lundi 16 mai 2022

La gloire du 3e corps d’armée de Davout et de ses généraux Gudin, Friant et Morand à Auerstaedt

Cet article que j’ai rédigé est paru dans le Casoar, la revue trimestrielle des Saint-Cyriens en octobre 2006.

Il est publié aujourd’hui pour mettre notamment en évidence le général Gudin. Né à Montargis le 13 février 1768, camarade de Napoléon à l’école de Brienne, il est tué le 16 août 1812 en Russie. Ses restes ont été retrouvés à Smolensk en 2019. A la date d’aujourd’hui, alors que sa dépouille devrait revenir en France le 13 juillet 2021, la France juge bon de ne pas rendre l’hommage qui lui est dû. Son lieu de sépulture reste aussi dans l’incertitude, sa ville de naissance n’étant pas « intéressée » selon son maire LR.

Or, un décret du 13 septembre 1989 impose cet hommage de la Nation. Un engagement semble-t-il du président de la République aurait aussi été évoqué en 2019 pour honorer ce retour du général Gudin.

Peu importe qui a retrouvé le lieu où reposait le général Gudin, peu importe que la Russie ait contribué à cette découverte. Ce qui importe n’est pas l’instrumentalisation politique du retour du grand soldat qu’était le général Gudin mais d’abord l’hommage que la France lui doit. Le Président Macron, chef des armées, détient cette responsabilité. Elle doit être assumée. 

* * *

Le 14 octobre 2006 est la date du bicentenaire des victoires d’Iéna gagnée par Napoléon 1er et d’Auerstaedt gagnée par Louis-Nicolas Davout[1], le plus jeune maréchal de Napoléon. A la fois guerre préventive et guerre éclair, cette campagne détruit la Prusse puis impose la paix à la Russie à Tilsitt le 9 juillet 1807. Elle est menée par une armée française commandée par des jeunes maréchaux et généraux, entrainée, aguerrie, professionnelle, auréolée par la victoire d’Austerlitz de 1805. Elle s’oppose à une coalition à géométrie variable, avec des chefs hésitants, souvent âgés, sans coordination, refusant malgré les défaites successives de reconnaître la nouvelle situation imposée par les armes jusqu’à la cessation des hostilités sur le Niémen.

Les préparatifs de la guerre

L’Autriche sévèrement battue à Austerlitz a signé la paix de Presbourg en décembre 1805. La Prusse a aussi signé un traité avec la France. La Russie malgré ses engagements est toujours en guerre. Napoléon 1er réorganise l’Allemagne en créant la confédération du Rhin le 12 juillet 1806. Il déclare le 6 août la dissolution du Saint-Empire romain germanique et prépare la rentrée de la Grande Armée en France. Les provocations prussiennes à Berlin et les premiers renseignements sur une guerre éventuelle avec la Prusse l’amènent cependant à préparer une guerre préventive à partir de septembre. Le 6 octobre 1806, la IVe coalition est créée avec l’Angleterre, la Prusse, la Russie, la Suède et le Portugal.

La préparation secrète de la guerre par la Prusse

La cour prussienne, sous l’influence belliciste de la reine Louise, épouse de Frédéric-Guillaume III, soutient le parti de la guerre qui comprend en particulier le duc de Brunswick et le prince Frédéric-Louis de Hohenlohe. La décision de faire la guerre à la France est prise secrètement le 7 août 1806 et la mobilisation lancée le 10[2]. Les diplomates français n’obtinrent cependant pas le renseignement avant sans doute le 5 septembre. La Prusse annexe la Saxe le 6 septembre pour l’empêcher de rejoindre la Confédération du Rhin. Le 26 septembre, le gouvernement prussien adresse un ultimatum. A moins que Napoléon ne retire ses forces au-delà du Rhin, la Prusse déclarera la guerre à l’empire français le 8 octobre, date limite accordée pour la réponse.

Après de multiples tergiversations et changements de posture, y compris pendant le déploiement des forces, le conseil de guerre décide le 27 septembre de suivre le plan de Brunswick. Il prévoit une seule armée menaçant Stuttgart sur un axe Erfurt-Würzburg pour attaquer les Français dans leurs garnisons. Cependant, une reconnaissance prussienne découvre vers le 5 octobre que la Grande Armée se dirige vers la région de Cobourg et de Bayreuth avec l’intention supposée d’envahir la Saxe. Venant du Nord, les forces prussiennes[3] se dirigent désormais vers l’ouest de la Saale avec l’objectif d’atteindre Weimar le 9 octobre alors que le duc de Weimar, avec un fort contingent de cavalerie et d’infanterie, doit menacer les lignes de communication françaises. L’armée principale est le 11 octobre à Weimar mais dès le 12 octobre, la rumeur annonce que la ville de Naumburg, se situant derrière l’armée, est occupée par l’avant-garde de Davout. Le conseil de guerre prussien décide le 13 d’éviter la confrontation et de faire retraite vers Halle au nord-est en passant par Apolda et Naumburg.

