lundi 24 juin 2024

22 mai 1943 : création du 1er bataillon de Choc

Le bataillon de choc est une unité d’élite formée en  à Staoueli en Algérie. Entraîné au parachutisme et aux méthodes commandos, son but est d’apporter un soutien aux organisations de la résistance française en vue de renforcer leur action. Tous les chasseurs sont volontaires et réunis autour d’une même doctrine rappelant leurs origines diverses. Elle est « puissance de la légion, légèreté du chasseur, chic du cavalier ». L’unité est tour à tour engagée en France et en Allemagne pendant le second conflit mondial puis en Indochine et en Algérie avant d’être dissoute à la fin de l’année 1963.

En 1943, le chef de bataillon Gambiez persuade l’état-major de la nécessité de créer une unité spéciale « susceptibles d’apporter le moment venu une aide puissante aux éléments implantés clandestinement dans la zone des opérations de débarquement ». Il rejoint les vues de la direction des services spéciaux qui décide la création à Staoueli, à compter du , du bataillon d’assaut qui prendra par la suite le nom de bataillon de choc.

LCL Fernand Gambiez en 1944. Son fils, un jeune officier du 3e REI, sera tué à Dien Bien Phu en 1954. Il est à l’origine de l’envoi du capitaine Belmont (auteur du rapport du même nom) sur le site de la bataille, un an plus tard, pour retrouver le maximum de sépultures ou de dépouilles (celle de son fils sera retrouvée sur ISABELLE, au sud du camp retranché ). Le documentaire de Patrick Jeudy « Les fantômes du Tonkin » traite de cet épisode.

Ancien chef de section de cette célèbre unité, l’écrivain Raymond Muelle en a raconté l’aventure durant le second conflit mondial dans son livre Le 1er bataillon de choc paru en 1977 aux éditions Presses de la cité. Il résume ainsi la destination et l’utilisation de l’unité dans le premier paragraphe de son introduction : « Né des services spéciaux, destiné aux services spéciaux, le « bataillon de choc » n’a que rarement été utilisé selon sa vocation. »

Dans l’esprit de Gambiez, les « choc » devaient en effet être parachutés ou infiltrés dans le dispositif ennemi, capables de durer en climat d’insécurité, de détruire, paralyser et harceler l’adversaire.

Ils devaient être l’équivalent pour la France du SAS britannique, des commandos allemands de Skorzeny, des unités de Chindits en Birmanie, et il reçoit à cet effet une instruction de commando parachutiste. Mais hormis quelques actions spéciales en Italie et en territoire occupé accomplies par des isolés ou par une section, il fut essentiellement utilisé comme élément précurseur des grandes opérations de la 1re armée et participa à des combats frontaux classiques. Selon Raymond Muelle, il était suspecté de « giraudisme » aux yeux du BCRA de Londres, ce qui lui aurait en partie valu de ne pas être parfaitement utilisé en territoire occupé selon sa vocation et ses capacités.

Quoi qu’il en soit, ce fut une glorieuse unité à qui le général de Lattre de Tassigny décerna en 1946 une citation éloquente : « Arme nouvelle, forgée pour des exploits nouveaux, le bataillon donna au premier appel sa mesure de perfection. »

Le baptême du feu de l’unité a lieu à la fin de l’été 1943 lors de l’opération Vésuve de la libération de la Corse. Celle-ci débute le  par le débarquement dans le port d’Ajaccio, à partir du sous-marin Casabianca, d’un élément précurseur de 109 chasseurs de la 3e compagnie du capitaine Manjot qui reçoit la reddition de la garnison. Le reste du bataillon est acheminé dès le lendemain, par les contre-torpilleurs Le Fantasque et Le Terrible.

Après quelques jours dans la région d’Ajaccio, les hommes de Gambiez interviennent dans l’ensemble de l’île jusqu’au , date à laquelle ils atteignent Bastia. Le bataillon s’installe dès lors dans la citadelle de Calvi et, le , s’étoffe d’une 4e compagnie formée à partir de volontaires corses dont l’emblème portera la tête de Maure.

Après quelques interventions de type commando en Italie, le bataillon est engagé dans sa totalité du 17 au  lors de l’opération Brassard relative à la conquête de l’île d’Elbe. Trois heures avant l’assaut général mené par la 9e DIC, le 2e groupe de tabors marocains et les commandos d’Afrique, des détachements sont débarqués afin de neutraliser les batteries côtières allemandes disséminées à la périphérie de l’île. Le gros du bataillon doit intervenir au sud tandis que 80 hommes seront chargés de la partie nord et notamment des batteries d’Enfola.

