mercredi 24 avril 2024

DIÊN BIÊN PHU : Journal de marche du 31 mars 1954

Nuit du 30 au 31 mars

DOMINIQUE 1 et 2, ELIANE 1, 2 et 4 défendues par 2 000 hommes.

Divisions 312 et 316 environ 12 000 hommes.

17 h 38

Finalement début du bombardement prévu à 17 h 15 se poursuit jusqu’à 18 h 30. Les artilleurs vietminh réalisent un feu roulant pour protéger les pionniers qui ouvrent des brèches et l’infanterie se mettant en place sur ses positions d’assaut. Un autre barrage doit être réalisé quand les réserves atteindront la seconde ligne de points d’appuis. Plusieurs autres contre-batteries interviendront au cours de la nuit.

L’efficacité des contre-batteries Vietminh causera la mise hors service d’un 155 mm, de cinq 105 mm et huit 120 mm.

18 h 00

Les Algériens de DOMINIQUE 1 sont en train de servir la soupe.

Déclenchement de la préparation d’artillerie sur CLAUDINE et ISABELLE et tirs de destruction sur tous les pitons de l’Est. Il fait encore jour.

Sur DOMINIQUE, le 5e BPVN en pleine relève du 3/3 RTA qui doit aller sur DOMINIQUE 1 au milieu des bardas dans les tranchées.

Sous l’impulsion de MARTINAIS et de ses cadres, les parachutistes se sont élancés pour tenter de coiffer DOMINIQUE 1 avant l’arrivée des Viets. Ils n’y parviendront pas. Les tirailleurs de la 11e compagnie ont été culbutés et refluent semant le désordre parmi les paras.

La 755e batterie de Montagne et la récemment formée 116e batterie de mortiers conduisent le bombardement sur DOMINIQUE 1. Les 120 sont particulièrement destructeurs, pourtant ils ne tirent que 50 obus.

Le lieutenant MARTINAIS appelle le capitaine GARANDEAU pour un feu de contre-batterie sur les mortiers, mais il lui est répondu que les artilleurs répondent à d’autres demandes plus urgentes. Il n’eut plus de contacts ensuite.

Sur DOMINIQUE 2 les 9e et 10e compagnies, le même drame se produit en même temps.

18 h 00 à 18 h 30

Occupation du Mont Chauve devant ELIANE 2.

18 h 15

Il tombe des cordes. Il fait encore jour.

Début d’un matraquage intense par l’artillerie viets, particulièrement sur les DMINIQUE 4 et ELIANE 2. Dans leurs trous, les paras rentrent le cou dans les épaules. Ils attendent, ils ne peuvent rien contre des obus, que de subir.

Ils ne voient plus à 10 mètres…

Mortiers et canons de tous calibres expédient sur l’ensemble des collines et des points d’appui obus, torpilles, qui explosent partout en même temps.

18 h 30

Le lieutenant ALLAIRE et ses mortiers sont au pied de DOMINIQUE 2.

Ils s’enterrent sur place comme ils le peuvent, dès que l’enfer se calme, ils rejoignent ELIANE 4, sans imaginer un instant qu’ils resteront là jusqu’au 7 mai, sans plus pouvoir bouger.


Le bombardement s’arrête. Le 16e et 428e Bataillons du 141e régiment attaquent sur deux axes. Un utilise la tranchée Nord-Ouest pour approcher le sommet. Alors que l’autre avance par le Nord-Est.

18 h 45

Les vagues d’assaut de la division 312, qui ont retenu les leçons de l’attaque de Béatrice, s’élancent derrière le feu roulant du barrage d’artillerie pour coiffer DOMINIQUE 1 et 2. Un régiment s’infiltre en force à travers le goulet séparant les deux collines.

Au Sud-Est, la division 316 a reçu mission de s’emparer des deux ELIANE 1 et 2.

Les deux officiers d’artillerie, chefs de deux DLO, sur les collines DOMINIQUE 1 et DOMINIQUE 2 sont blessés. Les tirs d’artillerie ne sont plus appliqués correctement.

Les Viets ont creusé au plus proche des tranchées d’approche et ouvrent à coup d’explosif les champs de barbelés et de mines.

Sur les deux collines les premières compagnies d’assaut semblent sortir de terre dans la poussière de ses bombardements. Ils ouvrent les cheminements directement sous les barbelés. Ils le tirent directement a main nue. Des infiltrations de nuit ont détachés les piquets qui peuvent simplement être arrachés et jetés à terre. D’autres portent des longues nattes remplies de terre qu’ils déroulent sur les enchevêtrements comme des ponts. 

L’avancée est tellement rapide que les tirs d’arrêt repérés d’avance avec ZULU KILO (le commandement Feu) tombent en arrière des troupes d’assaut.

La 4e Cie est bientôt dans une situation difficile. Une mitrailleuse couvrant la tranchée Nord-Ouest tire jusqu’à ce que son canon soit rouge et inflige de fortes pertes. Mais elle est finalement envahie.

Le périmètre est aussi enfoncé de l’autre côté du sommet.

Les Algériens reçoivent l’ordre de renforcer le secteur menacé, mais au lieu de cela s’enfuient après que le sergent-chef Lopez fut touché. Furieux, le lieutenant MARTINAIS dit à ses hommes de tirer sur les fuyards pour essayer de les arrêter et sur n’importe qui se repliant sans ordre. L’avertissement n’est pas nécessaire pour les paras vietnamiens du 5e  BPVN qui sont issus, pour partie, du 3e BPC.

Mais malgré leur bravoure les défenseurs restants sont reconduits pied à pied jusqu’à ce que le PC du Lieutenant Martinais soit submergé et qu’il soit capturé.

Les parachutistes Vietnamiens de la 4e compagnie du Bawouan qui ont rallié les cadres et une trentaine de tirailleurs et de Thaïs, combattent sur place les assauts viets à 10 contre un. Ils se battent jusqu’au dernier écrasés par le régiment 141.

Des 15 européens présents, cinq sont tués, six blessés et le reste est capturé.

Les pertes Vietminh sont aussi élevées.

19 h 00

Sur DOMINIQUE 2, le III/3e RTA du capitaine GARANDEAU se désagrège et les tirailleurs se débandent sur le flanc Sud vers la Nam Youm tandis que des hommes courent vers l’ennemi en levant les bras. Il fait jour.

Le régiment Viet 165 va perdre 400 tués et probablement le double blessés en deux heures avant d’emporter la décision. Seuls quelques blessés réussiront à rejoindre les lignes françaises.

Les DOMINIQUE ont été conquis en 1 heure. La division 308 au Nord-Est, la division 310 au Sud-Est ont conquis leurs objectifs.

ELIANE 2 : les éléments de tête du régiment 98 arrivent au contact des barbelés des Champs Elysées. Une erreur de direction se produit les deux bataillons se resserrent et au lieu d’ouvrir deux brèches séparées très espacées elles sont seulement à 30 m l’une de l’autre. Une perte de communication entre le régiment 98 et le commandement de la division 316 augmente le problème. Il y a une accumulation d’hommes dans une bande de terrain très étroite. Les tirs d’artillerie françaises décimèrent les assaillants avant qu’ils aient escaladé la colline.

Une pièce de 155 et 4 pièces de 105 sont détruites dans leurs alvéoles.

Situation de l’artillerie dans la soirée : 

  • obusiers 105 mm : 21.
  • obusiers de 155 mm : 2.
  • mortiers de 120 mm : 17.

19 h 15

Un B-26 du Gascogne décolle sur alerte chargé de 12 bombes de 260 livres VT. Ces munitions ont été montées en 20 minutes et sont conçues pour lutter contre l’infanterie équipées de fusées VT de proximité destinées au personnel à découvert elles produisent en fusant 10 000 éclats assez petits sur un rayon de 100 mètres les fragments pénétrant jusqu’à cinquante centimètres dans le sol.

Tous les appareils sont chargés en bombes.

De 19 h 15 à 05 h 40

24 B-26 et 5 Privateer s’envolent vers Diên Biên Phu.

La GONIO est en panne et les conditions exécrables les bombardements s’effectueront au TOP parfois sous les lucioles larguées par Dakota. 

19 h 25

Le PC de DOMINIQUE 2 est pris. DOMINIQUE 2 n’a pas l’air de vouloir tenir. ELIANE 1 est tombé.

