lundi 16 mai 2022

Premier billet pour une année de tensions à venir

La France et ses habitants ont connu en 2015 une année terrible. Les questions de sécurité nationale ne représentaient jusqu’à présent que peu d’intérêt pour la grande majorité des Français. Cette période de Noël était aussi dédiée aux fêtes familiales ou religieuses, au respect des traditions. Les rues de Paris étaient bien calmes et la France était en sommeil jusqu’à ce qu’un individu agresse nos soldats protégeant une mosquée à Valence.

Une communication politique qui interpelle

La communication politique et judiciaire ne peut qu’interpeller par les éléments de langage sur cette attaque : « Ce n’était pas un acte terroriste », « Il s’agissait d’un acte isolé ». Bien sûr, l’individu a évoqué Allah dans son attaque, sans doute un lapsus de sa part. Il a déclaré vouloir tuer des militaires, mourir en martyr, sans doute un esprit tourmenté. Des traces de son passage sur des sites djihadistes ont bien été trouvées dans son ordinateur. Sans doute un coup de doigt. Comme toujours ses voisins l’ont trouvé au quotidien charmant, sans histoire. Il ne s’agirait donc pas d’un acte terroriste.

Nous prendrait-on pour des imbéciles par le biais de la communication politique ? Faut-il rappeler le nombre d’attaques soi-disant attribuées à des personnes dérangées ? Des individus initialement qualifiés aussi de loups solitaires à la surprise de leur entourage puis agissant en meute avant que la France ne se soit enfin déclarée en guerre contre l’ennemi, l’islam radical et donc le salafisme ? Nous prendre pour des ignorants ou des naïfs pourrait sans doute s’arrêter.

L’étape de l’humiliation et de l’épuisement

Arrêtons-nous en effet sur la stratégie de daech telle qu’elle est écrite en 2004 dans « La gestion de la barbarie » par Abu-Bakr Naji, stratège ou collectif de théoriciens de l’Etat islamique. Je me contenterai de rappeler la première étape de la stratégie de l’Etat islamique : humilier et épuiser son ennemi en vue d’installer le chaos et favoriser l’étape suivante.

Que les attaques salafistes réussissent ou pas n’ont que peu d’importance pour l’Etat islamique. Elles font appel à peu de moyens. L’important est de montrer la faiblesse supposée de la cible visée, en l’occurrence la France. Ainsi ses services de renseignement sont mis en doute, l’efficacité des forces de sécurité malgré leur nombre aussi. Pour répondre à la menace, l’Etat doit déployer de plus en plus d’effectifs pour rester crédible d’autant que les nouvelles recrues ne seront pas disponibles avant plusieurs mois.

Les forces sur le terrain ne semblent plus récupérer, ne s’entraînent plus comme s’en plaignaient les syndicats de police il y a quelques jours. Les forces de police s’épuisent selon les syndicats – était-il bien responsable d’évoquer cette situation si elle est réelle – et répondent en cela à l’objectif stratégique recherché par l’Etat islamique. Et quand on apprend que plus de 940 voitures ont encore été brûlées pour la saint-Sylvestre, certes une baisse de 12% par rapport à 2014, le citoyen peut douter légitimement de l’efficacité de la sécurité.

Il faudra sans doute adopter une stratégie plus adaptée contre l’Etat islamique sur le territoire national pour empêcher le chaos de s’installer. A ce titre, l’année 2016 sera critique dans l’attente des nouveaux moyens. La stratégie voudrait que l’Etat islamique poursuive ses actions de terreur, qu’elles soient individuelles ou organisées, dans le but de désorganiser l’Etat. Ne doutons cependant pas que la longue guerre que nous menons et la sécurité intérieure, telle qu’elle est mise en œuvre changeront notre société sinon notre nation dont une partie était bien insouciante jusqu’au 13 novembre.

Pour nous guider en cette nouvelle année

 Je reprendrais au moins un mot de notre chef des armées qui s’est exprimé ce 31 décembre 2015 : « vaillance ». J’y ajouterai « mobilisation », « détermination », « combativité » et « volonté de vaincre », tous ces mots construisant l’état d’esprit dont chacun d’entre nous devra faire preuve, sinon s’inspirer. Les citoyens devront donc se mobiliser, s’engager et soutenir leurs soldats, leurs gendarmes et leurs policiers pour faire face.

Un motif de satisfaction cependant peut être évoqué suite à l’agression de Valence. Des rumeurs courraient sur la non-dotation en munitions pour les armes de nos soldats. Le message est clair. Nos soldats sont bien armés et en mesure de s’opposer par le feu à toute agression. L’ennemi est prévenu.

Meilleurs vœux à tous pour cette nouvelle année.

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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