16 octobre 1690 : début de la bataille de Québec (Nouvelle France, actuel Canada).
Venue de Boston, la flotte de Sir William Phips jette l’ancre dans la rade de Québec. Sommé de se rendre, le gouverneur Frontenac répond qu’il ne parlera que par la bouche de ses canons. Huit jours plus tard, les assaillants rembarquent sans avoir pris la ville.
La France et l’Angleterre sont en guerre depuis 1689 (guerre de la Ligue d’Augsbourg, dite en Amérique King William’s War). Après les raids franco-indiens de l’hiver 1690 contre Schenectady et les établissements de la Nouvelle-Angleterre, le Massachusetts réplique. Au printemps, Phips, marin et aventurier enrichi par la récupération d’un trésor espagnol, s’est emparé sans combat de Port-Royal, en Acadie. La colonie lui confie ensuite une expédition bien plus ambitieuse contre Québec, financée par la colonie elle-même et non par Londres : il s’agit pour l’essentiel de miliciens de la Nouvelle-Angleterre, quelque 2 000 à 2 300 hommes embarqués sur 34 navires, qui quittent la baie de Boston au mois d’août.
Le manque de pilotes connaissant le Saint-Laurent, les vents contraires et le mauvais temps retardent la remontée du fleuve. Prévenu, Frontenac a quitté Montréal et atteint Québec le 14 octobre ; la ville a été renforcée de batteries tournées vers le fleuve et des milices de la région y affluent. Le 16 octobre, Phips mouille dans le bassin de Québec et envoie à terre le major Thomas Savage, conduit les yeux bandés devant le gouverneur. Celui-ci refuse de répondre par écrit et fait savoir qu’il ne répondra que par ses canons et ses mousquets.
Le 18 octobre, environ 1 200 à 1 300 hommes commandés par le major John Walley débarquent sur la grève de Beauport, à l’est de la rivière Saint-Charles. Harcelés par les miliciens canadiens de Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène, qui y est mortellement blessé, ils ne parviennent jamais à franchir la rivière. Les navires bombardent la ville les 18 et 19 octobre sans résultat décisif, épuisent leurs munitions et subissent le tir des batteries françaises. Walley fait rembarquer ses hommes dans la nuit du 21 au 22 octobre en abandonnant cinq pièces de campagne. Après un échange de prisonniers, la flotte redescend le fleuve ; tempêtes, naufrages et variole emportent plusieurs centaines d’hommes. Pour payer ses miliciens, le Massachusetts émet dès décembre 1690 du papier-monnaie, l’un des tout premiers en Occident. À Québec, l’église de la basse-ville prend le nom de Notre-Dame-de-la-Victoire.
La complainte « Le général de Flipe », transmise par la tradition orale, raconte cet épisode du point de vue canadien.
Ci-dessous « Entourloupe – Le général de Flipe », la plus vieille complainte (qui est française) composée en terre d’Amérique suite à cette événement.
LE GÉNÉRAL DE FLIPE
C’est le général de Flipe
Qui est parti de l’Angleterre
Avec que trente-six voiles
Et plus de mille hommes faits.
Il croyait par sa vaillance
Prendre la ville de Québec.
Il croyait par sa vaillance
Prendre la ville de Québec.
A mouillé devant la ville
Les plus beaux de ses vaisseaux,
Il met leur chaloupe à terre
Avec un beau générau.
C’est pour avertir la ville
De se rendre vite au plus tôt :
– Avant qu’il soye un quart d’heure,
J’allons lui livrer l’assaut.
C’est le général de ville
Z-appelle son franc canon :
– Va-t-en dire à l’ambassade
Recule-toi mon général.
Va lui dire que ma réponse
C’est au bout de mes canons,
Avant qu’il soye un quart d’heure,
Nous danserons le rigaudon.
C’est le général de Flipe
Qui mit son monde à Beauport,
Trois canons les accompagne
Pour leur servir de renfort.
Mais le malheur qui m’accable,
Qui ne m’a jamais laissé,
Les Français pleins de courage
M’en on détruit la moitié.
C’est le général de Flipe
S’est retourné dans Baston :
– Va-t-en dire au roi Guillaume
Que Québec lui a fait faux bond,
Car lui a de la bonne poudre
Et aussi de beaux boulets,
Des canons en abondance
Au service des Français.
16 octobre 1793 : bataille de Wattignies.
Au second jour de la bataille, l’armée du Nord de Jourdan enlève le plateau de Wattignies, au sud de Maubeuge. Le prince de Saxe-Cobourg lève le siège de la place et repasse la Sambre. Le village devient Wattignies-la-Victoire.
Au cours de l’été 1793, l’armée de la Coalition a pris Condé et Valenciennes, puis Le Quesnoy le 13 septembre. Le 30 septembre, Cobourg investit Maubeuge, où se trouvent enfermés près de 25 000 Français. Pendant que le prince d’Orange mène le siège, un corps d’observation autrichien d’environ 22 000 hommes, aux ordres de Clerfayt, couvre les approches sud de la forteresse. Jean-Baptiste Jourdan, nommé à la tête de l’armée du Nord après l’arrestation de Houchard (guillotiné le 16 novembre), concentre environ 45 000 hommes à Avesnes-sur-Helpe. Lazare Carnot, membre du Comité de salut public, l’accompagne.
Le 15 octobre, l’attaque française est menée sur tout le front. Au centre, la division Balland, emmenée par Jourdan lui-même sous la pression de Carnot, se brise devant Dourlers contre les grenadiers autrichiens et perd 1 200 à 1 500 hommes. Sur l’aile gauche, Fromentin est repoussé ; à droite, la division Duquesnoy prend Wattignies mais ne peut s’y maintenir.
Dans la nuit, Jourdan concentre ses moyens contre la gauche autrichienne. Le 16 octobre, une fois dissipé le brouillard matinal, l’artillerie française pilonne le village, puis trois colonnes partent de Dimont, Diméchaux et Choisies. Repoussées deux fois, elles enlèvent Wattignies en début d’après-midi, repoussent une contre-attaque et hissent une batterie sur les hauteurs. Les Autrichiens de Terzi se replient vers le nord. La journée n’est pas sans revers : plus à l’est, la division Beauregard est mise en déroute devant Obrechies et la colonne Élie, partie de Philippeville, se débande près de Beaumont.
Craignant une sortie de la garnison, Cobourg lève le siège et repasse la Sambre dans la nuit. La garnison de Maubeuge, qui aurait pu peser sur sa retraite, reste inerte ; son commandant en second, Chancel, sera guillotiné. La Coalition déclare 365 tués, 1 753 blessés et 369 disparus ; les pertes françaises sont estimées entre 3 000 et 5 000 hommes. Le récit de la bataille sera longtemps celui de Carnot, qui s’en attribue la conception ; Jourdan, lui, est relevé de son commandement en janvier 1794.

16 octobre 1813 : début de la bataille de Leipzig (Allemagne).
La bataille de Leipzig, les 16 et , appelée à cette époque bataille de Leipsick, aussi connue comme la « bataille des Nations », est une des plus importantes qui ait été livrée au cours des guerres napoléoniennes. Après l’échec catastrophique de la campagne de Russie de 1812, elle oppose une Grande Armée en partie reconstituée aux forces de la Russie, mais aussi de la Prusse, de l’Autriche et de la Suède qui ont rejoint la Sixième Coalition contre Napoléon. Vaincue, la Grande Armée doit de nouveau battre en retraite, mais réussit à traverser l’Allemagne et à regagner le territoire français.
***
Après la retraite de Russie, la Sixième Coalition se renforce sans cesse : à la Grande-Bretagne et à la Russie, adversaire principal sur le continent, se joignent la Prusse, impatiente de prendre sa revanche après sa défaite d’Iéna, puis la Suède, gouvernée par l’ancien maréchal Bernadotte qui accepte de se retourner contre son ancienne patrie moyennant la promesse de la Norvège.
