jeudi 30 juin 2022

Ukraine 14 mars 2022 : bataille d’usure, poches et ravitaillement

La situation sur la ligne de front semble peu changer, mais les évènements n’en sont pas moins décisifs. L’armée russe semble incapable de passer à Irpin (1) dans la banlieue de Kyiv. L’enjeu est de parvenir à couper le ravitaillement de la capitale, qui se réduit maintenant à un axe sud qui est sous le feu de l’artillerie . Les bombardements russes dans l’ouest (8) sont pour l’heure trop faibles pour couper les fournitures d’armes occidentales qui ont encore de nombreux axes d’entrée dans le pays.

Les axes de ravitaillement russes (les lignes noires) sont toujours trop longs, faute à des poches difficiles à résorber, à Tchernihiv (2), Soumy (3) ou Chostka. Isolés et sans ravitaillement en armes antichar, les défenseurs pourraient tenir maximum 8 à 10 jours. Le faible contrôle du terrain par l’armée russe permet peut-être à du ravitaillement de passer au compte-goutte.

À Kharkiv (4), les Russes semblent se contenter de bombarder. Les Ukrainiens engagent toujours des mouvements de contre-attaque, pour récupérer un peu de terrain. Chaque pouce de terrain aura de la valeur au moment des négociations et chaque jour gagné prive les Russes du nœud de communications..

Dans le Donbass (5) la situation des forces ukrainiennes avancées est critique et les Russes font des efforts pour obtenir un succès contre le corps de bataille ukrainien. C’est une bataille d’usure que les défenseurs peuvent difficilement gagner.

Plus au sud (6) le siège de Marioupol continue, dans des conditions humanitaires épouvantables. L’effort russe pousse vers Zaporijia, tout en nettoyant les poches entre Dniepr et Donbass. L’heure semble à la consolidation des gains (en attendant de pouvoir remonter vers le nord pour monter vers Dniepro après la Raspoutitsa ?).

Dans le sud-ouest, les combats continuent autour de Mikolaïv (500 000 habitants) et son unique pont sur le Boug. On voit mal comment les Russes pourraient prendre la ville, mais ils font fuir les civils, fixent les unités ukrainiennes et des pointes ont été vues en direction de Kryvyï Rih. Les mouvements russes en profondeur sont toujours aussi ambitieux, mais sans capacité à prendre les villes ou contrôler le pays. A brève échéance cependant, on voit mal comment l’armée ukrainienne pourrait « tenir » le choc. Même si l’armée russe s’épuise aussi, elle a d’avantage de réserves.

Si les combats durent, le scénario est donc celui d’une pénétration possible des Russes jusqu’au Dniepr au printemps, mais avec des villes très isolées et où une guérilla urbaine pourrait « tenir » assez longtemps.

Aucun pays ne semblant disposé à livrer des armes lourdes à l’Ukraine ni à abriter la formation d’une armée de manœuvre en réserve, on voit mal comment une reconquête pourrait survenir. A moins d’un bouleversement politique à Moscou ou d’un effondrement économique russe, la guerre est là pour durer, à sens unique. Vers une partition du pays par le Dniepr ?

Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.
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1 COMMENTAIRE

  1. A propos de Mikolaiv vous dites « On voit mal comment les Russes pourraient prendre la ville ».
    Depuis le début c’est l’enfer des villes qui est promis à l’armée Russe et sans doute fort à propos. Question : les russes sont-ils des imbéciles ne sachant que si dans les premiers jours ils pouvaient détruire l’aviation et diverses batteries, ils ne pouvaient éradiquer les troupes au sol d’autant qu’au côté des réguliers il y avait avant l’invasion des dizaines de milliers de paramilitaires tous prêts aux combats de rue. La volonté de guerre éclair qu’on leur prête tient sur quoi ? n’est –ce pas plutôt qu’une affabulation médiatique.
    Les russes sortent d’Alep et pour l’instant après entente avec la Turquie n’insiste pas sur Idlib (en échange d’un arrêt de celle-ci dans le Rojava ? les kurdes après l’abandon occidental s’étant rapprochés de Damas).
    La prise des villes n’est pas forcement l’objectif, trop lent, trop couteux, mais leur siège. Et la percée vers le nord en direction de Krivyi Rih vise Dnipro et Zaporijjia (voir Krementchouk) par l’ouest en attendant les troupes de l’est. L’Ukraine sera coupée en deux par le Dniepr de Kiev à Kherson avec une partie de l’armée Ukrainienne bloquée à l’est du fleuve.
    Bon on peut se tromper, mais …
    Effectivement, les russes ont des réserves et dans le cas qui nous occupe, comme aux échecs, on ne sort pas sa reine en premier, on place ses pièces.
    Certains ont spéculé sur les capacités de l’aviation russe et de sa réelle modernisation jusqu’à l’attaque dans l’ouest (avec la question : d’où ont été tirés ces missiles ? Réponse de haut, de loin et avec précision, le message était peut-être là), tout comme sur la colonne de blindés vue par certains prise au piège faute de logistique de toute sorte (nourriture, essence …) qui tout d’un coup se remet en marche (sans prévenir ces experts de plateaux télé). Une bonne question du Figaro : sous-estime-t-on la puissance de l’armée russe à cause de la guerre de l’information ?
    Odessa, la bataille ne semble pas pour tout de suite, la marine n’a pas encore tiré un coup de canon il y a quand même 45 à 50 navires de combats en mer noire avec un certain nombre de sous-marins (7 ?).
    Effectivement, cela risque de durer surtout avec la plaisanterie du président Ukrainien qui va aux pourparlers avec une demande de quasi reddition des russes. Je veux bien qu’on essaye de sauver la face mais …

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