À l’ouverture du salon Eurosatory, le 15 juin 2026, la ministre des Armées Catherine Vautrin a annoncé que la France entrait en négociations exclusives avec le consortium Safran-MBDA pour fournir à l’armée de Terre son futur système de frappe longue portée terrestre, le Thundart. Cette désignation fait du groupement le lauréat du programme Frappe Longue Portée Terrestre (FLP-T), lancé par la Direction générale de l’armement (DGA) en 2023.
Le système est appelé à succéder au lance-roquettes unitaire (LRU), dérivé du M270 américain, qui arrive en fin de vie. Les états-majors de l’armée de Terre réclamaient depuis plusieurs années un successeur à ces lanceurs vieillissants, la frappe dans la profondeur étant considérée comme l’une des principales lacunes capacitaires des forces terrestres dans la perspective d’un conflit de haute intensité. La portée du Thundart, fixée à 150 km, doit permettre de dépasser nettement celle du LRU, dont l’allonge n’excède pas 70 à 80 km.
Une compétition entre deux offres souveraines
Le programme FLP-T a opposé deux groupements industriels français. Face au tandem Safran Electronics & Defense–MBDA, ArianeGroup et Thales avaient soumis une offre concurrente sous la dénomination FLP-T 150. Les deux équipes avaient bénéficié de contrats de partenariat d’innovation et ont chacune procédé à un tir de démonstration au printemps 2026, sur le site d’essais de la DGA à l’île du Levant, dans le Var. Le Thundart a effectué son premier tir le 14 avril 2026, suivi du tir de la solution ArianeGroup-Thales le 5 mai 2026.
La ministre a également écarté des solutions étrangères qui avaient été examinées, parmi lesquelles le M142 HIMARS de l’américain Lockheed Martin et le lanceur Chunmoo du sud-coréen Hanwha Aerospace, en mettant en avant le caractère souverain de la solution retenue.
Selon les industriels, le succès du tir d’avril a constitué un argument déterminant. Dix-huit mois se sont écoulés entre la feuille blanche et la démonstration. Côté MBDA, le responsable du développement combat terrestre, Hugo Coqueret, a décrit un essai ayant surpassé les attentes sur la dynamique de vol comme sur les performances démontrées. L’essai ne visait pas un simple tir balistique : la roquette était équipée du kit de guidage issu de la munition AASM de Safran ainsi que d’outils de télémesure développés spécifiquement, dont la récupération des données devait sécuriser la suite du développement.
Une architecture fondée sur des briques éprouvées
Le Thundart repose sur la combinaison de savoir-faire complémentaires : l’expérience de MBDA dans les systèmes de frappe, la propulsion et la production de munitions, et la maîtrise de Safran en matière de guidage et de navigation résilients. Le guidage reprend le kit AASM, déjà éprouvé et produit en série, ce qui réduit les risques techniques et les coûts de développement. Le système associe une navigation inertielle à des modes laser et infrarouge, pour une précision annoncée de quelques mètres.
La munition emporte une charge militaire de classe 100 kg jusqu’à 150 km, avec une vitesse située dans le haut supersonique, la cible étant atteinte en quelques minutes. Le lanceur, présenté à Eurosatory sur un châssis Scania 8×8 à cabine protégée, emporte huit roquettes et dispose d’une tourelle intégrée à deux axes ainsi que d’un système de conduite de tir. Les industriels insistent sur une chaîne d’approvisionnement intégralement française et une solution exempte de contraintes ITAR, gages d’autonomie sur l’ensemble du cycle de vie.
La sélection ouvre la phase de développement et d’industrialisation. Les industriels visent une première livraison dès 2029, pour une capacité opérationnelle attendue au plus tard en 2030, échéance dictée par l’obsolescence programmée des LRU.
Sur le plan des volumes, la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit l’acquisition d’au moins treize systèmes avant 2030. Le projet d’actualisation de cette loi évoque une fourchette comprise entre treize et vingt-six exemplaires à cette échéance, et une cible de plus long terme de 26 systèmes et d’environ 300 munitions à l’horizon 2035. Le périmètre financier réel dépendra du rythme et du volume des commandes fermes notifiées par la DGA.
Les deux groupes ont mis en avant leurs investissements pour soutenir la cadence. MBDA prévoit d’investir deux milliards d’euros en France entre 2026 et 2030 pour accroître ses capacités de production, tandis que Safran a multiplié par quatre sa production de kits AASM entre 2022 et 2025, effort directement réutilisable pour le guidage du Thundart.
Données techniques
Performances de la munition
- Portée : jusqu’à 150 km (contre environ 70–80 km pour le LRU)
- Charge militaire : classe 100 kg
- Vitesse : haut supersonique
- Temps de vol : quelques minutes
- Précision : de l’ordre de quelques mètres
Guidage
- Kit de guidage dérivé de la munition AASM (Safran)
- Navigation inertielle, complétée par modes laser et infrarouge
- Solution exempte de contraintes ITAR
Lanceur
- Châssis : camion Scania 8×8 à cabine protégée
- Capacité d’emport : huit roquettes
- Tourelle intégrée à deux axes, avec système de conduite de tir
- Chargement et déchargement autonomes
Essais
- Premier tir : 14 avril 2026, île du Levant (Var), avec le concours de DGA Essais Missiles
- Délai feuille blanche–démonstration : environ 18 mois
Volumes et calendrier
- LPM 2024-2030 : au moins 13 systèmes avant 2030 (fourchette de 13 à 26 selon le projet d’actualisation)
- Cible long terme évoquée : 26 systèmes et environ 300 munitions à l’horizon 2035
- Première livraison visée : 2029
- Capacité opérationnelle attendue : au plus tard en 2030
Production et souveraineté
- Production localisée en France, chaîne d’approvisionnement intégralement nationale
- Investissement annoncé par MBDA : 2 milliards d’euros en France (2026-2030)