La Grande Armée est sortie exsangue du désastre de la campagne de Russie où elle a perdu 400 000 hommes et 200 000 chevaux. Devant l’avance de l’armée russe, elle abandonne le duché de Varsovie, puis évacue Berlin en mars 1813, et recule jusqu’à l’Elbe.
En quelques mois, Napoléon reconstitue une force militaire qui atteint 226 000 hommes en avril 1813 puis 450 000 en août. Mais elle se compose en grande partie de jeunes recrues sans expérience : outre les vétérans perdus en Russie, Napoléon doit laisser beaucoup d’hommes en France, en Espagne et en Italie pour parer à la menace britannique. En face, les armées de la coalition sont en phase de reconstruction : l’armée russe a perdu près de 500 000 hommes dans la campagne de 1812 et l’armée prussienne, réduite à peu de chose après Iéna, est encore loin d’être pleinement opérationnelle.
Napoléon remporte dans un premier temps deux batailles sur les forces russo-prussiennes, à Lützen, le 2 mai, et à Bautzen, les 20 et 21 mai, mais la faiblesse de sa cavalerie l’empêche d’exploiter ces succès et il ne peut atteindre son objectif : faire sortir la Prusse de la guerre.
En juin, Napoléon doit accepter la médiation de l’Autriche et signer l’armistice de Pleiswitz. L’Autriche propose à la France une paix acceptable, contre l’évacuation de la Pologne, des Provinces illyriennes et des départements français situés à l’est du Rhin, ainsi que la dissolution de la confédération du Rhin. Mais la diplomatie britannique pousse les coalisés à poursuivre la guerre. Napoléon refuse puis accepte, mais trop tard, les propositions de Metternich, et l’Autriche, selon le plan de ce dernier, va se joindre à la coalition.
Les hostilités reprennent début août. Posté sur tout le cours de l’Elbe défendu par de puissantes places fortes, Napoléon fait face à trois groupes d’armées commandés par le Suédois Bernadotte sur le cours inférieur de l’Elbe, le Prussien Blücher en haute Silésie et l’Autrichien Schwartzenberg en Bohême. Fidèle à sa stratégie, il veut les battre l’un après l’autre. Voulant déborder cette ligne, les coalisés, sous le commandement de Schwarzenberg, font une première tentative par la rive gauche de l’Elbe, à travers les monts de Bohême. La bataille de Dresde (26–27 août) est une victoire pour Napoléon, qui combat à un contre deux. Mais elle est suivie d’un échec à la bataille de Kulm (30 août) quand le corps du général Vandamme, qui devait couper la retraite à l’armée vaincue, est lui-même battu et contraint à la retraite.
Les alliés changent alors de stratégie. Désormais, ils évitent la confrontation directe avec Napoléon et préfèrent se retirer devant lui pour affronter ses maréchaux : les plans de Napoléon s’en trouvent contrariés ; il s’épuise en vains allers et retours pour provoquer une bataille qu’il aurait voulu conduire.
Une fois les Français suffisamment affaiblis, les alliés entreprennent de les prendre dans une large tenaille, un corps traversant l’Elbe au nord et un deuxième au sud-ouest retraversant les monts de Bohême, cette fois loin de Dresde. Ils remportent les victoires de Gross Beeren sur Oudinot, de Katzbach sur Macdonald et de Dennewitz sur Ney. Début octobre, les alliés resserrent leur tenaille : Blücher et Bernadotte franchissent l’Elbe au nord pour marcher sur Leipzig, Schwarzenberg fait de même au sud-ouest.
Le 8 octobre, par le traité de Ried conclu en secret avec l’Autriche, le royaume de Bavière met fin à son alliance avec Napoléon ; le 14 octobre, il déclare la guerre à la France ; son armée, forte de 36 000 hommes, se prépare à se joindre aux forces de la coalition.
L’alliance de la Saxe n’est guère plus solide. Le roi Frédéric-Auguste 1er de Saxe a conclu le 20 avril 1813 un accord secret avec l’Autriche qui promettait de lui rendre l’intégrité de ses États s’il se joignait à l’alliance contre Napoléon. Cependant, réfugié à Ratisbonne en terre bavaroise, Frédéric-Auguste est toujours officiellement l’allié des Français.
La situation de Napoléon est critique. La population allemande devient hostile : la désobéissance et parfois les attaques de corps francs s’aggravent tandis que la cavalerie légère française, décimée par la campagne de Russie, débordée par les cosaques et autres cavaliers de la Coalition, n’arrive plus à assurer la sécurité du ravitaillement.
Menacé d’être débordé sur ses arrières, Napoléon cherche à provoquer le combat décisif contre les alliés qui, jusqu’ici, l’ont évité pour se concentrer sur ses maréchaux. Il dispose des meilleures troupes, dont la Garde impériale, et son aura personnelle continue d’intimider ses adversaires. Sa position centrale est très forte ; une victoire est encore possible, même à un contre deux.
Napoléon ordonne à ses troupes de se joindre à lui autour de Leipzig. Il en déploie une partie de Taucha à Stötteritz — aujourd’hui, un quartier de Leipzig — (où il place son poste de commandement), puis le reste en s’incurvant jusqu’à Lindenau. Les Prussiens viennent à sa rencontre depuis Wartenburg, les Suédois à leur suite, les Autrichiens et les Russes depuis Chemnitz et Zwickau. Au total les Français alignent environ 190 000 hommes dont une partie sont des alliés saxons, contre à peu près 330 000 pour les coalisés, chacun des camps ayant une importante artillerie.

La bataille commence le 16 octobre par une attaque de 78 000 soldats alliés depuis le sud et 54 000 autres depuis le nord. Cette confrontation n’est pas décisive et les assauts sont repoussés.
Le 2e corps autrichien du général von Merveldt avance vers Connewitz par Gautzsch et essaie d’attaquer la position pour constater que la voie est bien défendue et ne permet pas aux Autrichiens de placer leur propre artillerie pour soutenir l’attaque. Repoussés, les Autrichiens se déplacent pour attaquer le village voisin de Dölitz, traversent deux ponts menant à un manoir et à un moulin. Deux compagnies du 24e régiment repoussent la petite garnison polonaise et prennent la position. Une prompte contre-attaque rejette les Autrichiens jusqu’à ce qu’une puissante batterie d’artillerie chasse à leur tour les Polonais de la position.
Le village de Markkleeberg est défendu par les maréchaux Poniatowski et Augereau. Le général Kleist approche par les rives de la Pleisse. Les Autrichiens réparent un pont et prennent un bâtiment scolaire et un manoir. Les Français chassent les Autrichiens hors de l’école et les repoussent sur l’autre rive de la rivière. La 14e division russe commence une série d’attaques de flanquement qui expulsent les Polonais de Markkleeberg. Poniatowski stoppe la retraite et parvient à arrêter l’avance des Russes. Il reprend Markkleeberg, mais est de nouveau chassé par deux bataillons prussiens. Les grenadiers autrichiens forment alors un front devant Markkleeberg et, par une attaque de flanc, chassent les Polonais et les Français du secteur.
Le 2e corps d’infanterie russe attaque Wachau avec l’appui de la 9e brigade prussienne. Les Russes avancent, ignorant que les Français les attendent. Ils sont surpris par une attaque sur leur flanc qui les malmène. Les Prussiens entrent dans Wachau et engagent un combat de rue. L’artillerie française de Drouot les chasse de la ville.
Liebertwolkwitz est un grand village dont la position stratégique est défendue par le maréchal Macdonald et le général Lauriston avec environ 18 000 hommes. Le 4e corps autrichien les attaque avec 24 500 hommes soutenus par 4 550 hommes de la 10e brigade de Pirth et par 5 365 hommes de la 11e brigade de Ziethen. Après un dur combat, les Français sont chassés de Liebertwolkwitz, mais ils parviennent à contre-attaquer et à reprendre la ville. À ce moment, Napoléon ordonne au général Drouot de positionner une puissante batterie sur la colline de Gallows. Cent canons soufflent le 2e corps russe et forcent les bataillons prussiens qui les soutiennent à se mettre à couvert.
Comme l’avait souhaité Napoléon, une brèche est ouverte, dans laquelle s’engouffre le maréchal Murat avec 10 000 cavaliers français, italiens, et saxons. La charge est massive et menace la colline sur laquelle se trouvent les empereurs de la coalition, mais Murat a négligé de prévoir une réserve. Plusieurs petites formations de cavalerie russes (en particulier le régiment de cosaques de la Garde impériale qui célèbrera cette charge tous les ans sur ordre du Tsar), prussiennes et autrichiennes s’interposent et après d’âpres combats repoussent les assaillants jusqu’à leur propre artillerie. L’intervention des dragons de la Jeune Garde les sauve in extremis et reprend l’avantage en reconduisant les alliés hors de la ville. Liebertwolkwitz et Wachau sont repris, mais les alliés rejoignent les positions russes et autrichiennes. Ils ont démontré ce que leurs troupes d’élite, formées en carrés, étaient capables de faire face à la cavalerie française. Sur le front sud, bien que Napoléon ait gagné du terrain, il lui faut admettre qu’il ne pourra pas facilement venir à bout des rangs alliés.
Le front nord s’ouvre avec l’attaque du corps russe du général Langeron, sur les villages de Gross-Wiederitzsch et de Klein-Wiederitzsch au centre des lignes françaises. Cette position est défendue par la division polonaise du général Dombrowski composée de quatre bataillons d’infanterie et de deux bataillons de cavalerie. Au premier signe de l’attaque, la division polonaise bondit. L’issue du combat est indécise, les deux camps se livrent à des attaques et contre-attaques successives. Rassemblant ses forces, le général Langeron, malgré de lourdes pertes, prend finalement les deux villages.
Le front nord est dominé par la bataille de Möckern. Blücher commande les corps de Langeron (russes) et de Yorck (prussiens) contre les maréchaux Ney et Marmont. L’affrontement, très dur, se déroule en quatre phases. Un petit château entouré de jardins et de murs peu élevés domine le village. Chaque position est transformée en forteresse. Les Français sont à couvert derrière les murs. L’ouest de la position est trop boisé et marécageux pour une position d’artillerie. À l’est, une digue de 4 mètres protège les berges de l’Elster. Le maréchal Marmont y a abrité sa réserve d’infanterie pour contre-attaquer et soutenir rapidement chaque position.
Des attaques ont lieu toute la nuit. L’artillerie est en grande partie responsable des morts et des blessés : 9 000 chez les Alliés, 7 000 dans le camp français. Les Français perdent encore 2 000 hommes qui sont faits prisonniers.
17 OCTOBRE
Le jour suivant les forces en présence reçoivent des renforts qui sont positionnés. Il n’y a que deux actions dans la journée : l’attaque par le général russe Sacken sur les Polonais de la division de Dombrowski au village de Gohlis. La division polonaise résiste héroïquement, faisant même l’admiration du général Sacken. Finalement, le nombre et la détermination des Russes font la différence. Les Polonais se retirent à Pfaffendorf. Blücher ordonne à la 22e division de hussards du général Lanskoi (russe), qui s’est illustrée la veille, d’attaquer le 3e corps de cavalerie du général Arrighi.
Les Français reçoivent le renfort de 14 000 hommes, tandis que le général Bennigsen et le prince Bernadotte augmentent considérablement les forces alliées en amenant 145 000 hommes. Bernadotte, prince royal de Suède, exerce le commandement de l’armée du Nord qui regroupe les forces suédoises, le corps prussien de Bülow et le corps russe de Wintzingerode. Cependant, une querelle oppose Bernadotte, qui souhaiterait marquer un temps de repos, et Bülow, qui réclame un assaut pour le lendemain matin. C’est l’avis des Prussiens qui l’emporte.
18 OCTOBRE
Le général Blücher et le prince Bernadotte sont disposés au nord, les généraux Barclay De Tolly, et Bennigsen ainsi que le prince de Hesse-Hombourg au sud, et le feld-maréchal autrichien Gyulay à l’ouest.
Le combat s’engage vers 6 h du matin. Vers 9 h, à Mockau, une brigade de cavalerie saxonne, commandée par le colonel Lindenau, change de camp et se rallie aux Russes ; ceux-ci, ne sachant que faire des transfuges, les gardent sous surveillance. Plus tard dans la journée, une brigade de cavalerie wurtembergeoise, commandée par Karl von Normann-Ehrenfels, passe aussi aux Russes, tandis que le gros de l’armée saxonne continue le combat contre les Autrichiens.
La 9e brigade prussienne occupe le village abandonné de Wachau, tandis que les Autrichiens avec les Hongrois du général Bianchi repoussent les Français hors de Lößnig.
Les Autrichiens effectuent une manœuvre combinée : tandis que la cavalerie autrichienne attaque l’infanterie française pour permettre à l’infanterie autrichienne de se déployer sur Dölitz, une division de la Jeune Garde surgit et les chasse. À ce moment, trois bataillons de grenadiers autrichiens, avec l’appui de l’artillerie, leur contestent la possession du village.
De tous les côtés, les alliés lancent l’assaut. En un peu plus de neuf heures de combat, les deux camps subissent de grosses pertes, les troupes françaises empêchent la percée mais sont lentement repoussées vers Leipzig.
Vers 17 h, à Paunsdorf, la division saxonne, commandée par Gustav Xaver Reinhold von Ryssel, change de camp et retourne ses canons contre les Français. La « trahison » des Saxons sème la confusion dans le corps d’armée de Ney.
Le 6e corps Français défendit avec acharnement le village de Schönefeld contre le général russe Langeron, mais il finit par manquer de munitions. Le 3e corps vint le relever, vers les 3 heures. Langeron engagea alors deux nouvelles divisions. Schönefeld fut pris, perdu et repris plusieurs fois. Malgré leur héroïsme, les troupes du 3e corps ne purent tenir contre des adversaires trop nombreux. Le village, jonché de cadavres, resta finalement au pouvoir des Russes.
Le soir du 18 octobre, la bataille est perdue pour les Français : 320 000 soldats coalisés convergent autour de 170 000 Français pratiquement à court de munitions ; l’avant-garde de Blücher entre dans les faubourgs de Leipzig. Napoléon décide de retirer la majorité de ses troupes pendant la nuit en leur faisant traverser la rivière Elster. Le même soir, il fait envoyer des dépêches aux garnisons françaises de Dresde, Torgau et Wittenberg pour leur ordonner de se rassembler en un seul corps, sous le commandement du maréchal Gouvion-Saint-Cyr, de rejoindre les forces du maréchal Davout sur l’Oder et de se frayer un chemin vers l’ouest. Mais cet ordre trop tardif, à un moment où les transmissions de l’armée française sont inutilisables, ne sera jamais exécuté.
19 OCTOBRE

Dans la journée du 19, les coalisés, désormais sous le commandement unique de Schwarzenberg, attaquent en 5 colonnes autour de Leipzig. La retraite française se poursuit jusque dans l’après-midi, au moment où l’unique pont est détruit prématurément par une escouade française du génie. Un tiers de l’armée française n’a pas eu le temps de traverser et n’a d’autre choix que de risquer la noyade en traversant à la nage ou de se rendre à l’ennemi. Les circonstances de cette retraite sont discutées. Napoléon avait ordonné de détruire une partie des ponts pour freiner l’avance de l’ennemi mais le dernier pont semble avoir fait l’objet d’instructions contradictoires.
Le total des pertes est incertain. Prenant une évaluation de 140 000 au total, la coalition aurait perdu 90 000 hommes. Napoléon a perdu 60 000 soldats.
Parmi les disparus se trouve le maréchal Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne, Stanislas II — qui avait reçu la veille le bâton de maréchal — et les généraux Aubry, Camus de Richemont, Rochambeau et Couloumy.

La retraite de Napoléon lui permet de sauver son armée. Il doit encore affronter les Austro-Bavarois qui tentent de lui couper la route à la bataille de Hanau (30 – 31 octobre 1813) mais ils ne l’empêchent pas de se replier jusqu’au Rhin. Les Alliés, eux-mêmes épuisés, ne peuvent pas poursuivre les Français et cela les empêche de transformer cette bataille en victoire décisive. Cependant, Napoléon perd les pays qu’il contrôlait en Allemagne, précieux réservoir d’hommes et de chevaux, et abandonne dans les places fortes de Dantzig, Glogau, Stettin, Dresde, Hambourg, un peu plus de 100 000 hommes et deux maréchaux de grande valeur, Davout, sûrement son meilleur maréchal en activité, et Gouvion-Saint-Cyr, qui lui manqueront pour la campagne de 1814.
16 octobre 1815 : Napoléon 1er arrive à Sainte-Hélène pour un exil définitif.
Après 70 jours de mer, le Northumberland mouille devant Jamestown le 15 octobre. Napoléon reste à bord jusqu’au soir du 17, quand il pose le pied sur l’île où il mourra 5 ans et demi plus tard.
Rendu aux Britanniques à l’île d’Aix le 15 juillet 1815, transporté à Torbay puis Plymouth à bord du Bellerophon, l’ex-Empereur apprend fin juillet que le gouvernement britannique l’envoie à Sainte-Hélène, possession de la Compagnie des Indes orientales perdue au milieu de l’Atlantique Sud, à près de 2 000 km des côtes d’Afrique. Le 7 août, il passe sur le vaisseau de 74 canons Northumberland de l’amiral Cockburn, avec une suite réduite : Bertrand et Montholon et leurs familles, Gourgaud, Las Cases et son fils, ainsi qu’une douzaine de domestiques.
L’île est en vue le 14 octobre ; le navire jette l’ancre le lendemain devant Jamestown. Le 17 au soir, Napoléon débarque et passe sa première nuit dans une maison de la ville. Le 18, il visite avec Cockburn la maison de Longwood, sur le plateau, choisie pour sa détention mais encore en travaux. En attendant, il s’installe au pavillon des Briars, propriété du négociant William Balcombe, dont la fille Betsy laissera des souvenirs de cette cohabitation. Il gagne Longwood le 10 décembre 1815.
Le gouverneur Hudson Lowe arrive en avril 1816 ; ses relations avec le prisonnier se dégradent très vite. Napoléon meurt à Longwood le 5 mai 1821. Ses restes sont exhumés et ramenés en France en 1840.

16 octobre 1859 : le raid de John Brown sur Harpers Ferry (Virginie, États-Unis).
Dans la nuit, l’abolitionniste John Brown et une vingtaine d’hommes s’emparent de l’arsenal fédéral de Harpers Ferry pour déclencher un soulèvement des esclaves. Deux jours plus tard, des Marines commandés par le colonel Robert E. Lee mettent fin à l’entreprise.
John Brown, né en 1800 dans le Connecticut, s’est fait connaître au Kansas en 1856 par le massacre de cinq colons esclavagistes à Pottawatomie. Financé par un groupe d’abolitionnistes du Nord, les « Six secrets », il loue au cours de l’été 1859 une ferme du Maryland, près de Harpers Ferry, ville qui abrite une manufacture d’armes et un arsenal fédéraux au confluent du Potomac et de la Shenandoah. Son plan : saisir les armes, appeler les esclaves de la région à le rejoindre et gagner les Appalaches pour y mener une guérilla.
Le dimanche 16 octobre au soir, Brown franchit le Potomac avec dix-huit hommes, blancs et noirs, dont trois de ses fils, en laissant trois autres à la ferme. Le groupe coupe le télégraphe, occupe la manufacture, l’arsenal et l’atelier de fusils Hall, et prend des otages, dont Lewis Washington, arrière-petit-neveu du premier président. La première victime est un Noir libre, Heyward Shepherd, employé du chemin de fer. Brown laisse ensuite repartir un train, qui donne l’alerte.
Le 17, aucun esclave ne se soulève ; milices de Virginie et du Maryland encerclent les assaillants, retranchés dans le bâtiment des pompes à incendie de l’arsenal. Le matin du 18, après le refus d’une dernière sommation portée par le lieutenant J.E.B. Stuart, les Marines du lieutenant Israel Greene enfoncent la porte. Dix des compagnons de Brown, dont deux de ses fils, ont été tués pendant le raid ; cinq parviennent à s’enfuir. Blessé, Brown est jugé par l’État de Virginie pour trahison, meurtre et incitation à la révolte d’esclaves, puis pendu à Charles Town le 2 décembre 1859. Six de ses hommes subissent le même sort.
Militairement dérisoire, l’affaire durcit les positions des deux camps : le Sud y voit la preuve d’un complot nordiste, une partie du Nord fait de Brown un martyr. La guerre de Sécession éclate seize mois plus tard ; Lee et Stuart y commanderont dans l’armée confédérée.
16 octobre 1897 : naissance du poilu Louis de Cazenave.
Né à Saint-Georges-d’Aurac (Haute-Loire), Louis de Cazenave meurt à Brioude le 20 janvier 2008, à 110 ans. Il était alors le doyen des deux derniers anciens combattants français de la Grande Guerre officiellement recensés.
Fils d’une receveuse des postes, il est mobilisé en 1916. Affecté au 22e régiment d’infanterie coloniale, puis au 5e bataillon de tirailleurs sénégalais, il participe en avril 1917 à l’offensive du Chemin des Dames, lancée par le général Nivelle contre des positions allemandes solidement retranchées sur les hauteurs de l’Aisne. Il dira plus tard que les coloniaux n’étaient jamais envoyés dans les secteurs tranquilles. Passé dans l’artillerie en janvier 1918, il reçoit la croix de guerre.
Démobilisé, il entre aux chemins de fer, se marie en 1920 et s’installe à Brioude en 1927. Devenu pacifiste convaincu, il est arrêté fin 1941 par la police de Vichy et emprisonné quelques semaines. Il refuse longtemps toute décoration avant d’accepter la Légion d’honneur en 1995.
Après la mort de Maurice Floquet, le 10 novembre 2006, il devient le plus âgé des poilus survivants, puis, à la mort d’Aimé Avignon le 23 août 2007, le doyen des hommes de France. Comme Lazare Ponticelli, dernier survivant (mort le 12 mars 2008), il décline les obsèques nationales prévues par l’État pour le dernier poilu et repose auprès des siens à Saint-Georges-d’Aurac.

16 octobre 1914 : début de la bataille de l’Yser ; les fusiliers marins à Dixmude (Belgique).
Les avant-gardes de la IVe armée allemande abordent les positions belges de l’Yser. Pendant près d’un mois, l’armée belge du roi Albert Ier et la brigade de fusiliers marins de l’amiral Ronarc’h vont barrer la route de Dunkerque et de Calais.
Après la chute d’Anvers, le 10 octobre, l’armée belge s’est repliée vers la côte et s’aligne sur l’Yser, de Nieuport à Dixmude, là où s’achève la « course à la mer ». Elle aligne environ 50 000 à 60 000 combattants éprouvés. Face à elle, le duc Albert de Wurtemberg engage des corps de réserve fraîchement formés et l’artillerie lourde ayant servi devant Anvers.
À Dixmude, point d’appui du front, la brigade de fusiliers marins du contre-amiral Pierre-Alexis Ronarc’h, quelque 6 000 à 6 500 marins, Bretons pour la plupart, souvent très jeunes et peu formés au combat à terre, tient la ville avec une brigade belge du colonel Meiser. Foch demande à Ronarc’h de tenir au moins quatre jours. Le 16 octobre, les premiers contacts ont lieu devant la tête de pont ; les assauts allemands se succèdent ensuite jour et nuit, à partir du 20 octobre surtout, renforcés par l’arrivée de tirailleurs sénégalais.
Le 22 octobre, les Allemands franchissent l’Yser à Tervaete. Le commandement belge décide alors d’inonder la plaine : entre le 27 et le 30 octobre, les vannes de Nieuport sont ouvertes à marée haute et l’eau de mer recouvre la zone entre le fleuve et le remblai de la voie ferrée Nieuport-Dixmude. L’offensive se bloque. Dixmude tombe le 10 novembre, après plus de trois semaines de combats, mais le front ne bouge plus jusqu’en 1918. L’armée belge compte environ 18 500 tués, blessés et disparus ; la brigade Ronarc’h a perdu près de la moitié de son effectif. Le 11 janvier 1915, Raymond Poincaré lui remet un drapeau ; elle est dissoute en novembre 1915, la Marine reprenant ses hommes pour la guerre sous-marine.
Aller au contenu PDF15-18 octobre 1917 : bataille de Mahiwa-Nyangao (Afrique orientale allemande, actuelle Tanzanie).
Pendant quatre jours, la Schutztruppe de Paul von Lettow-Vorbeck tient tête, dans la brousse au nord-ouest de Lindi, à une force britannique deux fois plus nombreuse. Le 16 octobre, les Allemands se retranchent sur la crête de Mahiwa, d’où ils repoussent toutes les attaques. C’est la bataille la plus sanglante de la campagne d’Afrique orientale.
Depuis 1914, Lettow-Vorbeck mène en Afrique orientale allemande une guerre de mouvement qui fixe des dizaines de milliers de soldats de l’Empire britannique : Sud-Africains, Indiens, King’s African Rifles, Nigérians, Gold Coast Regiment. À l’automne 1917, ses troupes, environ 3 000 hommes, dont une majorité d’askaris africains, sont acculées au sud-est de la colonie. Le général sud-africain Jacob van Deventer, qui a succédé à Smuts, veut en finir.
Le détachement du major Kurt Wahle étant isolé à Nyangao, les Britanniques tentent de l’envelopper : trois bataillons de la brigade nigériane l’abordent par le flanc le 15 octobre, tandis qu’une colonne plus importante, aux ordres du général Beves, attaque de front. Lettow-Vorbeck accourt avec 4 compagnies et menace à son tour d’encercler les Nigérians, qui subissent de très lourdes pertes. Le 16, les Allemands évacuent Nyangao et s’installent sur la crête de Mahiwa, à 3 km. Les assauts britanniques s’y brisent ; les 17 et 18 octobre, la Schutztruppe contre-attaque à son tour, et Beves doit se retirer.
Sur 5 000 à 6 000 engagés, les Britanniques comptent plus de 2 700 tués et blessés. L’histoire officielle britannique y voit la journée la plus désastreuse de l’armée nigériane depuis sa création. Les Allemands perdent 500 à 600 hommes, plus de 30 % de leur effectif engagé, et ont tiré en 4 jours plus de 850 000 cartouches. Ce succès tactique les laisse exsangues : le 25 novembre 1917, Lettow-Vorbeck franchit la Rovuma et passe au Mozambique portugais, où il se ravitaille sur l’ennemi. Il ne déposera les armes que le 25 novembre 1918, à Abercorn, en Rhodésie du Nord, deux semaines après l’armistice.

16 octobre 1934 : début de la Longue Marche (Chine).
À la tombée de la nuit, les colonnes de l’Armée rouge centrale commencent à franchir la rivière Yudu, dans le sud du Jiangxi, pour sortir de l’encerclement nationaliste. Sur environ 86 000 hommes partis, moins de 10 000 atteindront le Shaanxi un an plus tard.

Depuis 1931, le Parti communiste chinois administre autour de Ruijin une « République soviétique chinoise ». Quatre campagnes d’encerclement nationalistes ont échoué. La cinquième, lancée à l’automne 1933 avec plusieurs centaines de milliers d’hommes et des conseillers militaires allemands, resserre méthodiquement l’étau par une ceinture de blockhaus. La direction du Parti, dominée par Bo Gu et le conseiller du Komintern Otto Braun, choisit la défense de position et s’use dans des combats frontaux. Mao Zedong est alors marginalisé.
Le 10 octobre 1934, le Comité central décide d’abandonner la base. 5 corps d’armée, l’administration, les ateliers et les porteurs se mettent en route ; une arrière-garde de plusieurs milliers d’hommes reste sur place pour fixer l’adversaire. Le passage de la Yudu commence le 16 octobre, sur des ponts de bateaux construits avec l’aide des habitants. Les communistes percent plusieurs lignes de blocus, mais la traversée de la rivière Xiang, fin novembre, leur coûte plus de la moitié de leurs effectifs : il reste environ 30 000 à 36 000 hommes.
À la conférence de Zunyi, en janvier 1935, Mao retrouve une place centrale dans la direction militaire. L’Armée rouge traverse le Guizhou, le Yunnan, le Sichuan, franchit la rivière Dadu, les montagnes enneigées et les marais du nord-ouest, avant d’atteindre le nord du Shaanxi le 19 octobre 1935 avec environ 7 000 à 8 000 survivants. La distance de 12 500 kilomètres avancée par la tradition officielle est contestée par plusieurs historiens. L’épisode devient le récit fondateur du régime et la base de l’autorité de Mao.
16 octobre 1940 : premier raid massif de la Luftwaffe sur la Grande-Bretagne (Firth of Forth, Écosse).
Des bombardiers Junkers Ju 88 attaquent des bâtiments de la Royal Navy dans l’estuaire du Forth, près d’Édimbourg. Les Spitfire de deux escadrilles auxiliaires abattent deux appareils, les premiers avions allemands détruits au-dessus du territoire britannique.
Le I./KG 30, unité qui vient de recevoir le Ju 88, décolle de Westerland, sur l’île de Sylt, en fin de matinée, conduit par le Hauptmann Helmut Pohle. Sa cible est le croiseur de bataille Hood, signalé dans le Forth ; mais le grand bâtiment aperçu, en réalité le Repulse, est en cale sèche à Rosyth, et Hitler a interdit d’attaquer des navires au bassin pour ne pas tuer de civils. Les bombardiers se rabattent sur les croiseurs Southampton et Edinburgh, mouillés près du pont du Forth, et sur le destroyer Mohawk. Une bombe traverse plusieurs ponts du Southampton sans exploser pleinement ; une autre, tombée près du Mohawk, fauche les hommes sur le pont. La Royal Navy compte environ seize morts et plus de quarante blessés.
Les Spitfire du 602 Squadron (City of Glasgow), basé à Drem, et du 603 Squadron (City of Edinburgh), basé à Turnhouse, unités de l’Auxiliary Air Force composées de pilotes réservistes, interceptent les raiders. Le flight lieutenant Patrick Gifford, du 603, abat le Ju 88 de l’Oberleutnant Hans Storp, qui s’abat en mer devant Port Seton ; le flight lieutenant George Pinkerton, du 602, oblige Pohle à amerrir au large de Crail. Pohle, blessé, est soigné au château d’Édimbourg. Les deux escadrilles se disputent depuis l’honneur de la première victoire. Les aviateurs allemands tués sont inhumés avec les honneurs militaires le 21 octobre.
16 octobre 1941 : chute d’Odessa (Ukraine).
Les troupes roumaines entrent dans Odessa, évacuée par mer au cours de la nuit précédente. Le siège a duré plus de deux mois et coûté à la Roumanie des pertes considérables ; la ville devient la capitale de la « Transnistrie » roumaine.
Odessa, grand port de la mer Noire, est investie dès le début du mois d’août 1941 par la 4e armée roumaine, que le maréchal Antonescu tient à voir prendre la ville seule. L’Armée côtière indépendante soviétique, appuyée par la flotte de la mer Noire et par l’artillerie navale, tient un périmètre fortifié de plus en plus resserré ; la tireuse d’élite Lioudmila Pavlitchenko y fait ses premières armes. Quatre assauts généraux roumains sont nécessaires.
La percée allemande en Crimée menace Sébastopol. Le commandement soviétique décide d’abandonner Odessa. Du 1er au 16 octobre, la flotte évacue en secret environ 86 000 soldats, 15 000 civils, de l’artillerie et des munitions vers la Crimée. Les derniers éléments embarquent dans la nuit du 15 au 16 ; au matin, les Roumains entrent dans une ville vide de troupes. Les pertes roumaines du siège, tués, blessés et disparus, dépassent largement celles des défenseurs.
Le 22 octobre, une charge piégée laissée par les Soviétiques détruit le quartier général roumain de la rue Marazli et tue 67 personnes, dont le général Ioan Glogojanu. Les représailles ordonnées par Antonescu tournent au massacre : entre le 22 et le 24 octobre, 25 000 à 34 000 Juifs d’Odessa sont fusillés ou brûlés vifs, et des dizaines de milliers d’autres sont déportés vers les camps de Transnistrie. Odessa est reprise par l’Armée rouge le 10 avril 1944.
16 octobre 1941 : la « panique de Moscou » (URSS).
Au lendemain de la décision d’évacuer le gouvernement vers Kouibychev, Moscou connaît une journée de désordre : métro fermé, bureaux désertés, routes de l’est encombrées de fuyards. Staline reste au Kremlin.
Au début du mois, l’opération Typhon a refermé deux poches à Viazma et Briansk, où sont pris plusieurs centaines de milliers de soldats soviétiques. La route de Moscou est presque ouverte. Joukov, rappelé de Léningrad, prend le 10 octobre le commandement du front de l’Ouest et tente de reconstituer une ligne à Mojaïsk. Le 15 octobre, le Comité d’État à la défense décide d’évacuer vers Kouibychev, sur la Volga, l’essentiel des administrations, le corps diplomatique et une partie de l’état-major, et de préparer la destruction des installations qui ne pourront être emportées.
La nouvelle se répand le 16. Le métro n’ouvre pas, des usines ferment, des responsables quittent leur poste avec leur famille, des magasins sont pillés, des milliers d’habitants prennent la route de l’est à pied ou en charrette. Le même jour, à 120 km à l’ouest, la division SS Das Reich et la 10e Panzerdivision attaquent la ligne de Mojaisk sur l’ancien champ de bataille de Borodino, tenu par la 32e division de fusiliers.
Staline renonce à partir. Le 19 octobre, l’état de siège est proclamé dans la capitale ; les pillards et « paniqueurs » peuvent être fusillés sur place. L’ordre revient, la ligne tient, et l’offensive allemande s’enlise dans la boue d’automne avant la contre-offensive soviétique du 5 décembre.

16 octobre 1941 : Pétain condamne Blum, Daladier et Gamelin à la détention (Vichy).
Dans une allocution radiodiffusée, le maréchal Pétain annonce que, sur avis du Conseil de justice politique, il condamne de son propre chef Léon Blum, Édouard Daladier et le général Maurice Gamelin, ainsi que Paul Reynaud et Georges Mandel, à la détention dans une enceinte fortifiée. Leur procès devant la Cour suprême de justice de Riom ne s’est pas encore ouvert.
Dès l’été 1940, le régime de Vichy veut faire juger les « responsables de la défaite ». Une Cour suprême de justice est créée le 30 juillet 1940 ; Blum, Daladier, Gamelin et quelques autres sont internés, notamment au château de Chazeron. L’instruction traîne. Dans son discours du 12 août 1941, Pétain annonce la création d’un Conseil de justice politique, mis en place à l’automne et chargé de lui proposer des sanctions sans débat contradictoire, en vertu d’un acte constitutionnel de janvier 1941 qui l’autorise à prononcer lui-même des peines contre les anciens ministres et hauts fonctionnaires.
Le 16 octobre 1941, le chef de l’État français rend publiques ses décisions. Les cinq hommes sont transférés au fort du Portalet, dans la vallée d’Aspe. Le procès de Riom s’ouvre néanmoins le 19 février 1942 ; Gamelin s’y enferme dans le silence, tandis que Blum et Daladier retournent l’accusation contre la politique militaire menée avant eux et contre l’état-major. Les audiences sont suspendues en avril 1942. Livrés aux Allemands après l’invasion de la zone sud, Blum, Daladier, Gamelin et Reynaud sont déportés ; Mandel est assassiné par la Milice le 7 juillet 1944. En 1945, c’est Pétain lui-même qui sera interné au Portalet.
16 octobre 1946 : exécution des condamnés du procès de Nuremberg (Allemagne).
Dans le gymnase de la prison du palais de justice de Nuremberg, 10 des principaux dirigeants du IIIe Reich condamnés à mort par le Tribunal militaire international sont pendus entre une heure et trois heures du matin. Hermann Göring s’est empoisonné dans sa cellule quelques heures plus tôt.
Ouvert le 20 novembre 1945 devant des juges américains, britanniques, français et soviétiques, le procès des grands criminels de guerre s’achève le 1er octobre 1946. 12 accusés sont condamnés à la pendaison, dont Martin Bormann par contumace ; 7 à des peines de prison ; 3 sont acquittés. Le Conseil de contrôle allié rejette les recours en grâce, y compris la demande de Keitel et de Jodl d’être fusillés en soldats.
Dans la soirée du 15 octobre, Göring, qui devait monter le premier sur l’échafaud, avale une capsule de cyanure dont la provenance reste discutée. Les exécutions commencent peu après une heure du matin. Le bourreau de l’armée américaine, le sergent-chef John C. Woods, officie sur trois potences dressées dans le gymnase, en présence de témoins des quatre puissances et de journalistes. Se succèdent Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Ernst Kaltenbrunner, Alfred Rosenberg, Hans Frank, Wilhelm Frick, Julius Streicher, Fritz Sauckel, Alfred Jodl et Arthur Seyss-Inquart. Les corps, auxquels on joint celui de Göring, sont incinérés à Munich et les cendres dispersées secrètement, afin d’éviter tout lieu de pèlerinage.
16 octobre 1952 : premier vol du SO-4050 Vautour.
Piloté par Jacques Guignard, chef pilote d’essais de la SNCASO, le premier prototype du Vautour décolle de Melun-Villaroche. Le biréacteur français sera produit à 140 exemplaires en trois versions et connaîtra le combat sous les couleurs israéliennes.
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Au début des années 1950, l’armée de l’Air cherche un avion à réaction polyvalent, capable d’attaque au sol, de chasse tous temps et de bombardement léger. La SNCASO (Sud-Ouest) propose un dérivé du SO.4000, prototype de bombardier qui n’a volé qu’une fois, en mars 1951. Le SO.4050 adopte une aile en flèche à 35 degrés, deux réacteurs SNECMA Atar placés sous les ailes, un train principal en tandem sous le fuselage et une soute ventrale.
Le prototype 01, biplace à nez plein préfigurant la version de chasse tous temps, vole le 16 octobre 1952 avec des Atar 101B. Il dépasse ensuite le mur du son en piqué. Le prototype monoplace d’attaque vole le 16 décembre 1953, le biplace de bombardement à nez vitré en décembre 1954. La série, fabriquée à Saint-Nazaire, comprend trois versions : Vautour IIA d’attaque, IIB de bombardement, IIN de chasse tous temps. La commande initiale de 300 appareils est ramenée à 140.
En France, le Vautour équipe la 30e escadre de chasse tous temps et la 92e escadre de bombardement. Certains appareils, dérivés pour la reconnaissance et la guerre électronique, servent aussi à prélever les nuages radioactifs des essais nucléaires au Sahara puis en Polynésie. Les derniers exemplaires opérationnels quittent le service en 1978 ; quelques-uns volent ensuite au Centre d’essais en vol.
Israël, seul client à l’exportation, reçoit une trentaine d’appareils des trois versions entre 1957 et 1959. Ils en font leur principal avion de frappe à long rayon d’action. Le 5 juin 1967, au premier jour de la guerre des Six Jours, des Vautour attaquent les bases égyptiennes les plus lointaines, dont Ras Banas sur la mer Rouge, et la base irakienne H-3. Lors d’un raid sur H-3, le 7 juin, deux Vautour et un Mirage sont abattus par des Hunter. Les derniers Vautour israéliens sont retirés vers 1971-1972.
16 octobre 1959 : mort à 78 ans du général américain George Marshall.

