dimanche 26 mai 2024

DIÊN BIÊN PHU : Journal de marche du 24 avril 1954

Nuit du 23 au 24 avril

19 h 50

938 blessés à évacuer : 370 couchés, 568 assis ; plus un grand nombre de blessés qui ont reçu un minimum de soins dans les infirmeries et ont repris leur place dans leurs unités.


Perte des HUGUETTE : 24 jours de combats, 3 régiments Vietminh, 50 canons pour éliminer 3 petits points d’appuis, 3 ridicules carrés de riz paddy, pour lesquelles chaque garnison n’excède jamais une centaine d’hommes. La bataille des trois HUGUETTE est perdue mais au prix d’un tel massacre que l’ennemi ne peut appeler victoire.

La victoire des HUGUETTE permet aux batteries anti-aériennes de se rapprocher à parfois quelques centaines de mètres des points d’appuis. Le batteries de 37 mm avancent aussi mais tout en restant à distance de sécurité des contre-attaques.

Le 398e Bataillon peut déplacer ses canons à Ban Ong Pet et peut en déployer certains au plus près de FRANÇOISE. À l’Est de la Nam Youm le 383e bataillon déplace ses 37 mm au plus près des 5 collines et déploie une batterie juste à un kilomètre d’ELIANE 2.

20 h 00

Après repli des éléments du 2e BEP sous couverture de l’artillerie, le dispositif de la matinée remis en place pour 19 h 00.

ISABELLE : RAS 2 blockhaus légers à l’Est détruits par tir des chars.

Violent harcèlement se poursuit sur l’ensemble de la position.

3 Privateer — enseigne de vaisseau MONGUILLON sur le 28F3 ; lieutenant de vaisseau LECLERCQ-AUBRETON sur le 28F8 ; enseigne de vaisseau LE MENTEC sur le 28F5 — bombardent au top vertical visuel du T lumineux les positions de 37 mm repérés les jours précédents.

HUGUETTE 1 définitivement perdu. La moitié de l’aérodrome est maintenant aux mains de l’ennemi.

22 h 00

Parachutage de personnel en cours.

78 hommes dont 72 volontaires non-para sont parachutés avant le jour dont des renforts pour les équipages de chars :

  • I/2e REI : 1 officier + 1 homme de troupes.
  • 3e REI : 2 sous-officiers + 36 hommes de troupe.
  • Génie : 11 hommes de troupe Nord africains.
  • Artillerie : 3 sous-officiers + 4 hommes de troupe.
  • 13e DBLE : 7 hommes de troupe.
  • 1er RCC : 3 hommes de troupe.

117 tonnes de ravitaillement larguées dont 99 sont tombées dans les lignes françaises la situation alimentaire est remontée à 2 jours de vivres et 5 de munitions pour toutes les unités.

Du fait du rétrécissement continuel des zones de largage, les pilotes sont contraints de passer de plus en plus bas dans le couloir de la DCA ennemi.

Les pilotes américains au retour de mission refusent de poursuivre le ravitaillement de Diên Biên Phu.

00 h 00

Parachutage du personnel terminé.

Léger harcèlement sur l’ensemble de la position.

01 h 00

Un B-26 du Gascogne bombarde au top vertical visuel du T lumineux les positions de 37 mm.

02 h 00

Écoutes permettent de penser que les pertes VM extrêmement lourdes des suites de l’action sur HUGUETTE 1.

Mouvement VM décelés sur HUGUETTE 6 pris à partie par artillerie.

Samedi 24 avril (il pleut)

09 h 30 à 10 h 14

Cat Bi : 14 C-119 ont décollé pour ravitaillement. Le 536 a décollé à 9 h 49.

10 h 10

Décollage d’un vol de 3 B-26 de Vientiane pour mission bombardement sur Diên Biên Phu avant parachutage de ravitaillement. (Commandant VILLETORTE, ailiers enseigne de vaisseau LOIZILLON et le lieutenant CHRISTNACHER).

Avant 4 Privateer et 4 vols de 3 B-26 ont attaqués les positions de DCA à la bombe de 500 livres.

Résultat insignifiant DCA dense bien organisée et concentrée.

Un des 4 B-26 du flight Martini Rose touché par un obus de 37 (Lieutenant BARBE). Ouverture d’une brèche de 1 m de long. Les réservoirs auto-obturant ont fait leur travail.

10 h 40

Malgré appuis de feux aériens et terrestres massifs, l’infanterie fatiguée et trop nombreuse, n’a pu reprendre HUGUETTE 1.

L’écoute de la radio VM confirme l’importance des pertes qu’ils ont subies.

Pertes amies nombreuses mais non encore dénombrées, le bataillon ayant attaqué étant reparti dans différents PA.

2 pièces de 105 mm détériorées.

Parachutage de personnel : 78 personnels ont sauté cette nuit sur les 100. DCA assez active. La liaison entre les avions et le sol est intermittente.

En raison du nombre de blessés, il est indispensable que des infirmiers qualifiés soient parachutés.

Sur les 13 Packet prévus, 12 ont survolés Diên Biên Phu et 3 ont fait demi-tour faute de protection chasse.

Nécessité de ne pas mélanger les parachutages sur Diên Biên Phu et ceux sur ISABELLE.

À quelle date auront lieu les parachutages des disciplinaires demandés sur ISABELLE ?

Prévision renfort de personnel : 80 hommes en 8 C-47. Premier décollage 20 h 00 – intervalle 15 mn – premier largage 21 h 30.

11 h 00 et 11 h 30

6 Bearcat du Languedoc de Xieng Khouang décollage pour protéger les C-119.

  • Lieutenant QUESTIAU, sergent HENRY à 11 h 00.
  • Lieutenant FREUND, sergent TREMILLON à 11 h 15.
  • Capitaine AURIOL, sergent CHAUWIN à 11 h 30.

1 Bearcat légèrement atteint celui du sergent CHAUWIN lors de la protection des C-119.

11 h 30

Les B-26 de Vientiane à l’arrivée sur zone prennent connaissance de l’objectif et de l’axe d’attaque par radio avec Torri Rouge, première passe sur HUGUETTE 1. Leader trappe de bombe ouverte en patrouille serrée pour largage à l’imitation largage impossible à cause de la pluie. Deuxième passe sur un axe différent. Leader touché par DCA à l’aile droite volets touchés. Deuxième run annulé. L’ailier – le lieutenant de vaisseau LOIZILLON – perçoit un choc important sous le plancher. Les trappes sont ouvertes et bloquées le largage des bombes est impossible, l’hydraulique est a zéro mais les moteurs tournent. Retour sur Vientiane. Le leader et l’ailier terminent le run de bombardement.

Sur Vientiane, LOIZILLON sort le train mais le train avant sorti la roulette de nez est crevée. Se pose soute à bombe pleine, trappe à bombe ouverte et pneu avant en feu. Se pose au retour sur le nez.

Le leader, le commandant VILLETORTE, parvient à se poser sans sortir les volets ; le droit étant déchiqueté par l’explosion mais sort de piste en posant sans volets. Le B-26 n° 991 du GB Saintonge est touché au fuselage au volet droit au circuit hydraulique et au moteur droit. Touchés par des munitions russes dont on retrouvera des morceaux calligraphiés en cyrillique. VILLETORTE, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale : « L’artillerie Vietminh est de classe internationale. »

11 C-119 aux mains de pilotes américains de la CAT.

Le C-119 n° 536 touché par un 37 mm qui explose dans la cabine. Paul HOLDEN, chef pilote de la CAT en place droite, blessé sévèrement au bras. Son parachute et le gilet anti-Flack lui ont sauvé la vie. Wallace BUFFORD en place gauche. Un autre 37 mm traverse la poutre sans exploser. L’explosion a détruit le haut du compartiment près de l’issue de secours. BUFFORD ramène l’appareil et arrive à rentrer à Cat Bi, l’appareil est irréparable.

À l’hôpital, les médecins veulent amputer HOLDEN mais celui-ci insiste pour être envoyé sur l’hôpital militaire américain de la base Clark évacué par avion vers les Philippines, son bras sera sauvé.

Bob Rousselot (chef pilote du CAT) vérifiant la blessure de Paul Holden.

12 h 00

Harcèlement artillerie et mortiers sur l’ensemble du dispositif.

Formation d’un bataillon de marche avec les éléments des deux bataillons étrangers parachutistes et certains renforts parachutés.

Nouvelle implantations réalisées communiquées en fin d’après-midi.

14 h 00

3 B-26 du Tunisie (Commandant BARRAS, capitaine BEAUMONT et lieutenant BÉGLIA) attaquent des blockhaus et des emplacements d’armes et des bases de feux près de HUGUETTE 7.

12 bombes de 1 000 livres suivies par sept Hellcat de la 11F dont certaines bombes n’explosent pas.

Situation transmise :  Il reste seulement 3 250 fantassins plus ou moins en état de se battre, ce qui sous-entend que de nombreux sont blessés.

À ISABELLE il en reste 1 400.

L’hôpital qui a l’origine comprenait 44 lits grâce au sapeurs marocains du génie héberge, avec les antennes chirurgicales, maintenant au total 978 blessés graves dont 402 couchés, certains sont couchés dans des alvéoles creusées dans les parois des tranchées de communications, de véritables caveaux et 676 blessés assis. S’ajoute à cela un nombre sans doute supérieur de blessés, qui reçoivent un minimum de soins dans les postes de secours des bataillons.

Sur ISABELLE 117 blessés graves.

Un total à 1 055 blessés dont 383 couchés et 672 assis. Les chiffres varient suivant l’heure du compte rendu ou le cheminement qu’il a pris pour parvenir à Hanoï ou s’il comprend les seuls blessés de l’hôpital ou recense les blessés des infirmeries et des antennes. D’autres ont été soignées et repartent vers leurs unités sans passer vers les postes de secours de leurs unités et ne sont donc comptabilisés.

Les 8 500 autres valides sont formés par les artilleurs et les troupes des services.

Dans la matinée, le 2e bureau a fourni une estimation des effectifs ennemis.

Le général GIAP a réussi à combler ses pertes des deux derniers mois.

Certains de ces nouveaux soldats se sont engagés ou ont été mobilisés à la mi-mars et ont gagné Diên Biên Phu par petits groupes de renforts de 100.

À leur arrivée dans la vallée ils ont été amalgamés a raison de 2 pour 2 anciens et ces groupes de 4 sont devenus des cellules de base.

Giap aligne de nouveau 35 000 fantassins contre les français. Le rapport de force est de 10 contre 1.

Un arrivage de munitions est prévu à Son-La. Acheminé le lendemain à Tuan Giao. Vraisemblablement la dernière des expéditions prévue pour recompléter les dépôts. 4000 obus de 105 mm, 3000 obus de 75 mm, 12 canons de 75 mm sans recul, 1600 obus de mortiers de 120 mm, 1000 roquettes de calibres non définis, 1000 roquettes de 82 mm (certainement munitions de lance-roquettes multiples et une grande quantité de matériel de démolition (explosif).

Rapport de l’EROM 80 à la suite des photographies aériennes de la vallée prisent la veille à 12h30. Lâchée par un Bearcat à basse altitude au-dessus du PC.

La ceinture des canons antiaériens de 37 et des mitrailleuses de DCA de 12.7 s’est terriblement resserrée en particulier au nord-est de la vallée.

Une batterie d’artillerie de 105 sur ANNE-MARIE et plusieurs 75 à 2 ou 3 kilomètres à l’Est d’ISABELLE.

La 312e Division déploie ses pièces de 75 mm DKZ sur les collines de DOMINIQUE et est en action contre les tanks Français. Les autres unités déploient leurs pièces dans les tranchées au plus proche des bunkers Français de façon à tirer a bout portant.

D’autres ont été trouvées derrière le Mont Chauve et le Mont fictif le 23 avril au moment où les parachutistes contre attaquaient sur HUGUETTE 1 et l’effet a été dévastateur. Les mortiers de 120 ont cessé le tir depuis le 19 avril (peut être problème de ravitaillement.

Renseignement de prisonniers faisant allusion à l’arrivée de « canons spéciaux ».

18 h 00

Harcèlement incessant de la position. Tir au mortier sur Opéra.

Pertes du 8e BPC : 1 tué, 14 blessés.

Remaniement du dispositif :

