De la cyberdéfense technicienne à la cyberdéfense stratégique


Avant d’aborder ce sujet éminemment important, j’ai une pensée pour le professeur Coutau Bégarie décédé le 24 février (Cf. Biographie)

Pour moi, il a apporté aux officiers supérieurs, stagiaires à la création du collège interarmées de défense en 1993, devenu Ecole de guerre en 2011, sa culture stratégique, son ouverture intellectuelle. Il a rappelé à l’époque aux officiers qu’ils devaient penser alors que la réflexion stratégique était absente dans l’enseignement militaire supérieur. Je me souviens en effet de ce général inspecteur dans une Table ronde m’affirmant suie à mon questionnement que notre seul domaine d’intérêt en tant qu’officier supérieur en formation devait être … la tactique et surtout pas la réflexion stratégique. Merci donc au professeur Coutau Bégarie d’avoir réintroduit la pensée militaire dans l’institution militaire.

De la cyberdéfense technicienne à la cyberdéfense stratégique

Jean-Marie Bockel, sénateur et ancien ministre a reçu la mission de la commission des affaires étrangères et des forces armées du Sénat de présenter un rapport parlementaire sur la cyberdéfense en juillet prochain. Il présentait ses premiers travaux ce mercredi 22 février matin devant une assemblée particulièrement nombreuse et intéressée.

Ce que j’en retire est sans aucun doute la nécessaire prise en compte politique de ce dossier afin qu’il ne limite pas à la simple vision technicienne de la cyberdéfense. L’implication politique donnera cette vision stratégique de la cyberdéfense qui semble manquer aujourd’hui.

Ainsi, si je me réfère à la publication du gouvernement britannique sur la cyberdéfense de novembre 2011, « The UK Cyber Security Strategy: Protecting and promoting the UK in a digital world » de novembre 2011, le Royaume-Uni rappelle son objectif pour 2015 de développer un espace économique et social de prospérité à partir d’un cyberespace sécurisé dans lequel les valeurs britanniques, les règles de droit, la sécurité nationale, une société forte pourront s’exprimer. Un cyberespace sûr est une condition d’un futur ambitieux du Royaume-Uni. C’est une vision stratégique que nous pourrions faire notre.

En effet, quelle doit être la place de la France dans ce nouvel espace ? Doit-elle se limiter à simplement lutter contre les menaces, tel que cela est évoqué dans la dernière mise à jour du Livre blanc ? A mon avis, non. La France doit devenir rapidement une puissance du cyberespace et y introduire tous les instruments de puissance qui en découlent : diplomatie, économie, influence, forces armées. Le premier objectif est effectivement de faire de la France un acteur majeur du cyberespace, capable certes de défendre ce qu’elle est mais aussi dans un second objectif de promouvoir sa vision du futur, sa vision du monde, ses valeurs.

Cette vision stratégique doit s’appuyer sur un soutien politique mais aussi sur une volonté de prendre l’ascendant dans ce domaine et qui mieux que les militaires peuvent le faire dans le long terme ? Le fait qu’un sénateur, ancien secrétaire d’état à la défense et colonel de réserve, prenne en compte ce dossier du futur est donc une bonne nouvelle. Les armées doivent s’impliquer avec résolution dans ce dossier de sécurité nationale. Leur place devrait y être renforcée, sinon même au point de créer un commandement de la cyberdéfense afin d’organiser, de coordonner, de penser stratégiquement les questions de sécurité dépendant du cybermonde. Cela signifie aussi un changement sans doute d’organisation, des bascules de personnels limités, sur des parcours professionnels qui permettent de valoriser et de garder l’excellence au service de la nation. Bien sûr, la coopération d’abord avec nos entreprises est une nécessité.

Quand à la collaboration avec nos alliés que ce soit en bilatéral ou dans l’OTAN, tel que le souhaiterait JM Bockel, pourquoi pas ? Cependant, ne nous aveuglons pas. Les intérêts nationaux priment lorsque que l’avenir de la nation en jeu et c’est le cas pour les nations occidentales par des Etats de moins en moins émergents. Les collaborations seront sans aucun doute limitées dans cette course à la suprématie cybernétique et donc à la puissance de demain.

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