A LIRE : Le piège américain


Alstom. Tout le monde a déjà entendu le nom de cet ex-fleuron industriel français dont les principales activités ont été vendues à l’américain General Electric fin 2015. General Electric augmentait alors de 50% son portefeuille de turbines nucléaires et confirmait ainsi sa place de leader mondial des équipements en matière d’énergie, avec 50 milliards de dollars de chiffres d’affaires et 126 000 salariés. Au-delà de cette position qui n’est « que » concurrentielle, il faut souligner l’acquisition par les États-Unis, d’une technique critique, c’est-à-dire un savoir-faire stratégique : la turbine Arabelle.

Véritable cas d’école en matière de guerre économique, déjà largement commenté et analysé, notamment à travers le reportage « Guerre fantôme » ou encore « Alstom, scandale d’État » (Fayard, 2015) de Jean-Michel Quatrepoint, l’affaire Alstom aura eu l’effet d’une véritable prise de conscience des confrontations économiques et de l’asymétrie des rapports de forces engagés.

Frédéric Pierucci a vécu cette véritable saga d’une manière tout à fait singulière. Alors haut cadre d’Alstom, il a été emprisonné aux États-Unis et a été un des pions principaux de la stratégie américaine dans le rachat du fleuron français. Dans son ouvrage « Le piège américain » (JC Lattès, 2019), l’auteur nous livre sa vision et son analyse d’une des plus flagrantes opérations de guerre économique. Ignorant d’abord les raisons de sa détention, puis sachant que la justice américaine lui reproche des faits de corruption pour lesquels elle n’a apparemment aucune compétence, il va découvrir petit à petit les véritables enjeux de son incarcération et des procédures judiciaires américaines.

Quasi-impuissant, devant céder aux chantages et pressions, il va découvrir l’extra-territorialité du droit américain depuis sa prison de haute-sécurité aux États-Unis, et notamment le Foreign Corrupt Practices Act (FCPA), ainsi que les rouages du Department of Justice (DOJ). Devant faire face à la trahison des hauts dirigeants d’Alstom, il décrit l’univers carcéral américain et ses procédures judiciaires pour le moins très éloignées de nos standards français. Avec beaucoup d’humanité, car c’est bien le récit d’un épisode qui a changé la vie d’un homme, Frédéric Pierucci nous décrit son calvaire. Avec beaucoup de lucidité et de précision, il analyse également la mise sous contrôle de la branche énergie d’Alstom par General Electric, en mettant en avant les liens entre le DOJ, le FBI, les agences de renseignements américaines et le gouvernement américain, agissant conjointement afin de mener une véritable guerre économique. Cette dénomination de « guerre économique » est d’ailleurs tout à fait assumée par l’auteur.

Indéniablement marqué par la dureté de son incarcération et par le danger pour la France et ses entreprises que représentent les pratiques de guerre économique, Frédéric Pierucci a fondé le cabinet de compliance IKARIAN, c’est-à-dire de la mise en conformité du comportement des entreprises françaises aux différentes législations, dont il le directeur général. Si le piège américain aura eu raison d’Alstom et aura privé la France d’une de ses technologies les plus stratégiques, il n’aura donc pas eu raison de Frédéric Pierucci.

Ronan WANLIN


Pour aller plus loin sur l’affaire Alstom :

Previous La bataille (Revue de tactique générale)
Next HISTOIRE : Chronique culturelle du 14 mars

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.