A LIRE : La marine française et la résolution de la question d’Orient (1797-1922)


Il y a une centaine d’années, le matin du 1er septembre 1915, la marine française envoyait trois bâtiments de combat de sa 3e escadre, le cuirassé Jauréguiberry, le croiseur-cuirassé Jeanne-d’Arc et le croiseur d’Estrées, près des côtes syriennes pour prendre position devant la minuscule île de Rouad. Avec une artillerie embarquée totalisant 34 pièces allant de 305 mm à 100 mm, cette flotte présente une puissance de feu non négligeable. Aucun coup de canon n’est pourtant tiré contre cette parcelle de territoire de l’empire ottoman. Un détachement de 90 marins aux ordres d’un lieutenant de vaisseau vient de prendre possession de l’île au nom de la France.

La nouvelle de cet événement localisé met près de cinq semaines pour être connue en métropole, le magazine L’Illustration consacrant les dernières pages de son numéro du 2 octobre 1915 pour en informer ses lecteurs [1]. Comment pourrait-il en être autrement ? Durant le même mois de septembre 1915 débute la seconde bataille de Champagne qui voit mourir 28 000 soldats français en 15 jours, dans des tranchées boueuses bien loin des eaux écrasées de soleil de la Méditerranée orientale. Lorsque la marine occupe cette fois l’île de Castellorizo le 28 décembre 1915, cet épisode fait l’objet de la même évocation discrète dans les journaux français : seuls un court article de L’Écho de Paris [2] et une photographie légendée de l’île prise du large et publiée dans L’Illustration [3] annoncent avec deux semaines de retard cette nouvelle occupation insulaire.

 

Un épisode méconnu de la Grande Guerre

Ce 1er septembre 1915, la 3e escadre a très certainement ouvert l’une des pages les plus confidentielles de l’histoire navale française de la Grande Guerre. Mais ces actions navales insulaires sont-elles restées mal connues parce que considérées comme anecdotiques ou bien comme ne se rattachant pas à l’imaginaire inconscient entourant le souvenir de la Première guerre mondiale, celui des offensives terriblement meurtrières entre les tranchées des fronts d’Europe ou d’Orient ?

Par un raccourci rapide, il semblerait que l’intérêt militaire de l’occupation de ces îles ait d’abord été évalué à l’aune de leur très faible superficie. Rouad n’est en effet qu’un gros îlot mesurant environ huit cent mètres sur six cent, s’élevant légèrement au-dessus du niveau de la mer, situé à moins de trois kilomètres de la côte faisant face à Tartous. Le géographe franco-suisse Edgar Aubert de la Rüe, spécialiste des îles, ne mentionne l’existence d’Arvad (Rouad) que pour en souligner la faiblesse majeure : l’absence complète d’eau. Pour lui, ses habitants depuis les Phéniciens, « pouvaient braver sur leur île n’importe quel ennemi, sauf la soif [4] ». Même Paul Chack [5], marin pourtant peu enclin à minorer les actions de la marine française, note avec circonspection :

« mais, direz-vous, à quoi donc servent Rouad et Castellorizo, ces îles que nous avons occupées à la fin de 1915 ? (…) Rouad et Castellorizo ne sont plus qu’une lourde charge. (…) Ouverts juste en face du continent, afin de défier les vents du large, les seuls mouillages praticables de nos îles sont battus par les canons turcs, et les sous-marins qui naviguent par là ont arrêté net le cabotage qu’avaient recommencé les goélettes. Du même coup, les insulaires ne peuvent plus se ravitailler eux-mêmes. Pour nos chalutiers, la tâche est de plus en plus lourde (…) [car] s’ajoute la corvée qui consiste à transporter le matériel, le personnel et les vivres à Rouad [et] à Castellorizo [6] ».

