2 septembre -31 : bataille d’Actium (au large de la Grèce).
Au débouché du golfe d’Ambracie, la flotte d’Octave commandée par Agrippa contraint celle d’Antoine et de Cléopâtre à forcer un blocus qu’elle subissait depuis des semaines. La rupture réussit pour une soixantaine de navires et échoue pour tous les autres. En quelques mois, la dernière guerre civile de la République romaine s’achève et le principat devient inéluctable.
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Une guerre déclarée à l’Égypte
Les relations entre les deux triumvirs survivants se dégradent à partir de -38. Octave conduit une campagne d’opinion méthodique : il exploite l’échec de l’expédition d’Antoine contre les Parthes, qu’il oppose à ses propres succès en Illyrie et en Dalmatie ; il dénonce l’emprise de Cléopâtre ; et il rend publiques les donations d’Alexandrie de -34, par lesquelles Antoine avait attribué des provinces romaines aux enfants de la reine et proclamé Ptolémée XV Césarion roi des rois.
La reconnaissance de Césarion comme fils de César visait directement la légitimité d’Octave, qui ne tenait la sienne que d’une adoption testamentaire.
En -32, Antoine répudie Octavie, sœur d’Octave. La rupture est consommée. Octave fait déchoir son rival du consulat auquel il était désigné et déclare la guerre à l’Égypte de Cléopâtre, non à Antoine ; artifice destiné à présenter le conflit comme une guerre étrangère et non comme une guerre civile. Le rituel des fétiaux n’est pas observé : aucune ambassade n’est envoyée.
Le blocus
Antoine dispose de forces considérables : dix-neuf légions pour environ 75 000 fantassins selon Plutarque, 12 000 cavaliers, 25 000 auxiliaires fournis par les rois clients d’Orient, et une flotte que les épidémies et les désertions ont réduite. Faute d’équipages, il doit brûler une partie de ses navires. Il lui en reste environ 230, dont soixante fournis par Cléopâtre et chargés du trésor royal.
Octave aligne 16 légions à terre, soit quelque 80 000 hommes, et une flotte d’environ 400 bâtiments légers (trirèmes et liburnes) sur lesquels sont embarqués 40 000 hommes.
C’est Agrippa qui gagne la campagne avant la bataille. Il enlève Méthone au sud, coupant la ligne de ravitaillement égyptienne, puis Corcyre au nord, ce qui permet le débarquement de l’armée d’Octave en Épire. Antoine, immobilisé à Patras, ne réagit qu’une fois l’adversaire parvenu aux abords du golfe. Sa flotte y est enfermée, sans vivres et sans renforts. La chaleur, la malaria et la soif achèvent de désorganiser ses équipages, et plusieurs officiers supérieurs font défection.

Le harpax
Agrippa avait fait concevoir, pour la guerre contre Sextus Pompée, un grappin de bordage lancé à la catapulte : le harpax. Appien le décrit comme une pièce de bois de 5 coudées (environ 2,20 m) cerclée de fer, munie d’anneaux à ses deux extrémités. L’un porte une griffe de fer, l’autre les cordages du treuil. L’engin est tiré à la baliste comme un trait lourd ; une fois crocheté dans le bordé adverse, il permet de haler le navire ennemi bord à bord pour l’aborder.
Son avantage sur le corbeau d’abordage de l’époque punique, qui pesait près d’une tonne, est double : il est léger, donc projetable à distance, et sa hampe métallique interdit de le sectionner à la hache ; précaution qui s’avère décisive car la parade habituelle consistait à couper le cordage.
Il est employé pour la première fois à la bataille de Nauloque, en -36, où il permet à Agrippa d’anéantir la flotte de Sextus Pompée. L’historiographie admet généralement qu’il équipait encore les liburnes d’Octave à Actium, ce qui expliquerait la manière dont des navires légers ont pu venir à bout de bâtiments beaucoup plus lourds ; la démonstration repose toutefois sur l’inférence plus que sur le témoignage direct.
Le 2 septembre
Antoine renonce à la retraite terrestre : elle aurait abandonné à Octave la flotte égyptienne et le trésor de guerre, sans lequel les soldes ne seraient plus payées. Il décide de forcer le blocus, en laissant à Canidius Crassus le soin de replier les légions par terre.
Après plusieurs jours de tempête, il sort en ordre de bataille au matin du 2 septembre. Octave l’attend à quinze cents mètres.
Antoine commande son aile droite avec Publicola, le centre est confié à Marcus Octavius et Marcus Insteius, la gauche à Caius Sosius. En face, Agrippa tient la gauche, Octave la droite avec Marcus Lurius, Arruntius le centre. Les plus gros navires sont placés aux ailes.
Les deux lignes s’observent plusieurs heures. À midi, Antoine s’ébranle. Agrippa dégarnit sa seconde ligne et amorce une manœuvre d’enveloppement qui contraint Publicola à étirer son dispositif vers le large, l’isolant du centre. Octave opère symétriquement sur l’autre aile.
Le centre se trouve dégarni. Vers 15 h 00, l’escadre de Cléopâtre s’y engouffre et gagne le large vers Leucade. Antoine se dégage à son tour, quittant son navire amiral pour une quinquérème plus rapide.
Le plan a donc partiellement réussi : le trésor est sauvé, Antoine n’est pas capturé, son armée de terre est intacte. Mais la bataille continue jusqu’au soir sans lui, et c’est là que tout se joue. Octave maintient le blocus, exploite l’image de la fuite de son adversaire et obtient la reddition de la flotte restante (peut-être facilitée par la défection de Sosius) puis, une semaine plus tard, celle de l’armée de terre, que Canidius abandonne.
Les pertes sont évaluées à 5 000 morts par Plutarque, à 12 000 par Orose.
Antoine et Cléopâtre regagnent l’Égypte sans espoir. Octave les y assiège l’année suivante ; tous deux se donnent la mort en août -30.
Actium n’a pas été une bataille d’anéantissement, et son déroulement réel (une percée partiellement réussie au terme d’un blocus gagné en amont) se prête mal à l’épopée. C’est précisément pourquoi elle a été l’objet du travail de communication le plus soutenu du règne d’Auguste.
Le vainqueur fonde à proximité la cité de Nicopolis, « ville de la victoire », inaugurée vers -28, et y institue les Jeux actiens. Il fait figurer la bataille sur les monnaies, sur les reliefs (dont ceux découverts à Avellino et conservés à Budapest) et dans la poésie officielle. Virgile lui consacre un passage du bouclier d’Énée. Le récit de la reine orientale entraînant un Romain dans sa fuite se fixe pour deux millénaires.