19 h 30

Les paras du 6e BPC voient refluer les Algériens et les Marocains. Les uns abandonnent DOMINIQUE 1 et DOMINIQUE 6, les autres quittent ELIANE 1. Le 6e BPC, censé être là pour la contre-attaque, se retrouve en première ligne.

ELIANE 1 : Avançant sous le feu, le régiment 174 de la division 316 ont jailli sous le nez des Marocains au moment où ceux-ci relevaient le front après avoir subi pendant une heure un bombardement d’une violence inouïe.

Une section lâche pied et par la brèche ainsi créée, les avant gardes ennemies coiffent le sommet de la colline, alors la défense d’ELIANE 1 s’effondre en 45 minutes et craque par pans entiers.


Chute officielle dELIANE 1.

Le Bawouan avec deux Cies sous les ordres du commandant BOTELLA sont étagés sur Eliane 4 et derrière le 6e BPC du commandant BIGEARD.

Le régiment 174 stoppe sur ELIANE 1 et ne poursuit pas sur ELIANE 4.

En moins de 2 heures, les cinq collines de l’Est ont changé de mains.

Tout le dispositif français a été démantelé, maintenant les Viets peuvent débouler vers la rivière et pénétrer jusqu’au PC.

19 h 45

Le 141e régiment annonce la chute de la position DOMINIQUE 1.

La 26e CIP du 6e BPC en recueil des DOMINIQUE.

La 6e CIP du 6e BPC est entre ELIANE 1 et ELIANE 4 en bouchon.

20 h 00

DOMINIQUE 2 : le capitaine GARANDEAU, resté dans son PC après la fuite des tirailleurs, est emporté par la vague vietminh du régiment 141 avec la colline DOMINIQUE 5.


Debout sur son abri, BRUNO voit défiler tous ces Nord-Africains venant d’abandonner leur position et se dirigeant sur le centre de résistance principal d’ELIANE 4. Il est légèrement blessé au cou par un petit éclat d’obus.

On entends les légionnaires sur ELIANE 2. Les combats dureront toute la nuit. Malgré les pertes vitales des DOMINIQUE 1, 2, 6 et ELIANE 1, le moral est extraordinaire, parachutistes et légionnaires sont fantastiques.

21 h 00

Perte de DOMINIQUE 1 : les Marocains d’ELIANE 2 et les Algériens de DOMINIQUE 3 tiennent toujours, même s’ils ont du mal à se remettre du bombardement et d’avoir suivi et vu la débandade de leurs camarades. Il ne reste plus que ces points pour défendre l’accès à la Nam Youm et aux PC du GONO.

ELIANE 2 : la colline est labourée et ravagée par l’artillerie. Les pièces de canons sans recul camouflées dans le Mont Chauve et le Mont fictif ouvrent le feu. Il ne reste plus rien des tranchées sur les Champ Elysées.

Les canons des chars de ROUGE sur JUNON avec les affuts quadruples de 12.7 mm arrosent le Mont Chauve.


L’assaut sur ELIANE 2 est enrayé mais le bombardement continue.

Il reste un caporal et six parachutistes de la section du 1er BEP qui s’est retranchée quatre heure plus tôt à la pointe sud d’ELIANE 2. Le capitaine NICOLAS constate que les Champs Elysées ne peuvent être tenus et donne l’ordre aux survivants de se replier sur le sommet que tenait une Cie moins éprouvée.

Une bataille infernale va faire rage 107 heures sur la colline ELIANE 2. De l’après-midi du 30 mars au matin du 4 avril, deux régiments vietnamiens multiplient les offensives contre ce point d’appui. Il s’agit des régiments 174 de la division 316 et 102 de la division 308. Ils échouent. Ce sont pourtant les unités les plus aguerries du Viêt-minh dans l’attaque des positions fortifiées. Les pertes sont si lourdes que le commandement vietnamien doit suspendre les combats et retirer les troupes engagées pour les reconstituer. Les Français gardent le contrôle des deux tiers de la colline. Une unité du régiment 174 reste sur place pour défendre la partie occupée par l’APV.

21 h 15

Informé de la situation, le général NAVARRE décolle de Saïgon à bord du Dakota 280 Fox Mike et se pose à Hanoï à 1 h 15 après 4 heures de vol.

Il se fait informer de la situation en permanence. 

21 h 30

Envoi des chars, mission : interdire le franchissement de la RP 41 et la prise à revers de DOMINIQUE 5, d’ELIANE 4 et 2. Répartition des secteurs :

  • BLEU : goulet entre D1 et D2 verticale D2 couloir d’infiltration Nord Sud de D5.
  • ROUGE : couloir d’infiltration entre E4 et E2 et versant sud de E2.
  • Le CONTI au centre le couloir d’infiltration à la verticale d’E1.

21 h 50

La radio de DOMINIQUE 1 se tait définitivement. DOMINIQUE 1, par sa résistance, a laissé un répit aux autres troupes de DOMINIQUE.

Annonce officielle par le GONO de la chute de DOMINIQUE 1 qui est intervenu plus tôt dans la soirée.


Les tirs sur ELIANE 2 cessent. Sous la lueur de obus éclairants et des Lucioles. Les Champs Elysées grouillent de soldats Vietminh.

Combats en cours pour récupérer ELIANE 2 : 2 contre-attaques en cours.

Sans nouvelles de DOMINIQUE 1.

Nous avons demandé les Packet, ils doivent venir. Le colonel dit qu’il faut prendre des risques, ne pas bombarder de trop haut ; nous baliserons la zone à bombarder avec des obus au phosphore.

22 h 00

Le GONO envoie un message demandant l’appui de C-119 en napalm

Une réunion interarmes valide l’option. Message à CAT BI aux C-119 de charger 9 C-119 à 9 touques de napalm attaque par section de 3 altitude 12 000 pieds. Ne pas larguer sur DOMINIQUE.

Sur HUGUETTE 6 et 7, les vagues d’assaut du régiment 88 de la division 308 s’élancent. Le seul feu d’appui reçu vient des mortiers du 1/2e REI.

La 2e section est maintenant dirigée par le sergent-chef Jean TOURNAYRE avec l’appui de deux quads de calibre 50 détachés des sections des autres satellites.

22 h 10

Il ne reste plus rien des troupes qui occupaient la moitié sud de ELIANE 2. Les Marocains qui survivent se battent avec acharnement dans les ruines de la résidence de l’administrateur français dans la défense du PC de leur bataillon. ELIANE 2 repris par 1/4e RTM

Le régiment 98 est maitre des Champs Elysées.

23 h 00

Le colonel DE CASTRIES et le lieutenant-colonel LANGLAIS dressent le bilan. Il est catastrophique ! Hormis HUGUETTE 6 et 7 qui résistent encore aux assauts de la division 308, aucun des points d’appui attaqué n’a tenu.

La seule solution qui reste est de s’accrocher aux positions secondaires et de résister sur place en attendant l’aube.

Des renforts ont été promis par Hanoï, le 2e bataillon du 1er RCP par exemple ; LANGLAIS le réclame avec insistance, mais quand enfin, à partir du 1er avril, le 2/1 RCP du commandant BRECHIGNAC sera largué, il n’aura comme avenir que de se préparer à bien mourir aux cotés de ses camarades. On parle aussi de faire donner l’artillerie sur les positions nouvellement conquises par les Viets.


Le 6e BPC intervient aux mortiers de 81 sur les Viets au pied d’ELIANE 4.

5 Cies de Légion du 1er BEP et de la 13e Demi-Brigade vont se jeter sur ELIANE 2.

Le lieutenant LEBOUDEC est convoqué au PC de BIGEARD :  « Voilà la situation sur ELIANE 2, LUCCIANI (BEP), tient toujours il a demandé des renforts. Actuellement les légionnaires de la compagnie MARTIN se dirige vers lui. Je vous envoie en renfort. J’ai choisi la CIP parce que vous connaissez le terrain. Au jour TRAPP ira vous soutenir, LANGLAIS était prêt à abandonner les pitons quitte à tenter de les reprendre au matin, je ne suis pas de son avis. Il vaut mieux s’accrocher sur ceux qui peuvent tenir il ne faut pas lâcher à aucun prix. »


La radio du commandant NICOLAS cesse d’émettre sur ELIANE 2.


La pression sur la 2e section la casemate nord de HUGUETTE 7 monte.

Les lignes de la 2e section sont percées. Le capitaine BIZARD demande un support d’artillerie et des renforts.


