jeudi 18 juillet 2024

L’esprit commando pour réussir votre saint Valentin

L’amour est une guerre que l’on n’est jamais sûr de gagner. La carte du Tendre est incomplète, le brouillard de la guerre favorise les surprises et l’adversaire manœuvre avec agilité. Alors comment frapper à coup sûr et remporter un succès si désirable ? En adoptant les neuf valeurs de l’esprit commando et en appliquant la boucle OODA (Observer, Orienter, Décider, Agir), conçue par le pilote de chasse américain John Boyd, toujours utilisée dans les cycles de décision opérationnels de combat. Naturellement, il n’est pas d’engagement sans pertes et la victoire même ne vous épargnera pas la petite mort.

Abordez ce combat avec humilité. Les présomptueux connaissent bien des revers pour surestimer leurs qualités au point de négliger la préparation. Observez votre cible. Etudiez ses inclinations, ses dégoûts et ses habitudes. Armez et équipez-vous en conséquence. N’allez pas porter la chemise stricte du légionnaire à la parade si le négligé apprêté du marsouin insolent est plus adapté. Comme le bon soldat ne part pas sans sa rasquette, soignez l’intendance. Casanova, qui demeure le modèle des combattants d’alcôves, privilégiait les huîtres avant l’engagement. C’est un bon conseil si vous les arrosez d’un Chablis dont les arômes de pierre à fusil annoncent la bataille. Certains amateurs d’armes blanches préférèrent le panache cavalier d’un Champagne sabré dans les règles. Cela se défend.

Il est naturel de ressentir une appréhension avant le combat. Il faut du courage dès les premières œillades pour supporter sans faillir les feux de l’adversaire et le presser doucement à son tour, sans le faire rompre. Plus on avance dans le combat plus il faut de la bravoure pour affronter l’image de son propre corps et de ses imperfections avant d’aborder celui, inconnu, inquiétant mais troublant de l’autre. Il ne faut alors pas trop penser au risque ultime : l’assaut brisé par le fiasco qui laisse l’homme désemparé et impuissant s’asseoir sur un coin de lit pour remettre tristement sa chemise.

S’il venait à la République l’idée de décerner une Croix de la Valeur sensuelle pour récompenser l’une de nos plus belle qualités nationales, Jacques Laurent devrait en être décoré à titre posthume. Académicien comme Foch, il a laissé quelques récits épiques de batailles délicieuses et immorales. Il s’est intéressé aux armes de corps et tout homme devrait avoir lu son Histoire imprévue des dessous féminins. Surtout, il a conceptualisé le principe intangible qui est de traiter au lit les filles de ferme en duchesses et les duchesses en filles de ferme. Penser donc à Orienter l’action en conséquence et à jouer au mauvais garçon ou au grand seigneur à contrepied de l’élue, en faisant preuve de souplesse et d’adaptabilité.

Attain by surprise, est la devise des Royal Marines du prestigieux 30 Commando britannique. Ils ajoutent naturellement à cette devise la valeur fondamentale de l’humour, qui n’est que la capacité à surprendre. La méthode est valable en amour. S’il faut que les maris soient sérieux pour payer les traites et être des cocus convenables, l’amant doit être léger pour surprendre et séduire. « Femme qui rit… » dit-on, parce que le rire est l’éclat de la jeunesse et une revanche prise sur le temps qui passe. Rire, c’est déjà relativiser les malheurs et les dominer, mais rire à deux, c’est retenir le meilleur de l’autre et ouvrir la porte au plaisir. Le très sérieux US National Library of Medecine National Institute of Health a d’ailleurs établi que plus un couple riait, plus intenses étaient ses orgasmes. Il faut faire confiance à la science.