En 1806, l’armée prussienne ne dispose pas d’un corps d’officiers d’état-major, enseignement qui fut sans doute retenu pour la guerre de 1870. Le niveau du corps d’armée rassemblant plusieurs divisions sous le même commandement n’existe pas. Les unités sont cependant interarmes mais il n’existe aucune réserve de cavalerie ou d’artillerie au sein des forces. L’armée prussienne est organisée en trois armées de campagne[4], la première commandée par Brunswick (75 000 hommes), la seconde par Hohenlohe (42 000 hommes incluant les 18 000 soldats de l’armée saxonne incorporés de force), la troisième par les généraux Rüchel et Blücher (29 000 hommes). L’armée prussienne dispose en outre de 35 000 cavaliers dont la réputation est sans égale ainsi que de 550 pièces d’artillerie servies par 15 000 artilleurs. Enfin, environ 83 000 hommes sont déployés en Prusse.

Le plan d’opération de Napoléon

Les ordres préparatoires donnés par l’Empereur montrent qu’il ne souhaitait pas faire la guerre à la Prusse[5]. Il avait notamment donné l’ordre de ne pas franchir la frontière avant que la guerre ne soit déclarée et d’éviter toute provocation. Pour détruire les forces prussiennes avant leur jonction avec les Russes, la Grande Armée devra conduire un mouvement vers le nord-est vers Gera, Leipzig puis Berlin. Le franchissement initial de la forêt de Thuringe a pour objectif de protéger le flanc de la Grande Armée en contrôlant la Saale.

Dès l’annonce le 15 septembre de l’annexion de la Saxe[6], Napoléon dicte 120 ordres en 48 heures. Le maréchal Berthier, major-général, reçoit l’ordre le 17 de reconnaître les routes de Bamberg sur le Main à Berlin. Le plan de renseignement est établi. La zone des combats futurs est totalement reconnue malgré les Prussiens. Des cartes sont achetées localement. L’intoxication de l’ennemi potentiel est engagée aussi bien par les journaux en France par l’intermédiaire de Fouché qu’à l’étranger notamment en Italie ou en Hollande par la diffusion de nouvelles rassurantes sur la présence effective de l’Empereur à Paris[7]. Le Sénat n’est officiellement prévenu de son départ que le 7 octobre. La montée en puissance des forces est dissimulée. La garde impériale, transportée par chariots, quitte Paris pour Mayence.

La ligne de départ de la Grande Armée est le Main en Bavière. Le quartier général impérial s’installe sur le Main à Würzburg le 28 septembre. Le secret des opérations est la règle. Le 2 octobre, les 1er (Bernadotte), 6e (Ney) et 7e corps (Augereau) sont prêts à marcher à partir de Francfort, Nuremberg et Ansbach. Napoléon atteint Würzburg et prend le commandement de la Grande Armée. Le 3 octobre au soir, le 3e corps de Davout est à Bamberg, le 5e Corps (Lefebvre) à Königshofen, l’artillerie et les trains d’équipages à Würzburg. Le 4 octobre, le 4e corps (Soult) venant de la région de l’Inn en Autriche est rassemblé à Bamberg. Enfin, Masséna doit prévenir une attaque autrichienne en Italie. L’ordre d’opération est diffusé de Würzburg, le 5 octobre.

La Grande Armée débouchera en Saxe en trois colonnes avec l’objectif qu’au moins l’une des colonnes de corps d’armée franchisse la forêt de Thuringe réputée pour sa difficulté d’accès : à l’Est et en tête, Soult suivi par Ney à une demi-journée de marche soit 50 000 hommes dont 10 000 Bavarois. Bernadotte commande le centre suivi par Davout, la réserve de Cavalerie et la Garde impériale soit 70 000 hommes sur l’axe Kronach-Schleiz. Le 5e corps sous le commandement de Lannes progresse à l’Ouest. Il est suivi par Augereau sur l’axe Coburg-Grafenthal-Saalfeld, soit 40000 hommes. La Grande Armée commence sa progression en franchissant en 72 heures la forêt de Thuringe alors que Napoléon reçoit l’ultimatum prussien le 7. Son refus de l’ultimatum parviendra au Roi de Prusse le 14 octobre.

Pour entrer en campagne, la Grande Armée comprend six corps d’armée, structure permanente crée par Bonaparte en 1803[8]. Ils comprennent 160000 fantassins, 32000 cavaliers, 300 canons auxquels s’ajoutent 13 000 alliés bavarois et wurtembergeois. A la date du 5 septembre, Napoléon fait appeler 50000 conscrits de la classe 1806 et met en alerte les 30 000 hommes en réserve[9]. Les points forts de cette Grande Armée sont non seulement la motivation des forces et l’entraînement au combat interarmes, mais aussi la jeunesse des officiers. Si l’on calcule la moyenne d’âge de l’Empereur et de ses 88 maréchaux ou généraux de cette campagne,[10] elle s’élève à 40 ans, le plus ancien étant le maréchal Berthier, major-général, 53 ans, et le plus jeune, le général Colbert 29 ans.

Plus particulièrement, le 3e corps de la Grande Armée est composé de trois divisions et d’une division de cavalerie à trois régiments de chasseurs à cheval[11]. Le maréchal Davout rejoint le 3e corps le 28 septembre. Lors de la revue du 5 octobre, il donne connaissance aux troupes de la proclamation de Napoléon : « au moment où des fêtes triomphales étaient préparées dans la capitale pour recevoir la Grande Armée » (…) « chaque général, chaque officier, chaque soldat devait considérer cette guerre comme une affaire d’honneur, comme un duel auquel l’armée prussienne provoquait la Grande Armée par jalousie de ses victoires. Les Prussiens comptent sur leur cavalerie. Eh bien, faites quelques répétitions de formations de carrés ; ce sont vos carrés qui feront perdre à cette cavalerie sa réputation »[12]. Paroles que les événements ont justifiées.

Auerstaedt, un combat de rencontre dans une guerre « éclair »

Cette guerre préventive et « éclair » contre la Prusse débute le 8 octobre et se termine le 8 novembre avec la reddition de Blücher, la chute de Lübeck et la destruction de l’armée prussienne.

Dès le lendemain de l’ultimatum prussien, le 9 octobre, Lannes bat les Prussiens à Schleiz, à l’est de la Saale puis les engage le 10 à Saalfeld ouvrant la route de Dresde. Il se confirme que des forces importantes prussiennes sont installées à l’ouest de la Saale autour d’Erfurt. La Grande Armée pivote à 90° vers l’ouest en direction de la Saale et Erfurt. Lannes and Augereau sont l’avant-garde, Davout et Bernadotte l’aile droite, Ney et la cavalerie lourde l’aile gauche, Soult formant l’arrière-garde. La Grande Armée démontre sa redoutable efficacité dans ce mouvement. Le 12 octobre 1806, 5h00 du matin. Davout reçoit l’ordre de se porter rapidement et directement sur Naumburg, précédé de sa cavalerie qui devra chercher le renseignement sur l’ennemi en faisant des prisonniers, en interceptant le courrier, saisir les convois de soutien. Le 3e corps est face à l’armée principale prussienne composée de cinq divisions, 66 000 hommes appuyés par 230 canons, et non sur ses arrières.

La bataille d’Auerstaedt

En attente de renseignements, Napoléon donne le 13 l’ordre[13] à Murat de se préparer à marcher sur Iéna et précise son intention : « Si l’ennemi est à Erfurt, mon projet est de faire porter mon armée sur Weimar et de l’attaquer le 16 ». Vers 16h00, franchissant la Saale par le pont de Kösen, Davout s’avance sur la route qui conduit de Weimar à Naumburg. Un premier contact a lieu avec les cavaliers prussiens. Pour assurer le contrôle du franchissement, il fait déployer un régiment d’infanterie de la 1re division en tête. Dans la nuit du 13 au 14, à Naumburg, suite aux ordres de l’Empereur en date du 13 à 22h00 et arrivés à 3h00 du matin, Davout[14] donne les ordres à ses généraux pour se porter sur Apolda afin de « tomber sur les derrières de cette armée ». Il se rend ensuite auprès de Bernadotte arrivé dans la soirée du 13 à Naumburg qui refuse de le soutenir le lendemain. L’Empereur le réprimandera sévèrement[15].

Davout ordonne au 3e corps de se préparer à faire mouvement dans les deux heures. La division Gudin s’ébranle à 4h00 du matin. Elle franchit[16] le pont à 6h00 en direction du village d’Hassenhausen sur le plateau escarpé qui domine la vallée de la Saale et le pont de Kösen. A travers un épais brouillard, elle rencontre l’armée ennemie à hauteur de ce village et se met en carré. L’artillerie divisionnaire ouvre le feu immédiatement et réduit au silence l’artillerie à cheval prussienne. Davout ordonne à Gudin d’occuper le village dans l’attente des divisions Friant et Morand. A 8h30, les forces prussiennes renforcent la pression sur la division Gudin. Les multiples charges de Blücher, ne disposant pas d’appui en infanterie et en artillerie, sont brisées. Les délais de l’engagement des forces prussiennes permettent à la cavalerie du général Vialatte, absente, et aux premiers éléments de la division Friant d’arriver alors qu’un nouveau message est adressé, sans succès, à Bernadotte.

Peu avant 10h00, Brunswick ordonne d’attaquer le village d’Hassenhausen mais les deux divisions françaises désormais en place clouent sur place les forces prussiennes. Au sud, le 85e régiment de ligne commandé par le colonel Viala supporte l’attaque de la division Wartensleben et doit céder du terrain. Davout rallie les survivants en arrière du village, lance le 12e et le 21e pour réoccuper le village. La ligne française est rétablie. Cependant Frederick-Guillaume III a divisé ses forces au lieu de les concentrer sur un seul flanc. Du temps a été perdu. Vers 11h00, la division Morand après une marche de 20 km arrive. Davout la rejoint.

Brunswick est grièvement blessé. Sentant un fléchissement des forces prussiennes, les divisions françaises prennent l’offensive et attaquent l’infanterie prussienne qu’elles chassent de ses positions à la baïonnette. Il est désormais aux alentours de midi. Chaque mouvement comme le rappellera Davout plus tard était signalé par les hommes tombés au sol. Le roi de Prusse ignorant aussi la défaite d’Iéna ordonne la retraite sur Weimar. Les Français épuisés cessent leur progression à 16h30 sur les hauteurs d’Eckartsberg au Nord d’Auerstaedt.

A la gloire du 3e corps

Le 3e corps a vaincu dans un combat de rencontre une armée largement supérieur en nombre et en artillerie au prix du sacrifice de 252 officiers, 6794 sous-officiers et soldats blessés ou tués. La division Gudin a perdu 40% de ses effectifs[17]. Comme le rappellera Davout à l’Empereur, « un grand nombre d’officiers et de soldats, également blessés, restèrent volontairement à leurs drapeaux jusqu’à ce que la victoire fût complètement décidée. C’est cet esprit qui fait vaincre »[18]. 10000 Prussiens ont été tués ou blessés, 3000 faits prisonniers, 115 canons pris et l’armée prussienne mise en déroute. Clin d’œil de l’Histoire, Carl von Clausewitz, capitaine aide de camp d’Auguste de Prusse, est fait prisonnier ce 14 octobre. Enfin, le cœur de la bataille a été le village d’Hassenhausen et non le village d’Auerstaedt.

L’Empereur découvrant avec stupeur les prodiges du 3e corps alors qu’il pensait avoir lui-même détruit toute l’armée prussienne lui adresse ses félicitations : « mon cousin, je vous fais mon compliment de tout mon cœur sur votre belle conduite. Je regrette les braves que vous avez perdus ; mais ils sont morts au champ d’honneur (…) » [19]. Pour le récompenser, Napoléon le désigne pour entrer le premier dans la ville. Davout envoie l’adjudant-commandant Romoeuf avec un détachement du 2e régiment de chasseurs afin de prendre avec les autorités locales « toutes les mesures pour assurer le service des subsistances et le bon ordre. (…) faire la reconnaissance des corps de garde, des maisons de détention, (…) bibliothèques etc., et en dresser un état pour faire connaître la force qu’il serait nécessaire de mettre à la disposition du général commandant de la place, afin d’assurer la tranquillité publique, la conservation de tous les établissements, et de tout ce qui tenait aux sciences, aux arts et à l’industrie »[20]. Un savoir-faire redécouvert aujourd’hui si l’on regarde les conflits récents !

L’Empereur a aussi donné des consignes sur l’image que doivent laisser les forces françaises entrant dans Berlin et a ordonné au maréchal : « Ayez soin que tous les bagages, et surtout cette queue si vilaine à voir à la suite des divisions, s’arrêtent à 2 lieues de Berlin et rejoignent le camp sans traverser la capitale (…). Enfin M. le Maréchal, faites votre entrée dans le plus grand ordre et par division, chaque division ayant son artillerie marchant à une heure de distance l’une de l’autre. (…) Que tous vos officiers soient dans la meilleure tenue, autant que les circonstances peuvent le permettre »[21]. L’Empereur fait son entrée le 26 et passe la revue du 3e corps le 28. Outre les nombreuses promotions, il accorde encore cinq cents décorations de la Légion d’honneur aux officiers, sous-officiers et soldats qui s’étaient le plus distingués et qui n’avaient été élevés à aucun nouveau grade. Il veille enfin à ce que la solde soit payée.

Pour conclure

La préparation collective du 3e corps par le maréchal Davout a été remarquable avec un état-major efficace dirigé par le général de brigade Daultanne. Les divisions d’infanterie sont disciplinées et commandées par des généraux dans l’esprit du chef et proches de lui : Gudin, Friant, Morand, beaux noms pour des promotions de Saint-Cyr. L’exemplarité au combat est permanente. La place du maréchal est au milieu de la mêlée, là et au moment où l’ennemi menace fortement. C’est aussi la motivation profonde d’un corps d’armée formé par Davout. Sous le commandement de Davout, ils attaquent un ennemi prussien plus nombreux pour l’empêcher de se réorganiser. Cet ascendant moral des divisions françaises sur l’adversaire, cette abnégation et ce courage, ce professionnalisme sont les symboles d’une France qui gagne et qui croit en son avenir. C’est enfin le rappel que notre histoire de France est glorieuse, y compris l’histoire des batailles. Les appels successifs à la repentance depuis plusieurs années ont conduit à politiser le passé et à faire d’une histoire de France souvent mal connue un enjeu de lutte pour le pouvoir. En cette année du bicentenaire d’une telle victoire, qui ne limite pas à l’énonciation des morts et des blessés, il paraît utile que les Français se souviennent que la France a été glorieuse grâce à leurs prédécesseurs, notamment parce que ceux-ci croyaient au destin de leur patrie mais aussi parce qu’ils participaient aussi à la construction cette grandeur.


NOTES :

[1] De noblesse bourguignonne, Louis-Nicolas Davout est né en 1770. Officier au Royal Champagne en 1788, il soutient la révolution. Nommé général de brigade, il commande la cavalerie de la division Desaix en 1798 pendant la campagne d’Egypte. D’un caractère affirmé, austère, rigoureux, il était connu pour son incorruptibilité et sa grande culture. Son second mariage avec Aimée Leclerc fait de lui le beau-frère de Napoléon. Gouverneur de Hambourg en 1814, ministre de la Guerre en 1815, Louis XVIII le fait pair de France en 1819. Il s’éteint dans sa maison de Savigny-sur-Orge en 1823 après en avoir été le maire. Il repose au cimetière du Père Lachaise dans le carré des Maréchaux.

[2]  Chandler David, Jena, Osprey, 1993, 96 pages, p8.

[3] Opérations du 3e corps 1806-1807, ouvrage réalisé par le général Davout, neveu du maréchal, Calmann-Lévy, Paris, 1896, 433 pages.

[4] Jena, op. cit.,

[5] Commandant Paul Foucard, La campagne de Prusse 1806-1807, Berger-Levrault, Paris, 1887, T1 Iéna, 730 pages et T2, Prentzlow Lübeck, 1890, 960 pages, lettre du 15 septembre (T1) : Napoléon écrit à son frère, roi de Hollande, « Cependant j’imagine que cette crise sera bientôt passée, et que la Prusse désarmera et ne voudra pas se faire écraser ».

[6] Ibidem, « 1er Bulletin de la Grande Armée » du 8 octobre 1806.

[7] Ibid, Lettre du 12 septembre 1806.

[8] Général J.L. Lewal, Introduction à la partie positive de la stratégie générale, réédition Economica, Paris, 2002, 246 pages, première édition 1892 (Annexe). Fort de 2 à 4 divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie légère, il peut regrouper de 14 000 à 40 000 hommes. Il a été testé avec succès lors de la campagne de 1800 en Italie du Nord puis mis sur pied au camp de Boulogne selon une formule estimée nécessaire pour gérer et faire agir des masses de plus en plus importantes. Une réserve est constituée pour appuyer ces unités et assurer la liberté d’action par la manœuvre.

[9] La campagne de Prusse 1806-1807, T1, op. cit., « Lettre de l’Empereur au major-général », 5 septembre 1806.

[10] Ibidem, op. cit., T1, P706.

[11] Jena, op. cit : 1ère Division du général Charles Antoine Morand (9867), 2e Division du général Louis Friant (7297), 3e division du général Etienne Gudin (8473), soit 29 bataillons et 9 escadrons de cavalerie légère ; 28 936 hommes dont 1622 cavaliers et 1 681 artilleurs servant 46 pièces d’artillerie dans les divisions ou dans la réserve du corps d’armée. Les chiffres varient selon les auteurs, voir aussi Frédéric Hulot, « Le maréchal Davout », Pygmalion, 2003, 268 pages.

[12] Opérations du 3e corps 1806-1807, op. cit.

[13] La campagne de Prusse 1806-1807, op. cit., « L’Empereur au maréchal Murat, grand-duc de Berg, Gera, 13 octobre 1806, 7 heures du matin.

[14] Opérations du 3e corps 1806-1807, op. cit., p665.

[15]  La campagne de Prusse 1806-1807, op. cit., « L’Empereur au maréchal Bernadotte ». Wittenberg, 23 octobre 1806.

[16] Opérations du 3e corps 1806-1807, op. cit., « Compte rendu du général Gudin au maréchal Davout », Naumburg, le 17 octobre 1806.

[17] ibidem, op. cit., p55.

[18]  ibid.

[19] La campagne de Prusse 1806-1807, op. cit. « L’Empereur au maréchal Davout », Weimar, 16 octobre 1806, sept heures du matin.

[20]  Ibid. p66.

[21] Ibid, « Le major-général au maréchal Davout », Wittenberg, 23 octobre 1806, p238.

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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3 Commentaires

  1. Bonsoir,
    Mon ƒrère jumeau…… Etienne, est mort un 22 août comme le Général Gudin (et comme Richard III à Bosworth).
    Notre ƒamille ƒranco-russe a investi ses indemnités, versées par les Soviétiques en 1920 (activité pétrolière à Bakou, en association avec £udwig Nobel) dans une activité similaire basée à Paris 16°, rue Gudin (ruelle, plutôt) : £à, rien, absolument rien n’indique qui ƒut le personnage éponyme.

    Alors je vous remercie inƒiniment de nous en apprendre autant sur ses belles qualités,

    H. G.

    • Merci monsieur de cet apport, et de rappeler qu’il y a une rue Gudin à Paris, même si son grade n’est pas mis en avant mais nous sommes à Paris.
      En revanche,je ne comprends pas exactement ce que vous avez mené comme activité. Je comprends que rien n’indique par ailleurs qui était Gudin?
      Bien cordialement

  2. Oh, c’est bien plus à moi de vous remercier, pour votre obligeant accueil.

    Non, en effet, aucune indication n’est apportée sur le Général Gudin.

    Quant à notre ƒamille, si j’avais une mère de Sankt Peterburg ((sans l’horrible « S » teutonique)), c’est que le (ƒutur) Маршал Родион Малинович // Maréchal Rodion Malinovitch, est venu combattre en renƒort devant Reims, en 1916…… dans les mêmes tranchées que mon grand-père Champenois — C’est pourquoi nous sommes devenus très-amis avec le Général Etienne Copel, également ƒranco-russe, quand il prit ((magniƒiquement)) le commandement de la Base Aérienne de Reims. Dommage qu’il ait cessé de publier sa £ettre mensuelle « Déƒense Active » ! (nous avions aussi un cousin dans l’escadrille Normandie-Niemen).

    De l’autre côté, notre ƒamille a ƒait de Bakou, « £a Ville Noire », la capitale mondiale du pétrole, il y a 160 ans : mon ancêtre présidait le Conseil Proƒessionnel des exploitants de l’Or noir ; et je suis tout particulièrement ƒier qu’il ait inventé la Médecine du Travail. En créant des hôpitaux si excellents, que les ƒamilles du Tsar et des archiducs venaient frapper à sa porte.

    Boat people réƒugiés en France, ce ƒut nettement moins glorieux. Ils ont seulement pu créer une compagnie de distribution d’essence, qui, au cours de la Seconde Guerre ƒusionna avec Azur, plus tard une des 5 composantes de ELF avant de devenir Total.

    Je termine en disant que suis très-impressionné par votre résumé d’activités (le plus important, dans mon éducation, m’est venu par un colonel proche du Général £eclerc).

    Respectueusement vôtre,

    H. G.

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