L’historiographie contemporaine tient Actium pour le point de bascule à partir duquel l’avènement du principat devient inéluctable. Elle tient aussi la version augustéenne pour l’un des premiers exemples aboutis de construction politique d’un événement militaire.

2 septembre 1192 : le traité de paix entre Richard Cœur de Lion et Saladin met fin à la troisième croisade.
Richard Cœur de Lion et Saladin concluent une trêve de trois ans et huit mois qui met fin à la troisième croisade. Les Latins conservent le littoral, Saladin l’arrière-pays, et les pèlerins chrétiens obtiennent le libre accès à Jérusalem. Le royaume franc y gagne un siècle de survie.
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La troisième croisade avait été lancée après le désastre de Hattin et la perte de Jérusalem, en 1187. Elle a repris Saint-Jean-d’Acre en juillet 1191 au terme d’un siège de deux ans, et reconquis une partie du littoral. Elle n’a pas atteint son objectif déclaré.
Richard s’en approche à deux reprises, en janvier puis en juin 1192, et renonce chaque fois. Le raisonnement est militaire et il est juste : la ville, même prise, serait indéfendable une fois les croisés rentrés en Europe, et l’armée qui l’assiégerait aurait sur ses arrières l’armée ayyoubide intacte. Les croisés apprendront plus tard que les dissensions entre contingents kurdes et turcs avaient conduit la garnison de Jérusalem au bord de la mutinerie et que la prise en aurait été aisée ; ce qui n’aurait rien changé au problème de la conservation.
Les négociations
Elles commencent avant même la campagne, à Beit Nuba. Saladin en charge son frère Al-Adel, qui noue avec Richard une relation de confiance dont les chroniqueurs des deux camps s’étonnent. Le projet d’un mariage entre Al-Adel et Jeanne d’Angleterre, sœur du roi, avec le royaume de Jérusalem pour dot, échoue devant le refus de la princesse.
Deux événements pressent Richard. La rivalité entre Guy de Lusignan et Conrad de Montferrat pour la couronne de Jérusalem est réglée par son arbitrage (Chypre pour l’un, la royauté pour l’autre), mais Conrad est assassiné le 28 avril 1192 et remplacé par Henri II de Champagne. Surtout, le roi apprend que Philippe Auguste convoite ses possessions continentales et que son frère Jean s’est révolté.
Saladin tente un dernier coup de force sur Jaffa le 31 juillet et enlève la ville basse. Richard, accouru par mer avec une poignée d’hommes, le bat les 1er et 5 août ; dernier engagement de la croisade, et l’un des plus commentés pour l’audace du procédé.
Les clauses
Le traité est conclu le 2 septembre 1192 pour 3 ans et 8 mois.
- Le littoral, de Tyr à Jaffa, reste aux Latins ; l’arrière-pays et Jérusalem à Saladin.
- Les fortifications d’Ascalon sont démantelées et la ville évacuée. C’est le point sur lequel Saladin n’a pas cédé, et l’enjeu véritable de toute la négociation : occupée et fortifiée par les Francs, Ascalon aurait coupé la communication terrestre entre l’Égypte et la Syrie, séparant les deux moitiés de l’État ayyoubide. Gaza et Daron subissent le même sort.
- Les pèlerins chrétiens accèdent librement à Jérusalem, sans taxe.
- Les marchands des deux confessions circulent librement dans le territoire de l’autre.
Richard, malade, ne se rendra pas lui-même à Jérusalem ; refusant, dit la tradition, de visiter en pèlerin une ville qu’il n’avait pas su délivrer en soldat.
Ce que le traité laisse au royaume franc
Le royaume latin, au bord de l’anéantissement en 1189, survivra jusqu’en 1291. Mais il ne sera plus le même, et trois évolutions s’amorcent ici :
- Il devient un État maritime. Faute d’effectifs après Hattin, les barons renoncent à l’arrière-pays et concentrent leurs forces sur la bande côtière. La richesse ne provient plus des domaines fonciers mais du commerce, ce qui rend le royaume économiquement dépendant de Venise, Gênes et Pise ; et lui fait perdre sa vocation militaire propre.
- Il perd la maîtrise de sa succession. L’arbitrage entre Guy de Lusignan et Conrad de Montferrat par un souverain étranger crée un précédent : la couronne sera de plus en plus souvent attribuée par les cours européennes plutôt que par les barons du royaume.
- Il se maintient autant par la diplomatie que par les armes. L’entente entre Richard et Al-Adel annonce celle de Frédéric II avec Al-Kâmil, qui obtiendra la restitution de Jérusalem par traité en 1229, sans combat. Jusqu’en 1250, les relations entre Francs et Ayyoubides relèveront davantage de la négociation que de la guerre.
Richard quitte la Terre sainte le 9 octobre 1192. Il n’atteindra pas l’Angleterre par mer : son navire fait naufrage dans l’Adriatique. Il traverse l’Europe déguisé et est reconnu aux environs de Vienne en décembre par les hommes de Léopold V d’Autriche, qu’il avait publiquement humilié à Saint-Jean-d’Acre en faisant jeter sa bannière des remparts.
Livré à l’empereur Henri VI, il restera détenu 14 mois. Sa rançon de 150 000 marcs d’argent représente plusieurs fois le revenu annuel de la couronne d’Angleterre et sera levée par un impôt exceptionnel. Le roi ne rentre qu’en février 1194 et mourra 5 ans plus tard, d’un carreau d’arbalète, devant un château limousin.

2 septembre 1792 : capitulation de Verdun et massacres de Septembre.
La place forte de Verdun se rend aux Prussiens. La nouvelle parvient à Paris dans la journée et y déclenche cinq jours de massacres dans les prisons. C’est le premier exemple français d’une défaite militaire produisant instantanément une violence politique de masse.
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Verdun, fortifiée par Vauban, couvre la route de Paris depuis la Meuse. Elle est tenue par une garnison d’environ 4 000 hommes face aux 40 000 de l’armée du duc de Brunswick, qui a déjà enlevé Longwy le 23 août.
Le bombardement commence le 30 août. Le conseil de défense, où les notables civils l’emportent sur les militaires, se prononce pour la reddition. Le commandant de la place, le lieutenant-colonel Nicolas Beaurepaire, s’y oppose et meurt le 1er ou le 2 septembre dans des circonstances discutées ; suicide selon la version officielle retenue par la Convention, qui en fera un martyr et le fera panthéoniser, assassinat selon d’autres récits. La capitulation est signée le 2 septembre.
La route de Paris est ouverte. Il n’existe plus, entre l’armée prussienne et la capitale, aucune place capable de la retarder.