HUGUETTE 7 : un renfort d’une Cie parachutiste est demandé pour renforcer la position attaquée. La situation est si grave sur ELIANE et DOMINIQUE que LANGLAIS refuse.


Le lieutenant artilleur Paul BRUNBROUCK, 27 ans, a contribué à sauver Diên Biên Phu du désastre avec ses 80 canonniers africains, encadrés par des européens et ses 4 pièces de 105 mm. Une section d’infanterie vient les renforcer.

Ils voient le Vietminh se détacher sur les fortifications en flamme de DOMINIQUE 1 et 2. Le régiment 102 de la division 308 a reçu comme mission de s’infiltrer vars la Nam Youm, le 54e bataillon atteint entre 22 h 00 et 23 h 00 les réseaux de barbelés.

Il reçoit l’ordre d’évacuer DOMINIQUE 3 et sa position d’artillerie jugée trop en pointe et de détruire ses canons s’il n’arrivait pas à leur faire traverser la rivière.

Il refuse usant pour cela de mots définitifs car l’heure n’est pas à l’aménité.

« Bande de Cons ! envoyez-moi des munitions d’infanterie et, demain, je ramènerai mes pièces ! » Le colonel LANGLAIS, chef et même plus encore âme de la défense, que le rude langage ne trouble certes pas, en reste tout de même éberlué un bref instant et lâche un : « Chapeau, l’artilleur ! » … Très rare et très grand compliment dans sa bouche.

Rassemblant autour de lui les éléments d’infanterie, tirailleurs ou paras du Bawouan rescapés de DOMINIQUE 1 et 2. Les tirailleurs se replient en désordre vers la position de batterie, les Viets les talonnent et s’infiltrent derrière eux. Mélangés aux tirailleurs algériens, les Viets apparaissent à 200 mètres face aux artilleurs. L’artillerie Viet leurs troupes au contact ne peut apporter d’appuis. BRUNBROUCK fait ouvrir le feu sur le régiment ennemi qui déferle dans le goulet de la RP 41 et se rue à l’attaque.

À partir des alvéoles toutes les armes se mettent à tirer en même temps s’ajoute maintenant le feu serré des mitrailleuses quadruples de 12,7 qui écharpent les Viêts en longs traits de feu par-dessus la Nam Youm, dans un fracas de volcan. Surpris de cette réaction brutale et soudaine, l’ennemi hésite et s’arrête. Il attend l’arrivée de nouveaux attaquants et les regroupe pour repartir à l’assaut, mais BRUNBROUCK commande : « Canonniers à vos pièces ! Débouchez à zéro ! »

Les servants, plus à l’aise dans le maniement des obusiers, y mettent toute leur ardeur et tirent à une cadence accélérée. Les obus, réglés sur la graduation temps zéro, éclatent à 20 ou 30 mètres en avant des tubes. Sous le déluge de feu, les effectifs Viêt fondent rapidement.

Surpris par l’intensité de la riposte les Viets se réfugient dans une tranchée minée la veille avec des mines plates. 200 cadavres s’y entassent.

Lieutenant Paul BRUNBROUCK (1926-1954).

Minuit

À minuit, la division 316 a pris pied sur les « Champs Elysées« , au pied d’ELIANE 2. Elle ne peut arriver au sommet de la colline.

Par six fois, certaines positions changent de mains durant la nuit.

Le lieutenant LUCCIANI commence à contre attaquer avec ce qu’il reste de ses parachutistes légionnaires. Il repousse l’ennemi dans un sauvage corps à corps.

Français, Marocains et légionnaires rejettent l’ennemi en bas du PA sur les Champs Elysées. La Cie LEBOUDEC du 6e BPC arrive sur ELIANE 2 en renfort lors des assaut viets. Elle lance les contre-attaques. Une autre Cie, celle du lieutenant TRAPP, arrive sur ELIANE 2. Il y a 5 contre-attaques successives.  

La contre-attaque progresse appuyée par deux chars du sergent NEY et une autre Cie du 1er BEP commandée par le lieutenant FOURNIÉ.

« Les bataillons se ruent à l’attaque comme bêtes promises à l’abattoir, avec une obstination que leurs adversaires ne comprennent pas. On dirait un troupeau d’hommes affolés, ivres de choum et de bruit, inconscients et tenaces, refaisant cent fois le même geste, le même pas qui conduit à la mort, semblent ne pas voir les cadavres qui s’entassent, n’ayant pas un regard pour leurs camarades qui tombent auprès d’eux. Et quand ils sont touchés à tour, ils se couchent, repliés autour de leur blessures : sans une plainte, sans une réaction. Ils donnent l’impression d’être arrivés au bout de leur destin Et puis, pour la première fois depuis le début de la bataille, quelques bo-doïs désertent leurs rang se lèvent, jettent leurs armes, et sautent, bras Levés au milieu des paras stupéfaits. Interrogés, ils disent leur lassitude, leur découragement. La fin de leur foi communiste. » (témoignage d’un légionnaire).

Devant la perte de liaison radio (à priori due au déréglage des postes radio de son PC) avec le capitaine NICOLAS sur ELIANE 2, LANG donne l’ordre de pilonner le somment des collines. BIGEARD sur ELIANE 4, depuis son trou, entend le capitaine NICOLAS continuer à émettre sur ELIANE 2, intervient sur le réseau.

« Halte au feu, Ici BRUNO. NICOLAS tient toujours et si vous ne l’entendez pas, c’est parce que votre poste est dérèglé. Mais il ne pourra tenir jusqu’au jour. Je lui envoie tout de suite une Cie en renfort. »

BIGEARD a envoyé à la rescousse deux de ses compagnies de combat, la 3e de LE BOUDEC qui a remplacé JACOBS tué 2 jours plus tôt et plus tard la 2e de TRAPP. Puis il lance dans les haut-parleurs, de façon à être entendu aussi des Viets, cette phrase restée fameuse ! « TANT QUE J’AURAIS UN HOMME VIVANT JE NE LACHERAI PAS ELIANE 2 »


ISABELLE harcelé sans contact serré au début. tentatives d’infiltration sur ISABELLE 5. Les combats vont durer 12 heures entre le 30 et 31 mars.

Combats à l’intérieur de HUGUETTE 7. Infiltrations vers HUGUETTE 6 et HUGUETTE 1.

4 pièces d’artillerie hors de combat.

ISABELLE harcelé sans contact serré.

Situation jugée difficile à rétablir sans renforts extérieurs (rapport B2).

DE CASTRIES d’urgence demande que le II/1er RCP de Jean BRÉCHIGNAC en alerte dans le Delta soit immédiatement parachuté. Aucune décision n’est prise le général COGNY est absent et le général NAVARRE en vol depuis Saïgon.


Le lieutenant LEBOUDEC transmet les ordres à ses chefs de section.

Un à un les paras de la 4e Cie sortent de leurs trous, à la lueur blafarde des lucioles, ils se faufilent hors de leurs tranchées pour atteindre leur base de départ. Il faut pour cela, traverser un glacis exposé au pied ELIANE 1. Langue de terre plate qui s’enfonce à découvert sous les Viêts qui ont installé leurs premières bases de feu en limite basse des réseaux de barbelés. Courbé sous le poids des munitions et des grenades, les trois commandos traversent contournent le pied ELIANE 4 sautent la piste qu’empruntent parfois les commandos suicide, entre ELIANE 4 et  ELIANE 2, après une route toute droite. TRAPP a envoyé une estafette, pour aiguiller les paras le long d’une piste dégagée récemment au bulldozer, qui grimpe en trace directe jusqu’aux bords du PC de LUCCIANI.

00 h 30

Vénus Bleu : 3 appareils décolle.

01 h 00

LEBOUDEC arrive au sommet ELIANE 2. LUCCIANI tient toujours, épaulé par 150 légionnaires. Un par un les paras de la CIP commencent à déboucher sur la crête.

Dans le bruit, fureur, fumée et explosions. Sur le Mont Chauve les armes lourdes donne à pleins en direction de ELIANE 2. Sur l’aile gauche, les Viêts ont entamé un débordement en faisant sauter un par un le réseau de barbelés. Il faut attaquer c’est la seule solution pour éviter l’encerclement. Mais les paras savent que peu d’entre eux ont une chance d’en revenir entiers. Ils se regroupent, en rampant à distance d’assaut. Dès que les sections sont prêtes.

Les paras foncent… en hurlant, et entame le combat, des hommes tombent, fauchés par les rafales et les torpilles.

