Chronique des blindés : Le “Saint-Chamond” du Musée des Blindés de Saumur


Précédemment dans la chronique, nous avons découvert l’histoire du Schneider du musée des blindés. Un char emblématique de la Première Guerre mondiale, pionnier des blindés français dont l’histoire est particulièrement liée à celle d’un autre char du musée, et plus encore de la même salle : le Saint-Chamond.

Le Musée des Blindés de Saumur rassemble, sous la tutelle du ministère des Armées, une des plus importantes collections de blindés d’Europe avec 800 véhicules dont 200 sont en état de marche.

(Propos recueillis par Camille Harlé-Vargas)

 

Quelle est la véritable identité de ce char Saint-Chamond ? 

Comme beaucoup de chars vétérans de la Grande Guerre, il est difficile de remonter aux origines à cause des nombreuses années qui se sont écoulées, la perte d’archives ou le manque d’éléments d’identification. Cependant, il semblerait que ce Saint-Chamond ait le numéro 62 770, “Fleur d’Amour”. Il s’agit de la dernière version de ce char, il fait partie de l’AS 42 du Groupement XIII. Engagé dans les combats de juillet 1918, le “Fleur d’Amour” est endommagé par un tir d’obus sur l’avant dans le secteur de Saint-Remy-Blanzy dans l’Aisne. Le char est ensuite réparé et remis en état. Par la suite, le gouvernement français décide d’offrir plusieurs chars dont un Saint-Chamond aux États-Unis et “Fleur d’Amour” est choisi pour traverser l’Atlantique. Le char français est exposé avec le Schneider à Aberdeen pendant de longues années.

 

Comment “Fleur d’Amour” a t il rejoint les collections du musée ? 

Il partage son histoire avec le Schneider exposé à ses côtés. Après des années d’expositions en plein air, les États-Unis renvoient les deux chars par bateau en France. C’est en 1987 qu’ils rejoignent tous les deux le Musée des Blindés de Saumur.

 

Le Saint-Chamond a t il été remis en état à son arrivée ?

À la différence du Schneider équipé d’une propulsion classique, le Saint-Chamond n’a pas été remis rapidement en état de marche dû à la nature complexe de son système hybride de propulsion. C’est encore cette complexité qui a amené à sa restauration avec un moteur moderne. L’esprit de sa remotorisation fut le suivant : devant les enjeux de sécurité et de complexité lié à la motorisation d’origine, il fut décidé de lui offrir un moteur hybride moderne. C’est ce moteur qui lui a permis de participer au défilé sur les Champs Élysée du 14 juillet 2017 pour les 100 ans des premiers engagements de chars français dans l’histoire. Dans le respect du char d’origine, toutes les modifications liées à ce nouveau moteur sont réversibles et documentées, de façon que nos successeurs puissent bien reconnaître les pièces rapportées et éventuellement s’ils le veulent installer un moteur identique à l’original. Le camouflage du Saint-Chamond a été réalisé à partir de photographies de l’unité d’origine du char, les couleurs ont été déterminées grâce à des peintures d’artistes et de photos d’époque. Les travaux de peinture ont été réalisés par l’équipe de l’atelier du musée.

 

Quelle est place de “Fleur d’Amour” dans le musée des Blindés ? 

La salle Première Guerre mondiale du musée a fait peau neuve pendant sa fermeture au public en cette début d’année 2020. Le Saint-Chamond est exposé aux côtés du Schneider. C’est l’occasion de mettre en avant les « aïeuls » de nos chars d’aujourd’hui. C’est aussi une pièce d’une grande rareté car ce Saint-Chamond est le dernier exemplaire encore restant aujourd’hui.

 

Existe-t-il des répliques du char Saint-Chamond ?           

Au cours du centenaire, plusieurs projets de création d’une réplique d’un char Saint-Chamond ont vu le jour. Une réplique d’un char Saint-Chamond M2 est réalisée en métal par le lycée Claude Lebois dans les ateliers historiques, à Saint-Chamond. Le char du projet a été baptisé « Vercingétorix », nom d’un char existant pendant la Grande Guerre. L’association « Mémoire de poilus » a aussi confectionné une réplique d’un char M1, baptisé « Madelon ». Celui-ci est motorisé avec un moteur Berliet de 175 ch et participe aux commémorations et activités de l’association.

Depuis 2015, l’Historial de Péronne présente une réplique du Saint-Chamond réalisée par les élèves du lycée professionnel Le Corbusier de Tourcoing sous la direction de leur professeur, Thierry Duponcheel. Le Saint-Chamond a été réalisé dans du polystyrène spécialement conçu pour les décors de cinéma et à partir des plans originaux d’époque. Présenté avec cette réplique, un élément original d’un char « Saint-Chamond » : l’étoile du châssis. Le mémorial dispose d’une collection riche en lien avec l’histoire des blindés de la Première Guerre mondiale et développe actuellement un dispositif de médiation numérique sur les collections ainsi que sur la réplique du char. Le Saint-Chamond a été démonté au printemps dernier dans le but de procéder à des travaux de rénovations de la cour où il été présenté. Dès que les conditions sanitaires le permettront, le char sera réinstallé à sa place dans cette cour.

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Remerciements aux équipes du musée des blindés de Saumur, particulièrement à Adrien Guinebault ainsi qu’à l’Historial de Péronne.

           

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