jeudi 19 mai 2022

En mémoire de nos 58 parachutistes morts à Drakkar.

Oserai-je dire que Serval efface Drakkar car l’ennemi était similaire ? Oui sans que cela ne supprime ce devoir de mémoire envers nos camarades.

Trente ans déjà en effet que que 58 parachutistes ont été assassinés dans un attentat au Liban le 23 octobre 1983 (Cf. Intervention du 23 octobre 2012 de Bruno Racouchot sur Theatrum Belli), peu de temps après un autre attentat qui avait coûté la vie à 241 Marines. Attribué au Hezbollah, avec un doute sur la participation de la Syrie, il avait suscité une frappe aérienne française symbolique sur le Hezbollah (cf. Mon billet du 1er septembre 2013, « Réflexions sur les armées et guerre en Syrie »), bien peu crédible avec la mort d’un berger et quelques chèvres.

Cette commémoration, ou ce devoir de mémoire, se déroule aujourd’hui dans le contexte de la guerre civile en Syrie, des troubles au Liban et de l’engagement de 800 Casques bleus français, (cf. CDEF, l’armée de terre française et les opérations des Nations unies). En fond de tableau, le rôle militaire et terroriste du Hezbollah est toujours important dans cette région du Moyen-Orient en permanence à la limite de l’explosion, dans le contexte renouvelé d’une alliance plus ou moins sincère entre les Etats-Unis et la France.

Un long article du Monde a été consacré aux survivants du Drakkar dans le Monde Magazine du 19 septembre 2013. Il y a été mis en exergue la difficile réinsertion de ces soldats parachutistes. Il y a été mis surtout en avant qu’il s’agissait de volontaires et non d’engagés, oubliant aussi les cadres d’active qui les encadraient. J’en connaissais un certain nombre, le lieutenant de La Batie, qui a donné son nom à une promotion d’élèves-officiers de l’EMIA en 2007, l’adjudant-chef Marie-Magdeleine et bien d’autres, car cette unité de parachutistes était en mission de six mois avec nous un an auparavant, à l’été 1982, au sein du 420ème détachement de soutien logistique de la Finul.

Cet article que je vous invite à lire met surtout en avant la problématique des chocs post-traumatiques que les armées françaises ont redécouverts avec l’Afghanistan. Des études françaises récentes ont mesuré une proportion de 7% de soldats atteints de blessures psychiques. Dans certaines unités combattantes, les chiffres peuvent toutefois monter à 100% suite à un incident majeur comme l’explosion d’un véhicule en tête d’une patrouille en Afghanistan avec des effets sur l’ensemble de l’unité. En 2011, un rapport médical de l’armée de terre américaine révélait que 12% des troupes déployées en Irak et 17% de celles servant en Afghanistan absorbaient régulièrement antidépresseurs et somnifères.

La France ne reconnaît que depuis 1992, l’existence de la « névrose de guerre » comme donnant droit à une pension militaire d’invalidité. Tous les services de psychiatrie des hôpitaux militaires sont formés à cette pathologie. Dans les unités françaises, il existe des « officiers d’environnement humain » depuis 1995 (dans les textes uniquement pendant très longtemps) et des « cellules d’intervention et de soutien psychologique » (Cispat). Il a fallu cependant attendre le bombardement de Bouaké en Côte d’Ivoire en 2004 (neuf tués) puis la mort de dix soldats en 2008 à Uzbin, en Afghanistan pour provoquer une prise de conscience, et non Drakkar.

Un effort reste donc à faire pour inciter les soldats victimes de ces blessures invisibles à venir consulter. Un numéro vert a été mis en place par le ministère de la défense pour permettre aux anciens militaires qui connaîtraient des troubles après leur départ de l’armée. J’espère que ces anciens soldats de Drakkar retrouvés par le journaliste du Monde connaissent cette possibilité et qu’à défaut les autorités militaires prendront le contact avec eux si cela n’est pas déjà fait.

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Les plus lus

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB