participer et son dirigeant dénonce publiquement l’invasion dans un discours resté célèbre, prononcé à Bucarest le 21 août ; l’Albanie quitte le pacte de Varsovie à cette occasion. Contrairement à une idée répandue, la participation de l’armée est-allemande a été à peu près nulle : deux divisions de la NVA avaient été alertées, mais elles ont été maintenues à la frontière ou n’ont franchi celle-ci qu’avec des éléments symboliques, Moscou ayant redouté l’effet politique désastreux du retour de troupes allemandes en Bohême trente ans après Munich.
- La prise de Prague : Le 20 août à 20 h 30, un vol Aeroflot dépose à l’aéroport de Prague-Ruzyně des parachutistes en civil qui s’en emparent. Quelques heures plus tard, les premiers Antonov An-12 débarquent troupes et matériel lourd. Les unités de la 103e division aéroportée de la Garde progressent vers le centre, investissent le château, le siège du Comité central et les centres de transmissions, et placent de fait les dirigeants sous séquestre. Dubček et plusieurs responsables sont arrêtés puis transférés à Moscou. La jonction avec les colonnes blindées venues des frontières est réalisée le 21 au soir.
- La résistance : Elle est civile et non violente : discussions avec les équipages de chars, radios clandestines, plaques de rues déposées pour désorienter les colonnes. Le 22 août, le XIVe congrès extraordinaire du Parti, avancé de trois semaines, se tient clandestinement dans les usines ČKD de Vysočany : environ 1 100 délégués condamnent l’invasion et reconduisent Dubček. Les Soviétiques échouent ainsi à installer un « gouvernement ouvrier-paysan », faute de relais suffisants – bien que plusieurs dirigeants conservateurs, dont Biľak, Indra, Kolder, Švestka et Kapek, aient adressé à Moscou une lettre d’appel à l’intervention, document authentifié après 1989.
- Le bilan : Les décomptes contemporains font état de 72 morts en pays tchèque et 19 en Slovaquie ; les travaux de l’Institut tchèque pour l’étude des régimes totalitaires ont porté ce chiffre à 108 tués pour la seule année 1968, auxquels s’ajoutent plusieurs centaines de blessés. L’émigration est immédiate : environ 70 000 départs dans les semaines qui suivent, 400 000 sur l’ensemble de la période communiste.
- Les suites : L’intervention consacre le principe de « souveraineté limitée » qui deviendra la doctrine Brejnev. Le 16 janvier 1969, l’étudiant Jan Palach s’immole par le feu place Venceslas ; Jan Zajíc l’imite le 25 février, Evžen Plocek en avril. Les manifestations du premier anniversaire, en août 1969, sont durement réprimées. Gustáv Husák a remplacé Dubček en avril 1969 et engagé la « normalisation », qui durera vingt ans. L’événement provoque une rupture durable au sein des partis communistes occidentaux et nourrira l’eurocommunisme.

21 août 1976 : opération Paul Bunyan dans la zone démilitarisée coréenne.
Trois jours après l’assassinat de deux officiers américains dans la zone commune de sécurité de Panmunjom, le commandement des Nations unies en Corée exécute une opération de force calibrée pour achever une tâche interrompue : abattre un peuplier.
Le 18 août, une équipe de travail composée de militaires américains et sud-coréens élaguait cet arbre, dont le feuillage masquait la vue entre deux postes d’observation de la JSA. Des soldats nord-coréens l’avaient attaquée à coups de haches et de barres, tuant le capitaine Arthur Bonifas et le lieutenant Mark Barrett.
L’opération montée le 21 août associe une démonstration de force sans engagement direct. Un convoi de vingt-trois véhicules pénètre dans la zone : des ingénieurs équipés de tronçonneuses, escortés par un peloton de sécurité et par des commandos sud-coréens. En couverture, des hélicoptères d’attaque, des chasseurs F-4, F-5 et F-111, des B-52 escortés depuis Guam, le groupe aéronaval du porte-avions Midway et l’artillerie déployée au sud du Munsan sont mis en alerte, tandis que des unités terrestres se tiennent prêtes à intervenir.
L’arbre est abattu en une quarantaine de minutes. Les sentinelles nord-adverses observent sans réagir. Kim Il-sung transmet le jour même un message exprimant des regrets pour l’incident ; geste sans précédent de sa part. La zone commune de sécurité est ensuite partagée par une ligne de démarcation matérialisée, mettant fin à la libre circulation des sentinelles des deux camps qui avait rendu ce type d’affrontement possible.
21 août 1991 : échec du putsch de Moscou.
Le coup d’État engagé le 19 août par le Comité d’État pour l’état d’urgence – dirigé par le vice-président Guennadi Ianaïev et associant le ministre de la Défense Dmitri Iazov, le chef du KGB Vladimir Krioutchkov et le ministre de l’Intérieur Boris Pougo – s’effondre en trois jours.
