lundi 21 juin 2021
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Vraux, histoire d’un terrain d’aviation en Champagne

Vraux est une commune située dans la Marne, près de Châlons-en-Champagne. Cette petite localité marnaise accueille en 1935 un terrain d’aviation pour désengorger en cas de guerre les aérodromes de Reims et de la région. Passé dans de nombreuses mains pendant la guerre, françaises, britanniques, allemandes et américaines, le terrain a aujourd’hui retrouvé sa fonction agricole mais la mémoire de ce site est préservée dans le musée de l’association « Maison Rouge » à Vraux, dans un ancien corps de ferme.

 

Genèse du terrain 

Le premier choix d’implantation de l’aérodrome se porte sur un terrain situé près de Condé-sur-Marne précédemment utilisé pendant la première guerre mondiale. Cependant, l’emplacement est devenu trop petit pour accueillir des avions plus modernes que les Spad.

Le terrain d’aviation « Condé-Vraux » est aménagé à partir de l’année 1936 et les travaux durent jusqu’à l’année suivante. Un bâtiment en dur est construit, avec un toit de tuiles rouges d’où le surnom de « maison rouge » par les habitants locaux, avec un laboratoire pour l’exploitation des images aériennes. Le 10 février 1939, l’Armée de l’air prend possession des lieux et la compagnie de l’air 145/11 s’y installe à partir du 30 août.           

Les Britanniques à Vraux 

Un accord franco-britannique prévoit le déploiement en cas de guerre d’un ensemble d’escadrons sur des aérodromes français : l’Advanced Air Strinking Force. Dans le cadre de cet accord, le terrain de Vraux est mis à disposition des Britanniques. Dans un premier temps, c’est le 16 Fairey Battle du Squadron XV qui vient s’installer sur le terrain dès le début du mois de septembre 1939. Les Français du 145/11 s’occupent du ravitaillement ainsi que de l’entretien du terrain jusqu’au 6 octobre 1939. L’escadron britannique de bombardement est équipé de l’avion monomoteur triplace léger, le Fairey Battle. Il s’agit d’un avion assez lent, ce qui le rend particulièrement vulnérable. Le 9 décembre, les Fairey Battle retournent en Grande-Bretagne, où le matériel de l’escadron est déclassé et remplacé par des machines plus récentes. Le terrain n’est pas vide longtemps, il est immédiatement occupé par le Squadron 114, équipé de Bristol 149 Blenheim IV. Ce modèle est plus moderne que le Fairey Battle, un monoplan bimoteur de bombardement. Les équipages sympathisent avec les habitants pendant la « drôle de guerre » et s’exercent activement.

Le 10 mai 1940, les avions britanniques et leurs équipages s’exercent loin du terrain, à Perpignan. L’alerte donnée, ils regagnent leur base le lendemain. Le terrain est pris pour cible le 11 mai au matin par des bimoteurs Dornier 17Z allemands, qui lâchent leurs bombes et détruisent infrastructures et avions, étonnement sans pertes humaines !

Le 15 mai 1940, ce sont des Hurricane qui viennent remplacer les Bristol 149. Ils y restent seulement quelques jours car le 18 mai 1940, les avions britanniques se replient sur Nantes puis sur l’Angleterre. C’est la fin de l’épisode britannique sur le terrain de Vraux.

Le musée propose un fascicule retraçant les engagements britanniques pendant la guerre à partir du terrain de Vraux.

L’occupation allemande 

Après une courte période d’inoccupation, le terrain est à nouveau investi, par les Allemands cette fois le 20 mai. Le Jagd-Geschwader 53 prend possession des lieux avec ses Messerschmitt 109 E. Le terrain est peu utilisé pendant l’occupation allemande, hormis le passage de quelques escadrons de chasse. Les Allemands tentent de moderniser le terrain avec notamment des rampes de béton et de l’agrandir mais le projet est abandonné. Face à l’avancée alliée en 1944, hommes et avions quittent la base et incendie la « maison rouge ». 

Les Américains investissent la base 

Le 29 août, le village de Vraux est libéré. C’est au tour des Américains d’utiliser le petit terrain d’aviation, principalement pour permette à leurs avions de faire escale. Seulement quelques avions sont basés en permanence à Vraux, dont un P47 qui a pour mission d’assurer la sécurité de l’aérodrome. Son pilote, James Hogan, baptise son avion « Miss Lace ». Cet américain a sûrement gardé un excellent souvenir de son passage en France, car il y revient en 1987 pour épouser en secondes noces une chalonnaise rencontrée en 1944… une histoire possible grâce au dévouement des membres de l’association « Maison Rouge ».            

Le musée aujourd’hui 

Denis Rigollet et Gérard Faux s’intéressent depuis de nombreuses années à l’histoire de ce petit terrain d’aviation marnais. Après avoir recueilli des documents d’archives, témoignages et photos, les deux hommes décident de retrouver la trace de ceux qui ont servi sur la base pendant la guerre. Leurs recherches sont fructueuses car ils parviennent à retrouver plusieurs pilotes ou mécaniciens, tant Anglais, qu’Allemands ou Américains. Plusieurs événements et rassemblements ont lieu afin de célébrer l’amitié entre les pays qui ont été ennemis et même l’amour car plusieurs couples se sont mariés après s’être rencontrés en Champagne.

Le musée ouvre en juillet 1994, dans le corps de ferme de Gérard à Vraux. Plusieurs salles sont dédiées aux opérations aériennes pendant la seconde guerre mondiale, à l’histoire de l’aérodrome ainsi qu’à celles des hommes qui s’y sont posés. De nombreuses photos et objets sont exposés, dont des curiosités comme les fragments d’une bombe V1 retrouvée dans un marrais ardennais. Plusieurs avions sont présentés, un MH1521 Broussard, le cockpit d’un Jaguar, ainsi que le tracteur qui servait à déplacer les avions sur l’aérodrome pendant la guerre.

Site du musée : https://amrvraux.com/


Le musée étant gratuit, n’hésitez pas à soutenir l’association par un don ou un achat dans la boutique ! Bravo à l’association « Maison Rouge » qui entretient, préserve et présente ce morceau d’histoire locale de l’aviation.

 

Camille HARLÉ VARGAS
Auteur et spécialiste de l'histoire des conflits et de la mémoire du XXe siècle. Chargée de mission à l'ONAC-VG de la Marne dans le cadre du Centenaire de la Grande Guerre (programme pédagogique, médiation et mise en place de projets). Engagée dans la vie associative visant à faire connaître au public l'histoire et les sites de la Première Guerre mondiale (Main de Massiges). En collaboration avec des historiens pour la rédaction d'articles et d'ouvrages sur les deux guerres mondiales.
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