Plus récemment, l’historien américain Paul Halpern ne mentionne les occupations françaises de Rouad et de Castellorizo que pour affirmer qu’elles ne représentaient « guère plus que des piqûres d’épingle » contre les Ottomans et que « ces petites îles apportaient probablement davantage de difficultés pour les ravitailler qu’elles n’avaient de valeur en tant que centres de renseignement [7] ».

L’autre aspect généralement avancé pour ne pas s’attarder davantage sur la destinée momentanée de ces îles entre 1915 et l’immédiat après-guerre est de ne constater aucun élément permettant d’y déceler une quelconque spécificité navale française par rapport à la stratégie insulaire britannique. Dans un louable souci d’exhaustivité, leur occupation se doit tout au plus d’être mentionnée. Ainsi, pour le capitaine de vaisseau Lepotier, « au cours de la guerre 1914-1918, les alliés pratiquèrent la même stratégie en occupant Corfou, Agostoli, Moudros, Imbros, Ténédos, sur les côtes grecques et turques ; Castellorizo et Rouad sur la côte d’Asie Mineure [8] ».

L’étude plus approfondie de ce sujet au croisement de nombreuses dynamiques permet toutefois d’en découvrir les facettes géopolitiques et stratégiques ignorées. Celles-ci ont d’abord trait à l’histoire militaire et surtout navale de la Grande Guerre en Méditerranée (blocus des côtes ottomanes, opération combinée aux Dardanelles, guerre sous-marine). Elles touchent au jeu diplomatique intense des alliances, que ce soit du côté de l’Entente ou des empires centraux. Elles dévoilent les intérêts géopolitiques exacerbés par le conflit des grandes puissances autour des détroits turcs, du canal de Suez ou de la valeur géostratégique montante de l’espace proche-oriental. Enfin, placées au contact d’un monde musulman en mutation, elles amènent à en constater l’inquiétante part d’ombre avec le massacre des chrétiens d’Orient.

 

Un espace maritime à l’origine de la perte d’un empire

En août 1914, la fuite éperdue des croiseurs allemands Goeben et Breslau vers Constantinople après la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne contribue très tôt à éveiller l’attention de la marine française sur l’importance du théâtre est-méditerranéen. Conformément à la définition de l’Organisation hydrographique internationale, la Méditerranée orientale couvre les espaces maritimes compris entre les rivages du Proche-Orient et la ligne courant du cap Bon en Tunisie au cap Boeo à l’ouest de la Sicile. Le bassin oriental de la Méditerranée comprend donc la mer Adriatique, la mer Ionienne, le bassin levantin, la mer Égée et celle de Marmara. Les opérations navales qui se sont déroulées en mer Adriatique et Ionienne lors de la Grande Guerre, tournées vers les problématiques concernant l’Autriche-Hongrie et le flanc ouest du front des Balkans, sont bien connues depuis longtemps. Il en est de même pour la mer Egée [9], base arrière des combats ayant balayé la presqu’île de Gallipoli. Peu d’études se sont concentrées sur la zone maritime la plus à l’est de la Méditerranée orientale, baignée par le bassin levantin [10]. La description géographique de cet espace maritime s’oppose à son voisin égéen, tant la mer Egée est constituée par une multitude de petites îles (archipels des Sporades, des Cyclades et du Dodécanèse), alors que le bassin levantin se caractérise par l’absence quasi complète d’îles, à l’exception de Chypre, troisième plus grande île méditerranéenne (9 250 km²). Seules Rouad face à Tartous, Castellorizo, Dana Adasi et Kekova près de la côte anatolienne, ainsi que quelques îles dans et autour du golfe de Makry, détachent leurs faibles superficies à courte distance du littoral ottoman.

L’expédition d’Égypte de 1798 marque le grand retour des puissances européennes en Orient et ouvre d’emblée une nouvelle page dans les rivalités les opposant. Celle-ci s’écrit par à-coups tout au long du XIXe siècle, avant de trouver avec la Première guerre mondiale une extension insoupçonnée. Les conséquences de ce conflit pour le Proche-Orient surpassant de loin celles des crises qui l’ont précédé, cet ouvrage fait donc la part belle à la période 1914-1918. Les occupations de Rouad et de Castellorizo, qui ne débutent qu’en fin d’année 1915, révèlent un nécessaire temps d’adaptation de la stratégie navale au contexte particulier de la Grande Guerre en Méditerranée orientale. Ce décalage chronologique par rapport au conflit mondial se poursuit après la signature de l’armistice avec les Ottomans le 30 octobre 1918 : ce n’est qu’en juin 1919 pour Rouad et en mars 1921 pour Castellorizo que ces îles perdent, au-delà de leur rôle militaire, surtout leur intérêt politique.

 

Une page d’histoire oubliée parce que trop complexe ?

Les archives de la marine nationale conservées par le Service historique de la défense au château de Vincennes abritent de nombreux documents de la 3e escadre, ainsi que des bases navales de Rouad et de Castellorizo. Ceux-ci se sont révélés particulièrement précieux pour appréhender l’intense « micro-activité » navale qui s’est développée autour de l’occupation militaire de ces deux îles. Ces archives permettent de mieux en saisir l’impact réel insoupçonné au bénéfice de la présence et de l’influence françaises au Levant. Elles ont pu être croisées avec quelques mémoires des principaux acteurs de l’époque, mais les témoignages des protagonistes d’alors restent toutefois peu nombreux. Ces sources primaires sont toutefois cruciales, car en relatant des faits bruts ou en exprimant souvent « à chaud » des positions d’acteurs de premier plan, elles seules permettent de renouer prise avec une part de la réalité des événements de l’époque. Ces témoignages sont d’autant plus précieux pour l’analyse historique qu’ils apportent un éclairage remettant en cause certaines idées bien établies sur le sujet.

Cet ouvrage fait donc volontairement la part belle aux citations des sources primaires. Nous espérons que leur récurrence et la rigueur formelle qui y est associée ne lasseront pas notre lecteur. Mais la réflexion historique ne peut pas écarter l’histoire vécue des acteurs sous peine de risquer de tomber dans la fable ou l’idéalisme. Une telle approche doit bien sûr être contrebalancée par une nécessaire prise de distance critique, en replaçant ces témoignages individuels dans leur contexte général ou en recadrant leur portée dans l’analyse d’un environnement plus vaste. Ainsi, il a fallu inscrire cette étude des actions insulaires de la marine française en Méditerranée orientale dans le temps long pour en dégager les constantes et les ruptures, tout en replaçant ces faits dans leur contexte immédiat, à la fois politique, diplomatique et militaire, français et étranger. Cet environnement, largement approfondi par la recherche historique, a souvent permis d’éclairer nombre de documents d’archives consultés sous un regard nouveau. Au-delà de ces données géopolitiques fondamentales, il sera aussi souvent question de religion, cet ouvrage traitant d’une région qui a vu naître le judaïsme, le christianisme et l’islam. Ses habitants d’alors se définissaient beaucoup plus par leur appartenance confessionnelle que par leur nationalité, leur langue ou leur origine ethnique.

 

Géostratégie et rivalités internationales inattendues au Levant

En faisant le choix de mener une stratégie insulaire, la France a utilisé la Méditerranée comme voie d’accès naturelle à ses zones d’influence plus ou moins traditionnelles d’avant-guerre (Levant et Cilicie) et pris appui sur ces îles pour permanentiser sa présence dans la région. Si nous sommes en présence d’une géostratégie, visant à utiliser des éléments offerts par la géographie pour atteindre des fins politiques à un moment considéré, la prise de possession de ces îles n’est pas une fin en soi. Elle représente un levier de puissance au service des objectifs supérieurs de la stratégie générale. Car comme l’indique Domenico Bonamico [11], la géographie politique est soumise à l’incertitude, les décisions politiques ou stratégiques pouvant modifier la valeur des entités géographiques considérées [12].