Le chef d’état-major de l’US Army de la Seconde Guerre mondiale, devenu secrétaire d’État puis secrétaire à la Défense, meurt à 78 ans à l’hôpital militaire Walter Reed de Washington. Il est le seul militaire de carrière à avoir reçu le prix Nobel de la paix.
Né le 31 décembre 1880 à Uniontown (Pennsylvanie), diplômé du Virginia Military Institute en 1901, Marshall sert aux Philippines, puis se fait remarquer en France en 1917-1918 comme officier d’opérations de la 1re division, puis à l’état-major de la 1re armée américaine, où il organise le déplacement des troupes de Saint-Mihiel vers l’Argonne. Il est ensuite l’aide de camp du général Pershing de 1919 à 1924.
Nommé chef d’état-major de l’armée de terre le 1er septembre 1939, jour de l’invasion de la Pologne, il fait passer l’US Army d’environ 200 000 hommes à plus de huit millions. Principal conseiller militaire de Roosevelt, il défend la priorité donnée à l’Europe et le débarquement en France, participe aux grandes conférences alliées et voit le commandement d’Overlord lui échapper, Roosevelt préférant le garder à Washington. Il est fait General of the Army, cinq étoiles, en décembre 1944, et quitte ses fonctions le 18 novembre 1945.
Envoyé en Chine par Truman pour tenter de réconcilier nationalistes et communistes (1945-1947), il échoue. Secrétaire d’État de janvier 1947 à janvier 1949, il annonce le 5 juin 1947, à Harvard, le programme d’aide à la reconstruction européenne qui portera son nom. Président de la Croix-Rouge américaine, il est rappelé comme secrétaire à la Défense pendant la guerre de Corée (septembre 1950-septembre 1951). Le prix Nobel de la paix lui est décerné en 1953. Il repose au cimetière national d’Arlington.


16 octobre 1956 : arraisonnement de l’Athos (Méditerranée).
Au large des côtes de l’Oranie, un bâtiment de la Marine nationale arraisonne le petit navire Athos, parti d’Alexandrie avec 70 à 80 tonnes d’armes et de munitions destinées aux maquis de l’ALN de l’Ouest algérien. Paris en fait la preuve publique du soutien égyptien au FLN, à deux semaines de l’expédition de Suez.
Depuis l’indépendance du Maroc et de la Tunisie, au printemps 1956, la Délégation extérieure du FLN, installée au Caire, cherche à acheminer des armes vers les fronts de l’Ouest et de l’Est. Avec l’appui des services de renseignement égyptiens du commandant Fathi al-Dib, elle achète un ancien bâtiment britannique, rebaptisé Athos à Alexandrie et confié à un équipage recruté pour l’occasion. Il quitte Alexandrie dans la nuit du 3 au 4 octobre 1956. Six étudiants algériens formés en Égypte aux transmissions et au sabotage accompagnent la cargaison, qui doit être débarquée sur la côte marocaine, près de Nador, puis acheminée vers la wilaya V.
Les services français suivent l’opération depuis son début : écoutes de l’ambassade d’Égypte à Berne, informateur à bord, renseignements recueillis au Liban. Le 15 octobre, un patrouilleur maritime Privateer de l’Aéronavale repère le navire. Le lendemain matin, le Commandant de Pimodan l’intercepte et le conduit à Mers el-Kébir. On découvre dans ses cales plusieurs milliers d’armes légères, des mitrailleuses, des mortiers et d’importantes quantités de munitions, de quoi équiper plusieurs milliers de combattants.
Le gouvernement Guy Mollet donne à l’affaire un large retentissement. Le 25 octobre, la France saisit le Conseil de sécurité de l’ONU de l’aide militaire égyptienne aux insurgés algériens. Six jours après l’Athos, le 22 octobre, l’avion marocain transportant Ahmed Ben Bella et quatre autres dirigeants du FLN est détourné vers Alger. De 1955 à 1962, la Marine nationale et le SDECE saisiront ou détruiront plusieurs milliers de tonnes d’armes destinées au FLN, à bord d’une quarantaine de navires.
16 octobre 1956 : Eden et Mollet s’entendent à Paris sur une action contre l’Égypte.
Le Premier ministre britannique Anthony Eden et son ministre des Affaires étrangères Selwyn Lloyd retrouvent Guy Mollet et Christian Pineau à Paris pour un entretien secret de plusieurs heures, sans conseillers. Eden y accepte le principe d’un scénario associant Israël à une intervention franco-britannique sur le canal de Suez.
Depuis la nationalisation de la Compagnie universelle du canal de Suez par Nasser, le 26 juillet 1956, Londres et Paris préparent une opération militaire, baptisée Mousquetaire, mais cherchent un prétexte. Le 14 octobre, à Chequers, le général Maurice Challe et le ministre Albert Gazier exposent à Eden un plan : Israël attaquerait l’Égypte dans le Sinaï, ce qui permettrait à la France et au Royaume-Uni d’intervenir pour « séparer les combattants » et occuper la zone du canal.
La réunion de Paris, le 16, scelle l’accord de principe d’Eden. Les détails sont arrêtés du 22 au 24 octobre lors de la conférence secrète de Sèvres, avec Ben Gourion, Moshe Dayan et Shimon Peres. Israël attaque le 29 octobre ; l’ultimatum franco-britannique suit le 30, puis les bombardements aériens et, le 5 novembre, les parachutages sur Port-Saïd et Port-Fouad. Sous la pression américaine et soviétique, le cessez-le-feu intervient le 6 novembre au soir.
16 octobre 1962 : Kennedy découvre les missiles soviétiques à Cuba (États-Unis).
Vers 9 heures, le conseiller à la sécurité nationale McGeorge Bundy montre au président Kennedy les photographies prises deux jours plus tôt par un U-2 au-dessus de Cuba : on y voit des sites de missiles balistiques soviétiques de moyenne portée. Les « treize jours » de la crise commencent.
Au cours de l’été 1962, l’URSS engage l’opération Anadyr : le déploiement secret à Cuba de missiles balistiques R-12 (les R-14 prévus n’arriveront jamais), de bombardiers, de batteries antiaériennes et de plus de 40 000 militaires. Le 14 octobre, le major Richard Heyser, de l’US Air Force, survole l’ouest de l’île à bord d’un U-2 et prend 928 clichés. Le lendemain, les analystes du National Photographic Interpretation Center identifient près de San Cristóbal les éléments d’un site de missiles R-12 (SS-4 pour l’OTAN). Bundy, informé le soir, attend le lendemain matin pour prévenir le président.
Kennedy convoque aussitôt un cercle restreint de conseillers, qui deviendra le comité exécutif du Conseil de sécurité nationale (ExComm). La première réunion se tient à 11 h 50 : frappe aérienne limitée, frappe massive, invasion, blocus ou démarche diplomatique, toutes les options sont posées. De nouveaux vols de reconnaissance sont ordonnés. Le secret est gardé pendant six jours.
Le 22 octobre, Kennedy annonce à la télévision une « quarantaine » navale autour de Cuba, effective le 24. Le 27 octobre, un U-2 est abattu au-dessus de l’île et son pilote, le major Rudolf Anderson, est tué. Le 28, Khrouchtchev accepte de retirer les missiles en échange d’un engagement américain de ne pas envahir Cuba et, secrètement, du retrait des missiles Jupiter installés en Turquie.
16 octobre 1964 : la Chine teste pour la première fois sa bombe atomique.
À 15 h 00, heure locale, un engin à implosion à l’uranium 235, placé au sommet d’une tour de 102 mètres, explose sur le polygone de Lop Nor avec une puissance d’environ 22 kilotonnes. La Chine devient la cinquième puissance nucléaire.
Le programme est décidé par la direction du Parti communiste le 15 janvier 1955, sur fond de menaces américaines pendant la première crise du détroit de Taïwan. L’URSS apporte d’abord une aide importante : formation, réacteur expérimental, cyclotron, équipements pour l’enrichissement. Un accord de 1957 prévoit même la livraison d’une maquette de bombe. Le 20 juin 1959, Moscou annonce qu’il ne la fournira pas ; le projet chinois en tirera son nom de code, « 596 », pour juin 1959. Les conseillers soviétiques sont rappelés en 1960.
Les Chinois poursuivent seuls. La conception est menée à l’Institut de recherche de Jinyintan, dit « usine 221 », dans le Qinghai, sous la direction scientifique de Deng Jiaxian. Faute de réacteur plutonigène opérationnel, les ingénieurs choisissent l’uranium hautement enrichi produit par l’usine de diffusion gazeuse de Lanzhou, qui atteint la qualité militaire en janvier 1964. L’engin pèse environ 1 550 kg.
Washington s’attendait à un essai, annoncé comme probable par le secrétaire d’État Dean Rusk fin septembre. Les analystes américains avaient en revanche supposé un engin au plutonium ; l’analyse des retombées révéla l’uranium 235 et l’avancement de l’enrichissement chinois. L’essai intervient deux jours après l’éviction de Khrouchtchev. Pékin annonce le jour même qu’il n’emploiera jamais le premier l’arme nucléaire. Un missile à tête nucléaire est tiré en conditions réelles le 27 octobre 1966 et la première bombe thermonucléaire chinoise, d’environ 3,3 mégatonnes, explose le 17 juin 1967.
16 octobre 1973 : les parachutistes israéliens sur la rive africaine du canal de Suez (Égypte).
Au petit matin, la brigade de parachutistes de réserve du colonel Danny Matt, passée en canots pneumatiques pendant la nuit, tient une tête de pont sur la rive ouest du canal, à Déversoir. Une poignée de chars la rejoint. La manœuvre retourne la guerre du Kippour sur le front égyptien.
Depuis le 6 octobre, les armées égyptiennes tiennent une large bande de terrain sur la rive orientale du canal. Leur offensive du 14 octobre vers les cols du Sinaï a été brisée avec de lourdes pertes de chars. Les reconnaissances de la division Sharon ont décelé une faille entre la IIe et la IIIe armée égyptienne, près du Grand Lac Amer. Le plan Abirey-Halev prévoit de s’y engouffrer pour franchir le canal.
Dans la nuit du 15 au 16 octobre, environ 750 parachutistes passent l’eau en canots et s’établissent sur la rive ouest ; une vingtaine de chars et quelques blindés les rejoignent sur des radeaux et lancent des raids contre les batteries de missiles antiaériens. Sur la rive est, la brigade de chars d’Amnon Reshef livre autour de la « ferme chinoise », ancienne station agricole, des combats acharnés pour ouvrir les routes d’accès au point de passage. Faute de couloir, les ponts ne peuvent être amenés avant le 17. Le même 16 octobre, Sadate annonce devant l’Assemblée du peuple ses conditions de paix, sans mesurer encore la gravité de la brèche, et les pays du Golfe membres de l’OPEP relèvent de 70 % le prix affiché du pétrole.
La division Adan franchit le canal dans la nuit du 17 au 18 octobre et fonce vers le sud. Lorsque le cessez-le-feu demandé par la résolution 338 du Conseil de sécurité entre en vigueur, le 22 octobre puis définitivement le 24, la IIIe armée égyptienne est encerclée et Suez investie. Les négociations du kilomètre 101, puis les accords de désengagement de janvier 1974, s’ouvrent sur cette situation.
16 octobre 1975 : avis de la Cour internationale de justice sur le Sahara occidental ; Hassan II annonce la Marche verte.
La Cour de La Haye rend son avis consultatif sur le Sahara occidental, encore sous administration espagnole. Le soir même, le roi Hassan II y voit la reconnaissance des droits du Maroc et appelle 350 000 volontaires à marcher vers le territoire.
Colonie espagnole depuis 1884, le Sahara occidental est revendiqué par le Maroc et par la Mauritanie, tandis que le groupe armé terroriste Front Polisario, fondé en 1973 et soutenu par l’Algérie, mène une guérilla pour l’indépendance. L’Espagne a annoncé en 1974 la tenue d’un référendum d’autodétermination. À la demande du Maroc, l’Assemblée générale de l’ONU saisit la Cour en décembre 1974 de deux questions : le territoire était-il sans maître (terra nullius) au moment de la colonisation ? Quels liens juridiques l’unissaient alors au Maroc et à l’ensemble mauritanien ?
La Cour répond que le territoire n’était pas terra nullius, qu’il existait des liens d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines tribus, ainsi que des droits liés à la terre avec l’ensemble mauritanien, mais qu’aucun de ces liens ne constituait un lien de souveraineté territoriale de nature à faire obstacle à l’autodétermination de la population. Deux jours plus tôt, une mission de visite de l’ONU avait elle aussi conclu en faveur de la consultation des populations. Rabat retient la première partie de l’avis.
Dans un discours radiotélévisé, Hassan II annonce une marche pacifique de 350 000 civils. La logistique est considérable : trains spéciaux, milliers de camions, dizaines de milliers de tonnes d’eau et de vivres. Pendant ce temps, Franco agonise à Madrid. La Marche verte franchit la frontière le 6 novembre, puis le roi l’arrête le 9. Les accords de Madrid du 14 novembre 1975 organisent le retrait espagnol et le partage administratif du territoire entre le Maroc et la Mauritanie. Le Polisario proclame la République arabe sahraouie démocratique le 27 février 1976 et engage, avec l’appui de l’Algérie, une guerre qui dure jusqu’au cessez-le-feu de 1991. La question n’est toujours pas tranchée en droit international.
16 octobre 1981 : mort à 66 ans du militaire et homme politique israélien Moshe Dayan.
L’ancien chef d’état-major de Tsahal, ministre de la Défense pendant la guerre des Six Jours et celle du Kippour, puis artisan des négociations de paix avec l’Égypte, meurt d’une crise cardiaque à Tel-Aviv, à 66 ans. Il souffrait d’un cancer.
Né le 20 mai 1915 au kibboutz Degania, au bord du lac de Tibériade, Moshe Dayan grandit au moshav de Nahalal. Il rejoint la Haganah à 14 ans et sert pendant la révolte arabe de 1936-1939 dans les Special Night Squads de l’officier britannique Orde Wingate, partisan d’un combat offensif et nocturne. En octobre 1939, il est arrêté par la police mandataire avec d’autres cadres de la Haganah et condamné à dix ans de prison ; il passe près d’un an et demi à la forteresse d’Acre avant d’être libéré en février 1941.
Le 8 juin 1941, à l’ouverture de la campagne de Syrie et du Liban, il guide une avant-garde de la 7e division australienne contre les forces de Vichy. Atteint à travers ses jumelles par une balle, il perd l’œil gauche et portera désormais son bandeau noir. Pendant la guerre de 1948, il commande le 89e bataillon mécanisé, puis le secteur de Jérusalem, où il négocie avec les Jordaniens. Chef d’état-major de 1953 à 1958, il conduit la campagne du Sinaï de 1956.
Entré en politique au Mapaï, ministre de l’Agriculture de 1959 à 1964, il suit Ben Gourion dans la dissidence du Rafi. Nommé ministre de la Défense le 1er juin 1967, sous la pression de l’opinion, il devient le symbole de la victoire des Six Jours. La surprise d’octobre 1973 ruine cette image : la commission Agranat ne retient pas sa responsabilité personnelle, mais il quitte le gouvernement avec Golda Meir en juin 1974.
En 1977, il rompt avec le Parti travailliste pour devenir ministre des Affaires étrangères de Menahem Begin. Il prend des contacts secrets avec l’Égypte, notamment au Maroc, prépare la visite de Sadate à Jérusalem et participe aux accords de Camp David (septembre 1978), qui ouvrent la voie au traité de paix de mars 1979. En désaccord avec la conduite des négociations sur l’autonomie palestinienne, il démissionne en octobre 1979. Élu à la Knesset en 1981 à la tête d’une petite liste, le Telem, il meurt quelques mois plus tard. Il est inhumé à Nahalal.










