Un début d’année 2026 plutôt inquiétant pour la paix dans le monde.

Période internationale plutôt dense sinon erratique au point même que quelques Etats européens (mais pas tous), dont la France, aient décidé d’organiser un exercice et de déployer un détachement précurseur au Groenland. Sa mission est de préparer la projection temporaire ou pas de forces terrestres, navales et aériennes. L’objectif est bien de dissuader une éventuelle intervention militaire américaine, certes peu probable, pour s’emparer de ce territoire quatre fois plus étendu que la France et n’accueillant que 56 000 habitants mais à l’intérêt stratégique évident pour sa position géographique et ses ressources minérales.

Sujet géopolitique loin d’être clos mais par ailleurs passionnant, les débats continuent et nous contraignent à réfléchir sur les relations internationales à venir. Ainsi, sur « C dans l’air », cette émission du jeudi 15 janvier 2025 à laquelle j’ai contribué sur cette thématique et qui a obtenu un remarquable taux d’audience montrant l’intérêt porté par nos concitoyens à cette crise et à la désagrégation progressive du système international existant depuis la fin de la guerre froide. (C dans l’air : Groenland : face à Trump, l’Europe envoie ses soldats – les replays et vidéos en streaming – Outre-mer la 1ère)

En même temps, alors que la révolte iranienne s’affaiblit inexorablement face à la répression, les mêmes Etats-Unis profèrent des menaces de frappes militaires sur ce pays  alors que deux groupes aéronavals viennent se positionner (utilement ? à voir) autour du Moyen-Orient, en renforcement des unités notamment aériennes présentes au Qatar. Cependant ce déploiement de forces arrive bien tard pour soutenir les Iraniens et obtenir un changement de régime. La révolution n’a pas eu lieu, les forces de sécurité du régime lui sont restées fidèles. Ces manifestations en sont restées au stade de la révolte réprimée dans le sang.

Reste une thématique un peu absente des plateaux : la Chine pourtant en veille.

Mon  entretien avec Atlantico : « À la Russie la guerre hybride, à la Chine la guerre invisible ».

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
ARTICLES CONNEXES

4 Commentaires

  1. « Reste une thématique un peu absente des plateaux : la Chine pourtant en veille. »

    Certes. En même temps, l’attentisme est une position rentable sur la Chine.
    Les USA se décrédibilisent avec une politique erratique, se coupent de leurs relations commerciales avec des droits de douane. Ils constituent une menace efficace, mais d’autant plus efficace que la dépendance commerciale est forte. Or, leur usage tend à convaincre les pays contre qui elles sont proférées, de réduire ladite dépendance.
    D’où l’accord UE-Mercosur (déjà dans les tuyaux bien avant, mais issu d’une réflexion sur une stratégie de dérisquage dont les évènements ont montré la pertinence), d’où les négociations UE-Inde, d’où le réchauffement des relations sino-canadiennes, etc.
    Donald Trump a sans doute eu les yeux plus gros que le ventre et ça va se payer cher. Un défaut classique des dictatures ultranationalistes : l’aspect ‘dictature’ fait qu’on fait taire toute personne qui pourrait suggérer que le grand chef à plumes aurait pu avoir une mauvaise idée. De l’autre côté, l’aspect ‘ultranationaliste’ fait que, de toute manière, on est convaincus qu’on va gagner parce que nous sommes la fille aînée de l’Eglise/le peuple élu/la race supérieure (biffer les mentions inutiles).

    Dans tout ça, la bonne stratégie pour la Chine, c’est d’avancer ses pions en douceur et de se poser en facteur stabilisant. Un peu comme la ‘stratégie de la cravate’ du Front National en France.

    Même si la Chine est en effet un élément important à prendre en compte, à l’heure actuelle, je m’inquiète plus de ce que l’UE ne fait pas (ou trop lentement) que de ce que fait la Chine.

  2. La « désintégration » du système international ressemble plutôt à une logique et nécessaire réorganisation.

    D’abord, le recentrage des USA sur leur propre zone géographique menacée au nord et au sud. Les deux actions récentes au Venezuela et au Groenland correspondent très exactement à ce que fait toute personne un tant soit peu consciente des nécessités géopolitiques au sens strict: regarder une carte et voir d’où viennent les missiles intercontinentaux et les trafics de personnes et de drogue. Trump n’est ni un visionnaire ni un fou, juste un chef d’État qui s’occupe de ses affaires.

    Ensuite, l’abandon explicite par les USA de la volonté de subversion de la Russie en vue de sa satellisation pour lutter contre la Chine. L’inverse strict ayant été obtenu, une dangereuse alliance de fait entre Russie et Chine, il convient de tenter de faire revenir la Russie dans le camp des blancs avec au moins une reprise des contacts et une gestion des va-t-en-guerre européens qui devrait conduire, une fois leurs foldingues dirigeants actuels évincés naturellement, à une normalisation nécessaire pour le bien de tous.

    Là encore, prudente logique et bon sens évident, la folie, la vulgarité et la méprisante prétention étant bien plutôt le fait des dirigeants européens impuissants, ruinés et surtout, Trump l’a mentionné explicitement, encore pour peu de temps en « responsabilité », si on peut appeler les choses comme cela.

    Car le vrai danger est la puissance chinoise en expansion continue à qui il nous faut à tous consacrer toute, absolument toute notre attention. Parler « en même temps » de menace russe et demander à la Chine d’investir en France, n’est dans ce cadre, tout simplement pas raisonnable, pour le moins.

  3. https://fr.euronews.com/2026/02/05/la-russie-depense-beaucoup-plus-pour-son-armee-quon-ne-le-pensait-renseignement-allemand

    Alors qu’on apprend que la Russie a dissimulé ses dépenses militaires, qu’elle consacre plus de 10% de son PIB à l’armement, le « bon sens évident », c’est surtout de s’armer beaucoup plus vite qu’on ne le fait actuellement. Les loups sont aux portes, et il va nous falloir beaucoup de bâtons pointus dans très peu de temps.

  4. @GuiS
    Sérieusement, comment croire que la Russie est un danger pour l’Europe. La Russie n’est qu’un nouvel épouvantail que les élites présentent à la plèbe. Une nouvelle couleuvre que l’on veut nous faire avaler, alors que le problème est ailleurs. En ce qui concerne l’Europe, la question de sa structure (Fédérale, communauté de Pays etc…) n’est toujours pas résolue. Et les problemes intrinsèques des pays membres ne favorisent pas la prise de decisions collectives. En l’absence de stratégie, la possibilité d’un délitement de l’Union Européenne semble être une hypothèse crédible. Et en ce cas les loups sont déjà dans la bergerie. Je crains plus que cela finisse comme sur la RC4 : extraction par petits paquets….

Répondre à François Carmignola Annuler la réponse

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Abonnez-vous à notre lettre d'information hebdomadaire

M&O 289 de décembre 2025

Dernières notes

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB