lundi 6 décembre 2021

Le M8 howitzer du musée Maurice Dusfresne

Le musée Maurice Dufresne est situé non loin d’Azay-le-Rideau, célèbre pour son château sur les bords de Loire. Ouvert au public depuis 1992, le musée est constitué de nombreuses salles situées dans le domaine du Moulin de Marnay et rassemble la collection très hétéroclite de son fondateur : machines agricoles, voitures, camion de pompiers, avions et même une guillotine de la Révolution. Parmi cette riche collection patiemment rassemblée, un engin de la seconde guerre mondiale : un M8 howitzer américain.

Comment le M8 est-il parvenu dans votre collection ?

Monsieur Maurice Dufresne, fondateur du musée, était ferrailleur et collectionneur d’objets anciens en tout genre et il récupéra et sauva de nombreux véhicules qui étaient destinés au pilon ou la fonte, via son activité. Ce M8 howitzer a été récupéré par lui au camp militaire d’Olivet, près d’Orléans, dans les années 60. Il était venu pour débarrasser le camp militaire de vieilles ferrailles et un officier du camp lui a demandé de l’emmener :

« Enlevez-le de là ! Leclerc était à son bord pendant la campagne de France, ça me fait mal au cœur de le voir là… »

Il n’en fallait pas plus à Maurice Dufresne pour le convaincre de sauvegarder de la ferraille ce morceau d’histoire.

Connaissez-vous son histoire, dans quelle unité a-t-il été engagé, son historique opérationnel ? 

Malheureusement, nos recherches n’ont jusqu’ici pas permis d’identifier avec certitude ce blindé. Le camp d’Olivet, où a été retrouvé le M8, abrite le 12e régiment de cuirassiers et, un temps, le 6e cuirassiers. Seul le 12e RC a été doté de M8 howitzer pendant la seconde guerre mondiale. Il faisait alors partie de la 2e Division Blindée du général Leclerc comme régiment de chars de combat. Les M8 du 12e RC étaient réunis dans le peloton du lieutenant Duplay au nombre de six et surnommés : Le Tromblon, Le Mousquet, L’Arquebuse, La Bombarde, La couleuvrine et La Catapulte I et II (la première ayant été détruite ou réformée). Notre M8 pourrait alors être l’un des six, mais le temps a effacé le nom d’origine ainsi que l’immatriculation militaire permettant de l’identifier avec précision. Ce peloton servit dans l’escadron de protection de quartier général de la 2e DB, auprès du général Leclerc, ce qui recoupe l’anecdote relatée par l’officier du camp militaire d’Olivet. Puis au cours de la campagne de France, l’escadron de protection est disséminé dans différentes unités de la division et ce peloton du 12e RC se trouve affecté au 7e escadron du 1er Régiment de marche des Spahis marocains avec lequel il finit la guerre. Le 7e escadron du 1e RMSM fut ensuite envoyé en Indochine au début du conflit. Il est probable que certains de ces M8 furent rebaptisés en Indochine. Quelques M8 furent encore employés pendant la guerre d’Algérie. 

La pièce a-t-elle eu besoin d’une restauration ? Si oui, par qui ? 

Pour installer le M8 dans le parc du musée, monsieur Maurice Dufresne a fait appliquer une peinture olive, proche de l’origine, car l’engin était couvert de rouille. Malgré le talent des mécaniciens de l’établissement Dufresne, le moteur et la mécanique interne ne fut pas restauré car étant en trop mauvais état pour espérer le faire fonctionner à nouveau. Ça sera peut-être le cas un jour… 

Qu’est-ce que le M8 howitzer apporte à votre collection ? 

Il témoigne tout d’abord de la riche diversité du musée et de sa collection, très éclectique. Nous possédons d’autres véhicules militaires mais c’est le seul blindé de combat que nous ayons. Le fait qu’il s’agisse d’un char, avec ses dimensions imposantes et son armement, interpelle souvent les visiteurs. Il est vrai qu’il ressort particulièrement au milieu des nombreux engins agricoles et de travaux publics et on ne s’attend pas à voir un char au détour d’un tracteur. De plus, cela nous permet de développer toute une pédagogie autour de la Seconde Guerre mondiale auprès de notre jeune public : centres aérés et écoles. Le M8 impressionne surtout les jeunes et on a ainsi plus de facilité à les intéresser au sujet. Les gros véhicules en général ont toujours un capital sympathique. 

Avez-vous d’autres blindés de ce type ? Avez-vous pour projet d’en acquérir ? 

Comme je l’ai dit, nous ne possédons que cet obusier M8 en chars de combats. Cependant nous présentons un autre blindé, une chenillette Lorraine dans une version produite pendant la Seconde Guerre mondiale pour rééquiper l’armée de Vichy en blindés chenillés. Elles furent commandées en 1941 comme « tracteurs forestiers », au service des eaux et forêts du ministère de l’agriculture, afin de les soustraire aux inspections de la commission allemande d’armistice. Il s’agissait surtout de les utiliser comme tracteur de ravitaillement ou pour tracter de l’artillerie, comme ce fut le cas lors des combats de la poche de St Nazaire en 1944.

Après la seconde guerre mondiale, les importants stocks de matériels militaires furent souvent reconvertis. Nous avons une ancienne chenillette blindée Renault UE de 1940 dont le blindage a été enlevé et le châssis raccourci pour être convertie en tracteur chenille agricole. Il s’agit d’une conversion courante dans l’après-guerre. Dans cet esprit, nous exposons également une ancienne moto-chenille allemande Sd. Kfz. 2 « Kettenkrad » qui était modifiée en tracteur agricole par l’entreprise Babiole, de Lyon.

Le M8 en quelques chiffres 

Le Howitzer Motor Carriage M8 est obusier automoteur construit sur un châssis de char léger M5. Il possède un équipage de 4 hommes, un pilote, un chef de char, un tireur et un chargeur. L’engin pèse en ordre de bataille 15.5 tonnes pour 4.84 m de longueur, 2.29 m de large et 2.7 m de hauteur, avec sa mitrailleuse. En termes d’armement, le M8 est équipé d’un obusier de 75 mm M2 ou M3 selon la version ainsi qu’une mitrailleuse M2 HB MG de 12.7 mm. Sa cadence de tir s’élève à 25 coups / minute pour une portée maximale de 9 km. Le blindé possède deux moteurs Cadillac Series 42 de 8 cylindres à essence développant 148 ch chacun. Il peut atteindre la vitesse de 58 km/h sur route et possède une autonomie de 160 km. Au niveau de la protection, le blindage est de 44 mm au maximum sur la tourelle, qui est ouverte. Sa capacité d’emport en munitions s’élève à 46 obus pour la pièce principale et 400 munitions pour la mitrailleuse. Produit à partir de 1942 jusqu’en janvier 1944, le M8 reste en service jusqu’en 1960 dans l’armée sud-vietnamienne. Les Français utilisent notamment ce blindé en Indochine.

Remerciements au personnel du musée qui a bien voulu partager l’histoire de l’une de leurs pièces.

Camille HARLÉ VARGAS
Auteur et spécialiste de l'histoire des conflits et de la mémoire du XXe siècle. Chargée de mission à l'ONAC-VG de la Marne dans le cadre du Centenaire de la Grande Guerre (programme pédagogique, médiation et mise en place de projets). Engagée dans la vie associative visant à faire connaître au public l'histoire et les sites de la Première Guerre mondiale (Main de Massiges). En collaboration avec des historiens pour la rédaction d'articles et d'ouvrages sur les deux guerres mondiales.
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