Le grand art du combat consiste à choisir son terrain et à y conduire l’adversaire. Il reste alors à Décider de la manière de procéder puis de l’action à mener. C’est l’instant critique. Une fausse manœuvre et il se dérobe, comme les Russes devant Napoléon, laissant geler le sang chaud de l’amant et ne lui laissant d’autre choix qu’une retraite dramatique. Il faut donc procéder par étapes, avec détermination. Aux candidats à leur stage de sélection, les Navy Seals conseillent de découper le temps en se concentrant sur une tâche après l’autre pour ne pas se laisser décourager par l’ampleur des épreuves à surmonter. Comme eux, ne croyez pas en vos rêves mais donnez-vous les moyens de les réaliser concrètement. Naturellement, il est certaines forteresses imprenables. Qu’à cela ne tienne, il suffit alors de se reporter vers un autre objectif équivalent. Puisque les jolies lutéciennes restaient cachées derrière leurs remparts, Attila se tourna vers l’Italie où il trouva joyeuse compagnie et ne s’en porta pas plus mal.

Il faudra en tout cas vous dévouer corps et âme à votre objectif si vous voulez que votre cible succombe comme la Sulamithe ardente du Cantique des Cantiques. Mais les approches sont parfois longues. L’adversaire peut vous opposer un babillement qu’il faut supporter stoïquement, sachant que le moindre bâillement risque de l’effaroucher. Entraînés à renseigner sur l’ennemi en se cachant pendant des jours et des semaines, les dragons-parachutistes de nos forces spéciales connaissent le risque que fait peser l’ennui sur leur concentration. C’est dans ces moment-là qu’il faut faire preuve d’abnégation.

Un prétendant triste est aussi détestable qu’une femme trop sage. Mais nous n’écrivons pas pour les réformés du plaisir. Le moment décisif approche, chargé de la joie contagieuse que Spinoza rapporte justement à « la puissance d’Agir ». Elle mêle éros et thanatos, la pulsion de vie épanouie dans le combat qui la rapproche de la mort.

Faites maintenant preuve d’esprit de corps. L’union amène l’unité qui n’est pas pour autant l’uniformité. Faire la bête à deux dos ne veut pas dire oublier l’altérité, au contraire. L’emportement sensuel est le pendant de la fureur guerrière, il permet d’oublier que l’on est deux pour ne plus vivre que la relation elle-même et toucher à l’extase.

La médiocrité n’a pas de place dans la troublante guerre des sexes. Comme dans les troupes d’élite, il faut savoir combiner les effets des soft skills de l’esprit et des hard skills du corps. Nerciat, qui est à l’amant ce que Clausewitz est au soldat, donne dans Les Aphrodites des exemples édifiants d’excellence sensuelle. Les guerriers le savent : seul le drill, la pratique régulière et intense permet d’atteindre l’excellence. On ne devient pas un héros d’alcôve sans de grands efforts.

Malheureusement, c’est au moment même de votre victoire que l’adversaire tiendra sa revanche. Foudroyé par la petite mort, vous tomberez presque inerte dans ses bras. Vaincu au moment du triomphe par le succès même. Mais vous aurez découvert le secret de l’esprit commando. Ce n’est pas la victoire qui procure le plus de volupté mais le combat en lui-même. Il ne restera plus alors qu’à préparer pour le prochain assaut…


Raphaël Chauvancy a écrit avec Nicolas Moinet Agir ou subir, l’esprit commando pour muscler votre projet professionnel ou personnel, Dunod 2022.

Raphaël CHAUVANCY
Raphaël CHAUVANCY
Raphaël CHAUVANCY est officier supérieur des Troupes de marine. Il est en charge du module "d’intelligence stratégique" de l'École de Guerre Économique (EGE) à Paris. Chercheur associé au CR 451, consacré à la guerre de l’information, et à la chaire Réseaux & innovations de l’université de Versailles – Saint-Quentin, il concentre ses travaux sur les problématiques stratégiques et les nouvelles conflictualités. Il est notamment l'auteur de "Former des cadres pour la guerre économique", "Quand la France était la première puissance du monde" et, dernièrement, "Les nouveaux visages de la guerre" (prix de la Plume et l’Epée). Il s’exprime ici en tant que chercheur et à titre personnel. Il a rejoint l'équipe de THEATRUM BELLI en avril 2021.
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