C’est dans la soirée du jeudi 18 juin 2026 que la ministre des Armées et des Anciens combattants, Catherine Vautrin, a rendu publiques deux nominations majeures à la tête des forces françaises.
Le général Jacques Langlade de Montgros doit prendre la direction de l’armée de Terre en qualité de chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), tandis que l’amiral Christophe Cluzel est appelé à devenir chef d’état-major de la Marine nationale (CEMM). Ces deux décisions, annoncées par le ministère, doivent être officialisées lors du prochain Conseil des ministres, sur proposition de la ministre. Pour la Marine nationale, la transition intervient l’année de son 400e anniversaire, un symbole pour une institution qui s’apprête à changer de chef.
Jacques Langlade de Montgros : un officier du renseignement à la tête de l’armée de Terre
Né le 15 juin 1969 au Petit-Quevilly, en Seine-Maritime, Jacques Langlade de Montgros est issu de la famille de Langlade. Il intègre l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1988, au sein de la promotion Général Delestraint, dont il sort diplômé en 1991. À l’issue de sa formation, il choisit l’arme blindée et cavalerie et rejoint l’École de cavalerie de Saumur. Il complète son cursus par un passage à l’United States Army Armor School de Fort Knox, aux États-Unis, en 1997.
En 1992, il est affecté au 1er régiment de hussards parachutistes (RHP) de Tarbes, d’abord comme chef de peloton blindé puis comme commando parachutiste. Il rejoint ensuite le 2e régiment de hussards en 1995. Au fil de sa carrière, il prend part à plusieurs opérations extérieures, notamment en Bosnie, au Rwanda, au Tchad, en République centrafricaine et en Afghanistan. Il commandera par la suite la 11e brigade parachutiste.
Sur le plan de la formation supérieure, il est élève à l’École de guerre de 2003 à 2004, puis auditeur de la 67e session de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) en 2014-2015.
À partir du 1er août 2021, Jacques Langlade de Montgros occupe les fonctions d’inspecteur à l’inspection de l’armée de Terre. De septembre 2021 à février 2022, il commande la mission de formation de l’Union européenne en République centrafricaine (EUTM RCA), à Bangui. Cette mission est marquée par une période difficile : confrontée aux tentatives de débauchage, par les mercenaires du groupe Wagner, des militaires centrafricains qu’elle formait, l’Union européenne suspend ses formations en décembre 2021.
Promu général de division le 1er mars 2022, il prend, le 13 avril 2022, la tête de la Direction du renseignement militaire (DRM) et est élevé le même jour aux rang et appellation de général de corps d’armée. Sa nomination intervient dans un contexte tendu : son prédécesseur, le général Éric Vidaud, venait d’être écarté après seulement quelques mois de fonctions, la DRM ayant été critiquée pour n’avoir pas anticipé l’ampleur de l’invasion russe en Ukraine, déclenchée le 24 février 2022. Le chef d’état-major des armées de l’époque, le général Thierry Burkhard, le choisit alors pour conduire la transformation du service de renseignement, qui comptait environ 2 120 agents.
L’arrivée d’un ancien directeur du renseignement militaire à la tête de la première armée de France constitue une situation inédite : c’est la première fois qu’un officier issu du renseignement prend les commandes de l’armée de Terre. Cette singularité suscite l’attention au sein d’une institution profondément attachée à la culture du combattant de contact, où la légitimité se construit traditionnellement dans les régiments et sur le terrain.
Officier de la Légion d’honneur, commandeur de l’Ordre national du Mérite et titulaire de deux citations, Jacques Langlade de Montgros est marié et père de sept enfants.
Le nouveau chef d’état-major succède au général Pierre Schill, qui aura dirigé l’armée de Terre durant cinq ans et théorisé le « commandement par intention ». Il hérite de deux échéances majeures fixées par son prédécesseur lors d’auditions parlementaires : la capacité à déployer en trente jours une division modernisée, soit de l’ordre de 15 000 à 20 000 soldats avec leurs équipements lourds, à l’horizon 2027 ; puis la capacité à commander un corps d’armée de quelque 60 000 hommes en coalition d’ici 2030.