  • Opéra trop avancé et vulnérable de flanc est évacué. Il avait été implanté pour protéger le flanc d’HUGUETTE 1.
  • Le drain devient un point d’appui avancé. Opéra s’aligne sur HUGUETTE 2.
  • Sur Epervier, le capitaine TOURRET commande ce qui reste de son bataillon, le 8e BPC, soit 400 hommes valides, la 1re compagnie du 5e BPVN aux ordres du capitaine BIZARD et 2 compagnies du BT2 réduites à 50 hommes pour un total de 530 combattants.
  • Sur les HUGUETTE, le commandant GUIRAUD dispose de 500 hommes des deux BEP regroupés en un bataillon de marche et d’une compagnie de marocains soit 140 hommes commandés par le capitaine NICOD, soit 640 combattants.
  • À LILY, le commandant NICOLAS a regroupé le reste du 1/4 RTM, soit 250 hommes.
  • CLAUDINE est tenue par le commandant CLÉMENÇON et le 1/2 REI, soit un peu moins de 400 hommes.
  • JUNON est occupé pat les Thaïs Blancs du capitaine DULUAT réduite à 150 hommes auxquels sont venus se joindre les 30 aviateurs du capitaine CHARNOD devenus combattants de première ligne.
  • Les ELIANE 1, 2, 3 et 4 sont commandés par BRÉCHIGNAC. Il a avec lui les 400 hommes restants du 2/1 RCP, deux compagnies du 5e BPVN commandées par BOTELLA péniblement à 200 paras, le 1er bataillon de la 13e DBLE du capitaine COUTANT à 350 légionnaires, et deux compagnies du 6e BPC et 200 hommes en réserve, soit 1 150 combattants. Le 2/1 RCP depuis le 4 avril date de son parachutage a eu 56 morts, 35 disparus dont 10 présumés morts et 267 blessés. 
  • DOMINIQUE 3 et ELIANE 10 (ELIANE Bas) sont commandées par le commandant CHENEL qui compte encore 350 tirailleurs Thaïs. Il a avec lui la dernière compagnie du 3/3 RTA comptant 200 hommes et une compagnie du 6e BPC en réserve réduite à 100 hommes, soit 650 hommes. Dominique 3 : Pression des Viets, une tranchée descend de Dominique 2 et se divise en deux branches, l’une s’arrêtant à 15 m à l’ouest du PA l’autre à 10 m des barbelés de la route.
  • À ISABELLE, le colonel LALANDE signale qui lui reste 400 légionnaires du 3/3e REI, 490 algériens du 2/1er RTA, 200 Thaïs du capitaine DÉSIRÉ, et 140 hommes du 5/7e RTA rescapés de GABRIELLE. Soit environ 1 250 combattants.
  • Dans la position centrale, BIGEARD compte 3 620 fantassins auxquels viennent s’ajouter les artilleurs et les cavaliers des chars.

Au total approximativement 3 000 hommes sur le camp principal et 1 300 sur ISABELLE.


En face, chez l’ennemi, les divisions Vietminh ont été recomplétées par 25 000 recrues.

En zone avancée, 51 000 combattants et 30 000 coolies au service des grandes unités ou bien chargés de la protection des routes et utilisés en main d’œuvre.

En zone arrière, il y aurait plus de 3 500 combattants essentiellement de la division 304 et 20 000 coolies.

À quelques jours du début de la troisième offensive Viêt, le rapport des forces est donc de 1 contre dix.

Les soldats vietminh qui creusent les tranchées au milieu des cadavres qui jonchent les zones ont un uniforme neuf et portent des masques aseptiques. Ils se cachent à peine.


Le 3/10e RAC ne dispose plus que de 8 pièces de 105.

Avant la nuit une dizaine de B-26 sont intervenus.

Un Privateer le 28F9 (enseigne de vaisseau LE MENTEC fait demi-tour météo à Tuan Giao mais largue plusieurs bombes de 250 livres avant de rentrer.

Télégramme du général NAVARRE : « Estime qu’aussi bien honneur militaire qu’espoir même sans certitude issue favorable justifie sacrifices supplémentaires. Stop. Or issue favorable peut être espérée du fait conférence Genève, qui peut amener soit cessez-le-feu soit intervention américaine en cas d’échec. Stop. Suis donc décidé à prolonger au maximum résistance Diên Biên Phu. »

Pascal PECCAVET
Pascal PECCAVET
Ancien pilote d'hélicoptère sur Gazelle au sein de l’aviation Légère de l’armée de Terre (ALAT) pendant 18 ans cumulant 2 500 heures de vol. Ancien combattant de la guerre du Golfe et de la Somalie. Attaché Principal d’Administration d’État dans l’Éducation nationale. Adjoint gestionnaire d’un établissement scolaire. Commissaire aux Armées de Réserve (en attente d'affectation). Membre de l’Union Nationale des Combattants de Saint-Paul-lès-Dax (Landes). Historien chercheur pour l'ECPAD. Historien "War Studies". Spécialiste de la guerre d’Indochine. A rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en janvier 2024.
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