La section du sous-lieutenant Corley, désignée pour intervenir dans le Vercors est finalement parachutée dans la Drôme, en 2 sticks les  et 1er, près de Dieulefit. Les trente hommes subissent des pertes lors du saut et l’aspirant Muelle prend la tête de la section.

Après quelques combats et accrochages entre Montélimar et Grenoble, la section qui est affectée à une compagnie FFI (16e compagnie du 1er bataillon de l’Armée secrète Drôme-Sud) reçoit l’ordre d’attaquer Le Pont-de-Claix qui ouvre la porte de Grenoble. Le , les chasseurs de Muelle livrent des combats acharnés, investissent le village mais doivent battre en retraite faute de soutien et à la suite de l’arrivée d’une colonne de renfort allemande. Finalement, la section du choc traverse Pont-de-Claix et entre dans Grenoble en élément précurseur le lendemain, le . La section ne rejoint le bataillon que pour la prise de Dijon le .

Entre-temps, Gambiez a quitté l’unité pour former les commandos de France et le gros du bataillon a débarqué le  dans le golfe de Saint-Tropez à Sainte-Maxime. Avec à leur tête le capitaine Hériard-Dubreuil, le bataillon de choc est engagé du 21 au  dans les combats pour Toulon au côté du 3e RTA du colonel Linares. L’unité est notamment engagée au hameau de Dardennes, à la poudrière (4e cie) et en centre ville (1re et 2e cie). Le mont Faron est quant à lui investi sans combat par la 3e cie.

Après les combats de Toulon, le bataillon remonte vers le nord par la vallée du Rhône, dépasse Lyon et se retrouve à Dijon qu’il libère le  associé au 2e RSAR et à un peloton de Tank Destroyer.

À la fin du mois de  l’unité se rapproche de Belfort et, après l’engagement séparé des compagnies à Ronchamp et Fresse, combat à Miellin puis Château-Lambert.

Le , l’unité est renforcée par l’un des commandos lourds en provenance des commandos de France. Le 25, le capitaine Lefort en prend le commandement.

Début novembre, le bataillon est au côté de son frère d’armes les commandos de France dans les combats meurtriers du Haut du Tôt au sud de Gérardmer puis rejoint la région de Belfort afin de participer à la libération de la ville. Le 20, les compagnies sont d’abord engagées à Cravanche, puis au Coudray et à Essert et entrent dans Belfort qui sera définitivement libérée le 25.

Entre le  et le , les chocs engagent une succession de combats en Haute-Alsace entre Belfort et Mulhouse : Lamadeleine, Étueffont, Rougemont-le-Château, Masevaux, Bourbach-le-Haut, col du Hundsruck, Willer-sur-Thur, Bitschwiller. Alors qu’il forme depuis le  le 1er groupement de choc avec les commandos de France devenus à cette occasion le 3e bataillon de choc, le bataillon est à nouveau impliqué dans des combats éprouvants en Alsace dans le cadre de la réduction de la poche de Colmar. Il s’agit des combats pour Jebsheim et Durrenentzen et des opérations de nettoyage ou d’occupation autour de Colmar. À l’issue de ces derniers combats l’unité est très éprouvée et certaines sections ont perdu la moitié de leur effectif.

Après une période de repos à Soultzmatt, le bataillon traverse le Rhin à Gemersheim le  avant de poursuivre son épopée à travers l’Allemagne, puis l’Autriche. La plupart du temps accompagnée par les chars, l’unité progresse rapidement et livre de nombreux combats notamment à Karlsruhe, Pforzheim, Dobel et Reutlingen. Le Danube est atteint le  à la hauteur de Sigmaringen, puis le lac de Constance et enfin le dernier combat le  à Hintergasse.

Lors du second conflit mondial le « 1er choc » a été particulièrement éprouvé. Entre  et , les pertes enregistrées sont de 205 tués535 blessés et 42 disparus pour un effectif de 700 hommes à peine.

À l’issue de la capitulation de l’Allemagne, le bataillon prend ses cantonnements dans la région de Ravensbourg qu’il quittera fin 1945 pour rejoindre le camp de La Pallu près de Bordeaux et former, avec les commandos d’Afrique, le 1er bataillon du 1er RICAP.