Il prend ses fonctions dans un contexte budgétaire favorable. L’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM), annoncée le 8 avril 2026, prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires sur la période 2024-2030, portant la trajectoire totale à 449 milliards d’euros.
Christophe Cluzel : un marin du combat naval pour diriger la Marine
Issu d’une famille de marins, Christophe Cluzel intègre l’École navale en 1991. Entre 1994 et 1998, il sert successivement à bord du patrouilleur Grèbe, du transport de chalands de débarquement Ouragan, de la frégate antiaérienne Cassard et de la frégate de surveillance Ventôse. Il participe alors à des missions d’action de l’État en mer, notamment dans les Terres australes et antarctiques françaises, ainsi qu’aux premières missions de lutte contre le narcotrafic dans les Caraïbes.
En 1998, il suit les cours de l’École des systèmes de combat et armes navales (ESCAN), avant de rejoindre en 1999 la frégate anti-sous-marine La Motte-Picquet, engagée dans les opérations Corymbe, au large de l’Afrique de l’Ouest, et Khor Angar, à Djibouti.
En 2001, Christophe Cluzel prend son premier commandement, celui du patrouilleur La Moqueuse, basé en Nouvelle-Calédonie. Il sert ensuite à l’état-major de la frégate anti-sous-marine Montcalm, engagée dans les opérations Amarante, en Méditerranée orientale, et Enduring Freedom, en Afghanistan, au sein du groupe aéronaval articulé autour du porte-avions Charles de Gaulle.
Son parcours le conduit ensuite au commandement de l’aviso Enseigne de Vaisseau Jacoubet en 2005, puis, en 2011, à la tête de la division opérations de l’état-major interarmées de la zone océan Indien (Alindien), aux Émirats arabes unis. En 2015, il commande la frégate de défense aérienne Forbin. En 2018, il rejoint le cabinet militaire de la ministre des Armées, sur les questions d’opérations et de relations internationales.
En 2021, il prend le commandement de la Force aéromaritime française de réaction rapide (FRSTRIKEFOR). À ce titre, il commande le groupe aéronaval déployé autour du Charles de Gaulle, notamment lors de la mission Antarès, en 2022-2023, qui voit le groupe engagé durant 108 jours en Méditerranée, en mer Rouge et dans l’océan Indien. Après le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine, le porte-avions et son escorte se repositionnent en Méditerranée centrale pour renforcer la posture de défense sur le flanc oriental de l’Europe et de l’OTAN.
Depuis le 1er août 2023, il commande la Force d’action navale (ALFAN), fonction à laquelle est associée l’appellation de vice-amiral d’escadre. En accédant à la tête de la Marine, il deviendra amiral, ajoutant une cinquième étoile.
Christophe Cluzel succède à l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine depuis le 1er septembre 2023, qui ne souhaitait pas être prolongé. Ce dernier avait défendu, dans un plan stratégique dévoilé en 2024, l’objectif de renforcer la capacité de la Marine à « combattre dès le premier jour », en mettant l’accent sur la préparation opérationnelle et la culture de l’audace.
Le futur chef d’état-major aura la charge de poursuivre ces orientations. Dans un entretien accordé à la revue Cols Bleus en décembre 2023, Christophe Cluzel avait souligné que la Force d’action navale disposait de moins de bâtiments alors que les besoins opérationnels ne cessaient de croître, faisant de l’efficience une priorité. Il identifiait trois leviers : la simplification et la subsidiarité, afin de recentrer les équipages sur le combat naval plutôt que sur les procédures administratives ; l’optimisation de l’exploitation des données, pour conserver un coup d’avance sur l’adversaire ; et la dronisation, qu’il présentait comme une révolution majeure, à la fois capacitaire et tactique.






