jeudi 20 juin 2024

L’OTAN : le premier rendez-vous « défense » du nouveau président de la République

Le 11 mars 2012, François Hollande, nouveau chef des armées, déclarait dans son programme  présidentiel en parlant de l’OTAN. « Elle est une garantie de notre sécurité. C’est un instrument de gestion de crise. Faut–‐il ou fallait–‐il revenir dans le commandement militaire intégré de cette organisation ? (…) La France, plusieurs années après, n’en a retiré aucun bénéfice probant. Il faudra donc évaluer cette décision. Quelle est aujourd’hui la raison d’être de l’OTAN ? Quelle est sa mission essentielle ? Quel est l’avantage de notre participation au commandement militaire intégré ? Je veillerai donc à ce que cette évaluation nous permette à la fois d’avoir les contreparties qui avaient été un moment évoquées, et aussi la préservation de notre indépendance. C’est là que j’annoncerai notre décision sur l’Afghanistan. J’évoquerai l’engagement des pays européens dans le projet de défense antimissile (…) ».

Dans cette optique, il faut peut-être lire le premier rapport de l’OTAN diffusé publiquement à ce jour en janvier 2012 par un secrétaire général de l’OTAN. Que fait donc l’OTAN ?

Ce rapport de 17 pages souligne son rôle fondamental pour la sécurité de l’Europe d’autant que l’échec de l’Europe de la défense est constaté par tous les commentateurs. Les conflits dans lesquels l’OTAN est engagé sont rappelés comme l’Afghanistan. Certes, ce n’est pas une guerre populaire. Elle ne joue pas à nos frontières. Cependant, l’enjeu en est l’interdiction de la reconstitution d’une base arrière pour les groupes terroristes. Il ne faudrait pas l’oublier et méconnaître l’engagement depuis dix ans de nos soldats.

 Ne négligeons pas non plus  l’intervention en Libye qui a permis notamment à la France et au Royaume-Uni de remplir leurs obligations internationales contre un dictateur.

C’est aussi le rôle de l’OTAN contre la piraterie qu’elle a engagée bien avant l’Europe mais à laquelle le discours politique a laissé la première  place pour une raison évidente d’affichage.

Le second chapitre consacré à la réponse aux défis de sécurité émergents est tout aussi intéressant en évoquant certes la cyberdéfense et la lutte contre le terrorisme qui prennent de l’ampleur au sein de l’OTAN mais aussi de la défense antimissile qui sera évoquée vraisemblablement par le nouveau chef des armées lors du sommet de l’OTAN à Chicago le 20 mai prochain

C’est enfin aussi et surtout la modernisation de l’OTAN qui doit être certes plus efficace mais … surtout moins nombreuse. comme toujours.

Cependant l’OTAN est avant tout une alliance politique et militaire où les Etats occidentaux pensent et organisent leur sécurité. Elle est aussi un formidable outil de standardisation de la doctrine, donc de la pensée militaire, et des procédures.

Nul ne peut douter dans ces conditions que le retour dans l’OTAN ait été la prise en compte pertinente d’une réalité stratégique et la seule réponse raisonnable à un désarmement de plus en plus inconsidéré du continent européen. Dans ce contexte, que pourra donc faire le nouveau président dans nos rapports avec l’OTAN? Pas grand chose à mon avis.

 

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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