Les premiers éléments du choc arrivent en Indochine au sein des deux bataillons parachutistes SAS dont la première appellation est en réalité bataillon de choc SAS d’Extrême-Orient. Les deux unités, qui sont mises sur pied à Mont-de-Marsan respectivement en  et , débarquent à Saïgon les 23 et  pour le 1er bataillon (248 hommes) et le pour le 2e (530 hommes).

Intégrées au sein de la demi-brigade SAS du lieutenant-colonel Pâris de Bollardière les unités interviennent au Laos, au Cambodge, en Cochinchine et au Tonkin jusqu’en  pour les derniers éléments du 1er BCCP (le 1er bataillon colonial de commandos parachutistes est le nom de l’unité qui regroupe les derniers éléments des deux bataillons SAS). Les parachutistes SAS qui rejoignent la métropole le  auront perdu 250 des leurs en Indochine.

La demi-brigade de marche parachutiste (DBMP), formée à partir des éléments de la 25e DAP, arrive en Indochine au début de 1947. Avec ses trois bataillons (I, III/1er RCP et le 1er bataillon parachutiste de choc), aux ordres du lieutenant-colonel Sauvagnac, elle constitue le premier renfort sérieux depuis le début de la guerre au Tonkin.

Les compagnies sont d’abord utilisées sur la périphérie de la capitale, Hanoï, à des tâches de « pacification et de colonisation » qui leur permettent de s’acclimater. Ainsi que l’écrit le rédacteur du journal de marche du « choc » : « Pour les anciens, qui ont fait la guerre en Europe, comme pour les jeunes, tout est à apprendre dans cette guerre d’embuscade, de trahison, où la difficulté est de découvrir le véritable ennemi ».

Le , le bataillon, amputé de sa 4e compagnie qui rejoindra l’unité le , embarque à Alger pour l’Extrême-Orient et arrive à Saïgon le  puis à Haïphong le 24.

Après des opérations dans la périphérie d’Hanoï, l’unité est ensuite engagée dans de grandes opérations au Tonkin : opération Papillon en avril, opération « Léa » du 7 au , puis « Ceinture » du  au .

De janvier à  le bataillon est transféré en Cochinchine où il intervient en tant que troupe d’intervention. Le  il retrouve le Tonkin où il interviendra jusqu’à son rapatriement initialement prévu début juillet, puis début août, et qui aura finalement lieu début septembre.

Le bataillon embarque à Haïphong le  sur l’Abbeville et, après une escale de 10 jours à Saïgon, rejoint Marseille le . Il cantonne alors à Tarbes jusqu’en , puis à Montauban au quartier Doumerc.

Durant ces deux ans passés en Extrême-orient, le bataillon aura enregistré un total de 59 tués ou disparus et 138 blessés.

Les « choc » seront à nouveau présents au sein du GCMA dont l’une des principales missions est de mettre en place et d’organiser des maquis et des opérations commando en zone vietminh.

L’idée de sauter en équipes de chuteurs opérationnels a été lancée par le 1er BPC. Sautant en chute libre de nuit, ces combattants d’élite doivent se regrouper en l’air malgré leur équipement de combat qui pèse une vingtaine de kilos, atterrir discrètement pour renseigner et détruire avec efficacité. Cette spécialité a été reprise après la guerre d’Algérie par le 13e RDP au sein du 5e escadron et est aujourd’hui un passage obligatoire pour devenir commando dans les GCP.

Le 17 juillet 1964, le général Le Pulloch, CEMAT, exprime l’intérêt de la chute libre en opérations et présentait le cadre des possibilités qu’offrait aux combattants cette technique nouvelle. Il annonçait ainsi la naissance des « chuteurs ops », devenus aujourd’hui les membres des groupements de commandos parachutistes (GCP). Cette décision résulta sans aucun doute du succès des présentations faites dans la discrétion les années précédentes par une petite équipe de pionniers, officiers et sous-officiers du 1er Bataillon parachutiste de choc de Calvi. (Source : ACOPS.FR)

Source partielle  : Wikipedia

Général Fernand Gambiez (1903-1989)

Témoignage de Roland Glavany (1922-2017). Breveté pilote en 1942, il rejoignit la France libre après avoir traversé les Pyrénées et connu les geôles espagnoles. Il choisit de combattre à terre au sein du 1er Bataillon de Choc. Après la guerre, il devint pilote d’essai chez Dassault : Mystère IV, Vautour, Étendard IV, Mirage III et IV. Il fut le premier Européen à franchir Mach 2.

Le Centre National d’Entraînement Commando-1er Choc (CNEC) puise ses origines dans l’épopée du 1er Bataillon de Choc.

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