La France apporte son soutien à VORTEX, l’avion spatial réutilisable de Dassault Aviation.

La France soutiendra le développement de VORTEX, l’avion spatial réutilisable conçu par Dassault Aviation. La décision a été annoncée par Emmanuel Macron au Grand Palais, lors de la seconde journée du Sommet international sur l’espace, et confirmée le même jour par un communiqué de l’avionneur, qui indique s’en « féliciter ».

Le constructeur de Saint-Cloud est architecte et intégrateur global de l’appareil. Il développera le véhicule dans le cadre du partenariat conclu le 11 mai 2026 avec le groupe allemand OHB, chargé du module de service. 5 industriels européens sont d’ores et déjà associés au projet : APCO Technologies, MT Aerospace, Sener, Sonaca et Space Cargo Unlimited. « Ce projet, soutenu par la France, doit conduire plusieurs pays – l’Allemagne et d’autres – à rejoindre cette ambition pour la maîtrise de la mobilité dans l’espace », a déclaré Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation.

Un véhicule orbital à retour sur piste

VORTEX (Véhicule Orbital Réutilisable de Transport et d’Exploration) désigne une famille d’avions spatiaux dévoilée par Dassault Aviation au salon du Bourget, en juin 2025.

L’architecture retenue repose sur un fuselage porteur, formule dans laquelle la portance est générée par la forme du corps du véhicule plutôt que par des ailes de grande envergure. Le vaisseau serait placé en orbite par un lanceur, manœuvrerait dans l’espace, puis effectuerait une rentrée atmosphérique avant d’atterrir horizontalement sur une piste conventionnelle. Ce mode de retour le distingue des capsules, qui descendent sous parachute et se posent en mer ou dans une zone désertique, et permet un rythme de réutilisation plus élevé ainsi qu’une décélération plus douce pour les charges embarquées.

Dassault Aviation met en avant quatre caractéristiques : la manœuvrabilité orbitale et atmosphérique, la réutilisabilité, l’atterrissage sur piste et une soute de volume important. Le véhicule est présenté comme intrinsèquement dual, c’est-à-dire conçu dès l’origine pour des missions civiles et militaires.

Une feuille de route en quatre étapes

Le programme est structuré de manière incrémentale, chaque étape servant à réduire les incertitudes techniques de la suivante.

La première, VORTEX-D, est un démonstrateur à l’échelle 1/3. Elle a fait l’objet d’une convention de soutien signée le 20 juin 2025 au Bourget par Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, et Éric Trappier. Ses objectifs sont de lever les risques associés à la configuration de l’appareil dans les phases critiques d’une rentrée hypersonique, de valider les principes de contrôle du vol, et d’intégrer puis d’éprouver un ensemble de systèmes et de technologies clés, notamment les protections thermiques. Le premier vol est visé à l’horizon 2028. Les montants engagés par l’État et par l’industriel n’ont pas été rendus publics.

La deuxième étape, VORTEX-S, est un véhicule à l’échelle 2/3 qualifié de « Smart Free Flyer », capable d’assurer des allers-retours vers des stations orbitales et des missions autonomes en orbite basse. C’est cette version que Dassault Aviation et OHB ont proposée à l’Agence spatiale européenne en mai 2026. Dans cette répartition industrielle, l’avionneur français conserve l’architecture et l’intégration globale de l’avion spatial, tandis que l’industriel de Brême conçoit et intègre le module de service, qui regroupe la propulsion orbitale, l’amarrage, la fourniture d’énergie et le support-vie.

Viennent ensuite VORTEX-C, première version à l’échelle 1, dédiée au transport de fret orbital, puis VORTEX-M, version habitée destinée à des missions d’exploration. Aucun calendrier n’a été communiqué pour ces deux dernières phases, dont la réalisation dépendra de décisions institutionnelles et de financements qui restent à obtenir.

Missions visées

Sur le volet civil, Dassault Aviation cite le transport spatial vers les stations orbitales, l’exploitation du véhicule comme plateforme orbitale autonome, les services et interventions en orbite, la récupération d’objets (y compris le retrait de débris) et le largage de charges utiles.

Sur le volet militaire, le véhicule est présenté comme un moyen de pré-positionner des capacités en orbite, d’y embarquer des charges utiles de surveillance et de déployer de petits satellites d’observation. La manœuvrabilité orbitale et la récupération du véhicule constituent, de ce point de vue, les deux propriétés recherchées : elles permettent de modifier une trajectoire en cours de mission et de rapatrier des équipements au sol pour analyse ou réemploi.

Le projet s’appuie sur une série de travaux antérieurs de l’entreprise dans le domaine des véhicules de rentrée. Dassault Aviation a participé au programme Hermès, l’avion spatial européen étudié dans les années 1980 et abandonné en 1992, au X-38 de la NASA, véhicule de sauvetage d’équipage pour la Station spatiale internationale, à l’Intermediate eXperimental Vehicle (IXV) de l’ESA, qui a réalisé un vol de rentrée atmosphérique en 2015, ainsi qu’au concept VEHRA de véhicule hypersonique réutilisable aéroporté.

L’entreprise revendique par ailleurs une méthode inspirée du NewSpace, fondée sur des cycles de développement courts et sur la recherche d’un équilibre entre performance, délais et maîtrise des coûts.

Le contexte européen

L’annonce intervient dans un cadre concurrentiel précis. L’ESA a lancé un programme de service de retour de fret depuis l’orbite basse, dont les contrats de première phase, d’un montant de 25 millions d’euros chacun, ont été attribués en mai 2024 à The Exploration Company et à Thales Alenia Space, deux concepts fondés sur des capsules. L’appel à propositions de la deuxième phase, publié le 8 janvier 2026, est ouvert à l’ensemble des candidats : c’est par cette voie que l’équipe franco-allemande positionne son architecture ailée. Le Conseil ministériel de l’ESA de novembre 2025 avait approuvé 22,3 milliards d’euros de contributions, niveau le plus élevé de son histoire.

L’Europe dispose aujourd’hui de lanceurs mais d’aucun véhicule habité ou polyvalent réutilisable en propre, l’acheminement d’astronautes européens vers l’ISS reposant sur des moyens américains ou russes.

Le Sommet international sur l’espace, première édition d’un rendez-vous voulu par l’Élysée sur le modèle du sommet consacré à l’intelligence artificielle, s’est tenu les 9 et 10 septembre au Grand Palais. Il a réuni environ 2 000 participants et des représentants de quelque 120 pays, sous l’égide de deux envoyés spéciaux, Hélène Huby, dirigeante de The Exploration Company, et l’astronaute Thomas Pesquet. Sa préparation a été marquée par les désistements du chancelier allemand Friedrich Merz ainsi que de SpaceX et Blue Origin.

Selon Emmanuel Macron, plus de 50 annonces d’engagements financiers y ont été formulées, pour un total d’environ 20 milliards d’euros. La coopération franco-allemande et la gouvernance des activités orbitales ont figuré au premier rang des sujets abordés, le chef de l’État plaidant pour un encadrement du trafic spatial.

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