Aux sources de l’esprit guerrier


Le général Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, vient de diffuser un dossier intitulé Aux sources de l’esprit guerrier. Son objectif est de mettre en valeur les traditions militaires de l’armée de terre. Ce travail est présenté comme une actualisation de l’édition Identité, esprit de corps et traditions dans l’armée de Terre, parue en 2003.

La publication du document correspond au lancement du Service national universel, sans qu’il faille y voir nécessairement autre chose qu’une coïncidence. Par contre, on peut y déceler comme une réponse au vif débat généré en mars dernier à propos du rapport parlementaire sur la lutte contre les discriminations au sein des armées. Les députés Christophe Lejeune (LREM) et Sébastien Lachaud (LFI) s’en étaient pris aux traditions et aux saints patrons en appelant à la laïcité.

D’entrée, le CEMAT cite Jean Jaurès : « la tradition ne consiste pas à conserver des cendres, mais bien à entretenir une flamme ». Il appuie en affirmant que « les traditions militaires sont une part de notre âme de soldat et de notre esprit guerrier ».

Le préambule présente la problématique de l’esprit guerrier. Pour le CEMAT, l’armée de terre doit « conserver son aptitude à combattre face à un ennemi toujours plus imaginatif, violent voire fanatisé, alors même que ses soldats sont issus d’une société où le risque et la mort sont de jour en jour davantage occultés. »

Les préliminaires étant exposés, le dossier s’ouvre avec une présentation de l’identité de l’armée de terre. Le terme est devenu sensible depuis la présidence de Nicolas Sarkozy avec son ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale puis le débat conduit par Eric Besson en octobre 2007. Si le CEMAT y revient, c’est aussi que le concept ne peut pas être abandonné.

« Socle de l’identité d’une armée de Terre solide et moderne, l’esprit guerrier trouve sa source dans les traditions. Facteur d’intégration et de cohésion, elles sont transmises et entretenues à des fins d’efficacité opérationnelle individuelle et collective. […] L’alchimie évoquée au sein de ces premières communautés d’appartenance se déploie dans cette réalité historique structurante qu’est le régiment, pour s’exprimer pleinement dans l’esprit de corps. »

S’appuyant sur l’histoire, le document remonte à la création des premiers régiments au XVIe siècle avec les bandes de Picardie, montrant leur lien avec les formations actuelles. En effet, si la Révolution et ses demi-brigades avaient voulu rompre les filiations, elles furent explicitement rétablies par les historiens de Louis-Philippe, réconciliant le pays avec son histoire.

Parmi les citations illustrant son propos le CEMAT, on distingue André Thiéblemont, membre du comité de rédaction de la revue Inflexions et qui a plus particulièrement travaillé sur la symbolique, les rituels et les traditions militaires. Le CEMAT n’a pas hésité à ouvrir largement ses références puisque Jean Cocteau côtoie Gustave Thibon. On y trouve aussi Clausewitz, le Mal de Lattre, le Col Ardant du Picq, Marc Bloch, Victor Hugo et quelques vers de La Marseillaise. L’Arc de Triomphe a droit à une photo en pleine page, ce qui est pleinement justifié car il représente actuellement l’autel de la patrie par son architecture et le cérémonial qui s’y déroule quotidiennement.

Les saints patrons sont cités dans les présentations des armes et confirmés, s’il était besoin, dans les dispositifs traditionnels de l’armée.

Le CEMAT en vient à une définition et des descriptions des symboles de l’armée de terre. Après les armes, il en vient aux drapeaux des régiments. Sans entrer dans l’historique complexe de la vexillologie militaire, il fait remonter les emblèmes actuels à la distribution solennelle du 14 juillet 1880. Il fait aussi remarquer que c’est Bonaparte qui institue l’usage de graver des noms de batailles sur les soies de drapeaux. Il relève bien que la plus récente est “Koweït 1990-1991”, sans souligner que la plus ancienne ne remonte qu’à Valmy. En effet, la rupture de la Révolution s’appuyait sur de nouveaux symboles, et la nécessité de sceller leur légitimité dans le sang des soldats. Du fait des mêmes impératifs mémoriels, la bataille d’Alger, seule victoire d’une armée conventionnelle sur le terrorisme, ne figure pas sur les drapeaux qui l’ont remportée.

Les développements sur l’uniforme, le document est intitulé Les tenues, souligne la nécessité des différences indispensables pour que le soldat s’identifie à son unité. La symbolique utilisée permet de lire comment le soldat s’inscrit dans son corps d’appartenance et dans l’armée.

Deux pages sont consacrées aux insignes, en faisant les héritiers des blasons, ce qui n’est pas faux, même si les insignes actuels ne remontent pas plus haut que la bataille de Verdun pendant la guerre de 14.

Deux autres pages servent ensuite à présenter la musique et les chants militaires en citant la céleustique comme troisième répertoire musical. Alors même que la situation de ces répertoires est délicate, voire critique, dans l’armée de Terre d’aujourd’hui (réduction du nombre des orchestres, difficultés de recrutement, dégradation de la pratique du chant et disparition des instrumentistes d’ordonnance), leur reconnaissance par le commandement marque une considération nouvelle. Elle peut signifier une nouvelle volonté de faire appel à ces patrimoines aussi immatériels qu’ils sont essentiels à la reconnaissance de l’armée au sein de la population.

Le CEMAT va jusqu’à évoquer les mascottes militaires, signifiant que si bien souvent elles ne sont que temporaires, elles exercent une influence bénéfique sur le moral du soldat.

Les peintres de l’armée terminent ce panorama de l’identité et des traditions dans l’armée de terre. Dans le contexte actuel où l’armée se trouve engagée dans des opérations extérieures, simultanément avec des opérations de sécurité publique intérieure, où les jeunes recrues ont de l’armée l’image que leur fournissent les médias, les traditions militaires et leurs symboles constituent autant de repères qu’il importe de rendre visibles et intelligibles. Cette publication du CEMAT vient donc à point pour en rappeler les fondamentaux.

 

Previous HISTOIRE : Chronique culturelle du 25 juin
Next PTSD : Témoignages de conjointes de militaires blessés avec l'association AD AUGUSTA

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.