Le triptyque défini par Thual [13] des causes, parfois mêlées, motivant les politiques d’extension territoriales (rattachement d’un territoire pour ses ressources, pour son intérêt géostratégique ou sa valeur identitaire ou nationale dans le champ des représentations) peut s’appliquer aux motivations poussant un Etat à développer une stratégie insulaire. Celui-ci aura au préalable développé les moyens concourant à le doter d’une puissance maritime et navale au moins égale à celle de ses rivaux potentiels convoitant les mêmes îles, pour pouvoir les conquérir, puis les conserver. L’occupation par la France des îles de Rouad et de Castellorizo à partir de 1915 ne répond manifestement pas à un objectif d’accaparement de ressources, très limitées sur ces îles. Il ne s’agit pas d’obtenir un point d’appui naval logistique et industriel, les opérations de carénage et de réparation des bâtiments français opérant en Méditerranée orientale étant réalisées à Port-Saïd (Egypte). L’identité nationale française n’est pas non plus en jeu dans cette région, contrairement à la Grèce qui cherche à obtenir le rattachement de l’ensemble des îles de la mer Égée. L’intérêt de ces îles est à rechercher dans leur valeur stratégique, découlant d’un alignement unique entre leur situation géographique et un contexte politico-militaire particulier. Elles confirment le fait géopolitique selon lequel « les petites îles ont joué, et jouent encore (…), un rôle disproportionné en comparaison de la modestie de leur taille et de la faiblesse numérique de leur population (…) la participation la plus évidente des petites îles à la puissance maritime [étant] leur rôle stratégique lié à leur situation sur des axes majeurs de la circulation des navires, des marchandises et des hommes ou à proximité de centres vitaux d’un éventuel adversaire [14] ».

Mais la stratégie navale française en Méditerranée orientale tournée vers le Levant présente une spécificité supplémentaire. Elle est orientée à la fois contre l’empire ottoman, l’adversaire du moment dans la région, et la Grande-Bretagne, beaucoup moins allié loyal que futur rival de l’après-guerre pour le partage territorial de l’Orient en cas de victoire. Elle touche donc au cœur des relations entre Paris et Londres et éclaire la nature des stratégies mises en œuvre par chacun de ces acteurs. L’analyse de la stratégie britannique est ici fondamentale pour comprendre comment la France a défini la sienne en Orient. Car si Disraeli a pu penser que « la France n’avait en Syrie que des intérêts sentimentaux », il convenait pour la France de montrer, quelques décennies après, qu’il n’en était rien malgré les difficultés de l’époque. Les facteurs géographiques ou géopolitiques propres à Rouad et Castellorizo expliqueront leur destin contrasté dans une après-guerre où les rivalités franco-britanniques, débarrassées des obligations d’affichage de bonne entente propres aux coalitions, se dévoilent au grand jour.

 

La « question d’Orient » : quelle puissance pour y apporter un point final ?

Dans l’échiquier mondial post-1914 en pleine recomposition, la France, dont les pions terrestres étaient fixés face à l’Allemagne, a donc avancé quelques pièces navales jusqu’en Méditerranée orientale. Sa marine s’est à nouveau retrouvée face à la fameuse « question d’Orient ». Le géopoliticien français Jacques Ancel la fait apparaître en 1792, « année critique : la paix de Iassi (9 janvier) donne à la Russie les côtes Nord de la mer Noire, fait de l’Empire des Tsars l’immédiat voisin des chrétiens des Balkans [15] » donc de l’empire ottoman, articulé tout autour de la Méditerranée orientale. Certains historiens identifient son apparition à la signature du traité de Kaïnardji (1774), par lequel la Russie revendique la tutelle des populations orthodoxes en Orient. Bien connue des diplomates, essayistes et journalistes tout au long du XIXe siècle, cette « question d’Orient » a historiquement pris forme avec la conjonction de deux mouvements : l’effritement progressif de l’empire ottoman et l’accroissement des rivalités européennes pour capter ces territoires abandonnés par Constantinople. Les conséquences géopolitiques de cet effondrement programmé seraient telles que le diplomate Benedetti estime en 1897 que « nul Etat ne peut (…) s’abstenir de veiller, pour sa propre sécurité, à la disparition d’une monarchie autrefois si puissante, qui, en s’écroulant, laissera un vide qui ne peut être comblé à l’avantage des uns sans un sérieux préjudice pour les autres, quels qu’en soient les bénéficiaires [16] ». D’autres auteurs contemporains estiment dans une acception très large que les enjeux sous-tendus par ce fait historique dépasseraient l’horizon de la simple disparition de l’empire ottoman [17]. Nous en resterons à l’approche classique de la « question d’Orient » : jusqu’où l’empire ottoman va-t-il reculer et quelles puissances seront en mesure de s’approprier ses possessions orientales, après celles africaines (1830-1911) et européennes (1774-1913) ?

Au début du XXe siècle, cette question géopolitique réapparaît à l’occasion de l’affaire de Taba (1906). Pour la Grande-Bretagne, l’enjeu porte sur la délimitation de la frontière entre la Palestine et l’Egypte, au niveau du golfe d’Aqaba et de la péninsule du Sinaï. Pour la première fois depuis de longues décennies, Londres est obligé d’envisager l’empire ottoman comme un ennemi potentiel et commence à planifier avec précision des mesures pour défendre sa récente conquête au Machrek. La France, les yeux rivés sur le Rhin et l’esprit tourné vers le Maroc, est encore loin de prendre conscience de l’imminence du séisme à venir dans la région. Après 1914 et le choix du camp ennemi par l’empire ottoman, le dénouement de cette question semble plus proche que jamais. La marine française échafaude par tâtonnements successifs et avec de modestes moyens une stratégie orientale empirique pour permettre aux ambitions françaises historiques au Levant de ne pas se voir balayées par une avancée britannique aussi redoutable qu’insidieuse. En cela, la marine renoue presque par accident avec le rôle majeur qui a été le sien dans la constitution de l’empire colonial français. La création d’un ministère des colonies le 20 mars 1894 avait retiré cette responsabilité au ministère de la marine. Le retour de ces missions navales visant à soutenir l’expansion de l’empire au Levant a donc été aussi inattendu que momentané.

Nos marins se sont-ils montrés à la hauteur de l’opportunité ? Quelle stratégie la marine a-t-elle adoptée ? Quels adversaires intraitables a-t-elle dû affronter ? C’est ce que nous proposons à notre lecteur de découvrir.

Christophe MOMMESSIN

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[1] « La France en Syrie », in L’Illustration, n° 3787, 2 octobre 1915, pp. 362-364.

[2] « L’occupation de Castellorizo », in L’Echo de Paris, 10 janvier 1916.

[3] « L’île de Castellorizo, occupée par un détachement français », in L’Illustration, n° 3802, 15 janvier 1916, p. 51.

[4] AUBERT de LA RUE Edgar, L’homme et les îles, Paris, Gallimard, 1935, p. 46.

[5] Le lieutenant de vaisseau Chack commande le contre-torpilleur Massue entre 1915 et 1917, participant au blocus des Dardanelles et des côtes de Caramanie. Nommé chef du service historique de la marine en 1923, il se spécialise pendant l’entre-deux-guerres dans l’écriture de récits d’histoire navale à grands tirages.

[6] CHACK Paul, Pavillon haut, Paris, Les éditions de France, 1929, pp. 210-212.

[7] HALPERN Paul G., A Naval History of World War I, Oxon, Routledge, 2003, pp. 132-133.

[8] LEPOTIER Adolphe (capitaine de vaisseau), « La stratégie insulaire », in Revue Défense Nationale, n° 61, juillet 1949, p. 5.

[9] Située entre la Grèce et l’empire ottoman, de la Crète au détroit des Dardanelles.

[10] Délimité au nord par les côtes d’Anatolie jusqu’au djebel Akkar, à l’est par les côtes syriennes, au sud par celles égyptiennes et de Cyrénaïque, à l’ouest par la Crète et Rhodes.

[11] Officier de marine italien (1846-1925), auteur notamment d’Il probleme marittimo dell’ Italia (1899).

[12] FERRANTE Ezio, « Domenico Bonamico et la naissance de la pensée géopolitique navale italienne », pp. 152-162, in COUTAU-BEGARIE Hervé (dir.), L’évolution de la pensée navale, tome V, Paris, Economica, 1995.

[13] THUAL François, Contrôler et contrer, stratégies géopolitiques, Paris, Ellipses, 2000, pp. 5-7.

[14] HUETZ de LEMPS Christian, « Les îles tropicales, points nodaux de la puissance maritime », in BUCHET Christian, MEYER Jean et POUSSOU Jean-Pierre (dir.), La puissance maritime, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2004, pp. 209-210.

[15] ANCEL Jacques, Manuel historique de la question d’Orient, Paris, Delagrave, 1927, pp. 1-2.

[16] BENEDETTI Vincent (comte), « La question d’Orient », in Revue des deux mondes, tome 139, janvier 1897, p. 43.

[17] Lire par exemple FREMEAUX Jacques, La question d’Orient, Paris, Fayard, 2014.


Recension de l’ouvrage sur le blog “Guerres et Conflits”

Si le rôle de la Marine pendant la Première Guerre mondiale est généralement mal connu du grand public, son action en Méditerranée orientale entre 1914 et 1918 est restée absolument confidentielle. Seuls peut-être les philatélistes connaissent encore les îlots de Rouad et de Castellorizo…

Après avoir rapidement brossé le tableau général de la place de la France et du rôle de sa marine dans l’Orient méditerranéen au cours des siècles passés (chap. 1) puis présenté la stratégie britannique dans la même région (chap. 2) et enfin s’être intéressé à l’Italie et à la Grèce face à un empire ottoman en déclin, Christophe Mommessin consacre l’essentiel de son ouvrage à la période de la Grande Guerre. Il met bien en relief que, contrairement aux accords antérieurs, Londres fait en sorte de se dégager du commandement en chef naval français pour faire cavalier seul en fonction de ses intérêts propres le long des côtes turques. Il détaille ensuite l’installation de troupes françaises sur les îles de Rouad et de Castellorizo, directement gérées par la Marine à partir de 1915. De là, des filières de renseignement en Syrie sont organisées, permettant le développement du Service d’information de la Marine au Levant, qui s’appuie localement sur les minorités catholiques et même les moines et abbés (mais remise en question de la personnalité et de l’action du père Jaussen). Ce faisant, l’opposition (discrète mais vive) entre Français et Britanniques est exacerbée dans la région et l’auteur nous livre quelques belles pages sur les manifestations de cette “mésentente cordiale”. Christophe Mommessin évoque au fil des pages les rapports avec les communautés chrétiennes et plus largement syriennes, le drame arménien, la Légion d’Orient, toujours sur fond de rivalités entre Paris et Londres. La quatrième partie est consacrée à l’après-guerre avec l’extension des oppositions à la terre ferme : pour les Anglais, “le chaos chérifien plutôt que l’ordre français”. On apprécie également qu’un chapitre (chap. 12) soit consacré à la Cilicie, à sa situation complexe et à ses évolutions entre 1919 et 1922. Enfin, les ambitions italiennes et grecques dans la région contribuent à sonner le glas de la présence française sur les îlots. La dernière partie (“Les stratégies”) est consacrée à une présentation comparée, parallèle, des stratégies française et britannique, une stratégie faite de “tâtonnements” pour la France dans un rapport du faible au fort.

On apprécie particulièrement en fin d’ouvrage les nombreuses cartes et annexes qui apportent une réelle plus-value. Un volume solide, complet, qui mérite absolument d’être connu de tous les amateurs.

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