mercredi 8 décembre 2021

Ce 1er mars 2021, 150 ans entre deux crises majeures

Se rappeler cette défaite majeure est aussi se rappeler un conflit qui a changé le régime politique, provoqué une grave crise d’autorité et installé une guerre civile dans la capitale. Le second empire est tombé le 4 septembre 1870 (Cf. Mon billet du 7 septembre 2020). Après l’échec de la seconde bataille de Buzenval du 19 janvier 1871, Paris capitule le 28 janvier et un armistice signé dans l’attente d’un traité de paix que les Français doivent accepter. Or, le gouvernement de Paris qui a capitulé et l’Assemblée de Bordeaux sous l’influence de Gambetta, ministre de l’intérieur et de la guerre qui veut continuer de combattre l’Allemand, s’opposent.

S’engager vers une paix négociée

Pour que ce traité soit signé et donc que les négociations puissent commencer, des élections législatives sont organisées. Dans des conditions extraordinaires, elles se tiennent néanmoins début février 1871 avec la bénédiction de Bismarck en moins de dix jours et sans irrégularité majeure constatée. Cela laisse rêveur.

Le gouvernement remet ses pouvoirs à l’Assemblée nationale le 14 février, Jules Grévy en est élu président. Le 17 février, Adolphe Thiers est élu chef du gouvernement. Le 19 février, il fait son discours inaugural (Cf. Le discours complet dans « Le gouvernement de M. Thiers », par Jules Simon, 1879), un discours qui pourrait s’adapter à notre situation actuelle par bien des aspects :

« Débarrasser nos campagnes de l’ennemi (…) ; rétablir l’ordre troublé ; remplacer ensuite sur le champ les administrateurs démissionnaires ou indignes ; réformer par l’élection nos conseils généraux (…) ; reconstituer ainsi notre administration désorganisée ; faire cesser nos dépenses ruineuses (…). Pacifier, réorganiser, relever le crédit, ranimer le travail, voilà la seule politique possible (…) ». La menace d’une insurrection parisienne est aussi décelable dans ce discours.

Le gouvernement s’installe à Versailles le 20 mars. Le traité de paix est finalement signé le 20 mai 1871 à Francfort pendant la commune. Une partie de l’Est de la France est annexée par l’Allemagne. La France paie 5 milliards de dédommagements de guerre à l’Allemagne, ce qu’elle fera avec une célérité exemplaire entrainant le départ précoce des armées allemandes.

Le 1er mars 1871

La date du 1er mars 1871 mérite cependant d’être rappelée. Il y a cent cinquante ans, jour pour jour, l’Assemblée nationale votait le début des négociations pour signer la paix malgré l’opposition de la Gauche « républicaine » qui voulait poursuivre la lutte contre les Prussiens. La France est pourtant en partie occupée, son armée professionnelle de 400 000 hommes emprisonnée en Allemagne soit 117 régiments sur 120. La population parisienne est affamée et travaillée par l’extrême-gauche de l’époque.

Ce même 1er mars 1871, l’armée allemande qui encercle Paris entre dans la capitale. Elle évite de défiler sous l’Arc de triomphe mais ne s’engage pas dans la ville. Ses officiers pourront visiter les Invalides sans armes malgré les risques. Pendant ce temps, la première Internationale et l’extrême-gauche continuent de s’infiltrer au sein de 215 bataillons de la Garde nationale (Cf. Mon billet du 25 mars 2012) préparant la révolte communarde sous le prétexte de continuer la lutte contre… les 500 000 Allemands victorieux. Cette action subversive permet de s’opposer le 18 mars à la tentative de Thiers de désarmer partiellement la capitale en s’emparant d’une partie de l’artillerie dont la garde nationale s’était saisie. L’insurrection éclate alors.

Hier et aujourd’hui

Que de points partiellement communs avec aujourd’hui. Une autorité politique qui souhaiterait renouveler le contrat avec le pays en 2022, une guerre certes contre une pandémie qui a montré la désastreuse impréparation de notre administration et finalement une défaite par la démoralisation de la population et de la déconsidération de sa classe politique, une extrême gauche qui veut déstabiliser les institutions y compris par des accommodements raisonnables avec l’islamisme, une gauche par exemple à Paris qui revendique l’héritage de la Commune (Cf. Le Monde du 19 février 2021), pas vraiment le meilleur exemple pour reconstruire le pays et revendiquer sa direction. Faut-il rappeler que les communards ont brûlé les Tuileries, le Palais-Royal, le palais d’Orsay, les synagogues, l’hôtel de ville sans oublier les exécutions d’otages ?

Aussi, si on pouvait éviter aussi une récupération politique d’événements qui, au moins de mon point de vue, n’ont pas été très glorieux et à l’honneur des Parisiens, cela serait peut-être judicieux dans le contexte actuel.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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8 Commentaires

  1. LES OPÉRATIONS MILITAIRES
    alors que s’offre à lui l’occasion de détruire plusieurs corps de l’armée ennemie à la suite de la bataille de Mars-la-Tour, le 16 août, le maréchal Bazaine décide, à l’étonnement général de son état-major, de replier son armée de 180 000 hommes à Metz, se laissant ainsi couper de la France libre et donc de ses réserves. Deux jours plus tard, au soir de la bataille de Saint-Privat, le maréchal Canrobert demande désespérément et à plusieurs reprises des renforts à Bazaine, mais ne les obtient pas. Ce dernier, en effet, ne juge pas que Saint-Privat soit une bataille importante et refuse d’engager ses troupes de réserve, pourtant nombreuses. Aucun renfort n’est envoyé aux troupes françaises qui se battent héroïquement sur le plateau et Bazaine n’apparaît même pas sur le champ de bataille.

    LE PROCÈS
    Le duc d’Aumale, président, le condamne à la peine de mort avec dégradation militaire pour avoir capitulé en rase campagne, traité avec l’ennemi et rendu la place de Metz avant d’avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait. Mais le même tribunal, qui vient tout juste de le condamner, signe à l’unanimité et envoie au président de la République (et au ministre de la Guerre) une demande en grâce de M. le maréchal Bazaine. Sa peine est alors commuée en 20 années de prison, sans cérémonie de dégradation, par le nouveau maréchal-président Mac-Mahon, qui lui aussi avait été battu à Sedan. Ceci inspirera à Victor Hugo le commentaire suivant : « Mac-Mahon absout Bazaine. Sedan lave Metz. L’idiot protège le traître . »

    • Merci pour cet éclairage sur le maréchal Bazaine qui n’est cependant pas partie prenante de la crise parisienne hormis le fait début septembre 1870 d’avoir empe^ché la protection de Paris et l’emprisonnement de la plus grande partie de l’armée française.
      Quant à Mac Mahon, la bataille qu’il a perdue honorablement est la seule défaite à son passif en 40 ans vie militaire à la date de 1870.
      lire Du Barail, Général, « Mes souvenirs (3 Tomes), Editions Plon, 1896, ministre de la guerre en 1873 et en charge du procès pour trahison du maréchal Bazaine
      Girard, Georges, « La vie et les souvenirs du général Castelnau 1814-1890 », Editions Calmann-Lévy, 1930. Envoyé en mission au Mexique par Napoléon III pour comprendre pourquoi la crise mexicaine ne se résolvait pas. Le général Castelnau témoigne de la duplicité du maréchal Bazaine visant prendre la place de Maximilien. Napoléon III lui pardonna comme il le faisait souvent.
      Bien cordialement

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