vendredi 9 décembre 2022

Les manœuvres algéro-russes et le risque de déstabilisation au Maghreb

Des manœuvres militaires algéro-russes, prenant pour prétexte la lutte contre le terrorisme et intitulées « Bouclier du désert », ont lieu du 16 au 28 novembre 2022 à Bechar à quelques kilomètres de la frontière marocaine. Il s’agit des premières de cette nature même s’il y a un mois les deux pays avaient fait des manœuvres navales. Elles se déroulent dans un contexte précis : l’opération spéciale en Ukraine, les tensions récurrentes avec le Maroc au sujet du conflit artificiel sur le Sahara marocain et l’intérêt d’une partie de l’Europe pour le pétrole et surtout le gaz algérien.

On comprend que Moscou considère l’Algérie comme étant un front avancé dans sa stratégie de confrontation militaire avec l’Occident, ce qui érige la frontière algéro-marocaine en une ligne de démarcation entre la zone d’influence occidentale et celle de l’ex-bloc communiste. Mais ce n’est pas faire œuvre polémique de dire que la Russie doit cesser de s’acoquiner avec des Etats voyous comme l’Iran, la Corée du Nord, le régime syrien ou l’Algérie. La Russie aurait intérêt à rechercher d’autres partenaires, plus civilisés que ces États voyous

Les manœuvres de Béchar ne sont qu’un message de Moscou, qui n’a d’ailleurs pas reconnu l’entité séparatiste totalement sponsorisée par le régime algérien, en direction de l’Occident, démontrant ainsi la capacité de la Russie à se déployer à proximité des intérêts occidentaux dans l’Ouest de la Méditerranée.

Pour ce qui concerne le régime algérien, il a augmenté son budget militaire à environ 23 milliards de dollars, ce qui conduit naturellement les autorités militaires russes à se mobiliser afin de s’octroyer une part conséquente de contrats d’armement avec l’Algérie. Quelques jours avant les exercices de Bechar, Dimitry Evgenyevich Shugayev, chef du Service fédéral pour la coopération militaro-technique, s’est rendu en Algérie, au début du mois de novembre 2022, avec une délégation de militaires russes. Plus généralement, 80 % des équipements militaires que l’Algérie a importés depuis 2017 proviennent de Russie.

Au moment où l’Algérie profite des dividendes de ses contrats énergétiques avec une Europe exsangue (ainsi l’Italie a signé fin juillet un accord avec l’Algérie pour importer des milliards de mètres cubes supplémentaires via un gazoduc sous-marin ), elle continue de rehausser sa coopération militaire avec Moscou. Ce qui pourrait paraître contradictoire si l’on oubliait le fait que le régime algérien — c’est-à-dire les militaires qui détiennent la réalité du pouvoir — s’enrichit honteusement du fait de sa corruption abyssale, notamment sur les achats d’armement. Il faut rappeler que l’Algérie et la Russie s’apprêtent à signer un méga-contrat militaire d’un montant de plus de 11 milliards de dollars, portant notamment sur l’acquisition par Alger du nouveau chasseur Soukhoï Su-75 de cinquième génération dit « Échec et mat », concurrent du F-35 américain de Lockheed Martin.

Maintenant toute la question est de savoir quelle est la portée de ces manœuvres. Le régime algérien veut-il simplement continuer à se remplir les poches tout ne faisant croire qu’il veut attaquer le Maroc ou existe-il un danger de guerre au Maghreb ? Pour faire la guerre il faut une armée motivée et ce n’est pas le cas des Algériens qui ne font que marcher contre le cours de l’Histoire. Ceux-ci auraient besoin de la Russie qui, pour l’instant, louvoie entre les deux puissances du Maghreb.

En tout cas, les manœuvres militaire algéro-russes renforcent les risques de déstabilisation au Maghreb, lesquels existent en raison de l’entêtement anti-marocain du régime algérien qui s’obstine à ne pas vouloir prendre en compte le plan du Roi Mohammed VI sur le Sahara marocain.

 

Charles Saint-Prot

Directeur général de l’observatoire d’études géopolitiques

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2 Commentaires

  1. Nous sommes en guerre et le général Chengriha ou un autre officier supérieur pourrait certainement envahir le Maroc par des missiles d’où le général Chengriha presse Tebboune à avertir Poutine pour que les armes russes continuent d’arriver en Algérie les guerres de Poutine se développent par tout dans le monde Xi est en accord complet avec cette méthode sur Taïwan et donc le général Chengriha et les autres officiers d’état-major à Alger sont pour

  2. Les Algériens ont hérité de la colonisation un territoire agrandi au détriment du Maroc. Ils n’ont pas poussé leur haine du colonialisme jusqu’à rectifier cette situation qui les avantage.
    Quant à attaquer le Maroc, le matériel ne suffit pas. L’aventure militaire peut être un choix du régime algérien, mais extrêmement risqué, donc peu probable. Le Maroc a choisi les USA et Israël depuis longtemps. C’est une sécurité.
    Les deux régimes pratiquent la corruption et l’oppression au même niveau, entretiennent la misère de leur population. Mais avec des cultures différentes.

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