En queue de section le sergent PERRIN, relève les blessés, encourage les hésitants. Il galope, dédaignant se baisser devant l’ennemi. La compagnie du lieutenant TRAPP vient renforcer les copains. Les Viêts s’accrochent, puis hésitent et par petits paquets, commencent à décrocher.

A l’aube

Ils repassent la brèche du réseau de barbelé.

01 h 00 à 02 h 00

Deux groupes de C-119 Vénus Jaune et Vénus Blanc décollent, mais la cuvette étant maintenant bouchée par les nuages la précision des largages devient aléatoire.

Torri Rouge ordonne le largage du napalm en retour sur la RP 41 entre Son-là et Na San pour la première patrouille.

01 h 15

Navarre arrive à Hanoï. Contrairement au protocole COGNY n’est pas aux commandes du quartier général des Forces terrestres du Nord-Vietnam pour l’accueillir. Il est à un rendez-vous social. NAVARRE est mis au courant de la situation et rédige un message défaitiste qui presse DE CASTRIES de repousser les divisions de GIAP aussi longtemps que possible et lui rappelle que les tanks, l’artillerie et les munitions ne doivent pas tomber dans les mains de l’ennemi. Le commandant en chef pense que le GONO peut s’effondrer rapidement et est hésitant à envoyer un autre bataillon parachutiste (1er RCP).

02 h 25

Le colonel DE CASTRIES réclame le maximum de chasseurs et marine en bombes de 250 livres et 500 livres sur le PA DOMINIQUE 2 et ELIANE 1 dès le lever du jour. Positions ennemies précisées ultérieurement.

Entre 02 h 25 et 04 h 25

Les 3 derniers appareils arrivent à larguer au TOP à partir des lucioles.

Pendant toute la nuit les artilleurs de DOMINIQUE 3 se défendent. Les servants des pièces disloquent les nouvelles vagues d’assaut par des tirs fusants. Seuls les canonniers de l’équipe de défense rapprochée  » restent au créneau », le doigt appuyant sur la détente. BRUNBROUCK reçoit l’ordre de se replier. Il dit : « Que dois-je faire de mes canons ? Détruisez-les ! Non. Il n ’en est pas question. Nous tenons. Envoyez-moi plutôt des renforts. »

Par trois fois dans le courant de la nuit, BRUNBROUCK reçoit l’ordre de saboter ses obusiers et de se replier. Par trois fois il refuse et demande des renforts. On lui promet une compagnie de paras mais elle ne viendra jamais, car, au même moment, BIGEARD envoie toutes ses réserves sur ELIANE 2, dernier point d’appui d’ELIANE à tenir le coup.

Tout au long de la nuit la batterie BRUNBROUCK réussit à briser l’ardeur des troupes d’élite vietminh : Le bataillon 54 se replie (son chef fut destitué pour cet échec).

03 h 00

Lever de lune.

ELIANE 2 : le régiment 98 s’essouffle des attaques et contre-attaques.

ISABELLE :  Le PA ISABELLE 5 appelé PA WIÈME, au nom du lieutenant Réginald WIÈME, défendu par les Thaï, attaqué par la Cie de renseignement 63 a tenu, C’est un PA faible, les Thaï sont novices en fortifications. Parce qu’il a été construit à un moment où l’on manquait de matériaux de construction, les tranchées font un mètre de profondeur, les bunkers sont petits et les toits ont seulement une ou deux couches de bambous. Les obstacles consistent en trois simples rideaux de barbelés sans passage pour faciliter les sorties. Suivant un bombardement intense les troupes vietminh commencent à percer le rideau devant la casemate Nord-Est le plus au Nord-Est rapidement après le coucher du soleil. Ils sont repoussés par un tir d’artillerie de CLAUDINE et le feu rapide du point d’appui ISABELLE par 4 mortiers de 60 mm qui envoient 600 coups pendant la nuit. Les artilleurs de CLAUDINE ont effectué sur demande des tirs de flanquements à moins de 100 m de la position du PA WIÈME d’ISABELE.

Les mortiers de 60 ont tiré 600 coups sous angle de 80° sans charges supplémentaires pour faire tomber les obus juste devant les tranchées.

Furieux de cet échec le régiment 57 et ses importants appuis feu écrasent le PA.

Ayant tiré jusqu’à l’épuisement de leurs soutes, des batteries du III/10 furent en fin de nuit réduites à 5 pièces sur 12 par l’effet des coups au but

  • Peloton de la 2e pièce de la 8e batterie anéanti : 4 tués dont le chef de pièce, 2 blessés graves.
  • 1ère pièce peloton artilleurs parachutistes sauvée : manque d’obus, mise à l’abri.
  • 7e batterie : 3 sous-officiers blessés.

1 obus de 105 dans le poste central de tir sans exploser.

1 obus de mortier de 81 dans l’abris PC.

12 tués, 18 blessés et 7 pièces touchées sur 12 le III/10 touché plus durement que le II/4.

04 h 00

5e contre-attaque en cours sur ElLIANE 2, mais toutes réserves engagées, y compris unités prélevées sur HUGUETTE, mais incertitude quant à possibilité de débouché. (Rapport B2).


Un second assaut en provenance du Sud-Est sur ISABELLE 5 est repoussé. Les soldats vietminh bien qu’obstinés n’arrivent pas à déboucher. Ils laissent 20 morts et plusieurs blessés graves couchés autour du périmètre. Un des blessés révèle que l’objectif premier était de permettre l’infiltration de la Cie 63 Trinh Sat dans la position et de faire s’effondrer le moral des Thaï par l’assassinat ou la capture du lieutenant WIÈME.

04 h 30

ELIANE 2 : le régiment 98 se replie. Le régiment 102 est laissé pour tenir les Champs Elysées. À la dernière contre-attaque les Français ont repris toute la croupe, l’ennemi reste sur le rebord Est.

Le régiment 98 a tellement de pertes qu’il est relevé par le régiment 102 qui a 2 bataillons intacts. Le régiment 102 met dix heures pour rejoindre ses positions à 7 km de la zone de regroupement en pataugeant dans les tranchées. Il ne peut relancer une nouvelle attaque avant la nuit du 31 mars au 1er avril.

Huguette 7 : Un sous-officier adjoint, le sergent TOURNAYRE, se bat toute la nuit dans sa position. Appui de l’artillerie le matin du 31.


Le colonel DE CASTRIES demande décision prise concernant renforts aéroportés. (Rapport B2)

Questions à l’étude – Décision liées :

  1. Aux possibilités transport aérien déjà employé pour munitions réclamées d’urgence.
  2. A la relève par un autre bataillon du 2/1er RCP prévu pour sauter (relève en cours actuellement).
  3. Aux possibilités de largage en fonction de la situation du jour

NAVARRE et COGNY ont déjà des réticences pour l’envoie du II/1er RCP et imposent de strictes conditions. Le GONO demande que le bataillon saute sur la DZ SONIA à environ 1 km au Sud de ELIANE 2 à partir de laquelle il pourra directement rejoindre le point central.

Les conditions de COGNY sont : la DZ doit être claire et un corridor sécurisé contre les armes légères entre ISABELLE et la position centrale. Comme les Dakota doivent passer directement au-dessus de DOMINIQUE 1 et 2 elles doivent être reprises ou au moins neutralisées. Si ces conditions sont réunies 200 remplaçants des bataillons parachutistes, une antenne chirurgicale et une section de 75 mm sans recul peut décoller à 11 h 00 avec une douzaine de Bearcat ayant décollés du Laos en protection contre la DCA et l’infanterie. Si la première vague se passe bien le II/1er RCP peut décoller en seconde vague du Delta à 15 h 00.

Une douzaine de B-26 doivent bombarder DOMINIQUE 2 et ELIANE 1 à 12 h 00. Six Hellcat et 8 Bearcat doivent supporter la contre-attaque sur DOMINIQUE 2 et ELIANE 1 débutant à 12 h 30. Mais la météo est mauvaise le temps couvert le matin de nombreux avions n’arrivent pas.

05 h 30

HUGUETTE 7 : les dommages sur les mortiers sont réparés et ils commencent à bombarder les tranchées d’approche ennemies. Certains mortiers de 120 mm se joignent.

05 h 50

Sous-lieutenant Jean-Claude THELOT.

HUGUETTE 7 se trouve de nouveau au mains des Français. les Bo-doïs de la division 312 se replient en laissant de nombreux cadavres devant les Huguette. 1ère Cie du 5e BPVN commandé par capitaine BIZARD, son adjoint sous-lieutenant THÉLOT tué.

Au petit matin

La pression des troupes contraint le lieutenant BRUNBROUCK et la 4e batterie de 105 mm avec 3 canons restant à se replier de l’autre côté de la Nam Youm en abandonnant des centaines de cadavres devant la position.

La 4e batterie a tiré plus de 1 000 obus, elle n’a pratiquement plus de munitions, mais elle doit obligatoirement se replier. Dans la brume matinale, elle évacue la position, emportant successivement chacun des trois obusiers au moyen d’une unique camionnette Dodge 4×4. Il abandonne une grosse partie de son matériel qui lui fera le plus grand défaut sur sa nouvelle position.

Les batteries françaises sont neutralisées pendant la nuit. Les pertes s’élèvent à 9 tués et 65 blessés, plus le personnels des deux DLO sur DOMINIQUE soit 2 officiers et 13 gradés ou canonniers.

06 h 00

La radio ennemi annonce :  » La colline 464 est à moitié conquise ».

Mais le lieutenant TRAPP rectifie : -« ELIANE 2 est toujours à moitié à nous ».

Ce qui est certain c’est qu’avec moins de 150 hommes, les paras et légionnaires ont contenu 12 000 ennemis lancés en vagues compactes contre un petit sommet dont ils croyaient ne faire qu’une bouchée.

06 h 42

Infiltrations de part et d’autre de DOMINIQUE 3.

A l’aube

La 4e Cie du 1er BEP et le peloton de chars ROUGE à deux engins montent sur ELIANE 2. Le SMOLENSK sur la contre-pente, l’ETTLINGEN sur la ligne de crète. L’ETTLINGEN prend à partie un SKZ (un canon sans recul) qui vient de tirer. Il soutient la reprise de plusieurs blockhaus. Après avoir vidé ses soutes l’ETTLINGEN permute avec le SMOLENSK.

Ils maintiennent une forte pression sur les survivants du 255e Bataillon et sur les soldats restés en arrière quand les autres bataillons se sont repliés.

Les troupes Vietminh sont a court de munitions et tous leurs officiers chefs de pelotons, de Cies sont blessés. Perdant le leadership avec la chaine de commandement brisée les survivants retraitent en désordre jusqu’à 11 h 30.

Le 1er BEP compte une bonne centaine de blessés ainsi que 16 tués ou disparus.

Le lieutenant LEBOUDEC a d’abord reçu l’ordre de renforcer ELIANE 2 aux premières heures mais, quand il se présente à la chicane personne ne l’attend et il a failli se faire écharper.

LEBOUDEC raconte :  » Je connaissais le terrain qui se trouvait dans mon axe de sortie « ELIANE 4  » et je l’avais reconnu quelques jours plus tôt. Nous sommes restés environ une demi-heure, sans vraiment participer à la défense mais sous le feu. J’ai d’ailleurs perdu un de mes officiers, le lieutenant CHEVALIER, qui a reçu une balle dans la colonne vertébrale. La moelle épinière touchée et il a été transporté dans un état grave à l’antenne GRAUWIN, où il est décédé 4 jours plus tard après de terribles souffrances. Le commandant BIGEARD m’a ensuite rappelé pour appuyer le lieutenant TRAPP sur « ELIANE 1« .

Le jour s’est levé, morne et blafard, il ne s’agit plus maintenant d’unités constitués, mais de frères d’armes qui disputent à l’ennemi le plus petit bout de terrain. Tout ce que la garnison de Dien Bien Phu compte de soldats disponibles ira cette nuit et les nuit suivantes, à la lumière des lucioles, se battre pour ELIANE 2.

Les blessés continuent à s’entasser dans les abris, malgré la fatigue et le pilonnage de l’artillerie, les antennes chirurgicales fonctionnent sans trêve.

Le ralentissement de la fin mars permet de compléter les stocks à 5 unités de feu. À partir de cette date, les ravitaillements en obus qui proviennent des parachutages deviennent aléatoires.

ISABELLE : les mécanos d’artillerie arrivent à réparer 4 pièces de 105 mm

Disponibilité de 9 pièces en 3 batteries de 3 pièces avec le capitaine LIBIER au commandement de l’artillerie. Seulement 6 pelotons de pièces. Détachement de tirailleurs algériens et des légionnaires.

ISABELLE : Observatoire du III /3e REI – Lieutenant YZIQUEL du 35e RALP.

Repère des canons et des pièces de DCA qui sont traitées par les 155 mm restants

Il arrive à neutralisation.

Matraquage sévère attaques nocturnes à l’Est et l’Ouest

Chaque jour les fantassins contre-attaquent avec l’appui des chars du lieutenant PRÉAUD et d’une batterie. Tir au fusant au-dessus des nappes de ronce artificielles. Tir d’obus éclairants amorcés en fusant zone d’éclairage plus réduite que les lucioles. Les conditions de la bataille imposent des consommations en obus de tous calibres. Lors de la seconde série d’attaques, fin mars, 500 tonnes d’obus sont dépensées, chiffre qui fait baisser les stocks du camp.

ISABELLE : pour approvisionner les pièces d’artillerie, largage directement dans la position. Huit jours sont nécessaires pour recompléter le stock de sécurité mis à mal par les 30 et 31 mars.

GONO demande arrêt immédiat de parachutage de munitions sur ISABELLE et Diên Biên Phu :

  • 2/3 des parachutages sur le centre principal de Diên Biên Phu tombent en zone rebelle.
  • la totalité pour ISABELLE tombe en dehors de la zone.

Attente des essais de parachutage avec retardateur.

DE CASTRIES demande au lieutenant-colonel LALANDE de contre-attaquer depuis ISABELLE pour soulager ELIANE 2.

07 h 00

LANGLAIS organise le II/3è REI renforcé des éléments du BT3 pour dégager la route et la DZ. Le III/3e REI appuyés par 3 chars Vert du lieutenant PRÉAUD partent depuis ISABELLE pour tenter une sortie pour aider les ELIANE. Ils laissent ISABELLE à la garde des tirailleurs algériens et des Thaïs et des artilleurs.

Ils suivent la RP41 alors que le 10/III/3e REI prend la « route du Bulldozer ».


II/1er RCP en alerte aéroportée décollage à partir de 11 h 00.


ELIANE 1 : Le lieutenant CORBINEAU avance toujours la terre se soulève, se pulvérise et noircit Il arrive au sommet du piton, se retourne, appel son radio pour hurler son succès. Il tombe, fauché à son tour. Il y a un instant de flottement dans la section. Autour du corps du lieutenant, étendu au bord de la tranchée, trois hommes sont tombés, après avoir tenté de lui porter secours.

SHD : Eliane 1 avant la bataille.

07 h 10

Compte rendu GONO : infiltration de part et d’autre de DOMINIQUE 3.

07 h 15

3 Hellcat de la 11F décollent au profit de Torri Rouge un appareil fait demi-tour pour problème mécanique. Les deux autres appareils traitent un objectif situé légèrement au nord d’ANNE-MARIE.

Sur HUGUETTE 7, le sergent TOURNAYRE (5e BPVN) s’est battu toute la nuit sans lâcher pied. Une contre-attaque est lancée. Profitant de l’habituel brouillard du matin le DOUAUMONT escorte un convoi de ravitaillement sur HUGUETTE 7 et aide à nettoyer le périmètre.


L’artillerie a souffert. Il ne reste que seize 105 mm, deux 155 mm et neuf 120 mm.

Artillerie réduite à 7 pièces sur ISABELLE : 2 pièces de 155 et 9 de 105, 9 de 120 à Diên Biên Phu.

Hanoï 35e RALP : Mise en alerte d’une section de 2 pièces de 75 SR susceptible d’être parachutée à Diên Biên Phu.


Contre-attaque ISABELLE avec 1 bataillon et 1 peloton de chars.

07 h 45

Rencontre orageuse de NAVARRE et COGNY qui vient d’arriver à son bureau.

07 h 50

5 chasseurs, la patrouille Savart Rouge de l’aéronavale, décollent pour traiter DOMINIQUE 2.

08 h 00

ELIANE 2 est réoccupé.


Replis des deux chars de Rouge de ELIANE 2 pour re complétement.

Au cours d’une mission d’attaque au sol sur des positions Viet Minh autour du camp retranché de Diên Biên Phu, un SB2C Helldiver (BuAer 89367 – 3.F-4) piloté par le lieutenant de vaisseau Dominique, officier commandant la 3F et son mitrailleur, sont pris dans un feu croisé de DCA près de BÉATRICE, s’écrase près du col des Méos, abattu par la DCA après bombardement raté sur HUGUETTE 7. Bombe tombée dans une tranchée de liaison.

Le pilote pensait que PA était aux main de l’ennemi.


Le VM qui s’était infiltré à DOMINIQUE 3, 4 et 5 effectue un mouvement de repli vers le Nord.

Nous avons perdu DOMINIQUE 1, 2 et 6 et ELIANE 1.

On est en train de nettoyer avec les chars ELIANE 2 qui était tombé au cours de la nuit. Nous n’avons pu nous y maintenir dans la nuit que par 5 contre-attaques.

Le III/3e RTA n’existe plus. Le 5e BPVN très diminué.


Ban Ko Laï : Les légionnaires butent sur les 1ère tranchées Ils foncent sur ce qu’ils pensent être 2 bataillons vietminh entiers. En fait seulement la 19e Cie du 265e Bataillon qui utilise différentes ruses pour paraitre plus nombreux.

Ils sont reconduits par une contre-attaque. Ils lancent un second assaut qui coupe la Cie en deux en tuant le commandant d’unité et le commissaire politique en chef.

08 h 45

DE CASTRIES envoie un message à COGNY réclamant des renforts d’urgence : 2 bataillons parachutistes et une batterie de 75 mm sans recul (déjà promise) puis des munitions. Pertes amies très lourdes, ne seront pas compensées par 2 bataillons de renforts Artillerie réduite de moitié. Moral au plus haut mais fatigue extrême de tous.

09 h 00

Les compagnies poursuivent leur conquête, l’assaut ne s’est pas brisé sur la résistance ennemie. CAZENEUVE a rameuté les survivants de la section, il les a regroupés, leur a donné de nouveau objectifs. Pendant des heures, attaques et contre-attaques se succèdent sans répit pour le sommet ELIANE 1. La compagnie de Trapp a la désagréable surprise de trouver les tranchées de cette position complètement éboulées, alors que les tirs ennemis s’amplifient. Sans abris les paras du 6e BPC, allongés dans la boue grasse, cherchent à se faire le plus petit possible. Les paras du lieutenant TRAPP installent leur point de résistance. Ils sont relevés en début d’après-midi par la 1re du lieutenant LEPAGE.


Le 3/3e REI appuyés par 3 chars du lieutenant PRÉAUD sont bloqués à 2 kilomètres de la base de départ à Ban Ko Laï par le régiment 57. Un barrage les empêche de passer à Ban Kho Laï et Ban Nong Nhaï, là où les Bodoïs avaient déjà tendu une embuscade le 22 mars. Le ciseau menace avec les renforts vietminh d’envelopper le III/3e REI. Une Cie du 346e Bataillon bat le 10/III/3e REI sur la piste du bulldozer alors que la 59e Cie du 418e Bataillon lance une attaque de flanc depuis le pied des collines à l’Est de la RP 41. Le 5e et dernier assaut est stoppé net quand le 265e bataillon laisse un trou dans les lignes puis attaque les attaquants de flanc après avoir avancé sur eux.

Des tirs de mortiers et des rafales d’armes automatiques. Le char NEUMACH est endommagé par un tir de roquettes qui détruit la mitrailleuse de 50, une deuxième perce le blindage et immobilise la tourelle. Personne n’est blessé.

09 h 05

Tir de DCA 12.7 mm ou 37 mm sur avion en provenance de l’Ouest du PA GABRIELLE.

09 h 10

Tir de DCA 12.7 mm ou 37 mm sur avion sur la RP 41 PS Epervier et Melchior.

09 h 33

Tir de DCA nourri de 37 mm sur avion en provenance du PA GABRIELLE entre 3 500 et 4 000 pieds.

10 h 00

Une contre-attaque française est organisée pour réoccuper DOMINIQUE 2 et ELIANE 1 (8e choc et 6e BPC).

Journée : parachutage de 188 hommes par 8 Dakota du Franche-Comté.

Matin

Message téléphonique du GONO : largage par 3 C-47 de 4 parachutes à eux tous – 1 tombé dans nos lignes, trois chez les Viets. 1 colis de grenades.

Les restes de la CSM 425 rescapés de DOMINIQUE 2 sont rassemblés sur JUNON et servent le détachement Air du capitaine CHARNOT jusqu’à la fin de la bataille.

11 h 00

Le 6e BPC lance une contre-attaque sur ELIANE 1. L’assaut est supporté par les tirs du 5/BT2 sur DOMINIQUE 5 et avec ceux du 1/6e BPC et la 2e et 3e Cie du 5e BPVN sur ELIANE 4 qui ciblent les position sur le mont Fictif et sur ELIANE 1.


Accord sur principe DZ Sonia : réalisez vous-même balisage opérationnel. Protection DZ par chars.


Sur DOMINIQUE 2, c’est le 8e BPC qui monte à l’assaut. Mais c’est l’officier adjoint qui commande l’assaut avec seulement la moitié du bataillon.

Le 4/8e BPC passe sa journée a sauver une de ses section qui a donné dans une embuscade vers Anne Marie. C’est le 1/8e BPC et une section qui attaque le restant des unités et la Cie de commandement restent en arrière pour garder Epervier et réaliser in feu de suppression sur DOMINIQUE 1.

Le CONTI fait de même d’une position juste au Sud de la colline. Le SMOLENSK et le POSEN sont déployés près de DOMINIQUE 6. DOINIQUE 2 est la cible .

11 h 15

Renseignements : Des prisonniers ont permis d’identifier Division 316 et 312. Renseignements encore incomplets permettent de situer 316 sur ELIANE et 312 sur DOMINIQUE.

ELIANE 1 est tenue par les restes du 215e Bataillon, par la 82e Cie du 439e Bataillon et par une section de la 273e Cie du 54/102e.

11 h 50

RP 41 entre ISABELLE et la défense centrale. L’AUERSTAEDT et le RATISBONNE attaquent la première tranchée pour permettre au III/3e REI de prendre pied.  Mais d’autres tranchées s’étendent avant ELIANE 2 ne permettant pas d’intervention. Sur ordre de DE CASTRIES, après conversation avec LALANDE, ordre de replis. Le Vietminh menace les troupes par un mouvement en tenaille. Le III/3e REI lutte pour sa survie et est obligé de demander des appuis d’artillerie pour couvrir son repli.

La contre-offensive sur ELIANE 2 est arrêtée.  

Le NEUMARCH touché par un tir de SKZ se replie jusqu’à ISABELLE protégé par le RATISBONNE. Le III/3e REI se replie protégé par l’AUERSTAEDT. ISABELLE ne peut plus agir au profit de Diên Biên Phu, mis à part l’appui d’artillerie, ISABELLE est isolée définitivement. Le bataillon compte 15 tués et disparus et 50 blessés incluant 3 officiers qu’il ramène avec lui.


Pendant ce temps LANGLAIS et DE CASTRIES apprennent que la sortie d’ISABELLE n’arrive pas à nettoyer la DZ SONIA, mais il s’accordent sur le fait que les chars peuvent protéger la zone de saut. Ils appellent Hanoï : « Nous avons réalisé le maximum des conditions de sécurité demandées pour le parachutage, mais ce largage doit se faire. Ils sont disposés à risquer de grosses pertes mais COGNY et NAVARRE ne le sont pas. »

La Cie DESMONS du 8e Choc part en reconnaissance à l’Ouest et atteint les collines au niveau d’ANNE-MARIE 1 sans gros problèmes un peu au Nord des positions attaquées le 28 au cours de la nuit. Les Viets attaquent, l’embuscade mise en place. Tir d’artillerie au plus proche exécutés par le DLO avec la section en embuscade section PAULOT. Repli au pas de course accompagné par les tirs de 105 viets à 50 m en arrière.

Char CONTI capitaine HERVOUËT : le départ d’un coup de canon lui écrase le bras dans la tourelle. La blessure est grave. Il est plâtré de l’autre bras mais poursuit son commandement avec les deux bras plâtrés depuis le PC du GAP.

12 h 00

ELIANE 1 : Un ordre de repli est arrivé à l’aube mais des coupures de transmissions retardent les opérations. Dans une réunion de comité du Parti les officiers survivants et les commissaires politiques décident d’ignorer l’ordre et envoient le commandant de bataillon Bui Huu Quan informer le PC régimentaire. Il est tué par un obus en descendant la colline.

Le 6e BPC attaque sur 2 axes :

  • Le lieutenant TRAPP avec le 2/6e BPC avance de la colline nid d’abeille avec la section de tête du lieutenant CORBINEAU. Il est repoussé. Mais le lieutenant André SALAMENS le dépasse et continue l’assaut alors que l’artillerie vietminh bombarde amis comme ennemis. Après la blessure de SALAMENS, le sergent-chef FLAMEN prend le commandement et capture 25 prisonniers.
  • Le lieutenant LEBOUDEC, avec le 3/6e BPC, attaque de ELIANE 4 avec la section du lieutenant BOULAY sur la gauche et la section du lieutenant DE FROMONT sur la droite. Une section du 4/6e BPC rejoint en plus l’attaque. La progression est lente a cause des fortifications de ELIANE 1 qui ont été retournées par le bombardement et la résistance vietminh dure. DE FROMONT est gravement blessé à la face par un shrapnel, BOULAY est également touché mais continue a commander ses troupes.

ELIANE 1 : 

  • les paras s’organisent et parviennent à s’emparer des alentours du mât des couleurs.
  • après la reprise du piton, un Helldiver largue une bombe en piqué sur le sommet par erreur : des blessés légers.

12 h 50

Le PC des FTNV à Hanoi confirme par radio que la météo devient mauvaise. L’urgence du parachutage doit se concentrer sur le ravitaillement.

Annulation du parachutage du II/1er RCP. Un parachutage d’urgence est nécessaire, le GONO n’a plus de grenades à main ni d’obus de mortiers de 81 mm. DE CASTRIES insiste que le parachutage de renforts est un besoin très urgent.

Il est risqué de parachuter le II/1er RCP sur la DZ Sonia non sécurisée, le PC FTNV propose d’utiliser la DZ OPERA qui est à cheval sur la RP41 à 1 Km au Sud-Est de ISABELLE.

Après-midi

Livraison CRA Bach Maï de rechanges de culasses de 155 HM1 pour transport urgent vers GONO. Chargées dans envoi du 31 à 11 h 00 après avoir attendu toute la matinée QRF.

Rembarqué le 1er avril sur ZQ – 9 h 45 QRF.

13 h 30

La contre-attaque sur ELIANE 1 et DOMINIQUE 2 continue.

BIGEARD dirige l’opération depuis ELIANE 4.  

Les paras du 8e BPC  tentent de reconquérir DOMINIQUE 2, Ils ont à gravir sous le feu une pente de 400 m de long et de 150 m de dénivelé. Ils montent en suivant les feux de l’artillerie qui retourne le sommet. Le 6e BPC sur ELIANE 1 avec une partie du 5e BPVN.

Le matin, écrit le lieutenant TRAPP : « Après cette nuit au cours de laquelle, sans vraiment combattre, nous avions à déplorer déjà trop de pertes, nous devions contre-attaquer ELIANE 1, abandonnée par les Marocains. Attaquer en plein jour un piton organiser, cerclé de barbelé, occupé par des éléments importants, cela semblait une folie. Il fallait pourtant le faire. Pour moi, il s’agissait d’engager peu de monde à la fois mais réussir du premier coup. C’est pourquoi je confiai au lieutenant CORBINEAU, la mission de prendre pied sur le point d’appui. Il partit en tête, entraînant ses hommes et réussit. »

Pour TRAPP, il s’agissait d’engager peu de monde à la fois mais réussir du premier coup. C’est la section de CORBINEAU de prendre pied sur le point d’appui. Le lieutenant dispose sa section au bas de la pente, à l’abris de rebord de la piste. Il interroge son radio du regard… C’EST L’HEURE. Une enjambée le porte sur la route défoncée, grasse de la pluie de la nuit. Quelques pas et le terrain s’infléchit, vers le haut. Tandis que les premiers tireurs ennemis, embusqués derrière des remparts hâtivement creusés pendant la nuit, se dévoilent un à un. Les paras ralentissent, les jambes sciées par l’effort, grenades, rafales, cris. Le haut du piton a disparu dans la fumée du barrage d’artillerie et de mortiers. Il ne se sont même pas aperçu qu’ils avaient coiffé la première tranchée.

À la même hauteur, la 6e CIP aborde à son tour la première ligne de défense. Le lieutenant LEBOUDEC tombe, la poitrine traversée de part en part. L’adjoint du lieutenant emmène la 6 à l’assaut et s’écroule, les jambes fauchées par l’explosion d’une grenade.


Situation :  Opération en cours très dure sur ELIANE 1.

Opération va être tentée sur DOMINIQUE 2. Impossible de sortir d’ISABELLE.

Renseignements : Attaque prévue de la 308 sur la face Ouest à 15 h 00, 74 canons en positions autour de la cuvette pour appuyer cette attaque.

13 h 45

Message : Le colonel insiste pour avoir le bataillon para aujourd’hui


Message : Il n’y a actuellement à Diên Biên Phu plus de grenades F1 ni obus de mortiers 81 mm. À ISABELLE, le nombre de coups de 105 est très faible ; il faut par tous les moyens les renforcer aujourd’hui dans ces matériels. Plafond ici 3 000 pieds, parachutage est possible, il faut qu’il soit réalisé !

14 h 00 à 16 h 00

ELIANE 1 : la zone du mat des couleurs change de main plusieurs fois. À la fin une section vietminh forte de quelques soldats indemnes reste sur le point d’appui.

14 h 30

Message téléphonique du GONO – capitaine MEHAY, 4e Bureau : Nous avons reçu ce matin 3 C-47 ; les Dakota ont largué 4 parachutes à eux tous.

1 seul tombé chez nous, 3 chez les VM.

Bilan récupération jusqu’à maintenant : 1 colis grenades (ça n’est pas avec cela que l’on tiendra). Envoyer maximum d’urgence. En fin de journée seulement 25 tonnes d’appros et pas de renforts.


Message : DOMINIQUE 2 réoccupé. ELIANE 1 en cours mais opération très difficile suite à forte résistance VM. Nous ne sommes pas sûr de pouvoir rester sur DOMINIQUE 2 et sur ELIANE 1 aucune réserve disponible. Envoi de renforts urgent. Envoyer maximum d’avions en permanence. Envoyer avions d’observation.

14 h 40

La 2e compagnie du 8e BPC (capitaine PICHELIN) bouscule les Viets au sommet de la colline, les tranchées sont bouleversées des centaines de corps français et vietminh couvrent le sommet. Combat au corps à corps. L’artillerie des deux camps cesse de tirer les troupes étant au contact. Il y a un régiment Viet qui se regroupe pour une contre-attaque. Le 8e BPC est maitre du sommet. Le capitaine PICHELIN est tué juste après d’une rafale de mitrailleuse.

Sur ELIANE 1 ce sont les paras du 5e Bawouan et du 6e BPC qui passent à l’assaut. Après 20 heures de bombardement ELIANE 1 est totalement bouleversée, il ne reste que des trous d’obus.

Les Viets repoussés relancent leur artillerie. 

BIGEARD sur ELIANE 1 et DOMINIQUE 2 a réussi sa manœuvre, mais les paras ont subi de lourdes pertes sur les deux collines et Bigeard ne peut pas conserver les positions reprises sans renforts.

Le bruit court que le 2/1 RCP du commandant BRÉCHIGNAC va sauter. À Hanoï on tergiverse, le 2/1 RCP ronge son frein sur les terrains d’aviation en attendant l’ordre de COGNY, tandis qu’a Diên Biên Phu il aurait pu être à pied d’œuvre pour la contre-attaque.

LANGLAIS, furieux, crie à la trahison et ordonne à BIGEARD et à TOURRET de décrocher.

15 h 00

Faute de renforts, les unités de DOMINIQUE 2 se replient avec de lourdes pertes devant les contre-attaques VM.


Le lieutenant LEPAGE, le seul commandant de compagnie encore valide fait le point à BIGEARD : « Avons réoccupé les 3/4 de la position, mais nous ne tiendrons que si nous recevons des renforts… »

Le 6e BPC embourbé ne peut avancer vers le sommet, les flancs sont invisibles des observateurs d’artillerie et balayé par des feux provenant de DOMINIQUE et du mont Fictif.