La nouvelle atteint Paris le jour même, dans une ville déjà en état de crise : la monarchie est tombée le 10 août, La Fayette est passé à l’ennemi, la Commune insurrectionnelle a fait arrêter environ 3 000 personnes le 28 août, et Marat a fait placarder le 1er septembre des affiches réclamant la justice directe du peuple.
L’argument invoqué est celui d’un complot : les prisonniers, disait-on, devaient sortir des geôles et égorger les familles des volontaires une fois ceux-ci partis pour la frontière. Le comité de surveillance de la Commune prend un arrêté enjoignant de juger les suspects avant de les exécuter.
Du 2 au 6 ou 7 septembre, des groupes armés investissent les prisons parisiennes (l’Abbaye, la Force, les Carmes, le Châtelet, la Conciergerie, Bicêtre, la Salpêtrière) et y procèdent à des exécutions sommaires après des simulacres de jugement. Les estimations retenues s’échelonnent entre 1 100 et 1 400 morts, soit près de la moitié de la population carcérale parisienne. Environ un quart des victimes sont des prêtres réfractaires ; la majorité sont des détenus de droit commun. Des massacres analogues ont lieu à Versailles, Reims, Meaux, Lyon et Orléans.
20 jours plus tard, le 20 septembre, l’armée prussienne est arrêtée à Valmy par la canonnade de Kellermann et Dumouriez. Elle se retire sans combat décisif. Verdun est reprise le 14 octobre.
Les massacres de Septembre pèseront durablement sur la Révolution. Ils fournissent à l’Europe l’image d’une France livrée à la violence, ils divisent les révolutionnaires eux-mêmes (les Girondins en feront un grief permanent contre la Commune et contre Danton, alors ministre de la Justice), et ils constituent, dans l’historiographie, le premier des épisodes désignés comme la « première Terreur ».
2 septembre 1864 : chute d’Atlanta.
Après 4 mois de campagne, le maire d’Atlanta remet sa ville aux forces de Sherman. La nouvelle assure la réélection de Lincoln en novembre ; et donc la poursuite de la guerre jusqu’à la capitulation du Sud.
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Le major-général William Tecumseh Sherman a quitté Chattanooga en mai 1864 avec une centaine de milliers d’hommes, face à l’armée confédérée du Tennessee de Joseph Johnston, forte d’environ soixante mille.
La campagne est une succession de manœuvres de contournement plutôt que de batailles frontales : Sherman évite systématiquement les positions retranchées de Johnston et menace ses communications, l’obligeant à reculer sans combattre. La méthode est lente mais économe. Elle est jugée trop lente à Richmond : le président confédéré Jefferson Davis remplace Johnston par John Bell Hood le 17 juillet, avec pour mission d’attaquer.
Hood attaque 4 fois (Peachtree Creek, Atlanta, Ezra Church, Jonesborough) et perd chaque fois. En 6 semaines, il consume son armée sans desserrer l’étreinte.
Le 31 août, Sherman coupe la dernière voie ferrée alimentant la ville à Jonesborough. Hood évacue dans la nuit après avoir fait sauter ses trains de munitions. Le 2 septembre, le maire James Calhoun remet la ville pour épargner à ses habitants les conséquences d’un assaut.
L’effet est immédiat et décisif, et il se joue à Washington.
En août 1864, Lincoln tenait sa réélection pour perdue. Il avait fait signer à son cabinet, le 23 août, un mémorandum scellé prévoyant la coopération avec l’administration suivante en vue de sauver l’Union avant l’investiture de son successeur. Le Parti démocrate venait d’adopter une plateforme déclarant la guerre un échec et réclamant une négociation immédiate, avec pour candidat l’ancien général en chef George McClellan.
La prise d’Atlanta, annoncée le 3 septembre, renverse l’opinion en quelques semaines. Lincoln est réélu le 8 novembre avec 55 % des voix populaires et 212 grands électeurs sur 233. Le vote des soldats lui est acquis à près de 78 %.
Sherman ordonne l’évacuation de la population civile, puis, à son départ le 15 novembre, l’incendie des installations militaires et industrielles ; feu qui s’étend à une grande partie de la ville. Il entame alors sa marche vers la mer, campagne de destruction méthodique des ressources économiques de la Géorgie qui constitue l’un des actes fondateurs de la guerre totale moderne.
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NOTA : Atlanta et la marche vers la mer sont régulièrement invoquées dans la réflexion doctrinale sur le ciblage des infrastructures et de l’économie adverse, jusqu’aux débats contemporains sur les frappes contre les réseaux électriques.
2 septembre 1870 : Napoléon III capitule à Sedan.
2 septembre 1883 : combat de Phung (Tonkin – actuel Vietnam).
Le corps expéditionnaire du général Bouet force les défenses des Pavillons noirs sur la rivière Day, au prix de combats sérieux contre une troupe irrégulière dotée d’un armement moderne. C’est l’une des premières opérations combinées entre infanterie coloniale et canonnières fluviales au Tonkin.
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La France a engagé l’expédition du Tonkin en 1882 pour ouvrir le fleuve Rouge au commerce avec le Yunnan et contrôler la cour de Huê. Elle s’y heurte moins à l’armée impériale vietnamienne qu’aux Pavillons noirs de Liu Yongfu, formation irrégulière issue de la révolte des Taiping, réfugiée au Tonkin, entretenue officieusement par la Chine et rétribuée par la cour de Huê.
C’est un adversaire d’un type particulier : ni armée régulière, ni bande, mais une troupe permanente, aguerrie, qui combat sur un terrain qu’elle connaît. Elle avait tué Francis Garnier en 1873 et Henri Rivière le 19 mai 1883.
Son armement explique la difficulté des combats : Les Pavillons noirs disposent de fusils à répétition Winchester, achetés sur le marché ou pris à l’armée impériale chinoise. Peu de forces irrégulières d’Asie orientale étaient alors aussi bien équipées ; à courte distance et en terrain couvert, la cadence de tir de ces armes annulait une partie de l’avantage français.
Les opérations
Le 31 août, le village de Palan, pilonné par les canonnières puis attaqué par le bataillon du commandant Berger, est enlevé sans difficulté ; ses défenseurs se dispersent dans les rizières.
À l’aube du 1er septembre, la colonne progresse sur une digue de 2 m de large le long de la rivière Day vers Phung, passage obligé de la route de Son Tay. Le village est attaqué de face et par la gauche par les tirailleurs cochinchinois et tonkinois.
L’appui fluvial est articulé en deux groupes :
- Le Pluvier et la Fanfare tiennent le confluent du fleuve Rouge et de la rivière Day pour couvrir la compagnie de débarquement qui occupe Palan ;
- le Mousqueton, l’Éclair et la Hache remontent la rivière Day pour appuyer directement l’assaut. Cette combinaison (colonne terrestre progressant sur une digue, artillerie navale en accompagnement) deviendra un mode opératoire français au Tonkin.
À 3 km de Palan, le contact est pris avec environ 1 200 Pavillons noirs soutenus par 3 000 combattants vietnamiens. Le comportement des deux composantes est très différent, et les comptes rendus français le soulignent : les Pavillons noirs se battent avec ténacité et ne cèdent le terrain que pied à pied ; les contingents vietnamiens, après force démonstrations sonores, se replient sans avoir sérieusement combattu.
Les Français atteignent une pagode adossée à la digue, que les Pavillons noirs ont évacuée pour se replier sur leur position principale, un remblai de terre situé 400 m en avant.
L’opération ouvre la route de Son Tay, place que le corps expéditionnaire ne prendra toutefois qu’en décembre 1883, sous les ordres de l’amiral Courbet. Bouet, désavoué après l’échec sanglant de Phu Hoai le 15 août, démissionnera.
La campagne du Tonkin conduira à la guerre franco-chinoise de 1884-1885, à l’affaire de Lang Son et à la chute du ministère Ferry.

2 septembre 1898 : bataille d’Omdurman (Soudan).
Face à Khartoum, une armée anglo-égyptienne de 25 000 hommes détruit en 5 heures une force mahdiste deux fois plus nombreuse. 48 tués d’un côté, plus de 10 000 de l’autre : Omdurman est le symbole de l’écart technologique atteint à la fin du XIXe siècle. 16 jours plus tard, le vainqueur se trouve face à une poignée d’officiers français à Fachoda.
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En juin 1881, un religieux soudanais, Muhammad Ahmad, se proclame Mahdi et lève l’étendard de la révolte contre l’administration turco-égyptienne du Soudan, dont la pression fiscale et la corruption sont les griefs principaux. La Grande-Bretagne n’occupe l’Égypte qu’à partir de septembre 1882 : elle hérite du problème plus qu’elle ne le provoque.
Les forces égyptiennes sont écrasées à Shaykan en 1883. Londres décide l’évacuation et envoie le général Charles George Gordon, ancien gouverneur du Soudan, l’organiser. Gordon choisit au contraire de tenir Khartoum. La ville est prise le 26 janvier 1885 après dix mois de siège ; il y est tué, deux jours avant l’arrivée de la colonne de secours.
Le Mahdi meurt 6 mois plus tard ; son successeur, le khalife Abdullah al-Taashi, gouverne le Soudan pendant 13 ans.
La reconquête : une affaire de chemin de fer
Le gouvernement britannique décide la reconquête en 1896, pour des motifs autant européens que soudanais : il s’agit d’occuper la vallée du Nil avant qu’une autre puissance ne s’y installe.
L’exploit de Kitchener est logistique : Sirdar de l’armée égyptienne, officier des Royal Engineers de formation, il fait construire de 1896 à 1898 une voie ferrée de plus de six cents kilomètres droit à travers le désert de Nubie, coupant la grande boucle du Nil ; un tracé que les ingénieurs consultés jugeaient irréalisable faute d’eau. Il fait acheminer par cette voie des canonnières fluviales démontées, remontées en amont des cataractes.
C’est cette infrastructure, et non la bataille, qui décide de la campagne : elle permet d’entretenir une armée moderne à 1 500 km de sa base.
La bataille
Le 2 septembre 1898 au matin, l’armée anglo-égyptienne (environ 8 200 Britanniques et 17 600 Égyptiens et Soudanais, 44 pièces d’artillerie, une quarantaine de mitrailleuses Maxim, 10 canonnières sur le Nil) est en position dans un enclos d’épineux adossé au fleuve, près du village d’Egeiga.
Le khalife lance ses 52 000 hommes à l’assaut frontal, en terrain plat et découvert.
L’artillerie ouvre à près de 3 km, les canonnières prennent la masse en enfilade, les Maxim et les Lee-Metford l’achèvent à moins de 800 m. Aucun assaillant n’atteint la ligne britannique.
Suit la charge du 21e lanciers, environ 400 sabres lancés sur ce que l’on croit être une poignée de tirailleurs et qui dissimule, dans un ravin, 2 500 combattants. La charge passe, au prix de 21 tués et d’une soixantaine de blessés ; les pertes britanniques les plus lourdes de la journée. Trois Victoria Cross y sont décernées. Le lieutenant Winston Churchill, 23 ans, y participe et en tirera le récit qui fonde sa réputation d’écrivain. La charge n’est « la » dernière charge de la cavalerie britannique mais une des dernères car elle chargera à nouveau, notamment à Huj (Palestine) en novembre 1917.
La troisième phase est la seule véritablement disputée : la brigade soudanaise de Hector Macdonald, isolée sur le flanc, doit faire front successivement dans deux directions contre la réserve mahdiste. Elle tient.
Environ 48 tués et 380 blessés du côté anglo-égyptien. Du côté mahdiste, de 10 000 à 12 000 tués, 13 000 blessés et 5 000 prisonniers.
Churchill, dans La Guerre du fleuve, attribue explicitement la victoire à la technique. Le vers d’Hilaire Belloc, écrit la même année “Whatever happens, we have got / The Maxim gun, and they have not.” résume le sentiment de l’époque.
Kitchener fait ensuite détruire le tombeau du Mahdi et disperser ses restes. Churchill condamne publiquement le geste, qui suscite une controverse en Grande-Bretagne.

La suite immédiate est française…
Le 18 septembre 1898, 16 jours après la bataille, Kitchener remonte le Nil Blanc avec 5 canonnières et trouve à Fachoda le drapeau français. La mission du commandant Marchand (7 officiers, 150 tirailleurs sénégalais) y est arrivée le 10 juillet au terme d’une marche de deux ans depuis le Congo, avec pour objet de relier l’Atlantique à la mer Rouge et d’interdire à la Grande-Bretagne la continuité Le Cap-Le Caire.
La rencontre est courtoise sur place (les deux officiers échangent champagne et compliments) et violente dans les chancelleries. Londres exige le retrait sans négociation ; les deux flottes se préparent. La France, isolée, affaiblie par l’affaire Dreyfus et consciente de son infériorité navale, cède le 3 novembre et ordonne l’évacuation.
Omdurman et Fachoda sont indissociables : la reconquête du Soudan avait pour objet second de fermer la vallée du Nil à toute autre puissance, et elle y parvient.
La crise laisse en France un ressentiment durable. Elle conduit paradoxalement, 6 ans plus tard, à l’Entente cordiale : les deux gouvernements en tirent la conclusion que leur rivalité coloniale leur coûte plus qu’elle ne leur rapporte, à l’heure où l’Allemagne construit une flotte.

2 septembre 1901 : « Speak softly and carry a big stick ».
Devant la foire agricole du Minnesota, le vice-président Theodore Roosevelt résume en une phrase la doctrine stratégique qu’il appliquera pendant 8 ans : parler doucement et porter un gros bâton.
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La formule, que Roosevelt attribue à un proverbe qu’il dit africain, avait déjà été employée par lui dans une correspondance privée alors qu’il était gouverneur de New York. Elle acquiert sa portée publique le 2 septembre 1901 à Saint Paul, dans le Minnesota.
12 jours plus tard, l’assassinat de William McKinley fait de Roosevelt le président des États-Unis. Il dispose alors des moyens d’appliquer le principe.
Le contenu doctrinal en est plus précis que le proverbe ne le laisse croire. Il repose sur trois éléments :
- une capacité militaire, principalement navale, entretenue en permanence et visiblement supérieure ;
- une diplomatie mesurée et sans rodomontade, qui n’a pas besoin de menacer puisque la capacité est connue ;
- et la volonté d’employer la force sans hésitation lorsque la négociation échoue.
Les applications sont immédiates. La médiation de la paix de Portsmouth entre la Russie et le Japon en 1905, qui vaut à Roosevelt le prix Nobel de la paix. Le corollaire à la doctrine de Monroe, formulé en 1904, par lequel les États-Unis s’arrogent un droit de police dans l’hémisphère occidental. Le soutien à la sécession panaméenne de 1903, qui permet la construction du canal. Et surtout l’envoi autour du monde, de 1907 à 1909, de la Grande Flotte blanche : 16 cuirassés et leurs escorteurs effectuant un tour du monde de quatorze mois, opération sans objet militaire immédiat mais destinée à rendre visible une capacité — la première démonstration de puissance navale globale des États-Unis.
La formule est restée dans le vocabulaire stratégique et continue d’être invoquée dans les débats américains sur l’articulation entre diplomatie et puissance militaire.
2 septembre 1903 : bataille d’El Moungar (Algérie).
Dans le Sud-oranais, une compagnie montée de la Légion étrangère escortant un convoi est accrochée pendant 8 heures par un fort parti berabère. Elle perd le tiers de son effectif. Le combat est devenu la fête d’arme du 2e régiment étranger d’infanterie ; et il a directement provoqué l’envoi de Lyautey aux confins algéro-marocains.
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L’accord signé à Paris le 20 juillet 1901 entre Paul Révoil et la délégation chérifienne devait régler le statut des tribus nomades des confins algéro-marocains. Il ne règle rien : les tribus concernées ne sont pas parties au texte et ne se soucient pas d’une frontière tracée dans un salon.
Les pillages de caravanes, les vols de troupeaux et les attaques de postes se multiplient au cours de 1903. Les raids des Berabers, des Oulad Djerir et des Beni Guil gagnent en audace ; le gouverneur général de l’Algérie, Charles Jonnart, est lui-même attaqué au cours d’une tournée le 31 mai. À la fin d’août, l’échec devant Taghit laisse les Berabers sur une humiliation qu’ils entendent laver.
La 22e compagnie montée du 2e Étranger connaît le terrain : elle y a déjà été accrochée le 30 juillet 1900, avec la perte de huit légionnaires.
Le combat
Le 2 septembre 1903 à 03 h 45, la 22e compagnie montée, renforcée d’un peloton de vingt spahis du 5e escadron du 1er régiment, prend en charge la protection d’un convoi de plus de 1 000 dromadaires, scindé en trois tronçons. Les légionnaires escortent le deuxième.
À 09 h 30, le convoi fait halte sous la protection des spahis. Le feu s’ouvre alors de toutes parts. Le capitaine Vauchez et le lieutenant Selchauhansen tombent dans les premières minutes ; le premier mourra le lendemain, le second quelques jours plus tard. Le maréchal des logis Damien, qui commande les spahis, est tué.
Privés de leurs cadres, les survivants se replient sur deux pitons dominant l’ouest de la piste et s’y organisent. À 10 h 30, le sergent-fourrier Tisserand, qui a pris le commandement, envoie deux cavaliers demander du secours à Taghit. Le capitaine de Susbielle s’y met en route immédiatement.
Les Berabers prennent pied sur la crête et en sont chassés par un feu nourri. Tisserand, blessé une seconde fois, passe le commandement au caporal Detz. Le combat dure encore sept heures.
À 17 h 30, l’arrivée des premiers renforts (les mokhaznis de Taghit) met les assaillants en fuite.
Le bilan
34 légionnaires et 2 spahis sont tués sur le terrain. S’y ajoutent le capitaine Vauchez et le lieutenant Selchauhansen, morts de leurs blessures dans les jours suivants, ainsi qu’un blessé décédé au poste de Taghit le 15 octobre. Le total s’établit donc à 39 morts.
Plus de 49 blessés, dont certains portent jusqu’à 5 blessures. Les pertes des combattants berabères sont inconnues.
La 22e compagnie montée reçoit une citation à l’ordre du corps d’armée. Tous les survivants sont décorés de la médaille coloniale avec agrafe Sahara. Tisserand est nommé lieutenant, le sergent Charlier fait chevalier de la Légion d’honneur.
El Moungar est l’un des rares engagements perdus dont soit sortie une doctrine.
Le gouverneur général obtient la nomination du colonel Lyautey à la tête des troupes de la division d’Oran et d’Aïn-Séfra. Rapidement promu général, celui-ci applique la méthode qu’il avait vue pratiquer par Gallieni à Madagascar et au Tonkin : la progression par postes fortifiés reliés entre eux, le marché plutôt que la colonne, l’action politique auprès des tribus, la sécurisation par zones concentriques ; ce qu’on appellera la tache d’huile.
Cette méthode fondera la « pacification » du Maroc, engagée jusqu’en 1934 et menée notamment, dans sa phase finale, par bombardement aérien contre les tribus du Sud-Ouest et des confins sahariens. L’historiographie marocaine y voit la seconde guerre du Maroc.
Le 2 septembre est depuis la fête d’arme du 2e régiment étranger d’infanterie, qui honore ainsi ses anciens.

2 septembre 1930 : Costes et Bellonte relient Paris à New York sans escale.
