dimanche 14 avril 2024

Devoir de réserve et effectifs des armées : un questionnement

Les positions de François Hollande, candidat aux élections présidentielles, se précisent sans que cela ne soit totalement confirmé à ce jour (Cf. Secretdefense du 26 janvier 2012).

Pour rendre crédibles et réaliser les 60000 postes promis à l’éducation nationale et à d’autres ministères (12000 par an), il se perçoit de plus en plus clairement que les armées, à nouveau, devraient contribuer largement au respect de l’engagement électoral si le candidat devient chef des armées. De la variable d’ajustement du budget de l’Etat par le biais des programmes d’équipements non honorés, menace qui semblait circonscrite et écartée par les principaux candidats, nous allons devenir la variable d’ajustement de la fonction publique par nos effectifs militaires. Et si cela fait faire Michel Sapin comme le rapporte Le Monde du 5 février, non seulement cela ne me fait pas vraiment rire et je ne suis pas certain que cela fasse aussi rire la communauté militaire.

Les armées viennent de subir de très importantes déflations – que d’aucuns ont appelé « transformation » -. « Il » nous serait donc promis une autre déflation alors que les armées ont sans doute atteint leurs limites pour l’accomplissement des missions données. Sans oublier la rigueur budgétaire au titre de l’intérêt général par le gouvernement actuel avec les coupes budgétaires qui nous frappent à nouveau avec ces 335 millions de crédits supprimés soit 28% de l’effort de rigueur. En août dernier, 222,5 millions de crédits avaient déjà été annulés sur le budget 2011.

La question pour un soldat-citoyen est la suivante : est-ce s’engager politiquement que de contredire une proposition électorale ? Je ne le pense pas parce que les armées au service de la nation toute entière ont le devoir de se positionner lorsque les missions futures seront touchées par des promesses électorales : ni gauche, ni droite mais défense des capacités militaires pour que la communauté militaire soit en mesure de répondre aux demandes du pouvoir politique, quel qu’il soit, afin de défendre la France et sa population.

Ce qui m’inquiète le plus est d’une part l’absence de réaction officielle à cette ponction sur les effectifs tout en comprenant la difficulté qui, là, touche sans doute le devoir de réserve. Cependant demander d’une manière neutre mais officielle au candidat une position officielle sur une question problématique concernant les armées me semblerait être du ressort de l’institution militaire. D’ailleurs, il ne me paraîtrait pas totalement stupide qu’elle demande des éclaircissements à chaque candidat dès lors que celui-ci est peu précis sur la partie défense de son programme. Bon, j’admets que cela serait un peu révolutionnaire pour les armées mais l’expérience mériterait d’être tentée.

D’autre part je m’inquiète aussi de la position de certains de mes camarades qui, à titre personnel, ont pu contribuer aux programmes électoraux au titre d’une réflexion personnelle totalement légitime par ailleurs sur la défense. Je doute cependant dans ce cas précis qu’ils aient pu cautionner ou proposer ces réductions d’effectifs, ou alors ils ne sont pas au contact de la réalité que je peux côtoyer soit directement soit par les informations ou déclarations pourtant éclairantes des autorités militaires.

Finalement cette réflexion citoyenne, à l’aune du devoir de réserve, me permet de conclure à la nécessité pour le soldat-citoyen de s’exprimer, donc de voter, lors des prochaines échéances électorales non en fonction de sa sensibilité politique individuelle mais en fonction des programmes électoraux des candidats dans leur partie « défense nationale et forces armées ».

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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