Autour du PA-NG « France libre », prochain fleuron de la Marine nationale.

Le 18 mars 2026, sur le site industriel de Naval Group à Nantes-Indret, a été officiellement lancée la phase de réalisation du porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) France libre, futur successeur du Charles de Gaulle. Annoncé par le président de la République fin décembre 2025, ce programme représente l’un des investissements militaires les plus structurants pour la France depuis plusieurs décennies. Sa livraison à la Marine nationale est prévue pour 2038.

Le Charles de Gaulle, mis en service en 2001 et unique porte-avions français, approche de la fin de sa durée de vie opérationnelle. Le PA-NG est conçu pour lui succéder et maintenir la continuité de la capacité aéronavale française, considérée comme une composante essentielle de la souveraineté nationale. L’amiral Vaujour, chef d’état-major de la Marine nationale, décrit le porte-avions comme un instrument permettant de démontrer la détermination politique d’un État, grâce à des capacités de supériorité aéromaritime, de frappe et d’accès aux espaces maritimes.

Le programme est placé sous la maîtrise d’ouvrage de la Direction générale de l’armement (DGA) et du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Sa maîtrise d’œuvre est assurée par trois industriels : Naval Group, architecte d’ensemble du navire armé ; Chantiers de l’Atlantique, responsable de l’architecture navale ; et TechnicAtome, en charge des chaufferies nucléaires. Une société commune, la Maîtrise d’Œuvre Porte-Avions (MOPA), réunissant Naval Group et Chantiers de l’Atlantique, a été créée dès 2021 pour coordonner les travaux.

Un navire aux dimensions inédites pour la France

crédit : Naval Group.

Les caractéristiques techniques du PA-NG traduisent une ambition nettement supérieure à celle de son prédécesseur. Le navire mesurera 310 mètres de long pour 90 mètres de large, avec un déplacement en charge complète de 78 000 tonnes — contre environ 42 500 tonnes pour le Charles de Gaulle. Sa vitesse maximale atteindra 27 nœuds. La surface du pont d’envol avoisinera 17 000 m², soit une capacité d’emport accrue de 40 % par rapport au porte-avions actuel.

Le groupe aéroporté comprendra 30 avions de combat de nouvelle génération, 2 avions de guet aérien, 6 hélicoptères, ainsi que des drones de tout type. Le bâtiment embarquera au total 2 000 personnes : équipage, groupe aérien et état-major. Sa durée de vie est estimée à environ 45 ans.

Sur le plan de la propulsion, le PA-NG sera équipé de deux chaufferies nucléaires de type K22, développées par TechnicAtome. Ces réacteurs constituent une évolution par rapport aux générations précédentes, avec des performances accrues en termes de puissance, d’énergie disponible et de disponibilité opérationnelle. Loïc Rocard, président-directeur général de TechnicAtome, les décrit comme les chaufferies nucléaires les plus puissantes jamais conçues par la France. La propulsion reposera sur deux groupes de conversion d’énergie et trois lignes d’arbres et hélices.

L’une des innovations les plus significatives concerne les systèmes d’aviation : le PA-NG sera doté de catapultes électromagnétiques, à l’instar du porte-avions américain Gerald R. Ford, permettant de lancer tout type d’aéronefs, y compris des drones. Cette rupture technologique par rapport aux catapultes à vapeur du Charles de Gaulle implique une refonte complète des systèmes embarqués.

Le navire intégrera également le missile ASN-4G, destiné à assurer la projection de la composante aéronavale de la dissuasion nucléaire française. Son système de combat sera conçu selon une architecture modulaire et résiliente, capable d’évoluer au rythme des menaces et d’intégrer l’intelligence artificielle, le combat collaboratif et les futurs effecteurs. Une architecture numérique centrée sur la donnée, cybersécurisée par conception, constituera l’épine dorsale informatique du bâtiment. Enfin, les espaces de vie des équipages ont été repensés pour améliorer les conditions d’hébergement à bord.

Un calendrier industriel sur près de 20 ans

Le programme a débuté dès 2019 par une phase d’esquisses portant sur les grandes dimensions du navire, le choix des installations d’aviation et de la propulsion nucléaire, ainsi que sur la faisabilité industrielle. La phase d’avant-projet sommaire et détaillé, conduite entre 2021 et 2025, a permis de définir précisément le navire et ses systèmes, ainsi que les objectifs de sûreté nucléaire.

Depuis 2022, Naval Group a engagé l’adaptation de son outil industriel. La fabrication des composants principaux des chaufferies nucléaires a démarré en 2025. La phase de développement et de réalisation, qui court jusqu’en 2036, comprend la fabrication des emménagements détaillés, l’industrialisation et l’intégration des équipements. La construction du navire proprement dite débutera à Saint-Nazaire, sur les chantiers de Chantiers de l’Atlantique, à partir de 2031. La phase d’essais et de livraison est programmée entre 2036 et 2038, avant l’admission au service actif.

Crédit : Naval Group.

Un programme à forte dimension économique et territoriale

Au-delà de sa dimension militaire, le PA-NG constitue un programme industriel d’ampleur nationale. Selon les données communiquées par les industriels, sa réalisation mobilisera en moyenne 8 800 emplois directs, indirects et induits sur la période 2026-2038, avec un pic pouvant atteindre 14 000 emplois au moment le plus intense du programme.

Plus de 90 % des achats nécessaires seront réalisés en France, auprès d’un réseau d’environ 800 fournisseurs, dont plus de 600 PME et ETI. Plus de 200 métiers et expertises distincts sont mobilisés. Les régions Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bretagne concentreront environ 70 % de l’impact socio-économique du programme, en raison de la présence des sites industriels des trois maîtres d’œuvre.

Des entreprises comme Aubert & Duval, qui fournit des composants métallurgiques stratégiques pour les chaufferies nucléaires depuis ses usines de Firminy, des Ancizes et d’Issoire, ou comme CIMPA, filiale du groupe Sopra Steria spécialisée dans la transformation numérique des programmes industriels, illustrent la diversité des acteurs impliqués.

Les rôles distincts des trois maîtres d’œuvre

La répartition des responsabilités entre les trois industriels est clairement délimitée. Naval Group, en tant qu’architecte d’ensemble du navire armé, est chargé des systèmes d’aviation (catapultes et brins d’arrêts), du système de combat, de la navigation, de la production d’énergie électrique à partir de la vapeur nucléaire, de la production de sous-ensembles des chaufferies, et des essais. Ses neuf sites industriels en France sont engagés dans le programme. Le site de Nantes-Indret, en particulier, joue un rôle central : c’est là que sont fabriquées les premières pièces des chaufferies K22 — bride de cuve, coudes de pompe, plaque à tubes — et que seront réalisés les groupes turboalternateurs.

Chantiers de l’Atlantique est responsable de l’architecture navale et de la conception de la coque, de la propulsion électrique, des systèmes de vie à bord (logement, restauration, hôpital, gestion des déchets), ainsi que des installations de manœuvre et auxiliaires. Son site de Saint-Nazaire accueillera, à partir de 2031, l’assemblage progressif des blocs du navire.

TechnicAtome, enfin, assure la conception, la réalisation, l’intégration et la mise en service des réacteurs nucléaires, ainsi que la fabrication du combustible. C’est sous sa supervision que Naval Group conduit les études d’industrialisation et la fabrication des composants principaux de la chaufferie.

Une mobilisation des compétences à l’échelle nationale

Le programme nécessite de former et de renouveler des compétences dans des domaines hautement spécialisés : conception de grands navires militaires, propulsion nucléaire, systèmes d’aviation embarqués. Des formations allant du CAP au doctorat sont disponibles dans des lycées professionnels, grandes écoles, organismes de recherche et universités sur l’ensemble du territoire, y compris dans les territoires ultramarins.

Des institutions telles que Centrale Nantes — qui a ouvert en septembre 2025 une formation d’ingénieur de spécialité en génie océanique — ou l’Institut Polytechnique de Paris, dont plusieurs écoles membres entretiennent des liens étroits avec le ministère des Armées et avec Naval Group, participent à la constitution de ce vivier de compétences. Les innovations technologiques développées dans le cadre du PA-NG sont présentées par les industriels comme durables et susceptibles de bénéficier aux futurs grands programmes navals français.

Le lancement en réalisation du PA-NG marque ainsi le début d’un chantier industriel et technologique qui occupera la France pendant plus d’une décennie, avec pour objectif de doter la Marine nationale, en 2038, d’un outil de projection de puissance renouvelé, capable d’opérer sur tous les océans du globe.

Stéphane GAUDIN
Stéphane GAUDINhttp://www.theatrum-belli.com/
Créateur et directeur du site THEATRUM BELLI depuis 2006. Officier de réserve citoyenne Terre depuis 2018, rattaché au 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. Officier de réserve citoyenne Marine de 2012 à 2018, rattaché au CESM puis au SIRPA. Membre du conseil d'administration de l'Amicale du 35e RAP. Membre associé de l'AA-IHEDN AR7 (région Centre Val-de-Loire). Chevalier de l'Ordre National du Mérite.
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2 Commentaires

  1. Monsieur,
    En souvenir de ma mère qui était une admiratrice inconditionnelle d’Hélène Boucher, et de mon frère Philippe dont le rêve « impossible » était d’entrer à l’Ecole Navale, mais qu’un handicap ne lui permit pas de le réaliser, je lis avec un immense intérêt ce site très documenté, en particulier l’article concernant le futur PA « France Libre » (tout un programme !).
    Je vous remercie de permettre à la personne de 75 ans que je suis, de participer par lecture interposée à un domaine dans lequel je n’ai aucune connaissance.
    Avec mes sentiments les plus respectueux
    Nadine Saint-Martin

  2. Y a-t-il eu débat sur la taille (exagérée tout comme le cout), l’unicité (l’engin monstrueux ne sera disponible que la moitié du temps), les dépendance aux USA avec l’achat des catapultes électro magnétiques ?
    Apparemment non. Tétanisé et aux ordres de la manne financière qui leur manque tant, l’état major français fait peut être un mauvais choix. Le porte avions aurait pu être plus petit, avoir un alter ego, être livré plus tôt, et ne pas dépendre des USA (peut être la faute la plus grave).

    Décidé sans débat par un président erratique sur le départ, comme toutes les nominations absurdes que l’on subit au dernier moment, la France finit de s’engager dans l’affreux cul de sac de la gestion Macron de la Nation. Je prédis que la construction de ce monstre ne s’achèvera pas.

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