Le Breguet 19 Point d’Interrogation se pose à Valley Stream, dans l’État de New York, après plus de 37 heures de vol depuis Le Bourget. C’est la première liaison aérienne sans escale entre Paris et New York, et elle a été effectuée dans le sens le plus difficile.
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Dieudonné Costes, pilote de chasse de la Grande Guerre crédité de six victoires homologuées, et Maurice Bellonte, navigateur, décollent du Bourget le 1er septembre 1930 à bord d’un Breguet 19 Super Bidon peint en rouge, immatriculé F-AJGP et surnommé le Point d’Interrogation.
La performance est plus difficile que celle de Lindbergh en 1927. Le vol s’effectue d’est en ouest, contre les vents dominants de l’Atlantique Nord, ce qui allonge considérablement la durée et la consommation. 7 équipages avaient déjà disparu en tentant cette traversée dans ce sens, dont Nungesser et Coli en mai 1927.
L’appareil se pose à Valley Stream, sur Long Island, après 37 heures et 18 minutes et environ 6 200 km. Les deux hommes sont reçus à New York en héros, puis à Washington par le président Hoover ; Lindbergh les accueille personnellement.
Le vol n’a pas de portée militaire directe, mais il valide une combinaison technique (moteur Hispano-Suiza fiabilisé, cellule à grande capacité d’emport de carburant, navigation astronomique au-dessus de l’océan) dont l’aviation de bombardement à long rayon d’action fera usage la décennie suivante. Le Point d’Interrogation est conservé au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.
2 septembre 1944 : le lieutenant George Bush abattu au-dessus de Chichi Jima.
Un pilote de 20 ans de l’aéronavale américaine est abattu au-dessus d’une île des Bonin, récupéré par un sous-marin, et devient 44 ans plus tard président des États-Unis. Les 8 aviateurs capturés le même jour dans la même zone connaîtront un sort qui donnera lieu à l’un des procès pour crimes de guerre les plus éprouvants de l’après-guerre.
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L’enseigne de vaisseau George Herbert Walker Bush, engagé à 18 ans le jour de son anniversaire au lendemain de Pearl Harbor et alors le plus jeune pilote de la marine américaine, appartient à la torpedo squadron 51 embarquée sur le porte-avions léger San Jacinto.
Le 2 septembre 1944, il pilote un Grumman TBM Avenger contre les installations radio de Chichi Jima, dans l’archipel des Bonin, à mille kilomètres de Tokyo. Ces stations relayaient les communications entre la capitale et les garnisons du Pacifique ; elles étaient défendues par une artillerie antiaérienne dense.
L’appareil est touché pendant la passe d’attaque et prend feu. Bush largue ses bombes sur l’objectif avant de gagner le large et d’ordonner l’évacuation. Il saute et se pose à l’eau ; ses deux équipiers, le radio John Delaney et le mitrailleur Ted White, sont tués. Il dérive plusieurs heures sur un canot pneumatique, mitraillé depuis l’île et couvert par des appareils de son escadrille, avant d’être recueilli par le sous-marin USS Finback, en station de sauvetage. Il restera un mois à bord et participera au sauvetage d’autres aviateurs.
Il effectuera cinquante-huit missions de combat et recevra la Distinguished Flying Cross.
8 autres aviateurs américains abattus au-dessus de Chichi Jima au cours de la même campagne furent capturés. Aucun ne survécut. Les procès pour crimes de guerre tenus à Guam en 1946 établirent qu’ils avaient été exécutés et que plusieurs avaient été victimes d’actes de cannibalisme commis par des officiers de la garnison. 5 officiers japonais furent condamnés à mort et pendus. L’affaire, longtemps peu connue, a été documentée par l’historien James Bradley dans Flyboys.
Bush n’a évoqué cet épisode que tardivement et brièvement.
2 septembre 1945 : le Japon capitule (à bord du Missouri – baie de Tokyo)
À 09 h 00 du matin, sur le pont du cuirassé Missouri mouillé en baie de Tokyo, les représentants du Japon signent l’acte de capitulation. La Seconde Guerre mondiale prend fin, 6 ans et un jour après l’attaque contre la Pologne.
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Le lieu et la forme sont choisis avec soin. Le USS Missouri est un cuirassé de la classe Iowa, entré en service en 1944. Il est retenu parce que le Missouri est l’État d’origine du président Truman et parce que sa fille avait baptisé le navire. Il mouille en baie de Tokyo au milieu d’une concentration navale considérable, et une formation de plusieurs centaines d’avions survole la cérémonie à son achèvement.
Sur la cloison arrière du pont est fixé le pavillon à 31 étoiles que le commodore Matthew Perry portait en 1853, lorsque son escadre avait contraint le Japon à s’ouvrir au commerce extérieur. Il avait été apporté des États-Unis pour l’occasion. La symétrie est délibérée : la puissance navale américaine avait ouvert le Japon, elle le refermait.
Le général Douglas MacArthur, commandant suprême des puissances alliées, préside. Il signe en cette qualité, puis l’amiral Chester Nimitz pour les États-Unis.
Pour le Japon signent le ministre des Affaires étrangères Mamoru Shigemitsu, qui monte à bord avec une jambe artificielle et une canne (il avait perdu une jambe dans un attentat à Shanghai en 1932), et le général Yoshijiro Umezu, chef d’état-major de l’armée impériale, qui n’avait accepté de venir que sur ordre exprès de l’empereur.
Suivent les représentants des puissances alliées : Chine, Royaume-Uni, Union soviétique, Australie, Canada, France, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande.
La France est représentée par le général Philippe Leclerc de Hauteclocque, alors commandant du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Sa présence, obtenue de haute lutte diplomatique, vaut affirmation du statut de puissance alliée et de la volonté française de rétablir sa position en Indochine.
Le représentant canadien signe une ligne trop bas, décalant les signatures suivantes ; les corrections manuscrites apportées au document par un officier japonais sont visibles sur l’original, conservé aux Archives nationales américaines.
La cérémonie dure 23 minutes.
L’acte met fin aux hostilités mais laisse ouvertes toutes les questions territoriales et politiques d’Asie. Les capitulations locales s’échelonnent sur plusieurs semaines : Hong Kong le 16 septembre, Singapour le 12, l’Indochine du Nord devant les troupes chinoises et l’Indochine du Sud devant les Britanniques, la Chine à Nankin le 9 septembre.
Le désarmement japonais en Indochine, en Indonésie et en Malaisie crée un vide que les mouvements nationalistes occupent immédiatement. Deux guerres d’indépendance — la première guerre d’Indochine et la guerre d’indépendance indonésienne ; s’ouvrent dans les mois qui suivent.
Le Japon reste occupé jusqu’au traité de San Francisco, signé le 8 septembre 1951 et entré en vigueur le 28 avril 1952. L’Union soviétique ne l’a pas signé : il n’existe toujours pas de traité de paix entre la Russie et le Japon, du fait du contentieux sur les Kouriles.
Le Missouri est aujourd’hui navire-musée à Pearl Harbor, amarré à quelques centaines de mètres de l’Arizona, coulé le 7 décembre 1941. La disposition des deux bâtiments (le début et la fin) a été voulue.
2 septembre 1945 : Hô Chi Minh proclame l’indépendance du Viêt Nam.
Le même jour que la, capitulation du Japon, à Hanoï, devant plusieurs centaines de milliers de personnes rassemblées place Ba Dinh, le président du Viêt Minh lit une déclaration d’indépendance qui s’ouvre par une citation de la Déclaration d’indépendance américaine. Des officiers de l’OSS assistent à la cérémonie.
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Le coup de force japonais du 9 mars 1945 avait éliminé l’administration coloniale française et proclamé l’indépendance de l’Empire du Viêt Nam sous Bao Dai. La capitulation japonaise du 15 août laisse le pays sans autorité effective.
Le Viêt Minh, front créé en 1941 et dont les maquis du Tonkin étaient armés et instruits depuis le printemps par la mission Deer de l’Office of Strategic Services américain, occupe le vide. Hanoï est prise le 19 août, Huê le 23, Saïgon le 25. Bao Dai abdique le 25 août et remet le sceau impérial aux délégués du Viêt Minh.
La déclaration
Le 2 septembre, Hô Chi Minh lit la déclaration d’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam. Le texte s’ouvre sur la phrase de la Déclaration américaine de 1776 relative à l’égalité des hommes et à leurs droits inaliénables, puis cite la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
Le choix est un acte diplomatique : il s’agit d’obtenir la sympathie de Washington, dont le président Roosevelt s’était montré hostile au rétablissement de la souveraineté coloniale française en Indochine, et de placer la France en contradiction avec ses propres principes. Des officiers de l’OSS sont présents à la tribune ; un avion américain survole la place.
Le calcul échouera. La conférence de Potsdam avait décidé du désarmement des troupes japonaises par les Chinois au nord du 16e parallèle et par les Britanniques au sud ; ceux-ci rétablissent l’autorité française à Saïgon dès septembre. Les accords du 6 mars 1946 permettent le retour des troupes françaises au Nord ; la rupture intervient à Haïphong en novembre 1946 et l’insurrection générale le 19 décembre.
La guerre d’Indochine durera 8 ans, jusqu’aux accords de Genève de juillet 1954, deux mois après la chute de Diên Biên Phu.
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Le 2 septembre est également la date de décès d’Ho Chi Minh (1969).

2 septembre 1958 : destruction d’un C-130 américain au-dessus de l’Arménie soviétique.
Un avion de renseignement électromagnétique américain est abattu par des MiG-17 après avoir pénétré l’espace aérien soviétique. Les 17 membres d’équipage sont tués. C’est la perte la plus lourde de l’histoire du renseignement aéroporté américain, et elle restera classifiée pendant près de 40 ans.
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Le C-130A-II immatriculé 60528, du 7406th Support Squadron, décolle d’Incirlik, en Turquie, pour une mission de recueil électromagnétique le long de la frontière soviéto-turque. Il transporte six membres d’équipage de conduite et onze spécialistes du renseignement, linguistes et opérateurs de l’Air Force Security Service.
L’appareil dérive de sa route (les causes restent discutées, erreur de navigation ou attraction par de faux signaux radio) et pénètre profondément l’espace aérien de la République socialiste soviétique d’Arménie. 4 MiG-17 l’interceptent et l’abattent près du village de Sasnashen. Les 17 hommes sont tués.
La suite est un cas d’école de gestion de crise et de mensonge réciproque : Washington affirme d’abord qu’il s’agissait d’un avion de transport égaré. Moscou restitue 6 corps et nie détenir les autres. Les États-Unis disposent pourtant, par interception, de l’enregistrement des communications entre les pilotes soviétiques pendant l’attaque, ce qui prouve la nature délibérée du tir ; mais le révéler reviendrait à divulguer une capacité d’écoute.
L’administration Eisenhower prend en février 1959 une décision inhabituelle : elle publie la transcription des échanges radio soviétiques, sacrifiant une source pour établir les faits. La National Security Agency ne déclassifiera l’affaire complète qu’en 1997.
Les 17 hommes figurent aujourd’hui sur le mémorial des cryptologues de Fort Meade. L’épisode est l’un des plus meurtriers d’une série de destructions d’avions de renseignement occidentaux le long de la périphérie soviétique (une quarantaine d’appareils et plus de 200 hommes entre 1950 et 1970), guerre silencieuse dont l’existence même fut longtemps niée par les deux camps.
2 septembre 1970 : mort à 71 ans du général Pierre Koenig.
Le vainqueur de Bir Hakeim meurt à Neuilly-sur-Seine à 71 ans. Il avait donné à la France libre, en juin 1942, une nouvelle bataille emblématique.
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Marie-Pierre Kœnig naît le 10 octobre 1898 à Caen, dans une famille d’origine alsacienne ; son père est facteur d’orgues. Élève au collège Saint-Joseph puis au lycée Malherbe, il pratique la gymnastique à l’Avant-Garde caennaise, patronage affilié à la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France, à laquelle il restera attaché toute sa vie.
Il s’engage en 1917 au 36e régiment d’infanterie, est nommé aspirant en février 1918, rejoint le front, obtient la Médaille militaire et passe sous-lieutenant le 3 septembre 1918.
L’entre-deux-guerres le conduit en Silésie, dans les Alpes, en Allemagne d’occupation, puis au Maroc, à l’état-major de la division de Marrakech. Il est capitaine et adjoint du lieutenant-colonel Magrin-Vernerey (le futur Monclar) à la 13e demi-brigade de Légion étrangère lorsqu’il choisit, en juillet 1940, de rejoindre la France libre.
Il participe à la tentative de ralliement de Dakar, à celui du Gabon, puis à la campagne du Levant. Colonel au début de 1941, général de brigade en juillet.
Bir Hakeim
En mai 1942, la 1re brigade française libre tient l’extrémité sud de la ligne de Gazala, en Cyrénaïque : un point d’appui isolé dans le désert, à Bir Hakeim, avec 3 700 hommes (Légion étrangère, infanterie de marine, tirailleurs du Pacifique, artillerie) et un vaste champ de mines.
Rommel déclenche son offensive le 26 mai et contourne la position par le sud. Il charge d’abord la division italienne Ariete de la réduire, puis, devant l’échec, y consacre des éléments de la 90e division légère et de la 15e Panzer, appuyés par l’artillerie et par des attaques aériennes répétées de la Luftwaffe.
La brigade a tenu contre des moyens très supérieurs, dont plusieurs grandes unités blindées et une supériorité aérienne complète.
La position tient du 26 mai au 11 juin. Sommé de se rendre à plusieurs reprises, Koenig refuse.
La sortie de vive force est ce qui distingue Bir Hakeim d’une reddition héroïque. Dans la nuit du 10 au 11 juin, la brigade évacue la position en perçant les lignes adverses à travers ses propres champs de mines. Environ 2 400 hommes rejoignent les lignes britanniques. Le matériel lourd est détruit sur place.
L’effet est double :
- Militairement, le délai imposé à l’aile sud de Rommel prive celui-ci de l’exploitation rapide qu’il escomptait et permet à la VIIIe armée de décrocher vers l’Égypte et de se rétablir sur la position d’El-Alamein.
- Politiquement, c’est la première fois depuis 1940 que des troupes françaises tiennent devant l’armée allemande dans une bataille suivie par la presse mondiale. De Gaulle l’a dit sans détour : à Bir Hakeim, la France libre a cessé d’être un symbole pour devenir un belligérant.
La brigade participe ensuite à la seconde bataille d’El-Alamein.
Koenig est nommé commandant en chef des Forces françaises de l’intérieur en mars 1944 ; position délicate, puisqu’il s’agit de faire reconnaître par les Alliés une force intérieure hétérogène comme une armée régulière relevant du Gouvernement provisoire. Promu général de corps d’armée en juin 1944, il accompagne de Gaulle à Bayeux le 14 juin et est nommé gouverneur militaire de Paris le 21 août.
Le 24 avril 1945, il est chargé d’arrêter le maréchal Pétain à la frontière suisse et de l’escorter jusqu’au fort de Montrouge.
De juillet 1945 à septembre 1949, il commande en chef la zone française d’occupation en Allemagne, où il prend notamment des dispositions particulières relatives aux enfants, connues sous le nom d’additif III.
Il se tourne ensuite vers la politique, conduit une liste RPF dans le Bas-Rhin en 1951, est pressenti sans succès comme candidat de recours à l’élection présidentielle de 1953, et occupe deux fois le ministère de la Défense nationale ; du 19 juin au 14 août 1954 dans le gouvernement Mendès France, puis du 23 février au 6 octobre 1955 dans le gouvernement Edgar Faure. Il donne l’accord des gaullistes au discours de Carthage sur l’autonomie interne de la Tunisie.
Il meurt le 2 septembre 1970 à l’Hôpital américain de Neuilly et repose au cimetière de Montmartre, dans une sépulture modeste.
Il est élevé à la dignité de maréchal de France à titre posthume le 6 juin 1984 ; quatrième et dernier officier français ainsi distingué depuis la Libération, après de Lattre et Leclerc, à titre posthume, et Juin, de son vivant, tous trois en 1952.

2 septembre 1973 : mort à 81 ans de J.R.R. Tolkien.
L’auteur du Seigneur des anneaux meurt à Bournemouth à 81 ans. Officier des transmissions à la Somme en 1916, il y perdit la quasi-totalité de ses amis ; et il a toujours refusé qu’on lise son œuvre comme une allégorie, tout en reconnaissant ce qu’elle devait à cette expérience.
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John Ronald Reuel Tolkien naît le 3 janvier 1892 à Bloemfontein, dans l’État libre d’Orange, et arrive en Angleterre à trois ans. Orphelin de père puis de mère, il est élevé sous la tutelle d’un prêtre de l’Oratoire de Birmingham.
Sa carrière est celle d’un philologue : lecteur d’anglais à Leeds en 1920, professeur de vieil anglais à Oxford en 1925, professeur de langue et littérature anglaises en 1945, retraite en 1959. Sa conférence de 1936, Beowulf : les monstres et les critiques, renouvelle l’étude du poème en soutenant qu’il faut le lire comme une œuvre littéraire et non comme un document. Son essai Du conte de fées, en 1939, fait de même pour le conte merveilleux.
La Grande Guerre
Marié à Edith Bratt en mars 1916, Tolkien embarque pour la France le 4 juin 1916 comme sous-lieutenant et officier des transmissions du 11e bataillon des Lancashire Fusiliers. Il rejoint le front de la Somme en juillet, participe notamment aux combats autour de Thiepval et d’Ovillers, et sert quatre mois en première ligne, alternant les périodes de tranchée et de repos.
Atteint de la fièvre des tranchées, il est évacué vers l’Angleterre le 8 novembre 1916 et ne retournera pas au front, les rechutes successives le maintenant en garnison jusqu’à l’armistice.
Tolkien avait formé au lycée King Edward’s de Birmingham un cercle littéraire de quatre camarades, le TCBS. Rob Gilson est tué le 1er juillet 1916, premier jour de la Somme. Geoffrey Bache Smith meurt le 3 décembre de la même année, des suites de blessures. Tolkien écrira plus tard qu’en 1918, tous ses amis proches sauf un étaient morts.
Le dernier survivant, Christopher Wiseman, donnera son prénom au fils de Tolkien, qui sera l’éditeur posthume de son œuvre.
Tolkien a constamment refusé la lecture allégorique (et notamment l’assimilation de l’Anneau unique à la bombe atomique), qu’il jugeait absurde puisque le récit était largement écrit avant 1945. Il distinguait l’allégorie, qu’il détestait, de l’applicabilité, qu’il tenait pour le droit du lecteur.
Il a en revanche reconnu explicitement la marque de 1916. Il a écrit que les Marais des Morts et les abords de la Porte Noire devaient quelque chose au nord de la France après la bataille de la Somme. Il a indiqué que le personnage de Sam Gamegie procédait directement des ordonnances et des soldats de troupe qu’il avait connus au front, et qu’il les tenait pour supérieurs à lui-même. Les premiers textes de sa mythologie, dont La Chute de Gondolin, ont été rédigés en 1916 et 1917, pendant sa convalescence.
Il commence à publier tard : Bilbo le Hobbit en 1937, Le Seigneur des anneaux en 1954-1955, d’une tonalité nettement plus sombre. Le succès de masse vient dans les années 1960, sur les campus américains. Il travaille jusqu’à sa mort au Silmarillion, que son fils Christopher mettra en forme et publiera en 1977.