Mikhaïl Gorbatchev, retenu dans sa résidence de Foros en Crimée, a été déclaré empêché pour raisons de santé. Des blindés sont entrés dans Moscou. Mais les conjurés n’ont ni arrêté Boris Eltsine, président de la République russe, ni pris le contrôle de la Maison Blanche, siège du Parlement russe, autour de laquelle des dizaines de milliers de personnes constituent des barricades. La photographie d’Eltsine lisant son appel à la grève générale debout sur un char devient le symbole de la résistance.
Dans la nuit du 20 au 21 août, une colonne de véhicules de combat d’infanterie s’engage dans le tunnel du Sadovoïe Koltso et se heurte à des manifestants : trois d’entre eux (Dmitri Komar, Ilia Kritchevski et Vladimir Oussov) sont tués. Ce sont les seules victimes du putsch, et leur mort achève de retourner l’opinion et l’encadrement militaire.
Le 21 août, le collège du ministère de la Défense ordonne le retrait des troupes de la capitale. Les unités d’élite du KGB, sollicitées pour donner l’assaut à la Maison Blanche, refusent d’exécuter l’ordre. Les putschistes se dispersent ; plusieurs prennent l’avion pour Foros dans l’espoir d’obtenir un accord de Gorbatchev, qui les éconduit. Le Soviet suprême de Russie se réunit et déclare le comité illégal. Gorbatchev regagne Moscou dans la nuit du 21 au 22 août.
Les arrestations suivent immédiatement. Boris Pougo se suicide le 22 août, le maréchal Sergueï Akhromeïev le 24. Gorbatchev, revenu au pouvoir mais politiquement vidé de sa substance, démissionne du secrétariat général du PCUS le 24 août ; l’activité du parti est suspendue. L’échec du putsch accélère les proclamations d’indépendance des républiques et conduit à la dissolution de l’Union soviétique, le 26 décembre 1991.
21 août 2007 : IN MEMORIAM – Commandant Caroline Aigle.
21 août 2007 : Mort à 32 ans du commandant Caroline Aigle d’un cancer foudroyant, première femme pilote de chasse en unité de combat (sur Mirage 2000), polytechnicienne, triathlète, parachutiste.
Lors de sa seconde grossesse, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer (mélanome). Elle choisit de poursuivre cette grossesse, malgré le risque médical. Son deuxième fils, Gabriel, naît avant terme. Elle décède quelques jours plus tard.

21 août 2013 : attaque chimique de la Ghouta.
Avant l’aube, des roquettes chargées de sarin frappent plusieurs localités de la Ghouta orientale (Zamalka, Ain Tarma, Irbin) et le quartier de Moadamiyat el-Cham, dans la Ghouta occidentale, en périphérie de Damas. C’est l’emploi d’armes chimiques le plus meurtrier depuis Halabja en 1988.
Les bilans divergent fortement selon les sources et les méthodes. Médecins sans frontières fait état d’environ 3 600 patients présentant des symptômes neurotoxiques dans les structures qu’elle soutient, dont 355 décès. Le renseignement français retient un plancher de 281 morts, l’opposition syrienne avance 1 300 à 1 700 victimes, l’administration américaine 1 429. Le nombre exact ne sera jamais établi.
La mission d’enquête des Nations unies conduite par le professeur Åke Sellström, déjà présente à Damas pour d’autres allégations, se rend sur place et confirme dans son rapport du 16 septembre l’emploi de sarin sur une échelle relativement large contre des civils, y compris des enfants. Son mandat ne l’autorisait pas à désigner un responsable ; les munitions décrites (roquettes de 140 mm et engins de gros calibre non standard) et leurs trajectoires ont néanmoins orienté les analyses occidentales vers les forces gouvernementales, ce que Damas et Moscou ont contesté.
Les conséquences stratégiques sont considérables. L’attaque franchit la « ligne rouge » énoncée un an plus tôt par le président Obama. Des frappes américaines et françaises sont préparées ; l’aviation française est en alerte fin août. Le 29 août, la Chambre des communes britannique refuse d’autoriser une participation ; le 31 août, Obama décide de saisir le Congrès, puis renonce. L’accord russo-américain de Genève du 14 septembre 2013 substitue à l’intervention le démantèlement de l’arsenal chimique syrien sous contrôle de l’OIAC, la Syrie adhérant à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. L’opération d’élimination, menée en partie en mer sur un navire américain, s’achèvera en 2014 ; sans empêcher de nouveaux emplois d’agents chimiques les années suivantes, notamment à Khan Cheikhoun en avril 2017.








