vendredi 1 juillet 2022

Géopolitique et nationalité française

Quelle semaine !

Ce sont d’abord les manifestations en Grèce et la désorganisation de la société civile. Les forces de police résistent aux foules mais pour combien de temps ? Les armées grecques contribuent au … ramassage des poubelles en conduisant les camions-bennes. Je reconnais que cela n’est pas le cœur de leur métier, pas plus que le nôtre. Il est vrai qu’à Marseille les légionnaires avaient conduit les camions-bennes dans une situation identique de grève il y a juste un an ! (Les forces armées ont d’ailleurs aussi contribué discrètement au profit de nos agriculteurs cet été au stockage des fourrages et au transport avec les camions qui nous restent). J’invite à ce titre le lecteur à lire l’état de nos forces terrestres en 2011 dans le supplément très bien fait d’octobre 2011 de la revue mensuelle de l’armée de terre, Terre information Magazine : 81 régiments seulement aujourd’hui, 12 régiments de blindés, 20 régiments d’infanterie, 9 d’artillerie, 4 régiments d’hélicoptères, soit 107500 militaires pour l’instant… Cela laisse rêveur sur les capacités des forces armées en l’occurrence terrestre à contribuer au fonctionnement de l’Etat en temps de crise.

Libération de Gilad Shalit

C’est aussi cette semaine la libération de Gilad Shalit après cinq ans de captivité aux mains du Hamas. Je ne peux qu’être content pour lui. Cette libération pose cependant une question : celle de sa double nationalité franco-israélienne qui lui permet de servir Israël par les armes et d’avoir sa cause défendue par la France au nom de cette nationalité. Je ne crois qu’il soit sain de permettre cette double nationalité qui conduit au service par les armes au profit de deux Etats. En cas de crise de grave, le rappellerions-nous pour servir la France et le voudrait-il ? Je suis moi-même de mère étrangère. Il ne m’est jamais arrivé à l’esprit de servir un autre pays que celui dans lequel je vis et qui m’a tout donné. Le choix est fait.

Libye

Enfin le dictateur Kadhafi a été tué ce jeudi 20 octobre. Le ministre de la défense sur France 2 hier a eu cette qualité rare de dire qu’il ne connaissait pas les conditions exactes de la participation française dans cette opération. Je regrette que Bernard Henry Lévy ait eu cette outrecuidance dans le même JT de se placer comme celui qui avait les informations en direct du terrain ! Il est vrai que BHL a eu l’air d’être notre ministre des affaires étrangères dans les opérations en Libye, ce dont je m’étonne encore. Heureusement que le ministère des affaires étrangères (le vrai, Alain Juppé) ait déclaré que les opérations militaires étaient désormais  terminées! Ce qui est sans doute vrai mais est-ce que la mort d’un chef militaire adverse est la seule condition pour qu’un conflit s’éteigne ? A voir dans les prochaines semaines 

Cependant déjà de bonnes âmes hors de Libye demandent des comptes sur les conditions de la mort du dictateur. Cette propension à juger les autres sans tenir compte du contexte local en l’occurrence d’une révolution, est grave. Notre système international est bien curieux et semble vivre dans sa bulle, contre la réalité des peuples et de leurs combats pour leurs libertés. Il s’arroge le droit de juger, de désigner, d’exiger… est-ce bien le système international que nous voulons ? N’est-il pas celui qui va amener notre affaiblissement face à à des Etats plus ambitieux et moins scrupuleux sur les actions à mener pour affirmer leur position mondiale ?

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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