dimanche 21 juillet 2024

17-18 juin 1944 : Le Bataillon de Choc et le Groupe de Commandos d’Afrique de la 9e DIC entreprennent la libération de l’Ile d’Elbe

Avant d’entreprendre la libération du sud de la France, le commandement allié décide de conquérir l’île d’Elbe.

Cette opération a été préparée dès novembre 1943 et repoussée à plusieurs reprises jusqu’au 25 mai 1944. Le 15 décembre, le 1er RCP, rattaché depuis le 21 novembre au 1er CA chargé de l’opération, a envoyé un détachement précurseur à Alger. Puis, le 28 mars 1944, il est remis à la disposition de l’EMAA. L’idée est reprise plus tard, avec beaucoup moins d’enthousiasme du côté des Français. Les Alliés insistent, jugeant que l’opération de l’île d’Elbe constituera une expérience qui permettra d’utiles mises au point avant l’entrée en scène de l’Armée B sur le sol de Provence.

Une nouvelle date est arrêtée, celle du 17 juin, pour profiter d’une nuit sans lune et en raison du renforcement des effectifs ennemis, qui comprennent 2 000 Allemands et 700 Italiens, avec 11 batteries d’artillerie et une soixantaine de canons antichars. Le général de Lattre juge en effet les délais de préparation insuffisants et, bien qu’il ait toute confiance dans les unités de choc qui doivent percer les défenses essentiellement axées sur le littoral, il obtient que le 1er RCP soit mis à la disposition de la Force 255 dans le but de paralyser dès le premier tour les réserves stationnées sur la côte orientale à Porto Longone.

Le régiment se prépare donc activement à tous les échelons et complète sa préparation par une reconnaissance aérienne et un exercice en vraie grandeur les 9 et 10 juin dans des conditions identiques à celles de l’opération projetée. Hélas ! les Alliés retirent leurs avions assemblés à Milo, dont ils ont un urgent besoin en Italie. L’opération aéroportée est décommandée. Quant au moral, il est fortement atteint à l’annonce du débarquement des Chocs et des Commandos d’Afrique sur l’île, venant après celle du largage du 2e RCP en Bretagne, tandis que le régiment se sent oublié sur son aérodrome perdu au fin fond de la Sicile.


Le commandant des forces navales pour l’opération était le contre-amiral Thomas Hope Troubridge de la Royal Navy. Il était à la tête de la Force N, qui serait responsable du débarquement de la division d’assaut. La division qui avait été choisie était la 9e division française d’infanterie coloniale, comprenant les 4e (Colonel Cariou) et 13e régiments de tirailleurs sénégalais (colonel Jean Chrétien). Elle est renforcée par le Bataillon de Choc, les Commandos d’Afrique, le 2e groupe de Tabors marocains et 200 mulets. La faible profondeur des eaux interdisait d’employer de grands navires de transport. Le seul soutien de tir par l’artillerie navale devait être fourni par la force de débarquement « Hedgehogs » et deux canonnières légères, le HMS Aphis et le HMS Cockchafer.

La force navale devait comprendre trois groupes :

  • Le groupe 1 était constitué de vedettes-torpilleurs et de torpilleurs légers. Ils devaient à l’origine opérer des diversions et le débarquement de commandos français sur la rive nord de l’île. Leur objectif devait être les batteries de canons qui s’y trouvaient.
  • Le groupe 2 serait composé de cinq Landing Craft Infantry et de huit embarcations légères chacune remorquant un Landing Craft Assault. Leur objectif était quatre plages sur la côte sud.
  • Le groupe 3 comprenait le plus gros de la force, dans neuf Landing Craft Infantry, quatre Landing Ship Tank, trois vedettes à moteur pour remorquer les Landing Craft Support (de taille moyenne). Les débarquements principaux devaient avoir lieu sur deux plages baptisées Kodak Amber et Kodak Green à 4 heures du matin. Ils seraient suivis à 4 heures et demie par 28 autres Landing Craft Infantry et, après l’aube, de 40 Landing Craft Tank, transportant l’équipement le plus lourd.

Dans ses dernières instructions avant le débarquement, l’amiral Troubridge disait s’attendre à ce que les batteries sur le rivage fussent réduites au silence par les bombardements aériens et les commandos. Il ajoutait que la garnison se composait d’environ 800 hommes parmi lesquels on comptait beaucoup de Polonais et d’autres non-Allemands : ils ne devraient guère opposer une grande résistance.


Depuis la fin mars, les deux unités spéciales ont été mises à la disposition de la 9e DIC pour préparer et faciliter son engagement dans l’opération « Brassard ». Scindé en 7 détachements qui embarquent à Bastia dans la journée du 16 juin, le Choc, mis à terre par surprise à H-3, doit déclencher son action quinze minutes avant l’heure H. Sa mission : neutraliser les batteries et défenses côtières ennemies pour permettre le débarquement sur la plage de Marina di Campo à partir de 03 h 45.

Comme prévu, trois sections des détachements 1 et 2 débarquent sans problème. En revanche, la 4e est décelée et prise à partie par des tirs de mitrailleuses. Tout cela crée une certaine confusion qui rend difficile leur mission de destruction des batteries de Porro et Punta Bardella. Malgré tout, une équipe de 4 hommes aborde cette dernière à 04 h 30, fait prisonnier le personnel qui a abandonné les pièces et la détruit à l’explosif. De son côté, le capitaine Carbonnier arrive à proximité de la batterie de Porro vers 03 h 30. Voyant qu’il ne pourra la réduire avant l’heure H, il demande les tirs de la Marine puis neutralise la batterie avec ses FM en empêchant les servants de rejoindre leurs pièces. Les Allemands ripostent mais finalement se rendent avant que le coup de main prévu ne soit exécuté. Le détachement n° 2 s’empare du PC de San Piero puis continue sa progression et s’empare de Marciana Marina sans coup férir. Le capitaine Lefort est blessé dans l’action sur Pila. Les détachements 3, 4 et 5, quant à eux, s’emparent de Fonza et Capo Stella. Mais ils échouent devant la résistance organisée de la batterie de Ripalti qu’ils n’ont pu atteindre avant l’heure H.

LCL Fernand Gambiez (1903-1989)

Le commandant Gambiez et le PC s’installent en « bivouac camouflé » sur la côte 183 d’où ils dominent tout le terrain. Les fusées à feu blanc leur apprennent bientôt que les objectifs sont atteints bien que le débarquement dans Marina di Campo n’ait pas l’air de se dérouler comme prévu. En effet le 3e Commando d’Afrique et le bataillon Gilles du 13e RTS s’accrochent désespérément à la plage de débarquement truffée de mines et de barbelés alors même qu’ils sont l’objet d’une violente concentration des feux de toutes les armes allemandes. Le commandant Bouvet, qui avait pressenti tout le danger de cette mission de sacrifice, avait proposé et obtenu du général de Lattre d’assurer un débarquement plus à l’est sur la petite plage de Kodak Green, avec les autres commandos. Cette action initialement secondaire, sur la ligne de crête des monts Tombone, Puccio et San Martino, a finalement de profondes répercussions sur l’opération, puisqu’elle permet de dégager Marina di Campo en le débordant et de sauver les hommes fixés sur la plage principale.

Tandis que ces événements se déroulent au sud de l’île, les deux détachements nord du Choc sont également actifs. Malheureusement, la section Durieux, qui a pour mission d’attaquer le PC présumé de l’île à la villa Napoleone, est retardée dans sa progression et abandonne son objectif en raison de l’alerte donnée et des renforts qui affluent. Durieux doit se replier devant deux compagnies qui arrivent avec de l’armement lourd.

En revanche, le détachement du lieutenant Jacobsen, après une escalade acrobatique, détruit la batterie d’Enfola attaquée dans la foulée. La réaction allemande est forte. Le détachement, rejeté sur la côte, perd deux tués, un blessé et vingt disparus. Le reste se porte sur Porto Longone où il fait sa jonction avec le détachement n° 5 qui vient de conquérir la citadelle. Le 18 juin, après d’ultimes combats, les Allemands capitulent.

Le lendemain, au cours de la prise d’armes organisée à Porto Longone, le général de Lattre décore ceux qui ont été les vainqueurs du « plus dur de tous les débarquements en Méditerranée ». Les Chocs comme les Commandos d’Afrique ont largement participé à la conquête de l’île, au prix du sacrifice de 38 tués et 27 disparus dans leurs rangs.

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