6e CIP du 6e BPC sur ELIANE 1 puis relève de la 1re Cie très éprouvée qui doit abandonner ELIANE 1 du fait des pertes. BIGEARD et son 6e BPC retournent sur ELIANE 4. Une trentaine de prisonniers VM faits ainsi qu’une centaine d’armes récupérées. Pertes VM extrêmement lourdes.

15 h 30

Les bo-doïs occupent immédiatement DOMINIQUE 2DOMINIQUE 5 n’offre plus aucun intérêt pour le GONO, la Cie Thaï qui tenait le piton DOMINIQUE 5 trouvent la situation intenable, reçoit l’ordre de se replier sur DOMINIQUE 3.

Harcèlement intense sur HUGUETTE 7 et 6. Harcèlement intermittent sur ISABELLE.

16 h 00

Les Cies du 6e BPC sont repoussés vers le bas et perdent un autre officier-clé quand le lieutenant LEBOUDEC est blessé. Les paras peuvent voir la 81e Cie du 439e Bataillon s’approcher par une nouvelle tranchée creusée.

Avec la nuit approchant et pas de réserve disponible la moitié de ELIANE 1 est aux mains de l’ennemi. Aucun obstacle devant les positions des paras.

16 h 45

Le GONO rejette la proposition de parachutage du II/1er RCP sur la DZ OPERA parce que le bataillon ne serait pas en mesure de percer vers la position principale avant la nuit et avant la fin de la contre-attaque de ELIANE 1.

17 h 00

L’attaque reprend sur ELIANE 2. Mais la garnison résiste toute la nuit. La bataille va durer 107 heures, 107 heures pendant lesquelles sans une minute de répit, bataillon après bataillon les bo-doïs de la division 316 vont s’obstiner à donner l’assaut. Ils partent des pentes d’une petite colline qui prolonge vers le Nord-Est la croupe d’ELIANE 2, il y a parfois tellement de monde sur cette portion de terrain que les combattants l’ont surnommée les Champs Elysées.

1ers  essais de largage à haute altitude, 50 % arrivent chez le Viet Minh.

Entre le 30 et le 31 mars 500 tonnes d’obus ont été consommés.


Bulletin de renseignement du GONO : Les parachutages de munitions se sont effectués dans de mauvaises conditions. La situation des munitions devient critique.

SHD Air : les attaques sur Eliane 2 et Eliane 1.

Entre le 13 mars et 31 mars

Il a été transporté sur Dien Bien Phu :

  • 336 tonnes de vivres.
  • 370 tonnes de munitions d’infanteries.
  • 867 tonnes de munitions d’artillerie.
  • 5 tonnes de carburant.
  • 17 tonnes de matériel de génie.
  • 27 tonnes de barbelés.
  • 3 tonnes de piquets.
  • 27,5 tonnes de ribard.
  • 19 tonnes de transmissions.
  • 28 tonnes de santé.
  • 21 tonnes ESM.
  • Total :  1 721 tonnes

La CAT a réalisé 87 largages sur Diên Biên Phu, mais les appareils ont souffert de la DCA.

17 h 20

Tir de DCA 12.7 mm sur avion en provenance de Tuan Giao.

17 h 27

Message : Désaccord entre Leader et GAP 2 sur DZ Opera. DZ choisi par GATAC était impossible en raison de la situation ennemie en cet endroit, autres DZ proposées n’ont pas été acceptées.

Le C-119 n° 557 (pilote Hugh HICKS), est un des premiers touché par un tir de 37 mm. Dommages importants au fuselage et aux deux nacelles, extrêmes vibrations et perte d’un tab d’aileron. Après avoir été touché l’avion a réalisé sa mission de largage et retourné en sécurité à la base. 

Le C-119 n° 133 piloté par SAILOR est touché par un 37 mm à l’empennage arrière et au gouvernail. La mission est achevée et le pilote ramène son avion à la base avec une seule gouverne de direction.

Stock munitions / bilan santé

Après les deux jours de bataille du 30 et 31 le GONO a consommé 500 tonnes de munitions.

  • 9 500 coups de 105 mm.
  • 1 300 coups de 155 mm.
  • 9 700 coups de 120 mm.

 

  • 105 HM2 : 10 500 soit 3.5 UF pour 17 pièces au lieu de 24.
  • 155 HM1 : 1 100 soit 3.7 UF pour 3 pièces au lieu de 4.
  • 120 mm : 4 400 soit 2.6 UF pour 17 tubes  au lieu de 28.

 

Bilan Santé du 13 au 31 mars : 

  • ACM 29 : entrants 757, opérés 82, évacués 250, décédés 46.
  • ACP 3 : entrants 132, opérés 60, évacués 46, décédés 11.
  • ACP 6 : entrants 264, opérés 46, évacués 20, décédés 63.
  • Total : entrants 1153, opérés 188, évacués 316 (dont 19 PIM), décédés 120

Pourcentage de décès par rapport au nombre d’entrants : 10,4%

8e BPC : 22 morts dont capitaine PICHELIN, lieutenant DUMERCHEZ des suites de ses blessures, 97 blessés et 3 disparus.

Au crépuscule – Huguette 7 : Le PA est tenu par la 1re Cie du 5e BPVN commandé par le capitaine BIZARD, son adjoint sous-lieutenant THÉLOT a été tué la veille à 5 h 50.  L’ouvrage Nord est démantelé sous les tirs de mortiers lourds de la division 316. Il est impossible d’obturer les brèches. Harcèlement intense sur HUGUETTE 7 et 6. Harcèlement intermittent sur ISABELLE.

18 h 00

BIGEARD donne l’ordre au lieutenant HERY de se porter sur ELIANE 2 avec la 4e compagnie réduite de moitié, de « casser du Viêt » pour donner de l’air à la position. La 4 se met en marche l’obscurité est rayée par des centaines de traceuses sur fond d’éclatements répétitifs. L’approche est difficile car les Viêts matraquent les itinéraires.

ELIANE 1 a été reprise en partie, mais le bilan est lourd au 6e BPC. BIGEARD ordonne aux deux compagnies de décrocher, faute d’avoir pu obtenir des renforts parachutés. Ils auront combattu 7 heures d’affilé. Une trentaine de prisonniers ont été capturés et une centaine d’armes récupérées. Pertes VM semblent extrêmement lourdes. Le 98e régiment a payé un lourd tribu pour ELIANE 1, il souffre de 496 pertes, l’équivalent d’un bataillon entier en tout juste 24 heures.

Il ne reste plus de grenades ni d’obus de mortiers de 81 mm dû aux difficultés de ramassage des caisses. Les obus de mortiers restent 3 jours sur la DZ avant d’être retrouvés.

Renseignement 2e Bureau : Le général GIAP est arrivé sur Diên Biên Phu et a pris personnellement le commandement de la bataille à la place du général Hoang Van Thaï. Le général chinois Li CHENG HO conseiller serait arrivé avec lui.

19 h 40

Tir de DCA de 12.7 mm ou 20 mm sur avion à 12 000 pieds en provenance de l’extrémité Nord-Est du PA DOMINIQUE.

Tir de DCA de 37 mm ou 20 mm sur avion à 12 000 pieds en provenance de la verticale du PA GABRIELLE.

19 h 45

Tir de DCA de 37 mm sur avion en provenance de la verticale du PA GABRIELLE à 12 500 pieds.

MARS – Santé

1153 entrants aux antennes chirurgicales dont 316 purent être évacués, 188 opérés, 120 décédés.

Pascal PECCAVET
Pascal PECCAVET
Ancien pilote d'hélicoptère sur Gazelle au sein de l’aviation Légère de l’armée de Terre (ALAT) pendant 18 ans cumulant 2 500 heures de vol. Ancien combattant de la guerre du Golfe et de la Somalie. Attaché Principal d’Administration d’État dans l’Éducation nationale. Adjoint gestionnaire d’un établissement scolaire. Commissaire aux Armées de Réserve (en attente d'affectation). Membre de l’Union Nationale des Combattants de Saint-Paul-lès-Dax (Landes). Historien chercheur pour l'ECPAD. Historien "War Studies". Spécialiste de la guerre d’Indochine. A rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en janvier 2024.
ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

THEATRUM BELLI a fêté ses 18 ans d’existence en mars dernier. 

Afin de mieux vous connaître et pour mieux vous informer, nous lançons une enquête anonyme.

Nous vous remercions de votre aimable participation.

Nous espérons atteindre un échantillon significatif de 1 000 réponses.

Stéphane GAUDIN

Merci de nous soutenir !

Dernières notes

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB