12 octobre 539 av. J.-C. : l’armée de Cyrus entre dans Babylone.
Le 16e jour du mois de tashritu de la 17e année du roi Nabonide, soit le 12 octobre 539 avant notre ère dans le calendrier julien, les troupes de Cyrus II entrent dans Babylone sans combat. L’empire néo-babylonien, fondé par Nabopolassar en 626 et porté à son apogée par Nabuchodonosor II, cesse d’exister. Les Perses deviennent maîtres de tout le Proche-Orient, de l’Iran à la frontière de l’Égypte.
Cyrus
Roi d’Anshan, en Perse, et vassal des Mèdes, Cyrus se soulève contre son suzerain Astyage et s’empare d’Ecbatane vers 550. Il se tourne ensuite vers l’Asie Mineure, bat Crésus et prend Sardes, capitale de la Lydie. Les cités grecques d’Ionie passent sous son autorité. Dans les années qui suivent, il étend sa domination vers l’est, jusqu’en Asie centrale. Babylone, la plus riche et la plus grande ville du monde connu, reste seule en face de lui.
Nabonide
Le dernier roi de Babylone est un homme âgé, monté sur le trône en 556 à la faveur d’un complot, sans lien avec la dynastie. Fils d’une prêtresse de Harran, il voue au dieu-lune Sîn une dévotion qui indispose le clergé de Marduk, dieu de la ville. Il passe une dizaine d’années dans l’oasis de Tayma, au nord de l’Arabie, laissant le gouvernement à son fils Bel-shar-usur, le Balthazar de la Bible. En son absence, la fête du Nouvel An, qui exige la présence du roi, ne peut être célébrée, ce que les chroniques notent année après année.
Revenu dans sa capitale, Nabonide prépare la guerre. Il fait transporter à Babylone les statues des dieux des autres villes, pour les soustraire à l’envahisseur ou pour s’assurer de leurs sanctuaires.
La campagne
La Chronique de Nabonide, tablette cunéiforme conservée au British Museum, en donne le récit le plus proche des faits. Au début du mois de tashritu, Cyrus livre bataille à l’armée d’Akkad à Opis, sur le Tigre. Les Babyloniens sont vaincus ; le texte mentionne un massacre et un butin. Le 14 du mois, soit le 10 octobre, Sippar est prise sans combat. Nabonide s’enfuit.
Deux jours plus tard, Ugbaru, gouverneur du Gutium, et l’armée de Cyrus entrent dans Babylone sans bataille. Cet Ugbaru, que l’on rapproche du Gobryas de Xénophon, serait un dignitaire babylonien passé aux Perses. Nabonide est pris peu après à son retour dans la ville. La chronique insiste sur l’ordre maintenu : des porteurs de boucliers du Gutium gardent les portes de l’Esagil, le grand temple de Marduk ; aucune cérémonie n’est interrompue, aucune date de fête manquée.
Les récits grecs et bibliques
Hérodote, un siècle plus tard, raconte une prise par ruse. Devant des murailles réputées imprenables, les Perses auraient détourné l’Euphrate dans un bassin, fait baisser le fleuve jusqu’à mi-cuisse et pénétré par son lit, pendant que les habitants célébraient une fête. Xénophon reprend le récit dans la Cyropédie. Le Livre de Daniel place la chute de la ville la nuit du festin où Balthazar voit une main tracer sur le mur les mots de sa condamnation. Les documents babyloniens ne confirment ni le détournement du fleuve ni la fête ; ils s’accordent avec ces récits sur un point, l’absence de siège.
L’entrée de Cyrus
Cyrus fait son entrée le 3 du mois d’arahsamnu, le 29 octobre. On étend des rameaux sur son passage, dit la chronique, et il proclame la paix pour la ville. Il nomme des gouverneurs, renvoie dans leurs sanctuaires les dieux que Nabonide avait rassemblés et associe son fils Cambyse aux rites du Nouvel An. Ugbaru meurt quelques jours après. Nabonide, selon une tradition tardive, aurait eu la vie sauve et reçu un domaine en Carmanie.
Le cylindre d’argile découvert en 1879 dans les ruines de Babylone porte la version du vainqueur. Marduk, irrité par l’impiété de Nabonide, a cherché dans tous les pays un prince juste, a pris Cyrus par la main et l’a fait entrer dans sa ville sans combat. Le roi y annonce le retour dans leurs foyers des populations déportées et la restauration de leurs temples. Le Livre d’Esdras rattache à cette politique l’édit qui autorise les Judéens, exilés depuis la prise de Jérusalem en 587, à rentrer et à rebâtir leur Temple.
Babylone n’est ni pillée ni détruite. Elle devient l’une des résidences royales de l’empire achéménide et sa satrapie la plus riche. Elle se révoltera sous Darius et sous Xerxès, puis ouvrira ses portes à Alexandre en 331.

12 octobre 633 : bataille de Hatfield Chase.
La bataille de Hatfield Chase, en vieil anglais Haethfelth, oppose les Northumbriens du roi Edwin à une coalition de Bretons du Gwynedd et de Merciens, conduits par Cadwallon ap Cadfan et par Penda. Edwin y est tué et son armée détruite. La Northumbrie, première puissance de l’île, s’effondre pour un an. Bède le Vénérable, qui écrit un siècle plus tard, date la rencontre du 12 octobre 633.
Edwin, maître de la Bretagne
La Northumbrie réunit deux royaumes angles, la Bernicie au nord et la Deira autour d’York. Æthelfrith de Bernicie les avait soumis tous deux et avait chassé l’héritier de Deira, Edwin, qui erra des années d’une cour à l’autre. En 616, le roi d’Est-Anglie Rædwald bat et tue Æthelfrith sur la rivière Idle et installe Edwin sur le trône. Les fils du vaincu, Eanfrith, Oswald et Oswiu, se réfugient chez les Pictes et les Scots.
Edwin étend son autorité plus loin qu’aucun roi anglo-saxon avant lui. Il annexe le petit royaume breton d’Elmet, impose son hégémonie aux royaumes du Sud à l’exception du Kent, dont il épouse une princesse, Æthelburh. Bède lui attribue la soumission des « îles Mévaniennes », Man et Anglesey, c’est-à-dire le cœur du Gwynedd. Une tradition galloise veut que Cadwallon, assiégé sur l’îlot de Glannauc, au large d’Anglesey, ait dû s’exiler en Irlande.
En 626, un émissaire du roi de Wessex tente de poignarder Edwin ; un de ses compagnons, Lilla, se jette devant la lame et meurt à sa place. L’année suivante, à Pâques, le roi reçoit le baptême à York des mains de Paulin, venu du Kent avec la reine. Il est le premier souverain chrétien de Northumbrie.
La coalition
Revenu d’exil, Cadwallon reprend son royaume, puis porte la guerre chez son ennemi. Il s’allie à Penda, chef de guerre mercien encore païen. Le rang de Penda à cette date est incertain : la Chronique anglo-saxonne le fait roi dès 626, Bède ne compte son règne qu’à partir de la bataille. Cadwallon est en tout cas le chef de l’alliance. Que le roi chrétien des Bretons se soit uni à un païen contre un Anglais baptisé indigne Bède, qui le dit plus cruel qu’un barbare.
L’historien David Kirby a proposé de voir dans cette campagne l’œuvre d’une coalition plus large de tous ceux qu’Edwin avait abaissés, y compris la lignée bernicienne en exil. L’hypothèse se heurte à la suite des événements : Cadwallon traitera les fils d’Æthelfrith en ennemis.
La bataille
Les armées se rencontrent dans une plaine marécageuse que la tradition situe à Hatfield Chase, au nord-est de Doncaster, près de la rivière Don. Les sources ne disent rien du déroulement. Osfrith, fils aîné d’Edwin, tombe avant son père. Le roi est tué à son tour, à 48 ans selon Bède. Un autre fils, Eadfrith, se rend à Penda, qui le fera mettre à mort plus tard malgré son serment. L’armée northumbrienne est massacrée ou dispersée.
La tête d’Edwin est portée à York et déposée dans l’église Saint-Pierre qu’il avait commencé de bâtir. Paulin embarque pour le Kent avec la reine Æthelburh, ses enfants et le trésor royal. L’Église qu’il avait fondée ne survit que par un diacre, Jacques, resté près de Catterick.
L’année funeste
La Northumbrie se scinde aussitôt. Osric, cousin d’Edwin, prend la Deira ; Eanfrith, rentré d’exil, la Bernicie. Tous deux abjurent le christianisme. Cadwallon ne se retire pas après sa victoire : il ravage le pays pendant un an, comme s’il voulait, écrit Bède, en exterminer la race. Osric est tué à l’été 634 en l’assiégeant dans une place forte. Eanfrith, venu demander la paix avec douze compagnons, est mis à mort. Les chroniqueurs northumbriens refuseront de compter les règnes de ces deux apostats et attribueront cette année au successeur.
Ce successeur est Oswald, frère d’Eanfrith, élevé au monastère d’Iona. À la fin de 634, avec une petite armée, il plante une croix de bois près du mur d’Hadrien, au lieu nommé Heavenfield, et attaque à l’aube. Cadwallon est tué dans la poursuite, au ruisseau de Denisesburn. Oswald réunit les deux royaumes et fait venir d’Iona le moine Aidan, qui fonde Lindisfarne. Penda, lui, demeure : il tuera Oswald à son tour en 642.
Edwin a été vénéré comme martyr ; sa fête est fixée au 12 octobre. Ses restes furent transférés plus tard à l’abbaye de Whitby.

12 octobre 1398 : traité de Salynas.
Le traité de Salynas fut signé le par le grand-duc de Lituanie Vytautas le Grand, d’une part, et le grand maître de l’ordre Teutonique Konrad von Jungingen, d’autre part, sur un îlot du fleuve Niémen, probablement entre Kulautuva et l’embouchure de la Nevėžis.
Par ce traité, Vytautas cède le duché de Samogitie aux chevaliers teutoniques. Ce territoire est très important pour les chevaliers puisqu’il relie les possessions de l’État monastique des chevaliers teutoniques de Prusse et de Livonie.
C’est la troisième fois après le traité de Königsberg en 1384 et traité de Lyck en 1390 que Vytautas promet la cession du territoire, et cette fois les chevaliers compte bien en prendre possession. Toutefois, la question de la Samogitie ne sera définitivement réglée qu’en 1422, cette fois en faveur de Lituaniens, avec la signature du traité de Melno.
12 octobre 1427 : bataille de Maclodio (Italie).
La bataille de Maclodio est livrée près du village du même nom, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Brescia, en Lombardie. Elle oppose l’armée du duc de Milan Filippo Maria Visconti, commandée par Carlo Malatesta, à celle de la ligue formée par Venise et Florence, conduite par Francesco Bussone, comte de Carmagnola. La victoire de la ligue est la seule que Venise remporte de façon décisive en rase campagne pendant les guerres de Lombardie. Elle contraint Milan à céder Brescia et Bergame par la paix de 1428.
Les origines de la guerre
Au début de 1420, Florence et Milan fixent par traité les limites de leurs zones d’influence. Florence obtient du duc qu’il ne franchisse pas, à l’ouest, la Magra, qui sépare la Lunigiana du territoire de Gênes, ni à l’est le Panaro, qui coule entre le Bolonais et le Modénais. Filippo Maria Visconti, qui a reconstitué en 10 ans l’État démembré à la mort de son père Gian Galeazzo, ne s’y tient pas longtemps. En mai 1423, il intervient à Forlì dans la succession des Ordelaffi, au-delà de la ligne convenue. Florence prend les armes. Le duc s’empare d’Imola le 1er février 1424 et ses capitaines écrasent l’armée florentine à Zagonara le 28 juillet suivant. Les défaites se succèdent pour la république toscane, qui cherche un allié.
Elle le trouve grâce à un transfuge. Francesco Bussone, né vers 1382 dans une famille de paysans de Carmagnola, en Piémont, avait fait ses premières armes sous Facino Cane avant de devenir le général de Visconti. En une dizaine d’années, il lui avait rendu la Lombardie, ville après ville, contre Pandolfo Malatesta, Gabrino Fondulo et les autres seigneurs qui s’étaient taillé des principautés. Le duc l’avait fait comte, l’avait marié à une Visconti, puis, redoutant sa puissance, l’avait écarté de l’armée en le nommant gouverneur de Gênes. N’obtenant même plus d’audience, Carmagnola quitte le duché, passe par la Savoie et arrive à Venise le 23 février 1425. Il y expose au doge Francesco Foscari les projets et les faiblesses de son ancien maître.
Niccolò Piccinino, jusque-là au service de Florence, fait le chemin inverse et rejoint Milan. En décembre 1425, Venise et Florence concluent leur ligue. Le marquis de Ferrare, le seigneur de Mantoue, le duc de Savoie et le roi d’Aragon s’y associent. Carmagnola reçoit le bâton de capitaine général de Saint-Marc et la guerre est déclarée au duc le 27 janvier 1426.
La première campagne et la paix manquée de 1426
Carmagnola entre dans Brescia en mars 1426, à la faveur d’un soulèvement des quartiers guelfes. Les citadelles résistent huit mois, entourées de tranchées et battues par les bombardes ; la dernière capitule le 20 novembre. C’est donc Venise, et non le duc, qui conquiert la ville cette année-là. Une flotte vénitienne remonte le Pô, tandis que les galères florentines croisent en mer Ligurienne.
Le pape Martin V s’entremet. La paix signée à Ferrare le 30 décembre 1426 attribue à Venise Brescia et son territoire. Visconti ratifie, puis refuse de livrer les forteresses promises, encouragé par les Milanais qui lui offrent de payer une nouvelle armée. Les hostilités reprennent au printemps 1427.
La campagne de 1427
L’été se passe en opérations indécises entre l’Oglio et le Pô. Carmagnola est surpris dans son camp à Gottolengo à la fin de mai, puis livre en juillet, près de Crémone, un combat confus dans la poussière où aucun des deux partis ne l’emporte. Le Sénat s’impatiente de la lenteur de son général, qui interrompt volontiers la campagne pour prendre les eaux. En septembre, l’armée de la ligue assiège Montichiari, encore tenue par les Milanais.
L’armée ducale réunit alors les meilleurs capitaines d’Italie : Francesco Sforza, Niccolò Piccinino, Angelo della Pergola, Guido Torelli. Aucun n’acceptant d’obéir à l’autre, Visconti leur donne pour chef Carlo Malatesta, seigneur de haute naissance mais sans autorité sur eux. Malatesta franchit l’Oglio, entre sur le territoire de Brescia et met le siège devant Urago d’Oglio, que défendent Leonardo et Antonio Martinengo avec huit bombardes. Le 8 octobre, le Sénat ordonne à Carmagnola de lever le siège de Montichiari pour se porter au secours de la place. Le 10, il occupe Maclodio après une courte résistance. Urago capitule peu après et les Milanais marchent à sa rencontre.
Les forces en présence
Les deux armées sont composées de compagnies soldées. Les états repris par l’historiographie italienne donnent aux Milanais 16 550 hommes, soit 8 550 cavaliers et 8 000 fantassins et arbalétriers. Les Vénitiens en comptent 16 830, dont 8 830 cavaliers ; le contingent florentin est évalué à 12 000 hommes pour toute la guerre, dont une partie seulement est présente. L’entretien de ces troupes coûte aux deux républiques environ 102 000 florins par mois. Carmagnola a auprès de lui Gianfrancesco Gonzaga, seigneur de Mantoue, et Niccolò da Tolentino, capitaine des Florentins.
Le terrain et le plan de Carmagnola
Maclodio est entouré de prairies inondées, de fossés d’irrigation et de bois. On n’y accède que par une chaussée longue, étroite et sinueuse, bordée de marais. Carmagnola établit un camp retranché à trois kilomètres des Milanais et passe la veille du combat à reconnaître les lieux. Il dissimule ses bombardes et ses arbalétriers dans les fourrés de part et d’autre de la chaussée, de façon à prendre sous des tirs croisés quiconque s’y engagera. Le gros de son infanterie se tient en retrait, face au débouché. Deux mille cavaliers, confiés à Niccolò da Tolentino, sont détachés au-delà du marais avec ordre de tomber sur les arrières de l’ennemi au signal.
Dans le camp ducal, les avis s’opposent. Les capitaines les plus anciens déconseillent d’attaquer dans un tel terrain. Les plus jeunes veulent en finir. Malatesta tranche pour l’attaque.
La bataille
L’action s’engage dans l’après-midi. La colonne milanaise s’avance sur la chaussée, que l’adversaire semble avoir laissée sans garde. Parvenue au milieu des marais, elle est assaillie sur ses deux flancs par une grêle de carreaux d’arbalète et de boulets. L’étroitesse du passage interdit tout changement de front ; les tireurs, séparés d’elle par l’eau, sont hors d’atteinte. Les rangs se mêlent, les chevaux s’embourbent, les compagnies de queue poussent celles de tête sans savoir ce qui se passe.
Carmagnola lance alors ses réserves contre la tête de colonne et fait donner le signal convenu. Les cavaliers de Tolentino débouchent sur les arrières et coupent la retraite. Le centre milanais, refoulé, se scinde en deux. Piccinino tente de dégager l’aile droite en se repliant vers Trenzano ; il est pris de flanc par un détachement que Carmagnola avait fait filer le long d’un fossé. Francesco Sforza, qui commande la réserve, contre-attaque, perce la ligne adverse et ralentit assez la poursuite pour que les rescapés atteignent Pompiano. Repoussés d’Orzinuovi, ils ne s’arrêtent qu’à Soncino, derrière l’Oglio.
Enfermé dans la nasse, Carlo Malatesta rend son épée. Avec lui se rendent huit mille hommes selon les uns, dix mille selon les autres. Les morts sont très peu nombreux, comme souvent dans ces rencontres entre professionnels lourdement armés et soucieux de rançons ; certains chroniqueurs assurent qu’il n’y en eut aucun. Tout le bagage, l’artillerie et les armes des vaincus restent aux mains des vainqueurs.
Les prisonniers relâchés
Dès le lendemain, les soldats de Carmagnola libèrent leurs captifs, selon l’usage des compagnies : un homme d’armes dépouillé de son cheval et de son armure n’a plus de valeur, et chacun sait qu’il peut se trouver demain dans la situation inverse. Les provéditeurs vénitiens protestent. Carmagnola fait relâcher ceux qui restaient. Visconti rééquipe ses troupes en quelques semaines avec les armes que lui fournissent les armuriers de Milan.
Le général ne marche pas non plus sur Crémone, restée sans défense, ni sur Milan. Venise le comble d’honneurs, lui donne un palais et un fief en pays bressan, mais ne lui pardonne pas d’avoir laissé échapper les fruits de sa victoire.
La paix de Ferrare
Martin V renvoie à Ferrare son légat, le cardinal Niccolò Albergati. La paix est signée en avril 1428. Venise garde Brescia et reçoit Bergame avec leurs territoires, y compris le val Camonica occupé pendant l’hiver. Sa frontière de terre ferme atteint désormais l’Adda. Milan conserve la Ghiara d’Adda, Caravaggio, Treviglio et Lecco. Le duc rend à Carmagnola sa femme, ses filles et ses biens, retenus en Lombardie depuis sa fuite. Bergame prête hommage à la Sérénissime au début de juillet.
La guerre reprend en 1431. Carmagnola se laisse surprendre à Soncino par Sforza, puis assiste sans intervenir, depuis la rive, à la destruction de la flotte vénitienne du Pô devant Crémone, en juin. Il manque ensuite une occasion d’enlever la ville. Le Conseil des Dix, qui sait qu’il reçoit des émissaires de Visconti, le convoque à Venise sous prétexte de préparer la campagne suivante. Arrêté au palais ducal le 7 avril 1432, mis à la torture, il est décapité le 5 mai entre les deux colonnes de la Piazzetta, un bâillon dans la bouche.
Les guerres de Lombardie se prolongent jusqu’à la paix de Lodi, en 1454, qui consacre la frontière de l’Adda. Alessandro Manzoni a tiré de l’histoire du condottière une tragédie, Il Conte di Carmagnola, publiée en 1820. Le chœur du deuxième acte, consacré à Maclodio, déplore une bataille où des Italiens tuent des Italiens sous le regard de l’étranger.

12 octobre 1428 : début du siège d’Orléans (guerre de Cent Ans).
Le 12 octobre 1428, l’armée du comte de Salisbury arrive devant Orléans par la rive gauche de la Loire. Le siège dure près de 7 mois. Les Anglais sont près d’emporter la ville, verrou du fleuve et porte des provinces restées fidèles à Charles VII, quand l’arrivée de Jeanne d’Arc, le 29 avril 1429, renverse la situation en 9 jours.
Le royaume coupé en deux
Depuis le traité de Troyes de 1420, le roi d’Angleterre se dit roi de France. Henri VI n’a que 6 ans ; son oncle, le duc de Bedford, gouverne en son nom Paris, la Normandie et, avec l’allié bourguignon, la moitié nord du royaume. Charles VII, que ses adversaires appellent par dérision le roi de Bourges, tient les pays au sud de la Loire. La défaite de Verneuil, en 1424, lui a coûté sa dernière armée de campagne.
La Loire sert de frontière et les ponts y sont rares. Pour porter la guerre en Berry et en Poitou, les Anglais doivent en saisir un. Bedford penchait pour Angers. Thomas Montagu, comte de Salisbury, le meilleur capitaine anglais de sa génération, choisit Orléans, plus proche de Paris et de Bourges. Il débarque à Calais en juillet 1428 avec environ 2 700 hommes levés en Angleterre, 450 hommes d’armes et 2 250 archers, que grossissent des contingents tirés de Normandie et d’Île-de-France.
La ville appartient au duc Charles d’Orléans, prisonnier en Angleterre depuis Azincourt. Attaquer les terres d’un captif, qui ne peut les défendre, heurte les usages de la guerre. Les contemporains le relèvent, et Bedford lui-même écrira plus tard que le siège fut entrepris « Dieu sait par quel conseil ».
Salisbury commence par isoler la place. Il prend en août et septembre une quarantaine de villes et de châteaux de Beauce, dont Janville, Toury, Artenay et Patay. Il s’empare ensuite des passages de la Loire en aval et en amont : Meung et Beaugency en septembre, Jargeau et Châteauneuf au début d’octobre. Olivet, au sud, tombe le 7 octobre.
Orléans compte une vingtaine de milliers d’habitants à l’abri d’une enceinte de 34 tours, percée de 5 portes et armée de quelque 70 bouches à feu. Le pont, long de 19 arches, aboutit sur la rive gauche au châtelet des Tourelles, 2 tours reliées par une voûte, que couvre vers le sud un boulevard de terre et de fascines. Le gouverneur, Raoul de Gaucourt, ancien défenseur d’Harfleur, a fait raser le faubourg du Portereau et le couvent des Augustins, qui faisait face à l’entrée du pont, pour n’y laisser aucun abri.
Le mardi 12 octobre, les Anglais paraissent au Portereau. Ils s’établissent dans les ruines des Augustins, qu’ils transforment en bastille, et ouvrent le feu sur les Tourelles et sur la ville avec leurs bombardes, dont l’une lance des boulets de pierre de plus de 100 livres. Les 12 moulins flottants de la Loire sont détruits ; les Orléanais montent des moulins à chevaux.
Le 21 octobre, un assaut général contre le boulevard des Tourelles échoue après quatre heures de combat. Le Journal du siège rapporte que les femmes de la ville y portèrent aux défenseurs de l’huile et de la graisse bouillantes, de la chaux et des cendres chaudes. Les Anglais minent alors l’ouvrage. Les Français l’évacuent le 23 et se retirent dans les Tourelles, qui sont emportées le lendemain. La garnison rompt deux arches derrière elle et élève un nouveau boulevard sur le pont même, à la Belle-Croix.
Le soir de ce succès, Salisbury monte dans une des tours pour examiner la ville. Un boulet tiré de la tour Notre-Dame frappe l’embrasure ; un éclat lui emporte une partie du visage. Transporté à Meung, il meurt le 3 novembre. Son armée perd le seul chef capable de mener l’entreprise à bien. William Glasdale, que les Français nomment Glacidas, reçoit la garde des Tourelles.
Le 25 octobre, le bâtard d’Orléans, demi-frère du duc captif et futur comte de Dunois, entre dans la ville avec le maréchal de Boussac, La Hire et 800 hommes.
Le comte de Suffolk, William de la Pole, succède à Salisbury et prend ses quartiers d’hiver, ne laissant devant la place que la garnison des Tourelles. Les Orléanais en profitent, de novembre à la fin de décembre, pour abattre tous les faubourgs de la rive droite. Une vingtaine d’églises et de chapelles disparaissent, dont la collégiale Saint-Aignan.
John Talbot et lord Scales arrivent le 1er décembre avec des renforts et de l’artillerie. Le 30, le gros de l’armée s’installe sur la rive droite, à l’ouest de la ville, autour de la bastille Saint-Laurent. Les assiégeants, qui ne dépassent guère 4 à 5 000 hommes avec leurs auxiliaires bourguignons, ne peuvent ceinturer une enceinte de cette étendue. Ils élèvent pendant l’hiver une chaîne d’ouvrages : Saint-Laurent, la Croix-Boissée, puis les bastilles dites de Londres, de Rouen et de Paris, qui barrent les routes de Blois, de Châteaudun et de Paris. À l’est, il n’existe qu’un seul ouvrage, Saint-Loup, élevé en mars. Sur la rive gauche, Saint-Privé et Saint-Jean-le-Blanc flanquent l’ensemble des Augustins et des Tourelles. Le côté oriental reste ouvert, et la porte de Bourgogne reçoit jusqu’au bout vivres et renforts.
L’hiver se passe en canonnades et en escarmouches. Un couleuvrinier lorrain, maître Jean, se rend célèbre par la précision de son tir depuis le boulevard de la Belle-Croix. Le jour de Noël, une trêve de quelques heures est conclue ; les ménétriers de la ville jouent pour les Anglais.
Au début de février 1429, le comte de Clermont amène de Blois une armée de secours. Apprenant qu’un convoi de trois cents chariots, chargés surtout de harengs pour le carême, monte de Paris sous la conduite de sir John Fastolf, les Français décident de l’intercepter. Le 12 février, à Rouvray, Fastolf forme ses voitures en enceinte et place ses archers derrière des pieux. Les Écossais de John Stuart de Darnley mettent pied à terre et attaquent sans attendre Clermont. Ils sont décimés ; Stuart est tué, le bâtard d’Orléans blessé. Clermont se retire sans combattre et quitte Orléans quelques jours plus tard avec deux mille hommes.
La ville se croit abandonnée. Ses bourgeois envoient Xaintrailles proposer au duc de Bourgogne de la prendre en garde. Philippe le Bon accepte, Bedford refuse sèchement de laisser à un autre le fruit de ses efforts, et le duc rappelle son contingent, qui quitte le siège le 17 avril.
Des prophéties couraient depuis des années sur une vierge venue des marches de Lorraine qui relèverait le royaume. Partie de Vaucouleurs avec l’escorte que lui donne Robert de Baudricourt, Jeanne arrive à Chinon à la fin de février ou au début de mars, selon les reconstitutions. Charles VII la fait examiner trois semaines par les docteurs réunis à Poitiers, qui ne trouvent en elle « que bien ». De Poitiers, elle dicte le 22 mars sa lettre de sommation aux Anglais, où elle se nomme la Pucelle. On lui fait faire une armure à Tours ; elle reçoit un étendard, un écuyer, des pages et deux hérauts.
À Blois se rassemble un convoi de vivres commandé par le maréchal de Boussac et Gilles de Rais. Il part le 27 avril, précédé de prêtres chantant le Veni Creator. Jeanne voulait marcher par la Beauce, droit sur les bastilles de Talbot. Les capitaines passent par la Sologne sans le lui dire et atteignent la Loire en amont de la ville, à hauteur de Chécy. Le Bâtard traverse le fleuve à sa rencontre. Elle lui reproche vivement le détour. Le vent, contraire, empêchait les chalands de remonter de la ville ; il tourne brusquement, ce que les témoins du procès en nullité rapporteront comme un signe. Les vivres sont embarqués pendant qu’une sortie occupe la garnison de Saint-Loup.
Jeanne entre dans Orléans par la porte de Bourgogne le vendredi 29 avril, vers 20 h 00, à cheval aux côtés du Bâtard, au milieu d’une foule qui se presse pour toucher sa monture. Elle loge chez Jacques Boucher, trésorier du duc.
Les jours suivants, elle somme de nouveau les Anglais, qui retiennent un de ses hérauts et la traitent de vachère et de ribaude. Le 1er mai, le Bâtard part pour Blois chercher le reste de l’armée ; il rentre le 4 au matin par la Beauce, sans que Talbot ose l’arrêter.
Le même jour, vers midi, les capitaines attaquent la bastille Saint-Loup sans prévenir Jeanne. Réveillée en sursaut, elle se fait armer, galope vers la porte de Bourgogne et arrive avec son étendard au moment où l’assaut faiblit. L’ouvrage est emporté en trois heures. Les Anglais y laissent environ 140 morts et 40 prisonniers. Talbot, sorti de la bastille de Paris pour faire diversion, rentre dans ses lignes en voyant les flammes.
Le 5 mai, jour de l’Ascension, on ne se bat pas. Jeanne fait lancer par un archer une dernière lettre aux Tourelles. Le conseil décide de porter l’effort sur la rive gauche.
Le 6 au matin, la troupe et les milices de la ville passent en barques sur l’île aux Toiles, puis sur la rive par un pont de bateaux. Glasdale a évacué Saint-Jean-le-Blanc et concentré son monde aux Augustins. Un premier mouvement tourne mal : une sortie anglaise provoque une panique vers les barques. Jeanne et La Hire font volte-face, lance couchée, et entraînent les autres. La bastille des Augustins est enlevée avant la nuit et incendiée sur l’ordre de Jeanne, pour couper court au pillage. Elle-même s’est blessé le pied sur une chausse-trape.
Le samedi 7 mai, malgré l’avis des capitaines qui voulaient attendre, l’assaut du boulevard des Tourelles commence à l’aube. Vers midi, alors qu’elle dresse une échelle, Jeanne reçoit un trait d’arbalète entre le cou et l’épaule, comme elle l’avait annoncé la veille à son confesseur Jean Pasquerel. On la panse à l’écart avec de l’huile d’olive et du lard. Au soir, le Bâtard fait sonner la retraite. Elle lui demande d’attendre, se retire un quart d’heure dans une vigne pour prier, puis revient au fossé. Lorsque son étendard touche le rempart, elle crie aux soldats que tout est à eux. Le boulevard est submergé.
Au même moment, les Orléanais ont jeté une poutre sur l’arche rompue et attaquent les Tourelles par le nord. Un chaland chargé de fagots et de poix, amarré sous le pont-levis qui relie le boulevard au châtelet, y met le feu. Le tablier s’effondre sous Glasdale et ses hommes d’armes, qui se noient dans leur armure. Des 7 à 800 hommes de la garnison, 4 à 500 sont tués ou noyés et les autres pris. Jeanne rentre dans la ville par le pont, au son des cloches.
Le dimanche 8 mai, Suffolk et Talbot font sortir leurs troupes des bastilles de l’ouest et les rangent en bataille. Les Français se déploient en face. Jeanne interdit d’attaquer un dimanche et fait dire la messe en plein champ. Au bout d’une heure, les Anglais se retirent en bon ordre vers Meung et Jargeau, abandonnant leurs malades, leurs vivres et leur grosse artillerie. Une procession d’action de grâces parcourt la ville ; elle est à l’origine des fêtes célébrées depuis à Orléans chaque 8 mai.
Les Anglais tenaient encore les places du fleuve. Après un mois de préparatifs, l’armée placée sous le duc d’Alençon, avec Jeanne, prend Jargeau le 12 juin, où Suffolk est fait prisonnier, le pont de Meung le 15 et Beaugency le 17. Le connétable de Richemont, alors en disgrâce, rejoint l’armée malgré la défense du roi. Le 18 juin, à Patay, l’avant-garde de La Hire et de Xaintrailles surprend les archers anglais avant qu’ils aient planté leurs pieux. Talbot et Scales sont pris, Fastolf s’enfuit ; l’armée de secours venue de Paris est détruite.
Charles VII se laisse alors convaincre de marcher sur Reims à travers un pays tenu par les Bourguignons. Parti de Gien le 29 juin, il compose avec Auxerre, obtient la soumission de Troyes le 10 juillet après quelques jours de siège, celle de Châlons le 14, et entre à Reims le 16. Il y est sacré le dimanche 17 juillet 1429, Jeanne debout près de lui avec son étendard.

Une armée de renforts anglais se précipita de Paris, sous les ordres de John Talbot. Elle fut défaite à la bataille de Patay peu de temps après (). Ce fut la première victoire significative sur le terrain pour les armes françaises depuis des années. Les commandants anglais, le comte de Suffolk et lord Talbot, furent faits prisonniers au cours de cette campagne. Ce ne fut qu’après toutes ces victoires que le dauphin Charles se sentit suffisamment en sécurité pour accéder à la demande de Jeanne, la marche sur Reims.
Après quelques préparatifs, la marche sur Reims commença à Gien le , le dauphin suivant Jeanne et l’armée française à travers le territoire de Champagne, dangereusement occupé par les Bourguignons. Bien qu’Auxerre (1er) fermât ses portes et refusât l’entrée, Saint-Florentin () le fit, après quelque résistance, ainsi que Troyes (11 juillet) et Châlons-en-Champagne (15 juillet). Ils arrivèrent à Reims le lendemain et le dauphin Charles, avec Jeanne à ses côtés, fut finalement sacré roi de France, sous le nom de Charles VII, le .

12 octobre 1654 : explosion de la poudrière de Delft.
Le lundi 12 octobre 1654, vers 10 h 30 du matin, le magasin à poudre des États de Hollande explose au cœur de Delft. Un quart de la ville est détruit. Les Néerlandais nomment la catastrophe le « coup de tonnerre de Delft ». Elle est restée la référence des accidents pyrotechniques de l’époque moderne et a conduit les Provinces-Unies à éloigner leurs poudrières des villes.
Delft, entre La Haye et Rotterdam, abrite depuis la guerre d’indépendance contre l’Espagne une partie des arsenaux de la province. Le principal dépôt de poudre a été aménagé dans les caves de l’ancien couvent des Clarisses, sécularisé à la Réforme, dans le quartier du Doelen, au nord-est de la ville. Les habitants en savent peu de chose ; on l’appelle le secret de Hollande.
La première guerre contre l’Angleterre vient de se terminer, en avril 1654, par le traité de Westminster. Les magasins sont pleins. Celui de Delft contient entre 80 000 et 90 000 livres de poudre noire, une quarantaine de tonnes, en barils.
Ce matin-là, le garde-magasin Cornelis Soetens se rend au dépôt avec un visiteur pour y prélever un échantillon. Il porte une lanterne. On ne saura jamais ce qui s’est passé ; aucun des deux hommes n’a été retrouvé. Les témoins décrivent plusieurs détonations successives, puis un nuage qui couvre la ville.
À l’emplacement du couvent s’ouvre un cratère que l’eau remplit aussitôt. Autour, les rues ont disparu : plus de 200 maisons sont rasées, plusieurs centaines d’autres éventrées, les toits soufflés et les vitres brisées jusqu’aux remparts. Les deux grandes églises perdent leurs vitraux. Une école voisine s’effondre sur ses élèves. Le bruit est entendu, dit-on, jusqu’à l’île de Texel, à plus de 100 km au nord.
Le nombre des morts n’a jamais été établi. On retire des décombres une centaine de corps, mais beaucoup de victimes ont été ensevelies ou pulvérisées ; les blessés se comptent par milliers. Le bilan aurait été bien pire si une partie des habitants ne s’était trouvée ce lundi au marché de Schiedam et à la foire de La Haye.
Parmi les morts figure le peintre Carel Fabritius, 32 ans, le plus doué des élèves de Rembrandt, établi à Delft depuis quelques années. Il travaillait dans son atelier au portrait du sacristain de la Vieille Église. On le retire vivant des ruines, plusieurs heures après ; il meurt peu après à l’hôpital. Presque toute son œuvre disparaît avec la maison. Il en reste une douzaine de tableaux, dont Le Chardonneret, daté de cette même année 1654. Le jeune Johannes Vermeer, inscrit l’année précédente à la guilde de Saint-Luc de Delft, est sorti indemne de la catastrophe.
Le peintre Egbert van der Poel, qui habitait le quartier, a représenté la ville en ruine dans plus de vingt tableaux, tous datés du jour de l’explosion.
Les États de Hollande et la ville organisent les secours et une collecte dans toute la province. Le quartier est rebâti, mais l’emplacement du couvent reste vide : il devient le marché aux chevaux, où s’exerceront plus tard les artilleurs. Une nouvelle poudrière est élevée en 1660, hors des murs, au bord de la Schie, à plus d’un kilomètre des habitations, sur les plans de l’architecte Pieter Post. Elle existe toujours.
La leçon ne vaut pas pour tous. Le 12 janvier 1807, un bateau chargé de poudre saute en plein centre de Leyde et fait plus de 150 morts.

12 octobre 1748 : bataille de la Havane.
La bataille de La Havane oppose, au large de Cuba, l’escadre britannique de la Jamaïque du contre-amiral Charles Knowles à l’escadre espagnole de La Havane de l’amiral Andrés Reggio. C’est le dernier combat de la guerre de l’Oreille de Jenkins, ouverte en 1739 et fondue depuis dans la guerre de Succession d’Autriche. Les Britanniques, restés au calendrier julien, le datent du 1er octobre 1748.
Le conflit anglo-espagnol était né de la contrebande britannique dans les colonies d’Amérique et des visites des garde-côtes espagnols. Après la prise de Porto Bello par Vernon en 1739 et le désastre de Carthagène des Indes en 1741, les deux marines, à bout de moyens, n’avaient plus rien tenté de grand dans la mer des Caraïbes.
Charles Knowles, ancien gouverneur de Louisbourg, prend le commandement de la station de la Jamaïque à la fin de 1747. Au printemps 1748, il enlève le fort Saint-Louis, sur la côte sud de Saint-Domingue, puis échoue devant Santiago de Cuba, dont une estacade barre la passe. Il se met alors en croisière dans le détroit de Floride pour guetter la flotte de la Nouvelle-Espagne, qui doit porter de Veracruz à La Havane l’argent du Mexique.
Les préliminaires de paix ont été signés à Aix-la-Chapelle le 30 avril et l’Espagne y a adhéré en juin. La nouvelle n’a pas encore atteint les amiraux sous une forme qui les lie. Averti de la présence anglaise, Andrés Reggio, Sicilien entré jeune au service de l’Espagne, sort de La Havane au début d’octobre pour couvrir l’arrivée du convoi.
Knowles a 7 bâtiments : le Cornwall, de 80 canons, qui porte sa marque, le Lenox, le Tilbury, le Strafford, le Warwick, le Canterbury et l’Oxford, de 50 à 70 canons. Reggio en aligne six, l’África, de 70 canons, son vaisseau amiral, l’Invencible, de 74, où se tient son second Benito Spínola, le Conquistador, le Dragón, la Nueva España et la Real Familia, de 64 canons, plus la frégate Galga, armée par des particuliers.
Le combat
Les deux forces s’aperçoivent au matin du 12 octobre entre les Tortugas et La Havane. Les Espagnols se forment en ligne autour du Dragón, qu’une voie d’eau ralentit ; la Galga se tient hors de la ligne. Knowles, au vent, laisse porter sans attendre que sa propre ligne soit formée. Vers deux heures et demie de l’après-midi, ses deux vaisseaux de tête, le Canterbury et le Warwick, arrivent seuls à portée et essuient le feu du centre espagnol pendant que les autres traînent à l’arrière.
Le Cornwall retient son feu jusqu’à portée de pistolet, puis lâche sa bordée dans l’África peu après quatre heures. Il y perd son grand mât de hune et doit se laisser dériver pour réparer. Le Conquistador, désemparé, amène son pavillon devant le Strafford ; son commandant, Tomás de San Justo, a été tué. Comme aucun canot ne vient l’amariner, Reggio le force à coups de canon à rehisser ses couleurs, et il faut le réduire une seconde fois. Le Dragón a quitté la ligne. À la nuit, l’África et l’Invencible, très maltraités, soutiennent seuls le combat avant de rompre vers la côte.
Quatre vaisseaux espagnols rentrent à La Havane. L’África, démâté, mouille dans une anse à quelques lieues à l’est du port. Deux jours plus tard, à l’approche du Cornwall et du Strafford, son équipage l’incendie et gagne la terre en chaloupes. Les Britanniques comptent 59 tués et 120 blessés ; les pertes espagnoles sont plus lourdes.
Un combat pour rien
Knowles reprend son blocus et se flatte, dans sa dépêche, d’avoir enfermé l’ennemi au port. Il apprend peu après, par un bâtiment espagnol, que les hostilités ont cessé. La flotte du trésor est passée sans encombre. Le traité définitif est signé à Aix-la-Chapelle le 18 octobre, six jours après la bataille ; la nouvelle du combat embarrasse les deux cours plus qu’elle ne les émeut.
En Espagne, Reggio comparaît devant un conseil de guerre sur une trentaine de chefs d’accusation. Il est acquitté, félicité par le roi et finira capitaine général de la Marine.
À Londres, quatre capitaines accusent Knowles d’avoir engagé l’action en désordre et de n’avoir pas changé de vaisseau quand le sien fut désemparé. La cour martiale, réunie à Deptford en décembre 1749, lui inflige une réprimande. Il fait à son tour juger ses subordonnés. L’affaire dégénère en une série de duels. Knowles échange des coups de pistolet avec le capitaine Holmes, sans dommage. Le capitaine Innes, du Warwick, est tué par le capitaine Clarke, du Canterbury. George II doit interdire aux officiers de poursuivre la querelle. Knowles n’en fera pas moins carrière : gouverneur de la Jamaïque en 1752, il terminera au service de Catherine II, dont il réorganisera les arsenaux.

12 octobre 1787 : bataille de Kinbourn (guerre russo-turque).
La bataille de Kinbourn a lieu le 12 octobre 1787 du calendrier grégorien, le 1er octobre du calendrier julien alors en usage en Russie. Sur une flèche de sable de l’estuaire du Dniepr, Alexandre Souvorov anéantit un corps de débarquement ottoman. C’est le premier combat terrestre de la guerre russo-turque de 1787-1792.
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Depuis l’annexion de la Crimée en 1783, la Russie s’installe sur la mer Noire. Le voyage triomphal de Catherine II dans ses nouvelles provinces, au printemps 1787, décide la Porte : elle exige la restitution de la Crimée, enferme l’ambassadeur russe aux Sept-Tours et déclare la guerre en août.
La forteresse de Kinbourn occupe l’extrémité d’une langue de sable longue de plusieurs kilomètres, qui ferme au sud le liman du Dniepr. En face, à portée de vue, se dresse la place turque d’Otchakov. Qui tient Kinbourn commande l’entrée de l’estuaire et l’accès à Kherson, où la flotte de la mer Noire a ses chantiers. L’ouvrage est médiocre : des levées de terre et un fossé que le sable et l’eau empêchent de creuser profondément.
Potemkine en confie la défense à Souvorov, alors général en chef. Celui-ci dispose dans la place d’environ 1 500 fantassins et d’une artillerie nombreuse mais de faible portée. À trente verstes en arrière, il tient en réserve quelque 2 500 fantassins, de la cavalerie légère et des cosaques du Don, avec des canons de campagne.
La flotte ottomane d’Otchakov compte des vaisseaux de 60 canons, des frégates, des batteries flottantes et des canonnières, soit plusieurs centaines de pièces. Elle bombarde Kinbourn à plusieurs reprises en septembre. Le 26, une galère russe, la Desna, commandée par l’enseigne maltais Lombard, se jette seule au milieu des bâtiments turcs et les fait reculer, à la colère feinte et à la satisfaction réelle de Souvorov.
Le débarquement
Le 12 octobre, à neuf heures du matin, sous la protection des canons de la flotte, les Turcs mettent à terre à la pointe de la flèche entre 5 et 6 000 hommes, janissaires pour la plupart. Le pacha d’Otchakov fait ensuite éloigner les transports, pour ôter aux siens toute idée de retraite. Conseillés par des ingénieurs étrangers, les assaillants progressent vers la forteresse en creusant quinze tranchées successives en travers de la langue de terre. L’eau affleure ; ils élèvent des parapets de sacs de sable.
C’est la fête de l’Intercession. Souvorov assiste à l’office dans l’église de la place et défend de tirer. Aux officiers qui le pressent, il répond de laisser tout le monde débarquer.
Trois attaques
Vers une heure de l’après-midi, les Turcs sont à 200 pas du glacis. Souvorov donne le signal par une salve de toute l’artillerie. Les régiments d’Orlov et de Schlüsselbourg sortent de la place à la baïonnette, appuyés par les cosaques. Ils enlèvent dix tranchées sur quinze. Mais la flèche se resserre vers la pointe ; les Russes, entassés, y sont pris sous le feu de flanc des navires. Le général Reck, qui mène l’attaque, est blessé. La ligne reflue.
Souvorov a un cheval tué sous lui. Resté à pied en avant de ses hommes, il est assailli par des janissaires et ne doit la vie qu’au grenadier Stepan Novikov, du régiment de Schlüsselbourg, qui en abat deux. Une mitraille l’atteint au flanc, sous le cœur ; on le croit mort. Il se fait panser et revient.
Une deuxième attaque, avec les bataillons rappelés de l’arrière, échoue de la même manière. Vers quatre heures, les dernières réserves arrivent. Souvorov engage tout ce qui lui reste. Pendant que l’infanterie attaque de front, la cavalerie légère et les cosaques passent par les hauts-fonds, de l’eau jusqu’au poitrail, et tombent sur le flanc et les arrières. Les canons régimentaires tirent à mitraille à bout portant. Les Turcs, chassés de tranchée en tranchée, sont acculés à la pointe ; la flotte doit cesser le feu pour ne pas les frapper. Souvorov reçoit une balle dans le bras gauche. À la nuit, les survivants sont dans l’eau jusqu’au cou.
Le bilan
6 à 700 hommes regagnent les navires dans les chaloupes. Plusieurs centaines d’autres, cachés dans les roseaux, sont débusqués au matin par les cosaques. Les pertes ottomanes sont évaluées à 4 000 hommes au moins. Les Russes ont 2 officiers et 136 soldats tués, 17 officiers et environ 300 soldats blessés.
Souvorov écrit à Potemkine son admiration pour l’adversaire, qu’il n’avait jamais vu se battre avec une telle opiniâtreté. Catherine II lui envoie l’ordre de Saint-André, le premier de l’Empire, et une aigrette de diamants. Une médaille d’argent frappée pour l’occasion est remise à vingt soldats désignés par leurs camarades, usage alors sans précédent dans l’armée russe.
La Porte renonce à forcer le liman. L’année suivante, la flottille russe y détruit la flotte ottomane et Potemkine assiège Otchakov, prise d’assaut en décembre 1788. Kinbourn reparaît dans l’histoire militaire le 17 octobre 1855 : les batteries flottantes cuirassées de la marine française y réduisent la forteresse au silence en quelques heures, première épreuve au feu du navire cuirassé.

12 octobre 1793 : les Vendéens s’emparent de l’île de Noirmoutier.
Au début du mois d’octobre 1793, l’armée d’Anjou et du Haut-Poitou est en difficulté dans les environs de Cholet. Le généralissime d’Elbée et le général Bonchamps envoient plusieurs courriers à Charette pour lui demander d’attaquer l’Armée de Mayence sur ses arrières, mais ils n’obtiennent aucune réponse.
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Charette ignore ou ne reçoit pas ces appels à l’aide. Après son échec du 30 septembre, il décide de lancer une nouvelle attaque contre l’île de Noirmoutier. Le 9 octobre, il rassemble ses troupes à Legé, puis il se porte en direction de Machecoul, avant de gagner l’île de Bouin dans la nuit du 11 au 12 octobre. Après son départ, Legé est occupée par une colonne républicaine de 3 000 hommes commandée par le général Haxo
Les effectifs des belligérants sont mal connus. Du côté des Vendéens, Charette est à la tête de 3 000 hommes d’après Le Bouvier-Desmortiers et les sources royalistes. Dans ses mémoires, François Piet, alors officier dans l’armée républicaine et juge de paix du canton de Noirmoutier dans les années 1830, parle de 10 000 hommes. Legrand, avoué de Paris, évoque 15 000 à 20 000 assaillants dans un « mémoire pour la veuve et les enfants de Wieland », adressé à l’an VI au ministre de la guerre.
Du côté des républicains, le général Beysser laisse en avril à Noirmoutier une garnison de 200 hommes sous les ordres du chef de bataillon Jean-Conrad Wieland. Peu après, il demande 200 hommes supplémentaires, mais il n’est pas certain que la garnison ait été renforcée. Une compagnie de 60 canonniers avaient également été formée en avril par Beysser et placée sous le commandement d’un négociant de l’île, François Richer. Ce dernier avait également demandé en mai la formation d’une deuxième compagnie, nécessaire selon lui pour servir efficacement les sept batteries de Noirmoutier. Le royaliste Le Bouvier-Desmortiers porte quant à lui le nombre des républicains à 800 au moment de l’attaque des troupes de Charette. Le gros des troupes est constitué du 5e bataillon de volontaires de la Manche.
Après avoir campé à Bouin, les Vendéens s’engagent sur le passage du Gois dans la nuit du 11 au 12 octobre, à 1 ou 2 heures du matin. Charette décide cette fois de s’engager à la marée montante afin que ses troupes n’aient pas la possibilité de reculer. Pour ne pas s’égarer, il suit probablement la chaussée naturelle, balisée quelques mois plus tôt.
Vers une heure du matin, les Vendéens abordent l’île sans encombre et prennent d’assaut la batterie de La Bassotière, qui couvre l’entrée du passage du Gois. François Richer, le commandant de la garde nationale, y trouve la mort. Selon Le Bouvier-Desmortiers, il est abattu par Charette lui-même, d’un coup de carabine. Les autres batteries sont ensuite conquises, probablement avec l’aide des habitants de Barbâtre, et au petit matin, tout le sud de l’île est aux mains des Vendéens.
Pendant ce temps, au nord de l’île, dans la ville de Noirmoutier-en-l’Île, le commandant Wieland gagne le port de la Chaise, où il organise l’embarquement et l’évacuation vers Nantes de sa femme et de ses enfants. Cependant, les républicains pensent qu’il tente de s’enfuir, ce qui provoque un mouvement de panique. Certains fuyards se jettent sur toutes les barques disponibles et prennent le large. Wieland regagne alors la ville et s’enferme à l’intérieur du château avec ses troupes.
Les Vendéens font ensuite leur apparition et s’emparent de la ville sans rencontrer de résistance. Impressionné par le nombre de ses adversaires, un détachement d’une centaine de volontaires du 5e bataillon de la Manche avec deux canons prend la fuite sans combattre. Les Vendéens pillent les boutiques et les maisons des patriotes et selon les mémoires de François Piet, les malades républicains trouvés dans l’hôpital de Noirmoutier sont massacrés.
Encerclé dans le château, sans réserves de vivres et de munitions, le commandant Wieland capitule. D’après Le Bouvier-Desmortiers, Charette impose une reddition en six points. Les républicains livrent l’île et remettent leurs armes, leurs canons et leurs navires. La garnison est prisonnière de guerre et est enfermée dans le château. Wieland remet son sabre à Charette, qui le lui rend.
Charette reste trois jours à Noirmoutier, où il forme une administration royaliste. René de Tinguy est nommé gouverneur de l’île, avec pour second Dubois de la Guignardière. Alexandre Pineau du Pavillon est nommé commandant de la garnison et Louis François Lefebvre commandant de la flottille, constituée des navires trouvés à Noirmoutier.
Le 15 octobre, Charette laisse environ 1 500 hommes à Noirmoutier et regagne Bouin avec un nombre à peu près égal de combattants. Il quitte Bouin le 16 ou le 17 octobre et y laisse les prisonniers républicains sous la garde d’un de ses officiers, François Pajot. Malgré la capitulation, ce dernier en fait exécuter au moins deux cents les 17 et 18 octobre.
Vers fin octobre ou début novembre 1793, Maurice d’Elbée, l’ancien généralissime de l’Armée catholique et royale, grièvement blessé à la bataille de Cholet et escorté par une troupe commandée par Pierre Cathelineau, rencontre Charette à Touvois. Sur les conseils de ce dernier, d’Elbée part trouver refuge à l’île de Noirmoutier, qu’il atteint le 2 ou le 3 novembre.
L’état-major de l’Armée de l’Ouest, commandée par le général Jean Léchelle, est informé de la perte de Noirmoutier le 13 octobre. Le général Kléber écrit dans ses mémoires : « Pendant que nous étions ainsi rassemblés, les représentants du peuple reçurent l’avis que les Brigands s’étaient emparés de l’île de Noirmoutier ; tout le monde fut alarmé de cet événement, parce qu’on craignait que, communiquant librement avec les Anglais, les Rebelles n’en tirassent des secours qui pourraient nous devenir très préjudiciables. Léchelle ne proféra pas un mot, mais, fatigué d’en entendre parler, il demanda : « Qu’est-ce donc que ce Noirmoutier ? où est cela ? » On lui répondit que c’était une île. « Ah! oui, oui, dit-il, une île, une île » ; et, honteux d’en demander davantage, il n’en fut pas plus instruit. »
À Paris, la nouvelle de la prise de l’île de Noirmoutier provoque l’inquiétude du Comité de Salut public, qui craint qu’elle ne permette aux Vendéens de recevoir l’aide des Britanniques. Le 18 octobre, le conseil exécutif reçoit un arrêté signé de Barère, Prieur de la Côte d’Or, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, Robespierre et Hérault de Séchelles lui donnant l’ordre de « prendre toutes les mesures nécessaires pour faire attaquer le plus tôt possible l’île de Noirmoutier, en chasser les brigands et en assurer la possession à la République ». Le 21 octobre, le Comité de Salut public enjoint aux représentants en mission Prieur de la Marne et Jeanbon Saint-André de « reprendre l’île ou de l’engloutir dans la mer ».
12 octobre 1798 : bataille de Nicopolis.
La bataille de Nicopolis également appelée bataille de Préveza, a lieu le , pendant les guerres de la Révolution française entre l’isthme de Nicopolis et ville de Préveza.
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En application du traité de Campo-Formio (1797), dans lequel Napoléon Bonaparte décrète la dissolution de la république de Venise, la ville de Preveza, comme toutes les autres possessions vénitiennes de la région qui forment par la suite les départements français de Grèce, est cédée à la France révolutionnaire. Une garnison de quelque 280 grenadiers est transférée à Preveza sous le commandement du général Jean Colaud de La Salcette.
Ces troupes sont perçues comme amicales, ainsi que le montrent les lettres d’époque dans lesquelles les habitants écrivent (el)ΠΕΑ (Πρώτο Ετος Απελευθέρωσης, « An 1 de la libération »), et forment même une milice civique pro-française. À cette époque, le poète Rigas Ferraios soutient la Révolution française tout en appelant à un soulèvement grec contre le pouvoir ottoman.
En 1798, Napoléon débute la campagne d’Égypte et déclare ainsi la guerre à l’Empire ottoman voisin, ce qui compromet la situation des troupes françaises à Préveza.
À l’automne 1798, le gouverneur ottoman de la région, Ali Pacha de Janina, qui cherche à devenir semi-indépendant du pouvoir central, attaque Prévéza avec une forte armée. Le ( julien) ses 7 000 soldats turcs et albanais submergent la garnison, malgré le renfort de 200 gardes civils locaux et de 60 souliotes.
Durant les deux jours suivant l’assaut, les 24 et , un massacre généralisé des troupes françaises et de la population grecque a lieu à Prévéza et à Port Salaora sur le golfe Ambracique. Le massacre se déroule avant l’arrivée d’Ali Pacha, mais continue en sa présence. Le sac de Prévéza est encore dans les mémoires et est un événement notable de l’histoire grecque. Le , Ali Pacha annonce à ceux qui se sont réfugiés dans les montagnes qu’ils peuvent revenir sains et saufs dans la ville. Il fait pourtant exécuter 170 d’entre eux à la douane du port de Salaora. Un grand nombre des prisonniers survivants meurent des privations du voyage vers Janina. À l’arrivée, les survivants sont contraints de participer à la procession victorieuse d’Ali Pacha en portant les têtes coupées et salées de leurs compagnons, sous les lazzis de la population.
Neuf grenadiers français, dont deux officiers, sont transférés à Constantinople pour être interrogés. Parmi eux se trouve le capitaine Louis-Auguste Camus de Richemont. Une rumeur évoque sa libération ultérieure sous l’influence de Letizia Bonaparte, la mère de Napoléon. Cette rumeur lie cette libération à l’apparition dans le trésor ottoman du diamant du fabricant de cuillères.
Même si Prévéza reste sous domination ottomane encore plus d’un siècle, cet événement — tant la période où une milice grecque était active, et influencée par les idées révolutionnaires, que le choc du massacre — a sa part dans le développement du nationalisme grec qui aboutit à la guerre d’indépendance grecque quelque 23 ans plus tard.

12 octobre 1798 : bataille de l’île de Toraigh.
La bataille de l’île de Toraigh, dite aussi de Tory Island, du Donegal ou du Lough Swilly, est livrée le 12 octobre 1798 au large de la côte nord-ouest de l’Irlande. L’escadre du commodore sir John Borlase Warren y détruit la division du chef de division Jean-Baptiste Bompart, qui portait 3 000 hommes au secours de l’insurrection irlandaise. C’est le dernier acte de la rébellion de 1798 et la dernière tentative de la marine française pour débarquer une armée dans les îles Britanniques.
L’Irlande et le Directoire
La Société des Irlandais unis, fondée en 1791 par l’avocat protestant Theobald Wolfe Tone, voulait une république indépendante où catholiques et protestants auraient les mêmes droits. Réfugié en France, Tone avait convaincu le Directoire d’intervenir. La grande expédition du général Hoche, en décembre 1796, avait atteint la baie de Bantry avant d’être dispersée par la tempête.
L’insurrection éclate en mai 1798, sans attendre les Français, et elle est écrasée à Vinegar Hill le 21 juin. Bonaparte a emmené en Égypte la meilleure armée et la meilleure escadre. Le Directoire n’envoie plus que de petites forces, l’une après l’autre. Le général Humbert, parti de Rochefort avec trois frégates et un millier d’hommes, débarque à Killala le 22 août, met en fuite les Britanniques à Castlebar le 27, puis, cerné par les trente mille hommes de Cornwallis, capitule à Ballinamuck le 8 septembre. Les Français sont traités en prisonniers de guerre ; les Irlandais qui les avaient rejoints sont massacrés.
La division Bompart
Bompart quitte Brest le 16 septembre, ignorant tout de ce désastre. Il a sous ses ordres le vaisseau Hoche, de 74 canons, les frégates Immortalité, Romaine, Loire, Bellone, Coquille, Embuscade, Résolue et Sémillante, et la goélette Biche. Les bâtiments portent près de 3 000 soldats commandés par le général Hardy, de l’artillerie et des armes pour les insurgés. Wolfe Tone est à bord du Hoche, sous le nom de Smith et l’uniforme d’adjudant-général.
La Royal Navy, qui avait laissé passer Humbert, est en alerte. Dès le lendemain de l’appareillage, les frégates du capitaine Keats aperçoivent la division. L’Ethalion et l’Amelia s’attachent à elle et ne la quittent plus pendant trois semaines, malgré les fausses routes de Bompart vers le sud-ouest. Averti, Warren quitte la côte anglaise avec les vaisseaux Canada, Robust et Foudroyant et cinq frégates, dont le puissant Magnanime, et va attendre au large du Donegal.
La nuit du 11 octobre
Bompart arrive en vue de l’île de Toraigh le 10 octobre. Il compte entrer dans le Lough Swilly. Le 11, des voiles paraissent à l’horizon : c’est Warren. Dans la nuit, un coup de vent de nord-ouest emporte le grand mât de hune du Hoche et déchire sa voilure ; la Résolue fait de l’eau. Du côté britannique, la frégate Anson perd son mât d’artimon.
Avant l’aube, Bompart renvoie la Biche porter la nouvelle en France. Ses officiers pressent Tone d’y embarquer : prisonnier, il ne peut attendre que la corde. Il refuse de fuir pendant que des Français se battent pour son pays.
Le combat
Au matin du 12, le Hoche, incapable de suivre, forme l’arrière-garde et les frégates reçoivent l’ordre de s’échapper vers le sud-ouest. Vers 07 h 00, le Robust du capitaine Thornbrough le rejoint et l’engage bord à bord. Le Magnanime se place sur son arrière et le balaie en enfilade. Le Canada et le Foudroyant arrivent ensuite. Bompart se bat près de trois heures. Quand il amène son pavillon, peu avant onze heures, le Hoche a cinq pieds d’eau dans la cale, 25 canons démontés et 270 hommes hors de combat. Tone a commandé une batterie pendant toute l’action.
La poursuite des frégates occupe le reste de la journée. L’Embuscade, la plus lente, se rend au Magnanime. La Coquille est rattrapée au début de l’après-midi. La Bellone soutient deux heures de duel avec l’Ethalion avant de céder. Les cinq autres forcent le passage devant l’Anson désemparé, qu’elles canonnent au passage.
La chasse
Elle dure encore huit jours. La Résolue est prise par la Melampus dans la nuit du 13 au 14. La Loire, après un premier combat contre la Mermaid, succombe le 18 à l’Anson et au brick Kangaroo. L’Immortalité est enlevée le 20, presque en vue de Brest, par la frégate Fisgard ; son commandant et le général Ménage sont tués. Des dix bâtiments, seules la Romaine, la Sémillante et la Biche rentrent en France. Une seconde division, celle du capitaine Savary, reparaît à Killala le 27 octobre avec un millier d’hommes, apprend la nouvelle et repart aussitôt.
Les Britanniques n’ont eu le 12 octobre que 13 tués et 75 blessés. Les Français comptent plusieurs centaines de tués et de blessés et environ 2 500 prisonniers.
Wolfe Tone
Les officiers français sont débarqués à Buncrana et conduits à Letterkenny. Au cours d’un repas chez lord Cavan, un magistrat du comté, sir George Hill, ancien condisciple de Tone à Trinity College, le reconnaît et le salue par son nom. Mis aux fers, Tone est conduit à Dublin. Le 10 novembre, il paraît devant une cour martiale en uniforme français, reconnaît tout et demande pour seule grâce d’être fusillé comme un soldat. La cour le condamne à être pendu sous 48 heures.
Au matin du 12 novembre, il se tranche la gorge avec un canif. Le même jour, l’avocat Curran obtient d’un juge civil un ordre suspendant l’exécution, au motif qu’une cour martiale ne peut juger un homme qui n’est pas militaire britannique. L’ordre arrive devant un mourant. Tone agonise une semaine et meurt le 19 novembre 1798, à 35 ans. Il est enterré à Bodenstown, devenu lieu de pèlerinage du nationalisme irlandais.
Londres tire de la rébellion la conclusion inverse de celle des insurgés : l’Acte d’Union, voté en 1800, supprime le parlement de Dublin. Le Hoche, réparé, sert 30 ans dans la Royal Navy sous le nom de Donegal.

12 octobre 1799 : Jeanne-Geneviève Labrosse est la première femme à effectuer un saut en parachute.
Jeanne-Geneviève Labrosse, née à Paris le 7 mars 1775 et morte dans la même ville le 14 juin 1847, est une aéronaute française. Le 12 octobre 1799, elle s’élève sous un ballon à hydrogène, s’en détache à 900 mètres environ et redescend dans la nacelle suspendue à un parachute. Elle est la première femme à l’avoir fait. Elle fut l’élève, puis l’épouse d’André-Jacques Garnerin, inventeur du parachute sans armature.
André-Jacques Garnerin, né à Paris en 1769, élève du physicien Charles, avait été envoyé aux armées du Nord comme commissaire en 1793. Fait prisonnier, il passe près de deux ans dans une forteresse de Hongrie, où il imagine, dit-il, un moyen de s’évader par les airs. Rentré en France, il le met au point : une voilure de toile d’environ sept mètres de diamètre, repliée sous un ballon, à laquelle pend une petite nacelle d’osier. Quand l’aéronaute tranche la corde, le ballon s’échappe et la toile s’ouvre.
Le 22 octobre 1797, au parc Monceau, il se lâche ainsi de plusieurs centaines de mètres devant une foule terrifiée. Faute d’ouverture au sommet, l’air s’échappe par les bords et la nacelle se balance violemment. Garnerin touche terre sain et sauf dans la plaine de Monceau. L’astronome Lalande lui conseillera de percer la voilure d’une cheminée centrale. Jeanne Labrosse est dans le public ; elle se fait présenter et devient son élève.
Au printemps 1798, Garnerin annonce qu’il emmènera une jeune femme dans sa prochaine ascension. Le bureau central de police de Paris le lui interdit : deux personnes de sexe différent ne sauraient s’isoler dans une nacelle sans offenser les mœurs, et l’on ignore ce que la pression de l’air ferait aux organes délicats d’une femme. Garnerin proteste et l’affaire monte jusqu’aux ministres.
L’administration centrale du département lui donne raison. Sa lettre mérite d’être citée : « Citoyen, d’après la réclamation que vous avez adressée contre l’arrêté du bureau central, qui vous défend de voyager dans un aérostat avec une jeune citoyenne, nous avons consulté le ministre de l’Intérieur et celui de la Police générale, qui tous les deux sont d’un avis conforme au nôtre, et pensent qu’il n’y a pas plus de scandale à voir deux personnes de sexe différent s’élever ensemble dans l’air, qu’à les voir monter dans une même voiture, et que d’ailleurs on ne peut empêcher une femme majeure de faire à cet égard ce que l’on permet aux hommes, et de donner en s’élevant dans les airs une preuve à la fois de confiance dans les procédés et d’intrépidité. »
Le 8 juillet 1798, au parc Monceau, c’est la citoyenne Henri qui prend place la première auprès de Garnerin, aidée par Lalande à monter dans la nacelle. Elles ne sont pas les premières femmes dans les airs : Élisabeth Thible avait volé à Lyon dès 1784, à bord de la montgolfière La Gustave. Jeanne Labrosse fait sa première ascension avec Garnerin le 10 novembre 1798. Plusieurs ouvrages récents fondent ces deux vols en un seul et en tirent le « premier équipage entièrement féminin » de l’histoire, avec relevés météorologiques et rapport publié. Rien de tel n’est attesté. Labrosse sera en revanche la première femme à s’élever seule en ballon.
Le 12 octobre 1799
Ce jour-là, à 24 ans, elle exécute seule l’expérience que Garnerin répète depuis deux ans. Le ballon l’emporte à 900 mètres environ. Elle coupe la corde, la voilure se déploie et la nacelle, ballottée d’un bord à l’autre, la dépose à terre sans blessure. La presse, qui avait prédit l’évanouissement ou pire, constate qu’une femme supporte l’altitude et la chute aussi bien qu’un homme.
Devenue l’épouse de Garnerin, elle dépose le 11 octobre 1802, au nom de son mari, le brevet d’un appareil « dit parachute, destiné à ralentir la chute de la nacelle d’un ballon après l’explosion de celui-ci ». La paix d’Amiens leur ouvre la même année l’Angleterre : Garnerin y fait à Londres, le 21 septembre, la première descente en parachute du pays, et Jeanne y monte avec lui.
Garnerin, aéronaute officiel des fêtes publiques, perd cette charge après le couronnement de 1804 : le ballon lâché de Notre-Dame va s’abattre près de Rome, sur le tombeau de Néron dit-on, et l’Empereur le prend mal. Sophie Blanchard lui succède. La nièce du couple, Élisa Garnerin, née en 1791, fait du parachute un métier ; elle effectue une quarantaine de descentes entre 1815 et 1836, en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Russie.
Garnerin meurt à Paris le 18 août 1823, frappé à la tête par une poutre sur le chantier d’un ballon. Sa veuve se retire. Vers la fin de sa vie, elle s’associe avec Thérèse Figueur, ancienne dragon des armées de la République et de l’Empire, d’un an son aînée, pour tenir une table d’hôte. Elle meurt le 14 juin 1847. Une rue de Wissous, dans l’Essonne, porte son nom depuis 2006.

12 octobre 1809 : Friedrich Staps tente de poignarder Napoléon à Schönbrunn.
Le 12 octobre 1809, pendant une parade de la Garde dans la cour du château de Schönbrunn, près de Vienne, un Allemand de 17 ans, Friedrich Staps, tente d’approcher Napoléon pour le poignarder. Arrêté avant d’avoir pu frapper, il est interrogé par l’Empereur lui-même, refuse sa grâce et meurt fusillé quelques jours plus tard. L’épisode, tenu secret, a pesé sur la conclusion de la paix avec l’Autriche et sur la décision du divorce.
Friedrich Staps naît le 14 mars 1792 à Naumburg, en Saxe, où son père est pasteur luthérien. Il est placé comme apprenti chez un négociant d’Erfurt, ville occupée par les Français depuis 1806 et que Napoléon administre directement. L’Allemagne de 1809 n’est plus celle d’Iéna. Les Discours à la nation allemande de Fichte circulent ; l’insurrection espagnole, le soulèvement du Tyrol et l’équipée du major Schill ont montré que l’on pouvait se lever contre l’occupant. La défaite autrichienne de Wagram, en juillet, a ruiné ces espérances.
À la fin de septembre, Staps quitte Erfurt en laissant à ses parents une lettre d’adieu où il annonce qu’il part accomplir ce que Dieu lui commande. Il arrive à Vienne au début d’octobre, achète un couteau de cuisine et se rend plusieurs fois à Schönbrunn, où l’Empereur passe ses troupes en revue presque chaque jour.
Le 12, vers midi, Napoléon descend l’escalier du château entre Berthier et le général Rapp, son aide de camp. Un jeune homme en redingote sort de la foule et demande à parler à l’Empereur, une pétition à la main. Rapp l’écarte. Il revient. Son regard et sa main droite, enfoncée dans la poche de côté, frappent le général, qui le fait saisir par un officier de gendarmerie. On trouve sous son habit un couteau long d’un pied et demi, enveloppé de papier, ainsi que le portrait d’une jeune fille.
Conduit devant Rapp, Staps déclare aussitôt qu’il voulait tuer l’Empereur et qu’il n’en dira davantage qu’à lui. Napoléon le fait amener après la revue, en présence de Berthier, Savary et Duroc. Rapp, qui est alsacien, sert d’interprète et a laissé le récit de la scène.
Le jeune homme répond avec calme. Il n’a pas de complice. Il a voulu tuer Napoléon parce qu’il fait le malheur de l’Allemagne. À l’Empereur qui lui demande s’il est malade ou fou, il répond que non. Corvisart, appelé, lui prend le pouls et le trouve régulier. Napoléon lui propose la vie sauve s’il demande pardon. Staps refuse : il regrette seulement d’avoir échoué. Et si on lui faisait grâce ? Il recommencerait.
Napoléon, rapporte Rapp, resta un long moment silencieux, puis parla de sectes et d’illuminés. Il écrit à Fouché de présenter l’affaire, si elle s’ébruite, comme le geste d’un fou.
Les négociations traînaient depuis trois mois. Dans les quarante-huit heures, Napoléon rabat ses exigences sur l’indemnité de guerre et fait signer. La paix de Schönbrunn, le 14 octobre, enlève à l’Autriche Salzbourg, une partie de la Galicie et tout son littoral adriatique, soit trois millions et demi de sujets. L’Empereur quitte Vienne le 16.
Staps passe devant une commission militaire. Il est fusillé à Vienne le 17 octobre au matin, le 16 selon d’autres récits. Les mémorialistes s’accordent sur ses derniers mots : vive la liberté, vive l’Allemagne, mort à son tyran.
L’Empereur demande à Rapp comment le condamné est mort et revient plusieurs fois sur le sujet. Un adolescent sans parti, venu seul d’une province qu’il croyait acquise, l’a regardé en face et a refusé la vie. Il y voit le signe d’une Allemagne qui lui échappe ; les soulèvements de 1813 lui donneront raison.
L’attentat lui rappelle aussi que tout repose sur sa personne. Il n’a pas d’héritier. Rentré à Fontainebleau à la fin d’octobre, il annonce à Joséphine, le 30 novembre, sa décision de divorcer. La dissolution du mariage est prononcée le 15 décembre et, au printemps suivant, il épouse la fille de l’empereur d’Autriche qu’il venait de vaincre.
12 octobre 1870 : mort à 63 ans du général confédéré Robert Edward Lee.
Robert Edward Lee, né le 19 janvier 1807 à la plantation de Stratford Hall, en Virginie, meurt le 12 octobre 1870 à Lexington, à 63 ans. Officier du génie de l’armée des États-Unis pendant plus de 30 ans, il commande de 1862 à 1865 l’armée de Virginie du Nord, principale force de la Confédération, puis, dans les dernières semaines de la guerre de Sécession, l’ensemble des armées sudistes.

Il est le fils d’Henry Lee, dit « Light-Horse Harry », général de cavalerie de la guerre d’Indépendance et gouverneur de Virginie, que ses dettes conduisent en prison puis à l’exil. Élevé par sa mère à Alexandria, Robert entre à West Point en 1825 et en sort 2e de sa promotion en 1829, sans une seule punition en 4 ans. En 1831, il épouse Mary Custis, arrière-petite-fille de Martha Washington et héritière du domaine d’Arlington, en face de la capitale fédérale.
Ingénieur militaire, il travaille aux fortifications de la côte atlantique et à la régularisation du Mississippi devant Saint-Louis. La guerre du Mexique révèle le soldat. À l’état-major de Winfield Scott, en 1847, ses reconnaissances ouvrent la route de Cerro Gordo et le passage du champ de lave du Pedregal ; il est blessé à Chapultepec et termine la campagne colonel à titre honoraire. Scott dira qu’il était le meilleur soldat qu’il eût vu en campagne.
Il dirige West Point de 1852 à 1855, puis sert au Texas comme lieutenant-colonel du 2e régiment de cavalerie. En octobre 1859, de passage à Arlington, il reçoit l’ordre de réduire l’insurrection de John Brown à Harpers Ferry ; un détachement de Marines enlève en quelques minutes le bâtiment où l’abolitionniste s’est retranché.
Le choix de 1861
Lee désapprouve la sécession, qu’il tient pour une révolution, et juge l’esclavage un mal, sans rien faire pour en hâter la fin. Le 18 avril 1861, au lendemain du vote de la convention de Virginie, un émissaire de Lincoln lui offre le commandement de l’armée fédérale en formation. Il refuse de tirer l’épée contre son État, démissionne le 20 et prend trois jours plus tard la tête des forces virginiennes.
Ses débuts sont médiocres. Sa campagne de l’automne 1861 en Virginie occidentale échoue et la presse de Richmond le surnomme « Granny Lee ». Nommé général de plein rang, il organise les défenses côtières de Caroline du Sud et de Géorgie, puis devient en mars 1862 le conseiller militaire du président Jefferson Davis.
L’armée de Virginie du Nord
Le 1er juin 1862, Joseph Johnston ayant été blessé aux portes de Richmond, Davis confie son armée à Lee. Celui-ci fait creuser des retranchements, ce qui lui vaut un autre sobriquet, « le roi de pique », puis attaque. En une semaine, lors des batailles des Sept Jours, il rejette McClellan vers le fleuve James, au prix de vingt mille hommes. Fin août, il bat Pope à la seconde bataille de Manassas et porte la guerre au nord du Potomac.
Un exemplaire de ses ordres, égaré, tombe aux mains de McClellan. Lee est accroché à Antietam le 17 septembre 1862, journée la plus sanglante de l’histoire américaine, et doit repasser le fleuve. Lincoln en profite pour annoncer l’émancipation des esclaves. En décembre, Lee repousse Burnside à Fredericksburg. En mai 1863, à Chancellorsville, face à une armée deux fois plus nombreuse, il divise la sienne à deux reprises et envoie Stonewall Jackson tourner l’aile droite de Hooker. C’est sa victoire la plus hardie. Elle lui coûte Jackson, blessé par ses propres soldats et mort huit jours plus tard.
Sa seconde invasion du Nord se termine à Gettysburg, du 1er au 3 juillet 1863. Le troisième jour, il lance 12 000 hommes à découvert contre le centre fédéral ; la moitié reste sur le terrain. Lee en prend toute la faute devant les survivants et offre sa démission, que Davis refuse. Les historiens discutent depuis longtemps ce goût de l’offensive, qui épuisait une Confédération incapable de remplacer ses pertes.
De la Wilderness à Appomattox
En mai 1864, Ulysses Grant franchit le Rapidan avec l’intention de ne plus lâcher prise. Dans la Wilderness, à Spotsylvania, à Cold Harbor, Lee lui inflige en six semaines des pertes énormes sans pouvoir l’arrêter. En juin, il est enfermé dans les lignes de Petersburg, qui couvrent Richmond. Le siège dure 9 mois et demi.
Le Congrès confédéré crée pour lui le poste de général en chef, qu’il occupe le 6 février 1865, trop tard pour en user. Il obtient encore que l’on arme des esclaves. Le 2 avril, ses lignes rompues, il évacue Petersburg et Richmond et tente de rejoindre Johnston en Caroline du Nord. Grant le devance. Le 9 avril 1865, à Appomattox Court House, Lee signe la reddition de ses 28 000 derniers soldats, à qui Grant laisse leurs chevaux pour les labours. Il écarte l’idée d’une guérilla et recommande à ses hommes de rentrer chez eux.
Inculpé de trahison, jamais jugé, il accepte à l’automne 1865 la présidence du Washington College, petit établissement ruiné de la vallée de Virginie, qu’il relève en 5 ans. Il prône publiquement la soumission au gouvernement fédéral et soutient la politique d’Andrew Johnson, tout en s’opposant au droit de vote des anciens esclaves. Frappé d’une attaque le 28 septembre 1870, il meurt le 12 octobre. Il repose dans la chapelle du collège, rebaptisé Washington and Lee University.
Le domaine d’Arlington, saisi en 1861, était devenu en 1864 un cimetière militaire, de façon que la famille ne puisse jamais y revenir. Dans le Sud, d’anciens généraux et des associations de vétérans font de Lee, dès les années 1870, la figure sans tache de la « Cause perdue », et le Nord finit par l’adopter comme héros national. Sa demande d’amnistie, égarée en 1865, est retrouvée en 1970 ; le Congrès lui rend sa citoyenneté en 1975.
Cette image s’est défaite depuis. À partir de 2017, plusieurs de ses monuments ont été déposés, dont la statue équestre de Richmond, élevée en 1890 et retirée le 8 septembre 2021.
12 octobre 1899 : Kraaipan, premiers coups de feu de la guerre des Boers.
Dans la nuit du 12 au 13 octobre 1899, à la halte de Kraaipan, sur la voie ferrée qui longe la frontière occidentale du Transvaal, un commando boer fait dérailler et capture un train blindé britannique. Ce sont les premiers coups de feu de la seconde guerre des Boers, et la première victoire du général Koos de la Rey.
Depuis la découverte de l’or du Witwatersrand, en 1886, la république du Transvaal du président Paul Kruger est devenue l’enjeu de l’Afrique australe. Le raid manqué de Jameson, à la fin de 1895, a convaincu les Boers que Londres voulait leur indépendance. La conférence de Bloemfontein, en juin 1899, échoue sur le droit de vote des étrangers établis à Johannesburg. Pendant l’été, la Grande-Bretagne achemine des renforts vers le Natal et le Cap.
Le 9 octobre, à 17 h 00, le secrétaire d’État Reitz remet à l’agent britannique à Pretoria un ultimatum de 48 heures : retrait des troupes massées aux frontières, renvoi des renforts débarqués depuis juin. Londres le rejette. Le délai expire le 11 octobre à cinq heures. L’État libre d’Orange se range aux côtés du Transvaal.
Le gros des forces boers, avec le commandant général Joubert, entre au Natal. À l’ouest, le général Piet Cronjé reçoit environ six mille hommes pour couper la voie ferrée du Cap à la Rhodésie et investir Mafeking, où le colonel Baden-Powell a rassemblé une garnison et des approvisionnements.
Cronjé a pour adjoint Jacobus Herculaas de la Rey, dit Koos, 51 ans, fermier de Lichtenburg et député au Volksraad. De la Rey s’était opposé à la guerre, qu’il jugeait perdue d’avance. Traité de lâche par Kruger en pleine séance, il lui avait répondu qu’il se battrait encore quand ceux qui la réclamaient auraient quitté le pays. Il reçoit l’ordre de franchir la frontière le premier et de couper la ligne au sud de Mafeking.
Parti de nuit avec quelques centaines de burghers du commando de Lichtenburg, De la Rey atteint Kraaipan dans l’après-midi du 12. La police du Cap a évacué le poste deux jours plus tôt. Les Boers coupent le télégraphe, arrachent les rails et s’installent pour la nuit en attendant leur artillerie.
À Mafeking, on attend deux canons de 7 livres et des munitions restés à Vryburg. Le train blindé Mosquito, une locomotive et deux wagons garnis de tôles d’acier, est allé les chercher. Le lieutenant Nesbitt, qui le commande, titulaire de la Victoria Cross gagnée au Mashonaland trois ans plus tôt, est averti par deux fois sur le trajet du retour que la voie est coupée et que des Boers sont à Kraaipan. Il décide de passer de nuit, précédé d’une machine pilote.
Vers onze heures du soir, la locomotive quitte les rails à l’entrée de la halte. Une fusillade s’engage. Les Britanniques répondent avec leurs deux pièces et une mitrailleuse Maxim, et tiennent les assaillants à distance jusqu’au matin. De la Rey interdit à ses hommes de gaspiller leurs cartouches contre les blindages et attend.
À l’aube du 13, le capitaine van der Merwe arrive avec deux canons Krupp de l’artillerie d’État. Quelques obus percent la chaudière et les wagons. Un drapeau blanc monte. Nesbitt, blessé, se rend avec une trentaine d’hommes, dont neuf sont touchés ; les deux canons, les fusils et les munitions destinés à Mafeking passent aux Boers, qui n’ont pas perdu un homme.
Le même jour, Cronjé investit Mafeking, dont le siège dure 217 jours, jusqu’au 17 mai 1900. Kimberley est encerclée le 14 octobre. Au Natal, Joubert enferme l’armée de White dans Ladysmith avant la fin du mois.
Kraaipan fait connaître De la Rey, que la prudence de Cronjé exaspère. Envoyé barrer la route de Kimberley à la colonne de lord Methuen, il perd un fils à la Modder River et fait creuser à Magersfontein, au pied des collines et non à leur sommet, les tranchées devant lesquelles la brigade des Highlands est fauchée le 11 décembre 1899. Devenu le « Lion de l’Ouest », il conduit la guérilla au Transvaal occidental jusqu’à la paix de 1902 et capture Methuen lui-même à Tweebosch. Il trouvera la mort en septembre 1914, à un barrage de police, au début de la rébellion évoquée plus bas.
12 octobre 1909 : naissance à Kiev de Constantin Feldzer, Compagnon de la Libération.
De nationalité russe, Constantin Feldzer est né le 12 octobre 1909 à Kyiv en Ukraine (alors Kiev en Russie), d’un père avoué.
Il suit des études à Paris au lycée Michelet puis à l’Ecole Bréguet. Il reçoit la nationalité française en mai 1928.
Breveté pilote à l’école Blériot à Buc, il effectue son service militaire dans l’aviation en 1929 et devient pilote militaire.
Sergent pilote à la 1ère Escadre de chasse à Villacoublay en 1936, il est volontaire pour convoyer des avions de chasse modernes en Espagne pour venir en aide aux Républicains espagnols.
En septembre 1939, l’adjudant Feldzer est pilote au Groupe de chasse 3/10 à Saint-Inglevert, et participe à la campagne de France où il montre des dons exceptionnels.
Ainsi, le 14 mai 1940, il dégage un de ses camarades en danger et, attaqué lui-même par un Messerschmitt 109, il l’abat à bout portant.
Persuadé que la guerre va se poursuivre en Afrique du Nord, il abandonne son groupe à Clermont-Ferrand le 17 juin 1940, emmenant 3 pilotes de réserve et 6 pilotes polonais du Groupe jusqu’à Alger. Le 11 novembre 1940, avec plusieurs camarades démobilisés, Constantin Feldzer décide de s’évader et de gagner Gibraltar à bord du bateau Le Saint Pierre, affrété par Christian Martell.
Embarqués de nuit, ils mettent le cap sur Marseille pour se diriger ensuite sur Gibraltar. Pris par la tempête, ils dérivent vers les Baléares. Après un calme relatif, le bateau étant remis en état, ils reprennent la direction première mais, de nouveau, un vent violent les pousse dans le sens opposé et ils reviennent vers les îles pour, finalement, s’échouer sur la côte d’Ibiza. Arrêtés par les miliciens espagnols, ils sont internés puis extradés en France un mois plus tard.
Constantin Feldzer s’évade à nouveau à Céret le 20 décembre 1940 et, sous le nom de Raymond Demarre, s’embarque à Port-Vendres. De nouveau arrêté à Alger, il est placé en résidence surveillée puis condamné par le Tribunal maritime à un an de prison et détenu à Bizerte, à Tunis et au bagne de Teboursouk. Transféré à l’hôpital du camp après une grève de la faim de sept jours, il est finalement libéré le 25 mai 1942.
Réintégré dans un groupe de chasse, il est encore condamné à deux mois de prison pour avoir apporté son soutien au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. Il entre le 1er janvier 1943 au Groupe de chasse 2/7 sur Spitfire et participe à la campagne de Tunisie où il effectue 40 missions de guerre. Le 11 juin 1943, en mission de couverture sur l’île de Pantellaria, il abat un JU-88.
Affecté au Groupe de chasse 3 « Normandie », en opération en URSS, Feldzer participe comme chef de patrouille aux opérations victorieuses de 1944 sur Vitebsk, Orcha, Minsk, la Bérézina et le Niémen, effectuant 30 missions offensives dont 10 missions de protection.
Il est abattu le 1er août 1944 au dessus d’Eidtkunein en Prusse Orientale, au cours d’un engagement entre 5 Yak du Normandie et 12 F.W.190. Il saute en parachute et est fait prisonnier. Blessé et brûlé, il reste aveugle pendant 8 jours. Porté disparu, il est en fait incarcéré successivement aux camps de prisonniers de guerre soviétiques de Lodz, Nuremberg, puis d’Aschaffenburg.
Il s’évade le 6 mars 1945 avec deux officiers soviétiques et traverse le 25 mars le front germano-américain près de Darmasdt. Le 30 juin 1945, il se porte volontaire pour combattre contre le Japon.
Ses sentiments anti-vichyssois ayant stoppé son avancement, il ne termine la guerre qu’avec le grade d’aspirant.
Il poursuit sa carrière dans l’armée de l’air comme conservateur adjoint au Musée de l’Air en 1945.
Placé en congé du personnel navigant, il devient constructeur de maison pour l’Abbé Pierre en 1955 puis est chargé des innovations et des relations franco-soviétiques aux Charbonnages de France.
Dans les années soixante-dix, Constantin Feldzer est chargé des relations franco-soviétiques à la Banque de Suez et correspondant de la revue Aviation International à Moscou.
Constantin Feldzer est décédé le 29 décembre 1988 à Paris. Il a été inhumé au cimetière du Père Lachaise.
• Commandeur de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 28 mai 1945
• Croix de Guerre 39/45 (5 citations)
• Médaille de la Résistance avec rosette
• Médaille des Blessés
• Médaille des Evadés
• Médaille de l’Aéronautique
• Ordre de la Guerre patriotique de première classe (URSS, 1985)
• Ordre de la Guerre patriotique de seconde classe (URSS, oukase du 23 février 1945)
• Médaille de la Victoire (URSS)
• Ordre du Mérite Aérien (Brésil)
12 octobre 1915 : exécution par les Allemands de l’infirmière Edith Cavell (Schaerbeck – Belgique).
Le 12 octobre 1915, à l’aube, l’infirmière britannique Edith Cavell, 49 ans, est fusillée par les Allemands au Tir national de Schaerbeek, à Bruxelles, avec l’architecte belge Philippe Baucq. Elle avait aidé quelque 200 soldats alliés à gagner les Pays-Bas. Son exécution, que les neutres tentent d’empêcher jusqu’à la dernière heure, soulève une indignation mondiale.
Née le 4 décembre 1865 à Swardeston, dans le Norfolk, fille d’un pasteur anglican, Edith Cavell est d’abord gouvernante, notamment à Bruxelles de 1890 à 1895. Elle se forme à 30 ans au métier d’infirmière au London Hospital. En 1907, le chirurgien Antoine Depage l’appelle à Ixelles pour diriger la première école belge d’infirmières laïques et diplômées, rue de la Culture. En quelques années, ses élèves essaiment dans les hôpitaux et les écoles du pays.
En août 1914, elle est en visite chez sa mère. Elle rentre à Bruxelles, où son établissement devient hôpital de la Croix-Rouge et soigne indistinctement blessés allemands et alliés.
Après la bataille de Mons et la retraite, des centaines de soldats britanniques et français, coupés de leurs unités, se cachent dans les bois et les fermes du Hainaut et du Nord. Pris, ils risquent d’être fusillés, et leurs hôtes avec eux. Une filière se monte pour les faire sortir. Elle part du château de Bellignies, près de Bavay, où le prince Réginald de Croÿ et sa sœur Marie les hébergent et leur fabriquent de faux papiers. L’institutrice lilloise Louise Thuliez et la comtesse Jeanne de Belleville les rassemblent et les conduisent. L’ingénieur Herman Capiau, de Mons, les amène à Bruxelles. En novembre 1914, il confie les deux premiers à Edith Cavell.
La clinique sert dès lors de relais. Les hommes y sont cachés quelques jours, parfois dans des lits de malades, puis remis à des guides qui les mènent à la frontière néerlandaise. Philippe Baucq, architecte, organise ces passages et diffuse le journal clandestin La Libre Belgique. De jeunes Belges et Français en âge de servir empruntent la même voie. Deux cents hommes environ passent ainsi en neuf mois.
Ce réseau n’a pas de lien d’organisation avec le service de renseignement que Louise de Bettignies dirige à Lille pour les Britanniques, et qui sera démantelé de son côté à l’automne 1915.
La police secrète allemande, renseignée par des agents infiltrés, dont le Français Gaston Quien, surveille la rue de la Culture depuis le printemps. Baucq et Louise Thuliez sont arrêtés le 31 juillet 1915, Edith Cavell le 5 août. Enfermée à la prison de Saint-Gilles, persuadée que les autres ont parlé et incapable de mentir, elle reconnaît tout et signe ses dépositions.
35 accusés comparaissent les 7 et 8 octobre devant un tribunal militaire qui siège au Sénat. Le chef retenu, avoir conduit des soldats à l’ennemi, emporte la peine de mort selon le code militaire allemand. Le 11 octobre, cinq condamnations capitales sont prononcées : Edith Cavell, Philippe Baucq, Louise Thuliez, Jeanne de Belleville et le pharmacien Louis Séverin.
La légation des États-Unis, chargée des intérêts britanniques, apprend dans la soirée que l’exécution est fixée au lendemain. Le ministre Brand Whitlock est malade. Son secrétaire, Hugh Gibson, et le ministre d’Espagne, le marquis de Villalobar, vont trouver le baron von der Lancken, chef du département politique, et plaident jusqu’après minuit. Le gouverneur militaire de Bruxelles, le général von Sauberzweig, refuse tout sursis.
Le chapelain anglican Stirling Gahan est admis dans la cellule. Edith Cavell lui dit qu’elle est en paix et ajoute les mots gravés depuis sur son monument de Londres : « Le patriotisme ne suffit pas. Je ne dois avoir ni haine ni amertume envers quiconque. »
Elle est conduite au Tir national avant le jour et fusillée vers sept heures, en même temps que Baucq, par deux pelotons de huit hommes. Les trois autres condamnés à mort voient leur peine commuée en travaux forcés après l’intervention du roi d’Espagne et du pape.
La presse alliée et neutre s’empare de l’affaire. Le gouvernement allemand répond qu’il a appliqué la loi de la guerre et qu’une femme n’a pas droit à un autre traitement qu’un homme. L’argument ne porte pas. En Grande-Bretagne, les engagements volontaires doublent dans les semaines qui suivent ; aux États-Unis, l’exécution s’ajoute au torpillage du Lusitania. Guillaume II ordonne qu’aucune femme ne soit plus exécutée sans son accord.
En mai 1919, le corps d’Edith Cavell est ramené en Angleterre. Après un service à l’abbaye de Westminster, elle est inhumée au chevet de la cathédrale de Norwich. Son nom est donné à un sommet des Rocheuses canadiennes, à des hôpitaux, à des rues ; une petite fille née à Paris en décembre 1915 le reçoit pour prénom, Édith Gassion, la future Édith Piaf. Une place de Lille le porte également. Le monument élevé à Paris en 1920, au jardin des Tuileries, a été détruit par les Allemands en juin 1940.

12 octobre 1915 : Lyautey reçoit la Médaille Militaire des mains d’un adjudant (Sidi Lamine – Maroc).
Le 12 octobre 1915, au poste de Sidi Lamine, face au pays zaïan, le général Lyautey, résident général de France au Maroc, se fait remettre la médaille militaire par un sous-officier, l’adjudant Caviglioli. Il entend ainsi honorer le corps des sous-officiers et reconnaître leur part dans l’œuvre accomplie au Maroc.
Créée en 1852 pour récompenser les sous-officiers et les hommes de troupe, la médaille militaire n’est jamais donnée aux officiers. Une seule exception existe : elle peut être conférée, comme distinction suprême, aux généraux ayant commandé en chef devant l’ennemi. Joffre l’avait reçue à l’automne 1914. Elle est attribuée à Lyautey par décret du 15 septembre 1915.
Le geste de Sidi Lamine renverse l’ordre habituel des prises d’armes, où le supérieur décore le subordonné. Il est conforme à ce que Lyautey professait depuis son article de 1891 sur le rôle social de l’officier, et il s’adresse à une armée du Maroc qui vit depuis un an sur ses cadres subalternes.
À la déclaration de guerre, le protectorat n’a que deux ans. Le gouvernement prescrit à Lyautey de renvoyer en France le plus grand nombre possible de ses troupes et de se replier, s’il le faut, sur les ports. Il envoie plus qu’on ne lui demande, une quarantaine de bataillons et l’essentiel de son artillerie et de sa cavalerie, mais refuse d’évacuer l’intérieur. Abandonner les postes, explique-t-il, serait donner le signal du soulèvement général. Il résume sa méthode d’une image : il a vidé la langouste et gardé la carapace.
La carapace est faite de territoriaux venus du Midi, de réservistes, de bataillons sénégalais, de goums et de tabors levés sur place. Lyautey multiplie en même temps les signes de confiance : chantiers, routes, et en septembre 1915 une exposition franco-marocaine à Casablanca, en pleine guerre.
Le point faible est le Moyen Atlas, où la confédération zaïan de Moha ou Hammou n’est pas soumise. Khénifra, sa capitale, avait été occupée en juin 1914. Le 13 novembre, contre les ordres, le lieutenant-colonel Laverdure en sort pour surprendre le campement du chef à El Herri. La colonne est anéantie au retour : 33 officiers et près de 600 hommes sont tués, les canons perdus. C’est le plus grave revers français au Maroc avant la guerre du Rif. Le général Henrys rétablit la situation en quelques jours et la ligne des postes, dont Sidi Lamine, tient jusqu’à l’armistice, malgré l’argent et les armes que les agents allemands font passer par la zone espagnole.
Lyautey sera ministre de la Guerre de décembre 1916 à mars 1917, puis reviendra à Rabat. Il recevra le bâton de maréchal en 1921.
La biographie d’André Maurois, Lyautey, a été rééditée chez Lavauzelle dans la collection « La pensée préservée ». Celle d’Arnaud Teyssier, Lyautey. Le ciel et les sables sont grands, fait aujourd’hui référence.

12 octobre 1917 : première bataille de Passchendaele.
Le 12 octobre 1917, devant Ypres, la 2e armée britannique du général Plumer attaque sous la pluie la crête de Passchendaele. L’assaut se brise en quelques heures dans la boue et les barbelés. Pour la Nouvelle-Zélande, qui y perd plus de 800 morts en une matinée, c’est la journée la plus meurtrière de son histoire militaire.
La troisième bataille d’Ypres a commencé le 31 juillet. Le maréchal Haig veut percer vers la côte belge, d’où opèrent des sous-marins allemands, et fixer l’ennemi pendant que l’armée française se remet des mutineries du printemps. Les pluies d’août noient la première phase. En septembre, par temps sec, Plumer applique une méthode de bonds limités sous un barrage d’artillerie écrasant : route de Menin le 20, bois du Polygone le 26, Broodseinde le 4 octobre. Ces trois succès coûtent cher aux Allemands et persuadent Haig que leur moral cède.
La pluie reprend le soir du 4 octobre et ne cesse plus. Le champ de bataille est une cuvette d’argile dont 3 ans de bombardements ont détruit les fossés et les ruisseaux. Les entonnoirs se remplissent d’eau et se rejoignent. On ne circule que sur des caillebotis ; un homme ou un mulet qui en tombe peut se noyer. Les canons, qu’il faudrait avancer pour appuyer le bond suivant, s’enlisent jusqu’aux essieux ou tirent depuis des plates-formes de madriers qui s’enfoncent à chaque coup.
Le 9 octobre, à Poelcappelle, 2 divisions britanniques épuisées par 11 heures de marche de nuit attaquent presque sans appui. Elles ne gagnent rien, mais les comptes rendus laissent croire à une avance. L’attaque suivante est maintenue pour le 12.
L’effort principal revient au IIe corps Anzac du général Godley. La 3e division australienne du général Monash doit prendre le village de Passchendaele ; à sa gauche, la division néo-zélandaise du général Russell doit enlever l’éperon de Bellevue. La 5e armée couvre le flanc nord. Les objectifs sont plus profonds que ceux du 4 octobre, avec une artillerie bien moindre. Les reconnaissances signalent, devant les Néo-Zélandais, deux ceintures de barbelés intactes, épaisses de plusieurs dizaines de mètres, couvertes par des abris bétonnés.
Les vagues d’assaut partent à 05 h 25, sous une pluie fine qui tourne à l’averse. Le barrage est si clairsemé que les hommes ont du mal à le reconnaître ; beaucoup d’obus s’enfouissent sans éclater, d’autres tombent court. L’infanterie avance dans la boue jusqu’aux genoux, plus lentement que le barrage, qui la laisse en arrière.
Sur l’éperon de Bellevue, les Néo-Zélandais arrivent devant des réseaux que l’artillerie n’a pas entamés. Les mitrailleuses des blockhaus les prennent de front et d’écharpe. Des groupes tentent de cisailler les fils à la main ou de ramper dessous et sont tués dans les barbelés. À 08 h 00, l’attaque est arrêtée à quelques centaines de mètres de son point de départ.
À droite, des éléments de la division de Monash atteignent la première ligne d’objectifs, et une patrouille pousse jusqu’à l’église en ruine de Passchendaele, qu’elle trouve vide. Mais leur flanc gauche est découvert par l’échec de Bellevue et pris sous le feu de la crête. Ils se replient dans l’après-midi presque jusqu’à leurs tranchées.
La division néo-zélandaise a perdu environ 2 700 hommes, dont quelque 845 morts ou mourants entre les lignes. La 3e division australienne en perd plus de 3 000. Pour l’ensemble des troupes britanniques et des dominions, la journée coûte environ 13 000 hommes. Il faut 6 ou 8 brancardiers pour ramener un blessé ; une trêve tacite s’établit le lendemain pour relever ceux qui gisent devant les barbelés. Le général Russell écrit qu’il porte la responsabilité de l’échec, pour n’avoir pas vérifié lui-même l’état des défenses.
Haig suspend les attaques et fait venir le corps canadien du général Currie. Celui-ci exige deux semaines pour construire des routes de rondins, avancer les canons et régler l’artillerie, et annonce d’avance le prix : 16 000 hommes. Il attaque en quatre temps, les 26 et 30 octobre, puis le 6 novembre, où tombent les ruines du village, et le 10. Les pertes canadiennes s’élèvent à 15 654 hommes.
L’offensive a fait avancer le front de 8 km en 3 mois et demi, au prix d’environ un quart de million d’hommes de chaque côté, selon des estimations toujours discutées. Tout le terrain conquis est abandonné en 3 jours en avril 1918, devant l’offensive allemande de la Lys. Le cimetière de Tyne Cot, au pied de la crête, est le plus grand cimetière militaire du Commonwealth ; un mémorial y porte les noms des Néo-Zélandais disparus.
12 octobre 1940 : Hitler renonce à débarquer en Angleterre ; combat du cap Passero.
Le 12 octobre 1940, une directive signée du maréchal Keitel reporte au printemps 1941 l’opération Seelöwe, le débarquement allemand en Angleterre. L’opération ne sera jamais reprise. La même nuit, en Méditerranée, le croiseur britannique Ajax met hors de combat trois bâtiments italiens au large du cap Passero, premier d’une série de combats de nuit que la marine italienne perdra tous.
Hitler n’avait pas prévu d’envahir l’Angleterre. Après l’armistice français, il attend de Londres une offre de paix qui ne vient pas. La directive n° 16, du 16 juillet 1940, ordonne de préparer un débarquement « et, si nécessaire, de l’exécuter ». L’armée de terre veut un front large, du Kent au Dorset ; la marine, qui a perdu en Norvège la moitié de ses destroyers, ne peut protéger qu’un couloir étroit. Le compromis prévoit de jeter neuf divisions entre Folkestone et Brighton.
Faute de navires de débarquement, on rassemble dans les ports de la Manche et de la mer du Nord plus de deux mille péniches du Rhin et des canaux, des remorqueurs et des cargos, au prix d’une paralysie du trafic fluvial allemand. Ces bateaux à fond plat ne tiennent pas la mer par vent frais et mettraient une nuit entière à traverser.
Tout dépend de la maîtrise de l’air. La Luftwaffe engage la bataille en août. Le 15 septembre, ses pertes au-dessus de Londres montrent que la chasse britannique n’est pas détruite. Le 17, Hitler ajourne l’opération jusqu’à nouvel ordre. Les bombardiers britanniques coulent ou endommagent chaque nuit des péniches dans les ports d’invasion, environ un dixième du total.
La directive du 12 octobre
Le texte de Keitel tient en quelques lignes. Le Führer a décidé que les préparatifs seront poursuivis jusqu’au printemps dans le seul but de maintenir sur l’Angleterre une pression politique et militaire. Si le débarquement devait être de nouveau envisagé au printemps ou au début de l’été 1941, des ordres seraient donnés. D’ici là, les unités sont rendues à d’autres tâches et la navigation intérieure retrouve ses bateaux.
Les amiraux sont soulagés. Hitler regarde déjà ailleurs : dès la fin de juillet, il a fait étudier une campagne contre l’Union soviétique, dont la directive sera signée le 18 décembre. Seelöwe subsiste sur le papier comme manœuvre d’intoxication, avant d’être classée en 1942. Pour la première fois depuis septembre 1939, la Wehrmacht a renoncé à un objectif.
Le combat du cap Passero
Au même moment, la flotte britannique d’Alexandrie, sous l’amiral Cunningham, vient d’escorter un convoi de quatre cargos jusqu’à Malte. Le croiseur léger Ajax, l’un des vainqueurs du Graf Spee au Río de la Plata, éclaire le retour sur le flanc nord, à une centaine de milles à l’est de la Sicile.
Supermarina a posté sur sa route une flottille de trois torpilleurs et une autre de 4 contre-torpilleurs, avec ordre d’attaquer de nuit. La nuit est claire. Vers 02 h 00 du matin, les torpilleurs Airone, Alcione et Ariel aperçoivent le croiseur et lancent à courte distance. Aucune torpille ne touche. L’Ajax, qui les a vus à son tour, ouvre le feu de ses pièces de 152 mm. L’Ariel coule en quelques minutes ; l’Airone, en flammes, sombre peu après.
Les contre-torpilleurs arrivent séparément. L’Artigliere, qui porte le chef de flottille, le capitaine de vaisseau Carlo Margottini, place plusieurs obus sur le croiseur avant d’être écrasé à son tour ; Margottini est tué. L’Aviere est avarié. L’Ajax a reçu sept coups, compte 13 morts et une vingtaine de blessés, et rompt le combat.
Au matin, le Camicia Nera remorque l’Artigliere quand paraissent les croiseurs britanniques. Il largue la remorque. Le York laisse à l’équipage le temps d’évacuer, puis achève l’épave à la torpille. Cunningham fait jeter des radeaux et signale en clair aux Italiens la position des naufragés, ce que Londres lui reprochera.
Un croiseur isolé a défait 7 adversaires. La marine italienne, dont les équipages se sont battus avec courage, découvre qu’elle n’a ni la doctrine, ni l’entraînement, ni bientôt le radar qu’exige le combat de nuit. Elle le paiera à Matapan, en mars 1941, de 3 croiseurs lourds.

12 octobre 1940 : premier vol du TsKB-57, prototype de l’Iliouchine Il-2 Chtourmovik.
Le 12 octobre 1940, à Moscou, le TsKB-57 du bureau d’études de Sergueï Iliouchine effectue son premier vol. Version monoplace, allégée et remotorisée, d’un avion d’assaut blindé biplace qui avait déçu, il devient en 1941 l’Il-2 Chtourmovik. Produit à plus de 36 000 exemplaires, c’est l’avion militaire le plus construit de l’histoire et l’arme emblématique de l’aviation soviétique pendant la Grande Guerre patriotique.
L’appui direct des troupes au sol, à très basse altitude, expose les avions au feu de toutes les armes de l’infanterie. Les Soviétiques, qui ont fait de l’aviation d’assaut, la chtourmovaïa aviatsia, une arme à part entière, en ont mesuré le coût en Espagne et contre les Japonais. En 1938, Sergueï Iliouchine propose un appareil d’un genre nouveau : au lieu d’ajouter des plaques de blindage sur une structure classique, il fait de la cuirasse elle-même une partie porteuse du fuselage. Une coque d’acier, épaisse de 4 à 12 mm, enveloppe le moteur, les radiateurs, le réservoir et l’équipage, et participe à la résistance de la cellule. Le gain de poids est considérable.
Le premier prototype, le TsKB-55, biplace, vole le 2 octobre 1939. Il l’emporte sur le projet concurrent de Pavel Soukhoï et reçoit la désignation militaire BSh-2, pour avion d’assaut blindé. Mais il ne répond pas au programme. Son moteur Mikouline AM-35, conçu pour les chasseurs de haute altitude, donne sa pleine puissance là où l’avion n’a pas à aller. L’appareil, trop lourd, est trop lent et son rayon d’action insuffisant. Les militaires le jugent mal protégé contre les tirs venant de l’arrière.
Iliouchine refond son projet. Mikouline lui fournit une variante de son moteur adaptée au vol à basse altitude, l’AM-38, de près de 1 700 ch. Le poste du mitrailleur arrière est supprimé, ce qui permet de reporter du poids sur le blindage et le carburant : l’avion devient monoplace, le pilote est protégé à l’arrière par une plaque plus épaisse et un réservoir supplémentaire occupe la place libérée. La verrière est relevée pour améliorer la vue vers l’avant et le bas.
Le TsKB-57 vole le 12 octobre 1940 à l’usine n° 39 de Moscou, siège du bureau d’études. Les essais montrent un avion nettement plus rapide que le BSh-2, maniable près du sol et d’une robustesse peu commune. L’armement prévu comprend deux canons de 20 ou de 23 mm et 2 mitrailleuses ShKAS dans les ailes, 8 roquettes RS-82 sous la voilure et jusqu’à 400 ou 600 kilos de bombes en soute et sous le fuselage.
La fabrication en série est lancée à la fin de 1940 à Voronej. L’avion passe ses essais officiels en mars 1941 et reçoit en avril le nom d’Il-2. Les premières livraisons aux régiments interviennent en mai 1941.
Quand l’Allemagne attaque l’Union soviétique le 22 juin 1941, moins de 250 Il-2 ont été construits et peu de pilotes savent les piloter. Le 4e régiment d’aviation d’assaut les engage quelques jours plus tard sur la Bérézina, contre les colonnes blindées allemandes, sans formation tactique et presque sans escorte. Les pertes sont terribles. Sans mitrailleur arrière, le monoplace est à la merci des chasseurs allemands qui l’attaquent par derrière et par dessous. Dans les régiments, on découpe des postes de fortune derrière le pilote pour y placer un mécanicien armé d’une mitrailleuse.
L’évacuation des usines vers l’est fait tomber la production. En décembre 1941, Staline adresse aux directeurs des usines de Kouïbychev un télégramme resté célèbre : l’Armée rouge a besoin des Il-2 comme de l’air et du pain. Les cadences remontent dès les mois suivants.
À partir de l’automne 1942, l’Il-2 biplace, doté d’un mitrailleur arrière armé d’une mitrailleuse lourde de 12,7 mm, remplace le monoplace sur les chaînes. Les versions suivantes reçoivent une aile à flèche légère sur le bord d’attaque, qui corrige le centrage, et des canons de 23 puis de 37 mm. À partir de la bataille de Koursk, en juillet 1943, les Il-2 larguent par centaines de petites bombes antichars à charge creuse, les PTAB, qui percent le blindage supérieur des chars allemands.
Les équipages d’assaut paient un prix très lourd. Jusqu’en 1943, un pilote d’Il-2 survit rarement plus de quelques dizaines de missions, et le titre de Héros de l’Union soviétique récompense alors un nombre de sorties bien plus faible que dans la chasse. Les Allemands, impressionnés par la résistance de l’appareil aux balles, le surnommaient l’avion de béton.
Entre 1941 et 1945, 36 163 Il-2 sont construits, auxquels s’ajoutent plus de 6 000 exemplaires de son successeur, l’Il-10. Après la guerre, l’appareil équipe les aviations des pays d’Europe orientale, de la Pologne à la Yougoslavie. Des épaves retrouvées dans les lacs et les marais de Russie ont permis d’en restaurer plusieurs, dont quelques-uns volent de nouveau.

12 octobre 1944 : les Allemands évacuent Athènes.
Le 12 octobre 1944, les dernières troupes allemandes quittent Athènes après trois ans et demi d’occupation. Le même jour, des parachutistes britanniques sautent sur l’aérodrome de Mégare. La capitale grecque est libérée sans combat, mais la paix ne dure pas deux mois.
Les Allemands étaient entrés à Athènes le 27 avril 1941 et avaient hissé leur drapeau sur l’Acropole. Le pays est partagé entre trois occupants, allemand, italien et bulgare. Les réquisitions et le blocus provoquent, pendant l’hiver 1941-1942, une famine qui tue des dizaines de milliers de personnes dans l’agglomération d’Athènes et du Pirée. La communauté juive de Salonique, près de cinquante mille personnes, est déportée à Auschwitz en 1943.
La résistance armée se développe dans les montagnes à partir de 1942. Elle est dominée par l’EAM, front que dirigent les communistes, et son armée, l’ELAS, rivale de l’organisation républicaine EDES. Les représailles allemandes sont féroces : Kalavryta en décembre 1943, Distomo en juin 1944. Des bataillons de sécurité levés par le gouvernement collaborateur combattent les maquis.
À la fin de l’été 1944, la situation des Balkans se retourne. La Roumanie change de camp le 23 août, la Bulgarie suit, l’Armée rouge marche sur Belgrade. Le groupe d’armées E du général Löhr, trois cent mille hommes répartis entre la Grèce continentale et les îles, risque d’être coupé. L’ordre d’évacuation est donné au début de septembre. Les garnisons de Crète, de Rhodes et de quelques îles, impossibles à rapatrier, resteront sur place jusqu’en mai 1945.
Pendant que les colonnes remontent vers le nord, les Britanniques préparent leur retour. Churchill, qui ne veut pas d’une Grèce communiste, obtient de Staline, à Moscou, le 9 octobre, que le pays reste dans la zone d’influence britannique. Par l’accord de Caserte, le 26 septembre, les chefs des maquis ont placé leurs forces sous l’autorité du général Scobie et se sont engagés à ne pas entrer en armes dans la capitale.
12 octobre
Athènes a été déclarée ville ouverte. Le général Felmy, qui commande dans le sud, a négocié par l’entremise de l’archevêque Damaskinos : il renonce à détruire le barrage de Marathon, qui alimente la ville en eau, contre l’assurance que son repli ne sera pas attaqué. Les installations du Pirée sont en partie sabotées ; des résistants sauvent la centrale électrique.
Au matin, un détachement allemand dépose une couronne au tombeau du Soldat inconnu, place Syntagma. Un soldat amène ensuite le drapeau à croix gammée de l’Acropole. Les derniers camions prennent la route de Thèbes. La foule envahit les rues avec des drapeaux grecs, alliés et rouges ; les cloches sonnent.
À une quarantaine de kilomètres, une compagnie de parachutistes britanniques saute sur le terrain de Mégare par un vent violent qui cause plusieurs morts. C’est le premier acte de l’opération Manna. Les éléments de tête entrent dans Athènes le 14 octobre, le convoi principal dans la rade du Pirée, qu’il faut déminer, les jours suivants. Le 18, le gouvernement d’union nationale de Georges Papandréou débarque à son tour et le Premier ministre hisse le drapeau grec sur l’Acropole. Salonique est évacuée le 30 octobre ; les derniers Allemands quittent le territoire continental au début de novembre.
L’occupation laisse un pays exsangue : plusieurs centaines de milliers de morts, des villages incendiés par centaines, une flotte marchande et un réseau ferré détruits, une monnaie anéantie. L’EAM contrôle les campagnes et siège au gouvernement.
La rupture se fait sur le désarmement des maquis. Les ministres de l’EAM démissionnent le 2 décembre. Le lendemain, la police tire sur une manifestation place Syntagma et fait une vingtaine de morts. L’ELAS attaque les commissariats, puis se heurte aux troupes de Scobie, bientôt renforcées de deux divisions retirées d’Italie. On se bat dans Athènes pendant cinq semaines. Churchill y vient en personne le jour de Noël. L’archevêque Damaskinos est nommé régent et l’accord de Varkiza, le 12 février 1945, met fin aux combats.
Il ne règle rien. La guerre civile reprend en 1946 et dure jusqu’en 1949. La Grèce est le seul pays libéré d’Europe où les armées alliées ont combattu la Résistance.
12 octobre 1948 : premier vol du Gloster Meteor F.8.
Le 12 octobre 1948, le prototype VT150 du Gloster Meteor F.8 effectue son premier vol à Moreton Valence, dans le Gloucestershire. Version améliorée du premier chasseur à réaction britannique, il reçoit un fuselage allongé, un réservoir supplémentaire, un empennage redessiné et, sur les avions de production, un siège éjectable. Construit à plus de mille exemplaires, il devient au début des années 1950 le chasseur de jour principal de la Royal Air Force et combat en Corée sous les couleurs australiennes.
Le Meteor est né d’une spécification de 1940. Le constructeur Gloster, qui avait fait voler en mai 1941 le premier avion à réaction britannique, le E.28/39, conçoit un biréacteur à aile droite, les moteurs logés dans la voilure, faute de réacteur assez puissant pour un monomoteur. Le premier prototype vole le 5 mars 1943. Le 616e escadron reçoit ses premiers Meteor en juillet 1944 et les engage contre les bombes volantes V1, dont il abat plusieurs en les déséquilibrant du bout de l’aile. Le Meteor est le seul avion à réaction allié à servir pendant la guerre.
Après 1945, Gloster le perfectionne. Le Meteor F.4, doté de réacteurs Rolls-Royce Derwent 5, bat le record du monde de vitesse en novembre 1945, à plus de 975 km/h, puis de nouveau en septembre 1946. Il devient le chasseur standard de la RAF et le premier avion à réaction exporté en nombre par la Grande-Bretagne.
Le Meteor F.4 a pourtant des faiblesses. Son autonomie est courte. Son centre de gravité est mal placé : il faut parfois loger du lest dans le nez pour compenser le poids des réacteurs et des équipements arrière. Quand on allonge le nez pour emporter davantage, l’avion devient instable en tangage dès que les munitions, logées à l’avant, sont tirées. Le pilote ne dispose enfin d’aucun moyen d’évacuation fiable à grande vitesse.
Le Meteor F.8
La réponse est le F.8. Le fuselage avant est allongé d’environ 76 cm, ce qui permet de loger un réservoir de plus de 430 litres. Pour rétablir la stabilité, Gloster emprunte l’empennage de son monoréacteur expérimental E.1/44, abandonné : une dérive plus anguleuse, de plus grande surface, avec un plan horizontal relevé. Un premier F.4 modifié a validé la formule au début de 1948. Le VT150, véritable prototype, vole le 12 octobre avec le nez allongé et la nouvelle dérive.
Les avions de série reçoivent des réacteurs Derwent 8, de 16 kN de poussée chacun, et le siège éjectable Martin-Baker Mk 1, devenu équipement standard. L’armement reste de quatre canons Hispano de 20 mm, auxquels s’ajoutent en appui au sol roquettes et bombes. Sur les exemplaires plus tardifs, une verrière en goutte d’eau, sans armature arrière, améliore la visibilité. L’avion atteint environ 960 km/h.
Les premières livraisons à la RAF commencent en août 1949. Entre 1950 et 1955, le F.8 équipe la plupart des escadrons de chasse de jour du Royaume-Uni, réguliers et auxiliaires. Plus de trente escadrons de la RAF et une dizaine de la Royal Auxiliary Air Force le mettent en œuvre. Il est remplacé par le Hawker Hunter à partir de 1954, et les derniers escadrons de première ligne s’en séparent vers 1957. Le F.8 sert encore longtemps comme avion-cible, remorqueur de cibles et appareil d’essais.
La société Martin-Baker utilise des Meteor pour mettre au point ses sièges. Un F.8 sert aussi d’avion expérimental à pilote couché, avec un second poste de pilotage allongé dans un nez prolongé, pour étudier la résistance aux fortes accélérations ; il vole en février 1954.
En 1951, le 77e escadron de la Royal Australian Air Force, qui combat en Corée sur Mustang, est rééquipé de Meteor F.8. Les pilotes avaient averti qu’un avion à aile droite ne pourrait affronter le MiG-15. Le 1er décembre 1951, au-dessus de Sunchon, une douzaine de Meteor sont interceptés par une quarantaine de MiG pilotés par des Soviétiques. L’officier Bruce Gogerly obtient la première victoire d’un Meteor sur un MiG, mais les Australiens perdent 3 appareils. Le 77e escadron est ensuite affecté à l’attaque au sol, où le Meteor, robuste et bien armé, rend de bons services jusqu’à l’armistice de 1953.
Le F.8 est vendu à de nombreux pays. La Belgique et les Pays-Bas le construisent sous licence, chez Fairey et Fokker. Le Danemark en reçoit 20 ; ce seront les derniers F.8 en service de première ligne en Europe. Le Brésil en commande 60 en 1952, avec 10 biplaces T.7, et les paie en coton brut. Au Proche-Orient, Israël, l’Égypte et la Syrie en achètent à la même époque, si bien que des Meteor des deux camps se retrouvent face à face lors de la crise de Suez en 1956.
Au total, environ 1 100 Meteor F.8 sont produits, sur quelque 3 900 Meteor toutes versions confondues. Quelques exemplaires sont conservés en état de vol, dont l’un au Royaume-Uni.
12 octobre 1961 : premier vol du Mirage IVA-02, prototype du bombardier stratégique.
Le 12 octobre 1961, le Mirage IVA-02 effectue son premier vol. C’est le premier des trois prototypes au standard de série du Mirage IV, bombardier supersonique conçu pour porter la première arme nucléaire française. L’avion est accepté pour la production en série. 3 ans plus tard, le 8 octobre 1964, le premier Mirage IV prend l’alerte nucléaire : la France dispose de sa force de dissuasion.
La décision de doter la France de l’arme atomique est prise sous la IVe République et confirmée par le général de Gaulle dès son retour au pouvoir en 1958. Le premier essai, Gerboise bleue, a lieu à Reggane, dans le Sahara algérien, le 13 février 1960. Il faut un moyen de porter la bombe jusqu’au territoire soviétique. Les missiles balistiques ne seront pas prêts avant la fin de la décennie ; le seul vecteur réaliste à court terme est un avion.
L’armée de l’Air lance en 1956 un programme de bombardier capable de pénétrer à vitesse supersonique les défenses adverses. Dassault, qui achève le Mirage III, propose un appareil qui en reprend la formule : une aile delta sans empennage horizontal, mais deux fois plus grande, et deux réacteurs au lieu d’un. Le prototype Mirage IV 01, à peu près de la taille du Mirage III agrandi, vole à Melun-Villaroche le 17 juin 1959, aux mains de Roland Glavany. Le 19 septembre 1960, René Bigand bat avec lui le record du monde de vitesse sur 1 000 km en circuit fermé, à plus de 1 800 km/h de moyenne autour de Paris.
Pour atteindre Moscou et en revenir sans escale, Dassault étudie un appareil bien plus lourd, le Mirage IVB, propulsé par deux réacteurs américains Pratt & Whitney J75. Son prix et la dépendance envers un motoriste étranger le condamnent. On retient une version intermédiaire, le Mirage IVA, un peu plus grande que le prototype, d’environ 78 m² de surface alaire et de 32 tonnes au décollage, propulsée par deux réacteurs SNECMA Atar 9. Le rayon d’action insuffisant sera compensé par le ravitaillement en vol : la France achète aux États-Unis 12 avions-citernes Boeing C-135F, et les Mirage IV pourront aussi se ravitailler entre eux au moyen de nacelles. La commande de 50 avions de série est passée le 4 avril 1960, avant même le vol du premier prototype de présérie.
Le IVA-02, qui vole le 12 octobre 1961, sert surtout aux essais du système de bombardement. Il effectue des largages simulés au centre d’essais de Colomb-Béchar, dans le Sud algérien, où l’armée de l’Air dispose de vastes champs de tir. Le IVA-03, qui vole le 1er juin 1962, reçoit le système de navigation et la perche de ravitaillement en vol. Le IVA-04, en vol le 23 janvier 1963, est représentatif de la série. Le premier avion de série est achevé en décembre 1963.
Le Mirage IVA est biplace : le pilote est assis devant le navigateur, chargé du radar, de la navigation et du tir. Il peut dépasser brièvement Mach 2 en haute altitude, mais l’essentiel de son vol se fait en subsonique pour économiser le carburant. La bombe AN-11, d’environ 60 kilotonnes, est logée à demi encastrée sous le fuselage. 12 fusées d’appoint permettent de raccourcir le décollage depuis des pistes dispersées.
Les Forces aériennes stratégiques sont créées le 14 janvier 1964. Le premier escadron, l’escadron de bombardement 1/91 Gascogne, reçoit ses appareils à Mont-de-Marsan et prend la première alerte le 8 octobre 1964. Au total, 62 Mirage IVA sont livrés, répartis en neuf escadrons sur 9 bases différentes, de façon qu’une attaque surprise ne puisse les détruire tous. En permanence, plusieurs avions armés, équipages en tenue, attendent l’ordre de décoller dans les 15 minutes.
Le dispositif se transforme dès la fin des années 1960, quand les missiles sol-sol du plateau d’Albion, puis les sous-marins lanceurs d’engins, prennent le relais. Face aux défenses soviétiques, les Mirage IV apprennent à pénétrer à très basse altitude. À partir de 1972, 12 appareils sont équipés d’une nacelle de reconnaissance logée dans le logement de l’arme.
Pour prolonger la vie de l’avion, 18 Mirage IVA sont transformés en Mirage IVP, équipés d’un nouveau radar, d’une centrale à inertie et du missile nucléaire ASMP, qui peut être tiré à plusieurs dizaines de kilomètres de l’objectif. Le premier Mirage IVP vole le 12 octobre 1982, 21 ans jour pour jour après le IVA-02. Il entre en service le 1er mai 1986.
La mission nucléaire prend fin en 1996, quand le Mirage 2000N reprend l’ASMP. Les derniers Mirage IVP, versés à l’escadron de reconnaissance stratégique 1/91, mènent pendant encore 9 ans des missions de reconnaissance à haute altitude au-dessus des Balkans, de l’Irak et de l’Afghanistan. Ils sont retirés du service en 2005. Le IVA-02 lui-même, longtemps exposé en plein air au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

12 octobre 1962 : premier vol stationnaire captif du Dassault Balzac V.
Le 12 octobre 1962, au centre d’essais de Melun-Villaroche, le chef pilote d’essais de Dassault, René Bigand, soulève pour la première fois du sol le Balzac V, avion expérimental à décollage et atterrissage verticaux. L’appareil, retenu par des câbles, se maintient quelques instants en vol stationnaire. Il doit valider la formule retenue pour le Mirage III V, chasseur supersonique à décollage vertical voulu par l’armée de l’Air.
À la fin des années 1950, les états-majors de l’OTAN redoutent que les grandes bases aériennes, aux pistes longues et bien repérées, soient détruites dès les premières minutes d’une guerre nucléaire en Europe. Un avion capable de décoller à la verticale, depuis une route, une clairière ou une aire bétonnée de quelques dizaines de mètres, échapperait à cette menace. L’OTAN lance en 1961 un concours pour un chasseur d’appui supersonique à décollage vertical. Les Britanniques poursuivent la voie de la tuyère orientable, qui aboutira au Harrier ; d’autres, en Allemagne et en France, choisissent de juxtaposer des réacteurs de sustentation et un réacteur de propulsion.
En septembre 1960, l’armée de l’air retient le projet de Mirage III V, construit en commun par Dassault et Sud-Aviation. Faute de moteurs définitifs, un démonstrateur doit d’abord prouver que la formule est pilotable. Le marché du Balzac V est passé le 2 février 1961.
Pour gagner du temps, Dassault récupère la voilure delta et la dérive du Mirage III 001, premier prototype de son chasseur, sur lesquelles on monte un fuselage presque entièrement nouveau, élargi et allongé. Au centre de l’appareil sont logés huit petits réacteurs de sustentation Rolls-Royce RB108, d’environ une tonne de poussée chacun, disposés verticalement en deux groupes de quatre, de part et d’autre du train principal. Ils sont coiffés de volets qui s’ouvrent pour le vol vertical et se referment ensuite. La propulsion horizontale est assurée par un réacteur Bristol Siddeley Orpheus, dont la manche d’entrée d’air passe entre les moteurs de sustentation.
En vol stationnaire, à vitesse nulle, les gouvernes classiques n’ont plus d’effet. L’assiette est tenue par des buses d’air comprimé prélevé sur les réacteurs, placées aux extrémités des ailes, à l’avant et à l’arrière du fuselage. Le Balzac V introduit chez Dassault deux techniques promises à un long avenir : des commandes de vol électriques, qui transmettent les ordres du pilote par des signaux et non plus par des câbles et des bielles, et la télémesure, qui envoie au sol en temps réel les paramètres du vol.
Une anecdote souvent rapportée veut que le nom vienne du numéro de téléphone d’une agence de publicité parisienne, Balzac 00-01, qui faisait écho à l’immatriculation 001 de l’appareil.
Assemblé à partir de janvier 1962, l’avion est présenté le 24 juillet à Melun-Villaroche. Les premiers essais se déroulent sur une aire équipée d’un portique et d’un caillebotis qui évacue les gaz chauds, pour éviter que le souffle, en rebondissant sur le sol, ne soit réaspiré par les entrées d’air.
Le 12 octobre, Bigand met les gaz aux huit réacteurs de sustentation et l’avion s’élève, entravé par ses câbles. Un deuxième vol captif a lieu le même jour, un troisième le 15. Le 18 octobre, il réalise le premier vol libre près du sol. Le 25, lors de son troisième vol libre, le Balzac tient plus de 2 minutes en stationnaire hors de l’effet de sol.
La première transition du vol vertical au vol horizontal est réussie le 18 mars 1963, au 17e vol. Le 29 mars, le Balzac accomplit le premier cycle complet : décollage vertical, transition, vol en palier, retour au stationnaire et atterrissage vertical. Le 7 juin 1963, Bigand présente l’avion au général de Gaulle lors de l’inauguration du Salon du Bourget.
Au début de 1964, au cours de sa 125e sortie, le Balzac s’écrase pendant un vol stationnaire à basse altitude à Melun-Villaroche. Son pilote, Jacques Pinier, est tué. L’appareil est reconstruit et reprend ses essais. Le 8 septembre 1965, il est de nouveau détruit dans des circonstances semblables ; le pilote, le major Philip Neale, de l’US Air Force, venu évaluer l’avion, est tué à son tour. Le Balzac n’est pas reconstruit une seconde fois.
Le Balzac a ouvert la voie aux deux prototypes du Mirage III V, plus grands et plus lourds, équipés de huit réacteurs de sustentation RB162 et d’un réacteur de propulsion à double flux. Le Mirage III V-01 effectue son premier vol stationnaire le 12 février 1965, avec René Bigand, et sa première transition le 24 mars 1966. Le 12 septembre 1966, le V-02 atteint Mach 2,03 en palier : il reste le seul avion à décollage vertical à avoir dépassé deux fois la vitesse du son. Il est détruit en novembre suivant.
Le programme est abandonné peu après. Les huit moteurs de sustentation, inutiles une fois en l’air, alourdissaient l’avion et consommaient une part excessive du carburant ; l’OTAN elle-même renonce à exiger le décollage vertical. Le Balzac V reste l’ancêtre des commandes de vol électriques qui équiperont, 20 ans plus tard, le Mirage 2000.

12 octobre 1964 : Voskhod 1, premier équipage de trois hommes en orbite.
Le 12 octobre 1964, l’Union soviétique lance de Baïkonour le vaisseau Voskhod 1, premier engin spatial à emporter plus d’un homme. Son équipage de trois cosmonautes revient sur Terre après 24 heures de vol. L’exploit, obtenu au prix de risques que l’on ne connaîtra que bien plus tard, est le dernier que Nikita Khrouchtchev ait pu saluer : il est renversé le surlendemain.
Depuis le vol de Gagarine, en avril 1961, les Soviétiques ont accumulé les premières : premier vol d’une journée, premier vol groupé, première femme dans l’espace. Mais leurs six missions habitées ont toutes utilisé la capsule monoplace Vostok. Les Américains annoncent pour 1965 les vols biplaces du programme Gemini et, au-delà, la cabine triplace Apollo. Le vaisseau soviétique de nouvelle génération, le Soyouz, ne sera pas prêt avant des années.
Au début de 1964, Khrouchtchev exige de Sergueï Korolev, le constructeur en chef, un vol à trois avant les Américains. Korolev n’a qu’une solution : faire entrer 3 hommes dans un Vostok. Les ingénieurs retirent le siège éjectable, qui servait à la fois de système de sauvetage au décollage et de moyen d’atterrissage, et installent 3 couchettes en travers de la cabine. Il n’y a plus de place pour les scaphandres ; l’équipage volera en survêtement de laine. Pour l’atterrissage, désormais dans la cabine, on ajoute un second parachute et une fusée de freinage qui s’allume à un mètre du sol. Une rétrofusée de secours complète l’ensemble.
Le résultat est un vaisseau sans aucune issue. Pendant les premières dizaines de secondes du lancement, une défaillance du lanceur, dérivé du missile intercontinental R-7, serait mortelle. En orbite, une fuite de l’atmosphère de la cabine le serait aussi. Pour faire accepter le projet à son bureau d’études, Korolev promet à l’ingénieur Konstantin Feoktistov, qui le jugeait déraisonnable, une place à bord.
Le commandant est le colonel-ingénieur Vladimir Komarov, 37 ans, pilote d’essai de l’armée de l’air. Feoktistov, 38 ans, est le premier concepteur d’engins spatiaux à voler dans l’un d’eux. Ancien éclaireur de l’Armée rouge, il avait été fusillé par les Allemands à Voronej, à 16 ans, et laissé pour mort. Le troisième homme, Boris Iegorov, 26 ans, est médecin. Aucun n’a suivi plus de quelques mois d’entraînement.
Le lancement a lieu le matin du 12 octobre. Le Voskhod, dont le nom signifie « lever du soleil », se place sur une orbite qui culmine à plus de 330 km. Iegorov prélève du sang, mesure des tensions, observe les réactions de ses compagnons, dont l’un souffre du mal de l’espace. Feoktistov photographie l’horizon et les aurores. L’équipage salue par radio les athlètes des Jeux olympiques de Tokyo, ouverts deux jours plus tôt, et s’entretient avec Khrouchtchev, en vacances sur la mer Noire.
Komarov demande à prolonger le vol d’une journée. Korolev refuse. La cabine se pose le 13 octobre dans la steppe du Kazakhstan, après 16 révolutions et un peu plus de 24 heures.
Pendant que les cosmonautes subissent les examens d’usage à Baïkonour, Khrouchtchev est rappelé à Moscou. Le 14 octobre, le Comité central le relève de toutes ses fonctions. Lorsque l’équipage est reçu sur la place Rouge, le 19, c’est Leonid Brejnev qui l’accueille à la tribune.
La presse occidentale y voit la preuve d’une avance soviétique ; elle ignore que le vaisseau est une improvisation. Un second Voskhod, en mars 1965, permet à Alexeï Leonov la première sortie dans l’espace, puis le programme est abandonné. Korolev meurt en janvier 1966. Komarov se tue le 24 avril 1967 au retour du premier vol Soyouz, dont le parachute ne s’ouvre pas.
12 octobre 1968 : indépendance de la Guinée équatoriale.
Le 12 octobre 1968, à Santa Isabel, aujourd’hui Malabo, l’Espagne reconnaît l’indépendance de la Guinée équatoriale. Seule colonie espagnole d’Afrique subsaharienne, le nouvel État bascule en quelques mois dans l’une des dictatures les plus meurtrières du continent, celle de Francisco Macías Nguema, que son propre neveu renversera par un coup d’État militaire en 1979.
Le territoire réunit deux ensembles que rien ne rapprochait. L’île de Fernando Poo, dans le golfe de Guinée, cédée par le Portugal en 1778, est peuplée de Bubis et de descendants d’esclaves affranchis ; ses plantations de cacao, parmi les plus productives du monde, emploient des dizaines de milliers d’ouvriers nigérians. Le Río Muni, enclave continentale entre le Cameroun et le Gabon, délimitée par un traité avec la France en 1900 et occupée seulement dans les années 1920, est le pays des Fang, qui forment les quatre cinquièmes de la population.
Mise en cause aux Nations unies, l’Espagne de Franco transforme la colonie en provinces en 1959, puis lui accorde l’autonomie en 1964. Une conférence constitutionnelle se tient à Madrid en 1967 et 1968. Les Bubis réclament une indépendance séparée pour leur île, de peur d’être dominés par les continentaux ; Madrid tranche pour un État unitaire. La constitution est approuvée par référendum en août 1968.
L’Espagne soutient la candidature de Bonifacio Ondó Edu, président du gouvernement autonome. Francisco Macías Nguema, Fang du Río Muni, ancien interprète et fonctionnaire de l’administration coloniale, vice-président de ce même gouvernement, fait campagne contre la tutelle de la métropole. Il l’emporte au second tour, le 29 septembre.
Le 12 octobre, jour de la fête nationale espagnole, le ministre de l’Information Manuel Fraga Iribarne signe l’acte d’indépendance au nom du général Franco. Le drapeau espagnol est amené. Madrid conserve sur place quelque 7 000 ressortissants, qui tiennent l’économie, et deux compagnies de la Garde civile.
Les caisses sont vides et les relations se dégradent en quelques semaines. Macías dénonce dans ses discours les colons et les compagnies forestières. À la fin de février 1969, un incident autour des drapeaux espagnols de Bata, capitale du Río Muni, tourne à l’émeute contre les Européens. L’ambassadeur d’Espagne fait prendre position à la Garde civile ; Macías exige son départ et celui de l’ambassadeur.
Le 5 mars, le ministre des Affaires étrangères Atanasio Ndongo, rentré de Madrid, tente de s’emparer du pouvoir à Bata. Il échoue et meurt le jour même, défenestré ou achevé en prison selon les versions. Macías, qui accuse l’Espagne d’avoir monté le complot, proclame l’état d’urgence et lâche ses milices. Ondó Edu, arrêté, meurt en détention. En un mois, sous la protection de la marine et de la Garde civile, presque tous les Espagnols sont évacués. L’encadrement technique du pays disparaît avec eux. À Madrid, le régime classe l’affaire secret d’État et interdit à la presse d’en parler.
Macías fusionne les partis en un parti unique en 1970 et se proclame président à vie en 1972. Le pouvoir se resserre sur son clan, originaire de la région de Mongomo. Une milice de jeunesse fait régner la peur dans les villages. Les anciens ministres, les fonctionnaires formés par l’Espagne, les prêtres, puis quiconque porte des lunettes ou possède un livre deviennent suspects. Les écoles ferment, les églises sont interdites en 1978, la banque centrale cesse de fonctionner et le président garde le trésor chez lui. Des témoins ont rapporté une exécution collective dans le stade de Malabo, à Noël 1975, au son d’une fanfare.
Les ouvriers nigérians des plantations, maltraités, sont rapatriés par leur gouvernement en 1976 ; la production de cacao s’effondre. Sur environ 300 000 habitants, plusieurs dizaines de milliers sont tués et près d’un tiers fuit vers le Gabon, le Cameroun ou l’Espagne. Le régime survit avec l’aide de conseillers soviétiques, cubains, chinois et nord-coréens.
À l’été 1979, Macías fait exécuter plusieurs officiers de la garde nationale, dont un frère du lieutenant-colonel Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, son neveu, formé à l’académie militaire de Saragosse et vice-ministre des Forces armées. Le 3 août, Obiang prend le contrôle de Malabo. Macías tient quelques jours dans son village natal avec sa garde, puis s’enfuit dans la forêt, où il est capturé le 18 août.
Jugé dans une salle de cinéma de Malabo pour génocide, assassinats collectifs et détournement de fonds, il est condamné à mort et fusillé le 29 septembre 1979. Le peloton aurait été composé de soldats marocains, les militaires guinéens craignant les pouvoirs occultes qu’on prêtait au dictateur.
Obiang, qui avait dirigé sous son oncle la prison de Black Beach, garde le pouvoir pendant plus de quatre décennies. La découverte de pétrole au large de l’île, dans les années 1990, fait du pays l’un des plus riches d’Afrique par habitant et l’un des plus inégalitaires. En 2004, une tentative de coup d’État montée par des mercenaires venus d’Afrique du Sud est déjouée avant d’avoir commencé.
12 octobre 1969 : premier vol du Jaguar S, version d’attaque britannique du Jaguar franco-britannique.
Le 12 octobre 1969, le prototype S-06, immatriculé XW560, décolle de l’aérodrome de Warton, dans le Lancashire. C’est le premier Jaguar britannique et le premier exemplaire de la version monoplace d’appui tactique destinée à la Royal Air Force, qui le désignera Jaguar GR Mk 1. L’appareil franchit le mur du son dès ce premier vol. La RAF en recevra 165, qu’elle mettra en œuvre de 1973 à 2007, de la dissuasion nucléaire en Allemagne à la guerre du Golfe.
Le programme naît d’un accord signé le 17 mai 1965 entre les gouvernements britannique et français. Les deux pays cherchent alors des avions différents. L’armée de l’Air veut un avion d’école de combat et d’appui tactique, bon marché et rustique, capable d’opérer depuis des terrains sommaires. La RAF veut un biplace d’entraînement supersonique pour remplacer le Gnat et le Hunter biplace. On retient comme base de travail le projet Breguet 121, déjà étudié en France.
En mai 1966, Breguet Aviation et la British Aircraft Corporation fondent à parts égales une société commune, la SEPECAT, Société européenne de production de l’avion d’école de combat et d’appui tactique. La cellule est partagée entre les deux constructeurs : Breguet réalise l’avant et le centre du fuselage, BAC la voilure, l’arrière et les entrées d’air. Rolls-Royce et Turboméca s’associent de même pour le moteur, l’Adour, un turboréacteur double flux à postcombustion. Les chaînes d’assemblage final sont installées à Toulouse et à Warton.
Entre-temps, les besoins britanniques ont changé de fond en comble. L’abandon du TSR-2 en 1965, puis de la commande de F-111K en 1968, laisse la RAF sans avion d’attaque moderne. Le Jaguar devient pour elle un chasseur-bombardier à part entière, et c’est le Hawk qui reprendra plus tard la fonction d’entraînement. Londres exige pour sa version un système de navigation et d’attaque beaucoup plus élaboré que celui des appareils français.
8 prototypes sont commandés, chacun identifié par une lettre de version : E pour le biplace d’école français, A pour le monoplace d’appui français, M pour la version embarquée de l’Aéronavale, S et B pour le monoplace et le biplace britanniques. Le premier, l’E-01, vole à Istres le 8 septembre 1968, piloté par Bernard Witt. Le premier monoplace français, l’A-03, suit le 29 mars 1969. Le Jaguar M sera abandonné en 1973 au profit du Super-Étendard.
Le S-06 sort à Warton à l’été 1969. Il emporte encore une avionique incomplète : son nez arrondi est celui des appareils français. Lors de son vol initial, le 12 octobre, il dépasse Mach 1, ce qui est peu courant pour un premier vol. Le second prototype britannique, le S-07, XW563, vole le 12 juin 1970 avec le système de navigation et d’attaque complet. Le biplace B-08, XW566, suit en août 1971.
Le Jaguar britannique de série se reconnaît à son nez en forme de ciseau, garni de vitrages, qui abrite un télémètre laser et un détecteur de cibles marquées au laser de Ferranti. Il dispose d’une centrale à inertie et d’un calculateur de navigation et de tir, le NAVWASS de Marconi-Elliott, qui affiche dans un collimateur tête haute, l’un des premiers mis en service dans une aviation de combat, la route vers l’objectif et le point de largage. Le pilote peut ainsi trouver une cible à très basse altitude, sans radar. L’appareil est armé de deux canons ADEN de 30 mm et emporte près de 4,5 tonnes de charges sous 5 points d’emport : bombes lisses et freinées, bombes à sous-munitions, roquettes, nacelles de reconnaissance et, à partir de 1975, la bombe nucléaire tactique WE.177.
La RAF commande 165 monoplaces GR Mk 1 et 35 biplaces T Mk 2. Le 226 OCU, l’unité de transformation, reçoit ses premiers appareils à Lossiemouth en 1973 ; le 54e escadron devient la première unité opérationnelle en mars 1974. À son apogée, le Jaguar équipe 8 escadrons. 4 sont basés à Brüggen, en République fédérale, dans la mission d’attaque nucléaire et conventionnelle au profit de l’OTAN ; le 2e escadron, à Laarbruch, assure la reconnaissance ; les 6e, 41e et 54e escadrons forment à Coltishall une force d’intervention rapide. Le Tornado les remplace en Allemagne au milieu des années 1980.
En 1990, une douzaine de Jaguar britanniques sont déployés à Thumrait, à Oman, puis à Muharraq, à Bahreïn, pour l’opération Granby. Peints en rose désert et dotés de rails lance-missiles Sidewinder au-dessus des ailes, ils effectuent 612 sorties de combat contre les positions irakiennes, les batteries côtières et les navires, sans aucune perte. Les Jaguar de la RAF participent ensuite à la surveillance du nord de l’Irak depuis la Turquie et aux opérations au-dessus de la Bosnie depuis l’Italie, avec la nacelle de désignation laser TIALD.
La flotte connaît plusieurs modernisations, dont la dernière, au début des années 2000, donne naissance au Jaguar GR Mk 3. Le dernier escadron est dissous à Coningsby au printemps 2007 et le dernier vol militaire britannique a lieu le 20 décembre de la même année. Un Jaguar à commandes de vol électriques, modifié à Warton au début des années 1980, avait servi de banc d’essai aux technologies qui aboutiront à l’Eurofighter Typhoon.
En France, les 160 Jaguar A de l’armée de l’Air deviennent l’avion des interventions extérieures, en particulier sur le continent africain. Ils frappent les colonnes du Polisario en Mauritanie lors de l’opération Lamantin, à partir de décembre 1977, puis opèrent au Tchad pendant les opérations Tacaud, Manta et Épervier, dont le raid du 16 février 1986 contre la base libyenne de Ouadi Doum. Ils sont retirés en juillet 2005.
Le Jaguar International, version d’exportation dérivée du modèle britannique, a été vendu à l’Équateur, à l’Inde, qui l’a construit sous licence chez HAL, à Oman et au Nigeria. L’armée de l’air nigériane en a reçu 18 au début des années 1980, avant de les retirer quelques années plus tard faute de crédits d’entretien.
Le prototype du 12 octobre 1969 n’a pas survécu à ses essais. Le 11 août 1972, au centre d’essais de Boscombe Down, une rupture de moteur au sol perce un réservoir et l’appareil est détruit par l’incendie, sans faire de victime. Ses restes servent à l’instruction des mécaniciens à Lossiemouth, puis à Warton jusqu’en 1977. Seul l’avant du fuselage subsiste ; acquis en 2004 par la Boscombe Down Aviation Collection, il est exposé, restauré, à Old Sarum, dans le Wiltshire.

12 octobre 1984 : attentat de l’IRA contre Margaret Thatcher à Brighton.
Le 12 octobre 1984, à 2 h 54 du matin, une bombe de l’IRA provisoire explose au Grand Hotel de Brighton, où loge le gouvernement britannique pendant le congrès annuel du Parti conservateur. Cinq personnes sont tuées et une trentaine blessées. Margaret Thatcher, qui était la cible, en sort indemne.
Pour les républicains irlandais, Margaret Thatcher est l’ennemie par excellence. En 1981, elle a refusé toute concession aux détenus de la prison du Maze qui réclamaient le statut de prisonniers politiques ; dix d’entre eux, dont Bobby Sands, sont morts de leur grève de la faim. L’IRA a déjà tué lord Mountbatten en 1979 et frappé Londres à plusieurs reprises, à Hyde Park en 1982, devant Harrods en décembre 1983. Atteindre le Premier ministre et son cabinet réunis sous le même toit décapiterait l’État.
À la mi-septembre 1984, un homme se présentant sous le nom de Roy Walsh prend pour trois nuits la chambre 629 du Grand Hotel, sur le front de mer, et paie en espèces. C’est Patrick Magee, artificier de l’IRA. Il dévisse le panneau de la baignoire et y loge une dizaine de kilos d’explosif enveloppés de film plastique pour en masquer l’odeur aux chiens. Le retard est assuré par une minuterie de magnétoscope, réglée sur 24 jours, de façon que l’explosion ait lieu dans la dernière nuit du congrès. Il revisse le panneau et quitte l’hôtel. Aucune fouille ne sera faite dans les étages avant l’arrivée des ministres.
Le jeudi 11 octobre au soir, Margaret Thatcher travaille à son discours du lendemain dans la suite Napoléon, au premier étage, avec ses collaborateurs. Peu avant 03 h 00, elle examine un dernier dossier avec son secrétaire particulier quand l’explosion se produit, 5 étages plus haut. La charge fait basculer une des grandes souches de cheminée de la façade, qui s’abat à travers les planchers et entraîne dans sa chute toute une travée de chambres jusqu’au sous-sol. La salle de bains de la suite, où le Premier ministre se trouvait deux minutes plus tôt, est ravagée ; le salon est intact.
Elle se change, rassemble ses papiers et sort par l’arrière avec son mari Denis. On la conduit au poste de police, puis à l’école de police de Lewes.
Les pompiers fouillent les décombres pendant des heures. Le ministre du Commerce Norman Tebbit en est extrait devant les caméras de télévision ; son épouse Margaret restera paralysée. John Wakeham, responsable de la discipline du groupe parlementaire, est dégagé après 7 heures, les jambes broyées. Sa femme Roberta est morte. Sont tués également le député sir Anthony Berry, Jeanne Shattock, Eric Taylor et Muriel Maclean, qui succombe un mois plus tard.
Margaret Thatcher exige que la séance s’ouvre à 09 h 30 comme prévu. Un grand magasin de la ville ouvre à 08 h 00 pour habiller les délégués sortis de l’hôtel en vêtements de nuit. L’après-midi, dans un discours réécrit, elle déclare que l’attentat visait à paralyser le gouvernement élu du pays et que toutes les tentatives de détruire la démocratie par le terrorisme échoueront.
L’IRA revendique l’opération le jour même. Son communiqué prévient le Premier ministre qu’elle a eu de la chance cette fois, mais qu’elle devra en avoir toujours, alors qu’il suffira à l’organisation d’en avoir une seule.
La police du Sussex retrouve dans les gravats les fragments de la minuterie, ce qui date la pose. Elle recherche alors, dans une cinquantaine de pays, les quelque huit cents personnes qui ont séjourné à l’hôtel dans le mois précédent. Une seule demeure introuvable : Roy Walsh. Sur sa fiche d’inscription, les techniciens relèvent une empreinte de paume, qui correspond à celle de Magee, fiché depuis sa jeunesse.
Il est arrêté à Glasgow le 22 juin 1985, avec une équipe qui préparait une série d’attentats dans des stations balnéaires anglaises ; une bombe déjà posée est désamorcée dans un hôtel de Londres. Condamné en 1986 à huit peines de réclusion à perpétuité, il est libéré en juin 1999 en application de l’accord du Vendredi saint. Il participera plus tard à des rencontres publiques avec la fille de sir Anthony Berry.
Margaret Thatcher signe en novembre 1985 l’accord anglo-irlandais, qui associe pour la première fois Dublin aux affaires d’Irlande du Nord. Le Grand Hotel rouvre en 1986. L’IRA visera encore le gouvernement en février 1991, en tirant au mortier sur le 10 Downing Street pendant une réunion du cabinet de John Major.
12 octobre 1999 : coup d’État du général Musharraf au Pakistan.
Le 12 octobre 1999, l’armée pakistanaise renverse en quelques heures et sans un coup de feu le Premier ministre Nawaz Sharif, qui venait de limoger son chef, le général Pervez Musharraf. C’est le quatrième régime militaire de l’histoire du Pakistan, dix-sept mois après ses premiers essais nucléaires.
Revenu au pouvoir en 1997 avec une majorité des deux tiers, Nawaz Sharif a entrepris de réduire tous les contre-pouvoirs. Il a fait retirer au président le droit de dissoudre l’Assemblée, a poussé à la démission le président de la Cour suprême, puis, en octobre 1998, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Jehangir Karamat, coupable d’avoir réclamé un conseil national de sécurité. Pour lui succéder, il a choisi, de préférence à deux généraux plus anciens, Pervez Musharraf, officier d’artillerie et des commandos, né à Delhi, sans appui dans les grandes familles militaires du Pendjab.
En mai 1998, le Pakistan a répondu aux essais nucléaires indiens par les siens. En février 1999, Sharif reçoit à Lahore le Premier ministre indien Vajpayee, venu en autobus, et signe avec lui une déclaration de détente.
Au même moment, l’état-major prépare une opération que le Premier ministre dira n’avoir connue que dans ses grandes lignes. Pendant l’hiver, des troupes pakistanaises franchissent la ligne de contrôle du Cachemire et occupent, à plus de 4 000 mètres, les crêtes qui dominent la route de Srinagar à Leh, dans le secteur de Kargil. L’Inde les découvre en mai et engage son aviation et son artillerie lourde. Les combats durent deux mois et font plusieurs centaines de morts de chaque côté.
Isolé sur le plan diplomatique, Sharif se rend à Washington le 4 juillet 1999 et accepte devant le président Clinton de retirer ses troupes. L’armée y voit une humiliation, le Premier ministre un piège tendu par ses généraux. Pendant l’été, chacun prépare l’éviction de l’autre.
Musharraf est à Colombo pour l’anniversaire de l’armée sri-lankaise. Il embarque pour Karachi sur le vol PK 805 des Pakistan International Airlines, un Airbus qui transporte près de deux cents passagers. Vers 17 h 00, la télévision d’État annonce sa mise à la retraite et son remplacement par le lieutenant-général Ziauddin Butt, directeur des services de renseignement interarmées (ISI) et proche du Premier ministre.
L’état-major général avait prévu le cas. Le chef d’état-major général, Aziz Khan, et le commandant du corps d’armée de Rawalpindi, Mahmud Ahmed, refusent de reconnaître la nomination et font sortir les troupes. Une brigade occupe en une heure la télévision, dont les soldats escaladent la grille devant les caméras, puis la résidence du Premier ministre, où Sharif est arrêté avec son frère et ses ministres. L’antenne est coupée.
Pendant ce temps, l’avion approche de Karachi. Le directeur de l’aviation civile, sur ordre du gouvernement, lui interdit d’atterrir où que ce soit au Pakistan, fait éteindre le balisage et placer des véhicules sur la piste. Le commandant de bord annonce qu’il n’a plus assez de carburant pour gagner un autre pays. On le détourne vers un terrain de l’intérieur. Musharraf, dans le poste de pilotage, demande à parler au commandant du corps d’armée de Karachi.
Les troupes prennent la tour de contrôle peu après sept heures du soir. L’Airbus se pose à Karachi avec, selon son pilote, sept minutes de kérosène. Dans la nuit, en treillis, Musharraf annonce à la télévision que les forces armées sont intervenues en dernier recours pour empêcher la déstabilisation du pays.
L’état d’urgence est proclamé le 14 octobre. Musharraf suspend la Constitution, dissout les assemblées et prend le titre inédit de chef de l’exécutif. Le Commonwealth suspend le Pakistan. En mai 2000, la Cour suprême valide le coup d’État au nom de la nécessité et lui donne trois ans pour rendre le pouvoir aux civils.
Sharif est condamné en avril 2000 à la prison à vie pour détournement d’avion et terrorisme. En décembre, à la suite d’une médiation saoudienne, il part en exil à Djeddah. Il reviendra en 2007 et sera de nouveau Premier ministre en 2013.
Président à partir de juin 2001, Musharraf devient après le 11 Septembre l’allié indispensable et ambigu des États-Unis en Afghanistan, ce qui lui vaut la levée des sanctions et plusieurs tentatives d’assassinat. Affaibli par son conflit avec les juges et par l’assassinat de Benazir Bhutto, il démissionne le 18 août 2008. Condamné à mort par contumace pour haute trahison en 2019, jugement annulé peu après, il meurt en exil à Dubaï le 5 février 2023.
12 octobre 2000 : attaque contre l’USS Cole (Yémen).
Le 12 octobre 2000, à 11 h 18, une embarcation chargée d’explosifs se fait sauter contre la coque du destroyer américain USS Cole, qui se ravitaille en carburant dans le port d’Aden, au Yémen. 17 marins sont tués et 39 blessés. C’est l’attaque la plus meurtrière contre un bâtiment de l’US Navy depuis celle de la frégate Stark en 1987. Al-Qaïda en est l’auteur, 11 mois avant le 11 septembre 2001.
Le Cole est un destroyer lance-missiles de la classe Arleigh Burke, long de 154 mètres, armé par près de trois cents marins et commandé par le capitaine de frégate Kirk Lippold. Il porte le nom d’un sergent des Marines tué à Iwo Jima. Parti de Norfolk en août, il vient de franchir le canal de Suez et la mer Rouge pour rejoindre dans le golfe Persique les forces qui font respecter l’embargo contre l’Irak.
Depuis 1999, la marine américaine utilise Aden comme point de ravitaillement, par souci de rapprochement avec le Yémen. Le bâtiment s’amarre à 9 h 30 à un poste de mazoutage isolé au milieu de la rade, un coffre relié à la terre par un oléoduc. Le pompage commence à 10 h 30. Plusieurs embarcations du port ont aidé à la manœuvre et enlèvent les ordures.
Un canot blanc en fibre de verre, monté par 2 hommes, s’approche à vitesse modérée du flanc bâbord. Les sentinelles le prennent pour une de ces embarcations de servitude ; leurs consignes ne les autorisent d’ailleurs à tirer que si l’on tire sur elles. Les deux hommes, debout, auraient fait un signe de la main. Ils actionnent une charge de plusieurs centaines de kilos d’explosif militaire, moulée de manière à diriger le souffle vers la coque.
L’explosion ouvre au niveau de la flottaison une brèche d’environ 12 mètres sur 18. Elle dévaste la cafétéria, où l’équipage fait la queue pour le déjeuner, et noie une salle des machines. Le bâtiment, privé d’électricité, prend de la gîte. L’équipage lutte près de 3 jours contre l’envahissement, à la lampe torche, pour l’empêcher de couler à son poste. Parmi les 17 morts, la plupart très jeunes, figurent 2 femmes.
Les blessés sont répartis dans les hôpitaux d’Aden, mal équipés. Le premier secours venu de l’extérieur est français. Les commandements français de l’océan Indien et de Djibouti font partir un Transall C-160 des forces françaises de Djibouti, aménagé en version sanitaire, avec trois équipes médicales. Il évacue dans la nuit onze blessés graves, deux femmes et neuf hommes, vers l’hôpital militaire Bouffard, où plusieurs sont opérés avant d’être remis quelques jours plus tard à un avion sanitaire américain venu d’Allemagne. L’amiral américain chargé des opérations de sauvetage a déclaré publiquement que ces évacuations avaient sauvé des vies. La frégate britannique Marlborough est le premier bâtiment allié sur place.
L’opération a été préparée au Yémen pendant plus d’un an sous la direction du Saoudien Abd al-Rahim al-Nashiri, chef des opérations d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique. L’organisation avait déjà frappé les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam le 7 août 1998. Une première tentative du même type avait échoué à Aden le 3 janvier 2000 contre le destroyer The Sullivans : le canot, trop lourdement chargé, avait coulé en quittant la plage. Les explosifs avaient été repêchés et réemployés.
L’enquête du FBI, menée dans des conditions tendues avec les autorités yéménites, identifie rapidement les exécutants. Ni l’administration Clinton, en fin de mandat, ni celle de George W. Bush n’ordonnent de riposte ; la commission d’enquête sur le 11 Septembre relèvera que Ben Laden y vit une preuve de faiblesse. Le pétrolier français Limburg est attaqué de la même façon au large du Yémen le 6 octobre 2002.
Abou Ali al-Harithi, l’un des organisateurs, est tué au Yémen en novembre 2002 par un missile tiré d’un drone, l’une des premières frappes de ce genre hors d’Afghanistan. Al-Nashiri, capturé la même année, est détenu à Guantánamo, où la procédure engagée contre lui devant une commission militaire s’est enlisée pendant de longues années. Jamal al-Badaoui, évadé deux fois des prisons yéménites, est tué par une frappe américaine en janvier 2019.
Le destroyer est chargé sur le navire semi-submersible norvégien Blue Marlin, qui le ramène à Pascagoula, dans le Mississippi, en décembre 2000. Les réparations durent 14 mois et coûtent environ 250 millions de dollars. Le Cole reprend la mer en avril 2002. L’attentat conduit l’US Navy à refondre ses règles de protection en escale : périmètres de sécurité sur l’eau, embarcations de garde, consignes d’ouverture du feu.

12 octobre 2002 : attentats islamistes de Bali.
Le 12 octobre 2002, peu après 23 h 00, 3 bombes explosent sur l’île indonésienne de Bali. 2 d’entre elles détruisent le quartier des bars de Kuta, fréquenté par les touristes étrangers. Le bilan est de 202 morts, de plus de 20 nationalités, et de 209 blessés. C’est l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de l’Indonésie et, pour l’Australie, qui perd 88 des siens, la pire tuerie subie en temps de paix.
L’organisation responsable est issue des milieux islamistes javanais qui rêvent depuis les années 1950 d’un État islamique en Indonésie. Ses fondateurs, Abdullah Sungkar et Abou Bakar Bachir, prédicateurs d’un pensionnat coranique de Java central, s’exilent en Malaisie sous Suharto et y fondent en 1993 la Jemaah Islamiyah. Plusieurs centaines de leurs partisans passent par les camps d’Afghanistan. Riduan Isamuddin, dit Hambali, y noue le lien avec Al-Qaïda.
Le réseau frappe des églises indonésiennes la nuit de Noël 2000, puis prépare des attentats contre des ambassades occidentales à Singapour, déjoués à la fin de 2001. Au début de 2002, Hambali, replié en Thaïlande, donne pour consigne de viser des cibles sans protection : bars, discothèques, lieux de vacances des Occidentaux. Bali, île hindoue dans un pays musulman, où les étrangers boivent et dansent, réunit tout ce que ces hommes exècrent.
L’opération est coordonnée par Ali Ghufron, dit Mukhlas, ancien d’Afghanistan, et dirigée sur place par Imam Samudra. Amrozi, frère de Mukhlas, mécanicien de village, achète à Java oriental une camionnette Mitsubishi et près d’une tonne de produits chimiques. L’artificier est le Malaisien Azahari Husin, ingénieur formé en Grande-Bretagne. La charge principale, un mélange à base de chlorate de potassium, est répartie dans des classeurs métalliques boulonnés au plancher du véhicule.
À 23 h 05, un jeune homme entre au Paddy’s Pub, rue Legian, et déclenche la bombe qu’il porte dans son sac à dos. Les survivants se ruent dans la rue. Une vingtaine de secondes plus tard, la camionnette, garée devant le Sari Club, juste en face, explose à son tour ; son conducteur est resté au volant. Le club est une construction ouverte, couverte de chaume, où se pressent plusieurs centaines de personnes. Le souffle creuse un cratère d’un mètre de profondeur, abat les bâtiments voisins et brise les vitres à des centaines de mètres. Le feu prend aussitôt et les bouteilles de gaz des cuisines sautent.
Un troisième engin, de faible puissance, déclenché à distance, explose presque au même moment près du consulat des États-Unis à Denpasar. Il ne blesse personne.
Beaucoup de morts sont brûlés au point de ne pouvoir être identifiés que par leur ADN, ce qui prendra des mois. Outre 88 Australiens et 38 Indonésiens, pour la plupart employés des établissements et chauffeurs, on compte des Britanniques, des Américains, des Allemands, des Suédois, des Néerlandais, des Français. L’hôpital Sanglah de Denpasar manque de tout pour soigner des centaines de grands brûlés ; des touristes et des habitants servent de brancardiers. L’aviation australienne organise en 36 heures l’évacuation d’une soixantaine de blessés vers Darwin, puis vers les services spécialisés de Perth et des autres grandes villes.
La police indonésienne travaille avec la police fédérale australienne. Les auteurs avaient limé le numéro de châssis de la camionnette ; un second numéro, frappé lors d’un contrôle technique, leur avait échappé. Il mène en 3 semaines à Amrozi, arrêté le 5 novembre, que la presse surnomme l’« assassin souriant » pour son attitude devant les caméras. Imam Samudra est pris le 21 novembre, Mukhlas le 4 décembre.
Tous 3 sont condamnés à mort en 2003 et fusillés le 9 novembre 2008 sur l’île-prison de Nusakambangan. Ali Imron, autre frère de Mukhlas, qui exprime des remords et coopère, est condamné à la réclusion à perpétuité. Hambali, arrêté en Thaïlande en août 2003, est remis aux États-Unis et détenu à Guantánamo. Azahari est tué par la police en 2005, Dulmatin en 2010 ; Umar Patek, arrêté au Pakistan en 2011, est condamné à 20 ans de prison. Abou Bakar Bachir, chef spirituel du réseau, n’est condamné dans cette affaire qu’à une courte peine, annulée en appel.
L’Indonésie, qui niait jusque-là l’existence d’un terrorisme organisé sur son sol, adopte en quelques jours une législation d’exception et crée une unité de police spécialisée, le Détachement 88, formée et équipée avec l’aide de l’Australie et des États-Unis. Le tourisme balinais, principale ressource de l’île, s’effondre pour 2 ans.
Le réseau frappe encore l’hôtel Marriott de Jakarta en 2003, l’ambassade d’Australie en 2004, et de nouveau Bali le 1er octobre 2005, où 3 kamikazes tuent 20 personnes. Un mémorial portant les noms des 202 victimes a été élevé à Kuta, à l’emplacement du Paddy’s Pub.
12 octobre 2008 : mort à 87 ans du héros de guerre canadien Léo Major.
Léo Major, né le 23 janvier 1921 à New Bedford, dans le Massachusetts, et mort le 12 octobre 2008 à Longueuil, près de Montréal, est un soldat canadien-français du Régiment de la Chaudière puis du Royal 22e Régiment. Éclaireur et tireur d’élite, borgne à partir de 1944, il est le seul Canadien décoré de la Distinguished Conduct Medal dans deux guerres différentes : pour la libération de Zwolle, aux Pays-Bas, en avril 1945, et pour la défense d’une position en Corée, en novembre 1951. On l’a surnommé le « Rambo québécois ».

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Léo est l’aîné des 13 enfants d’Achille Major et d’Amanda Sévigny. Son père, employé des chemins de fer, travaillait alors pour quelques mois aux États-Unis ; la famille rentre à Montréal avant le premier anniversaire de l’enfant et s’installe dans les quartiers ouvriers de l’est de la ville. Le père, souvent absent sur les chantiers de la voie, est dur avec son fils aîné, qu’il traite de bon à rien. Léo, scolarisé en anglais, quitte la maison à 14 ans, en pleine crise économique, après une dispute de trop. Il vit chez une tante, puis travaille dans une ferme.
En 1938, il est embauché sur le chantier de la gare centrale de Montréal. Il y fait des journées de 10 heures, 6 jours sur 7, et son contremaître, qui a remarqué son goût pour les tâches dont personne ne veut, lui confie le dynamitage du roc.
Il s’engage à l’été 1940, à 19 ans, et obtient d’être versé au Régiment de la Chaudière, unité francophone qui doit partir la première. Après Valcartier, près de Québec, puis Sussex, au Nouveau-Brunswick, il embarque en juillet 1941 pour la Grande-Bretagne. L’attente dure près de 3 ans. L’un des rares de son unité à parler couramment l’anglais, il se spécialise comme éclaireur et tireur d’élite, pratique la boxe et se lie avec un autre Montréalais, Wilfrid Arseneault, dit Willy.
Le 6 juin 1944, le Régiment de la Chaudière débarque à Bernières-sur-Mer, sur la plage Juno, derrière les Queen’s Own Rifles of Canada. Major a raconté avoir capturé l’après-midi même, avec un camarade, un semi-chenillé allemand et ses occupants, et avoir refusé de le céder à un officier d’une autre unité avant de l’avoir ramené à son commandant ; le véhicule aurait contenu du matériel radio et des codes.
À la fin de juin, devant Caen, sa patrouille se heurte à des soldats de la Waffen-SS. Un Allemand blessé lance une grenade au phosphore. Major perd l’usage de l’œil gauche. Au médecin qui lui annonce son rapatriement, il répond qu’il vise de l’œil droit et qu’un seul suffit. On le laisse repartir avec un bandeau, qui lui donne, dit-il, l’air d’un pirate.
Pendant la bataille de l’Escaut, dans la nuit du 30 au 31 octobre 1944, envoyé seul à la recherche d’une patrouille disparue, il aurait capturé une compagnie allemande entière et ramené 93 prisonniers sous le feu de l’artillerie ennemie. Il aurait ensuite refusé la Distinguished Conduct Medal parce qu’elle devait lui être remise par le maréchal Montgomery, qu’il tenait pour incompétent. L’épisode repose sur son témoignage ; les archives n’en ont pas livré de confirmation.
Le 27 février 1945, près de Keppeln, en Rhénanie, il aide l’aumônier du régiment à charger des corps sur une chenillette. Le véhicule saute sur une mine. L’aumônier et le conducteur sont tués. Major, projeté en l’air, se brise le dos en plusieurs endroits, les deux chevilles et des côtes. Promis de nouveau au rapatriement, il s’échappe de l’hôpital au bout d’une semaine, se fait conduire à Nimègue chez une famille néerlandaise qu’il connaît, s’y repose un mois et rejoint son unité à la fin de mars.
Le 13 avril, le régiment arrive devant Zwolle, ville de 50 000 habitants sur l’IJssel, que l’on croit fortement tenue. L’artillerie doit ouvrir le feu le lendemain matin. Le commandant demande deux volontaires pour reconnaître les défenses et prendre contact avec la Résistance. Major et le caporal Arseneault se présentent.
Ils partent à la nuit tombée et s’arrêtent dans une ferme, où ils ne parviennent pas à se faire comprendre. Peu avant minuit, aux abords de la ville, un bruit trahit leur position. Arseneault est tué par une rafale. Major abat deux Allemands, les autres s’enfuient, et il décide de continuer.
Seul pendant 6 heures, il parcourt la ville, entre en relation avec les résistants, forme avec eux des patrouilles et les poste aux points importants, fait incendier le siège de la Gestapo pour hâter le départ de la garnison. À 05 h 00 du matin, il repasse un canal à gué pour rendre compte. Les Canadiens entrent dans Zwolle le 14 avril sans tirer un coup de feu.
Ses propres récits, recueillis des décennies plus tard, ajoutent bien davantage : un chauffeur allemand capturé, un officier alsacien désarmé dans un café puis relâché pour qu’il persuade ses camarades de partir, des courses dans les rues à lancer des grenades et à vider des chargeurs pour simuler une attaque en force, des dizaines de prisonniers ramenés par petits groupes, un accrochage avec des officiers SS. Ces versions varient et se contredisent sur plus d’un point ; les historiens néerlandais estiment que la garnison avait commencé à évacuer. Rien de cela ne retire à l’essentiel : un homme seul, borgne, le dos à peine ressoudé, a passé la nuit dans une ville ennemie et lui a épargné le bombardement.
Au matin, il va rechercher le corps d’Arseneault. Il reçoit la Distinguished Conduct Medal, deuxième décoration britannique pour bravoure après la Victoria Cross pour les hommes du rang. Arseneault recevra le Lion de bronze néerlandais à titre posthume en 1970.
Démobilisé, opéré du dos, Major devient tuyauteur. À l’été 1950, quand le Canada lève une brigade pour la Corée, le lieutenant-colonel Jacques Dextraze, qui forme le 2e bataillon du Royal 22e Régiment, le fait rappeler pour monter une section d’éclaireurs et de tireurs d’élite. Il se rengage malgré son œil et une pension d’invalidité. Le bataillon s’entraîne à Fort Lewis, aux États-Unis, et arrive au front au printemps 1951.
En novembre 1951, les Canadiens tiennent le col qui sépare deux hauteurs au nord de Séoul : la colline 355, que les soldats appellent le Petit Gibraltar, occupée par un régiment américain, et la colline 227. Du 22 au 25, l’armée des volontaires chinois attaque en force. Les Américains perdent une partie de la 355, les Chinois prennent la 227, et la compagnie D du Royal 22e est presque encerclée. Dextraze ordonne à Major de reprendre avec sa section une position perdue sur le flanc.
Il part de nuit avec 18 hommes armés de mitraillettes, surprend les occupants et tient ensuite la crête contre plusieurs contre-attaques. Quand on l’autorise à se replier, il recule de quelques dizaines de mètres seulement et dirige par radio le tir des mortiers presque sur ses propres trous. Sa citation dit qu’il refusa tout simplement de céder du terrain. Il reçoit une barrette à sa DCM.
Rentré au Québec, marié, père de 4 enfants, il ne parle guère de ses guerres ; ses proches en apprennent l’essentiel à la fin des années 1960, quand des habitants de Zwolle retrouvent sa trace. Il y retourne à plusieurs reprises. La ville le fait citoyen d’honneur en 2005 et donne son nom à une avenue, la Leo Majorlaan.
Il meurt le 12 octobre 2008, à 87 ans, et repose au Champ d’honneur national de Pointe-Claire. Un parc de Longueuil porte son nom depuis 2018 et un documentaire, Léo Major, le fantôme borgne, lui a été consacré en 2019.
12 octobre 2021 : mort à 101 ans d’Hubert Germain, dernier survivant des compagnons de la Libération.
Hubert Germain, né le 6 août 1920 à Paris et mort le 12 octobre 2021 à l’Institution nationale des Invalides, est un officier de la France libre et un homme politique français. Engagé dès juin 1940, ancien de Bir Hakeim, compagnon de la Libération, il est ministre dans les gouvernements de Pierre Messmer de 1972 à 1974. Il était le dernier survivant des 1 038 compagnons.

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Fils du général Maxime Germain, officier des troupes coloniales, il grandit au gré des affectations de son père. Il est élève de la mission laïque franco-arabe de Damas de 1930 à 1932, passe son baccalauréat au lycée Albert-Sarraut de Hanoï, poursuit au lycée Saint-Louis à Paris, puis entre en classe préparatoire au lycée Michel-de-Montaigne de Bordeaux.
À la mi-juin 1940, il compose pour le concours de l’École navale quand il apprend que le gouvernement demande l’armistice. Il se lève, rend copie blanche et dit à l’examinateur qu’il part faire la guerre. Avec trois camarades, il gagne Saint-Jean-de-Luz, où des troupes polonaises embarquent. Le 24 juin, il monte à bord de l’Arandora Star, qui le débarque à Liverpool. À l’Olympia Hall de Londres, il s’engage dans les Forces françaises libres. Il n’a pas vingt ans.
Il est d’abord élève officier de marine sur le cuirassé Courbet, en rade de Portsmouth, où il connaît les bombardements de la bataille d’Angleterre. Au printemps 1941, il est affecté en Palestine à la 1re division légère française libre du général Legentilhomme et fait à son état-major la campagne de Syrie contre les troupes de Vichy.
Il suit le cours d’élèves officiers de Damas, en sort aspirant en septembre 1941 et rejoint l’état-major de la 1re brigade française libre du général Kœnig. En février 1942, il obtient d’être affecté à la 13e demi-brigade de Légion étrangère, au 2e bataillon.
Du 27 mai au 11 juin 1942, dans le désert de Libye, les 3 700 hommes de Kœnig tiennent seize jours la position de Bir Hakeim contre les forces de Rommel, donnant à la 8e armée britannique le temps de se rétablir. L’aspirant Germain commande une section antichar. Il est de la sortie de vive force de la nuit du 10 au 11 juin, à travers les champs de mines et les lignes ennemies. Il est cité à l’ordre de l’armée et promu sous-lieutenant en septembre.
Il combat ensuite à El Alamein, où la demi-brigade attaque le piton de l’Himeimat en octobre 1942, puis en Tunisie jusqu’en mai 1943.
La 1re division française libre débarque en Italie au printemps 1944 et prend part à l’offensive du Garigliano. Le 24 mai, devant Pontecorvo, le lieutenant Germain est blessé. Évacué sur Naples, il reçoit à la fin de juin la croix de la Libération des mains du général de Gaulle. Le décret est du 20 novembre 1944.
Il débarque en Provence en août 1944, participe à la libération de Toulon, remonte la vallée du Rhône, se bat dans les Vosges et en Alsace et finit la guerre dans le massif de l’Authion, au-dessus de Nice. Le général Kœnig, commandant des forces françaises en Allemagne, le prend comme aide de camp. Il épouse Simone Millon en octobre 1945 ; ils auront trois enfants. Il quitte l’armée en 1946.
Revenu à la vie civile, il travaille dans l’industrie, chez Cinzano puis dans le groupe chimique Geigy. Il est maire de Saint-Chéron, alors en Seine-et-Oise, de 1953 à 1965. De 1960 à 1962, puis en 1967-1968, il appartient au cabinet de Pierre Messmer, ministre des Armées, son ancien camarade de la 13e demi-brigade.
Élu député gaulliste du 13e arrondissement de Paris en 1962, il est battu en 1967 et réélu en 1968 et en 1973. Il fonde avec Messmer l’amicale parlementaire Présence et action du gaullisme, qu’il préside de 1971 à 1973. Quand Messmer devient Premier ministre, il entre au gouvernement : ministre des Postes et Télécommunications de juillet 1972 à mars 1974, puis ministre chargé des Relations avec le Parlement jusqu’à la fin de mai 1974, en assurant de nouveau l’intérim des Postes après le départ de Jean Royer, candidat à l’élection présidentielle. Il préside ensuite, de 1975 à 1982, la Société française de télédistribution.
Initié à la Grande Loge de France en 1975, il en devient grand maître d’honneur et fonde la loge « Pierre Brossolette, compagnon de la Libération ».
Membre du conseil de l’ordre de la Libération à partir de 2010, il vit ses dernières années aux Invalides. En juin 2020, pour le 80e anniversaire de l’appel du 18 Juin, le Royaume-Uni fait membres honoraires de l’ordre de l’Empire britannique les quatre compagnons encore en vie : Edgard Tupët-Thomé, Daniel Cordier, Pierre Simonet et lui. Les trois autres meurent avant la fin de l’année. Un décret du 25 novembre 2020 le nomme chancelier d’honneur de l’ordre.
Dans un livre d’entretiens paru à l’automne 2020, Espérer pour la France, il dit que la flamme s’éteindra avec le dernier compagnon, mais qu’il restera des braises, et que la France en a besoin. Le 11 juin 2021, anniversaire de la sortie de Bir Hakeim, une prise d’armes a lieu sous ses fenêtres. En septembre, la Légion étrangère le fait caporal-chef honoraire.
Il s’éteint le 12 octobre 2021, à 101 ans. Un hommage national lui est rendu dans la cour des Invalides le 15 octobre. Le 11 novembre, après une cérémonie à l’Arc de triomphe, son cercueil est porté par des légionnaires jusqu’à la crypte du Mémorial de la France combattante, au mont Valérien. Il y repose dans le caveau n° 9, que le général de Gaulle avait voulu réserver au dernier des compagnons de la Libération.









