jeudi 7 juillet 2022

Mieux répondre aux attentes d’une population inquiète

Non qu’il n’y ait rien à dire au contraire mais un peu de recul avec deux semaines aux Etats-Unis où j’ai pu suivre les événements dramatiques en France, un peu de recul pour recevoir aussi au hasard des rencontres, les témoignages de nombreux Américains face à l’agression subie par la Nation et surtout par sa jeunesse. Des drapeaux américains étaient fréquemment en berne, mais des gardes armés étaient aussi présents et vigilants, fréquemment à proximité des centres commerciaux destinés aux touristes.

En France, la pression salafiste augmente alors que la riposte militaire et sécuritaire des occidentaux s’organise pour détruire daech, là où il est, avec détermination au moins pour certains d’entre eux.

La politique étrangère de la France elle-même a changé. Désormais, détruisons d’abord daech en préservant temporairement Bachar El Assad et en se rapprochant de Vladimir Poutine. Mais ne fallait-il pas le faire avant que daech ne soit fort plutôt que de céder à une idéologie de bon aloi ?

Justement de l‘idéologie, parlons-en. Cela était le sujet de mes trois conférences prévues depuis plusieurs mois dans les jours suivant mon retour. Elles devaient cependant être en phase avec l’actualité du 13 novembre puis du 18  novembre, un vrai défi :

  • « La guerre idéologique et la propagande au XXIe siècle »
  • « Le djihadisme, une guerre idéologique »,
  • Et bien sûr « L’esprit de défense, pour répondre à quelles menaces, à quels risques ? » qui devrait accompagner notre résistance, notre mobilisation et surtout notre volonté de vaincre l’obscurantisme et le fanatisme.

Le public, nombreux, varié, connaissant peu les militaires sinon même la défense, était au rendez-vous et bien sûr les questions ont été particulièrement nombreuses pour comprendre, faire face avec qui, avec quoi, comment…

Ce que j’en retire comme impressions :

  • La population est inquiète, ce qui n’est pas surprenant, je vous l’accorde. Elle veut cependant être informée directement. Elle ne comprend pas ce qui a amené cette insécurité. Quel est l’objectif stratégique poursuivi, détruire semblant bien sommaire comme stratégie ? En revanche, beaucoup s’interrogent sur la prévention qui aurait pu être menée en amont ;
  • La culture de défense a largement disparu et donc l’esprit de défense au sens physique de l’expression ; les armées sont méconnues, leurs capacités encore plus ; je ne parle pas de l’hypothèse lointaine de s’opposer par les armes à la menace alors que la France dispose d’une armée professionnelle ;
  • Mon impression sur la classe d’âge des 30-50 ans (ce qui n’a aucune valeur sociologique), combattive peut-être dans les idées mais non dans les actes face à la menace, se confirme à la différence des préretraités et des retraités d’une part, des plus jeunes d’autre part. Ces 30-50 ans m’ont apparu relativement déconnecté de la réalité qu’ils n’acceptent pas vraiment ;

J’en retirerai trois conclusions :

  • La population doit être informée. L’Etat n’est pas jugé fiable dans les informations qu’il donne, les médias non-plus. La population veut être informée directement pour poser les questions qui la concernent, en face à face. Qu’attend-on pour déléguer la parole par département par exemple à ceux qui ont offert leurs services pour participer à l’esprit de défense et à son développement face aux menaces (réserve opérationnelle, réserve citoyenne) ? L’Etat ne peut pas tout faire. Des citoyens peuvent relayer son action et le soulager de cette tâche qui confortera son action et sa légitimité dans le temps tout en préservant ses effectifs plus utiles dans la guerre contre daech ;
  • Les 30-50 ans, composant une grande partie de la population active, chargée de famille, une génération dont une grande partie des hommes n’a pas connu le service militaire vécu souvent comme une obligation inutile … doivent être sensibilisés à l’engagement citoyen de défense. Cela est un objectif prioritaire ;
  • La culture de défense, qui ne peut pas être seulement évoquée dans l’esprit de la défense civile, doit être dispensée y compris dans l’éducation nationale, dans les universités, sinon même les entreprises. En situation de guerre, il est peut-être plus raisonnable de confier cette mission d’explication à ceux qui ont une connaissance militaire et sécuritaire plus proche d’une réalité qu’il faut savoir expliquer ;
  • Enfin, la reconnaissance portée aux forces armées et aux forces de sécurité doit être forte et visible. Toutes les opportunités doivent être saisies. La responsabilité de l’Etat est forte. L’Etat doit inciter au rassemblement national autour de ses forces armées et de sécurité pour les conforter dans la longue guerre qui attend la France.

La France a besoin de plus de patrie, de plus de patriotisme, de plus de Nation.

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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