mardi 7 décembre 2021

La relativisation de la menace de l’islamisme radical ?

Souhaitons-nous d’abord une bonne et heureuse année 2017. Le résultat n’est pas acquis et nous devons être conscients que l’année 2017 sera riche en surprises qu’elles soient au niveau international avec des Etats-Unis en plein questionnement politique, une Russie qui s’affiche plus forte et que l’on accuse de manipuler les opinions publiques notamment lors des élections américaines, françaises sinon allemandes, une Chine qui continue d’avancer ses pions et enserre discrètement les occidentaux dans les mailles de son filet stratégique, une Europe qui doit faire face à la mise en œuvre du Brexit.

L’année 2017 est donc incertaine. La menace principale sur la sécurité semble être celle des salafistes-djihadistes même si daech n’aura sans doute à terme qu’une faible empreinte territoriale et donc moins de moyens. Cependant, cela ne diminuera pas ses opérations terroristes dans le monde.

Ses méthodes peuvent aussi évoluer si je me réfère aux derniers attentats. Le salafiste-djihadiste semble avoir moins vocation à devenir un martyr. La ressource humaine existe. Les salafistes revenant d’Irak et de Syrie – le fait de revenir montrant qu’ils ne sont pas attirés par le martyre -auront cette formation militaire qui leur permettra d’utiliser les armes nécessaires dès lors qu’ils y auront accès par les réseaux notamment criminels.

La destruction de daech

Il n’empêche que la destruction de daech reste une priorité de la communauté internationale. Il me paraît à ce titre intéressant de citer un article de Defense News du 3 novembre 2016 qui comporte un sondage diffusé aux Etats-Unis le 1er novembre avant les résultats des élections américaines. Il pose directement la question de l’importance donnée à la lutte contre les salafistes-djihadistes et indirectement à la lumière des événements d’aujourd’hui la question de notre méconnaissance de celui ou de ceux qui pourraient être nos vrais ennemis.

En sécurité intérieure, cet article se réfère à un rapport du FBI qui a poursuivi à ce jour seulement 1 300 personnes liés à des réseaux islamistes … alors qu’1.4 million d’Américains sont liés à un gang criminel. De même, depuis le 11 septembre 2001, 94 personnes ont été tués par des « musulmans sunnites terroristes » alors que 50 personnes ont été tuées aux Etats-Unis par des extrémistes blancs.

Ces premiers chiffres posent la question de la dimension à donner à la lutte contre les extrémistes musulmans au moins aux Etats-Unis. Cela peut cependant aussi signifier que la stratégie américaine est efficace contre les terroristes de daech ou d’al-qaïda.

Un sondage américain sur la perception de la menace

Cette réalité ne change cependant pas la perception des électeurs américains sur la menace à la veille de cette élection du 8 novembre. Si je me réfère à ce sondage national qui a été réalisé auprès de 1528 électeurs américains pour l’université du Maryland par Nielsen-Scarborough, 53% des sondés faisaient de la guerre contre daech la première priorité, mettant la question de l’immigration en seconde priorité.

La Russie était considérée comme une menace pour seulement 14% des sondés, chiffre à mettre en parallèle avec les accusations actuelles de l’administration américaine, la Chine pour 11% et, avec des scores négligeables, al-qaïda, l’Iran et le conflit israélo-palestinien. En outre, les démocrates et les républicains mettent ces préoccupations dans le même ordre de priorité.

73% des réponses dont 83% des républicains et 64% des démocrates, soutiennent la destruction de daech. Sur le déploiement au sol, 77% des démocrates le refusent alors que 51% des républicains y sont favorables. Cependant, beaucoup pensent qu’après un engagement au sol, le retrait des forces américaines serait la cause de l’émergence de nouveaux groupes armés.

Concernant la Syrie, 54% des démocrates préfèrent l’assistance indirecte aux rebelles syriens à la différence de 79% des républicains qui soutiennent l’engagement direct. Seulement un tiers des sondés pense que l’objectif militaire doit viser le départ de Bachar Al-Assad et plus de la moitié font de la destruction de daech la première des priorités aussi en Syrie. Enfin, 67% des républicains et 53% des démocrates sont favorables à une coalition avec la Russie pour combattre les groupes islamistes.

Deux mois après ce sondage, l’élection de D. Trump est acquise. Alep est tombée grâce à la Russie et à l’Iran. Mossoul est toujours occupée par daech. Des accusations de cyberinfluence russe qui aurait favorisé l’élection de D. Trump sont faites par les services de renseignement américain. Cependant, le président Obama a compromis l’influence des Etats-Unis dans ce conflit qui a finalement été sans doute à contre-courant d’une partie de l’électorat américain.

Le conflit syrien semble aussi aboutir à sa conclusion à plus ou moins long terme, suivi d’une chute vraisemblable de Mossoul puis de Rakka. Cependant, cette stabilisation de cette partie du Moyen-Orient ne va-t-elle pas aboutir à une certaine forme de démobilisation des esprits y compris en France malgré une menace terroriste toujours présente ?

De l’impunité du port du niqab et de la baisse de la vigilance

Sans préjuger de cet affaiblissement de la vigilance, une anecdote récente me semble particulièrement symbolique, sinon inquiétante.

En cette semaine de commémoration de l’attentat commis contre Charlie Hebdo, la menace de l’islamisme radical ne diminue pas et la vigilance de tous, services de sécurité et citoyens, n’aurait pas dû fléchir. Pourtant j’ai eu l’impression que c’était le cas si je me réfère à cette anecdote du jeudi 5 janvier 2017 à 15h30.

Prenant le RER B du Chatelet à saint-Michel-Notre Dame, je suis face à une jeune femme (je présume) en niqab et habillée de noir d’un style plutôt élégant. Nous descendons ensemble à cette station et nous nous retrouvons sur la ligne C du RER. Elle sera présente sur le quai de saint-Michel-Notre-Dame une quinzaine de minutes avant de prendre un autre train.

En cette période d’insécurité accrue après les derniers attentats, ne doit-on pas s’étonner que cette personne ait pu circuler sans être interpellée malgré la loi, malgré les caméras normalement présentes partout ? Il est vrai que je n’ai vu aucune force de sécurité dans cette zone pourtant sensible si l’on se rappelle les attentats de 1995 (à 17 heures dans la station) ou la période dans laquelle nous vivons.

Cette déambulation était-elle une provocation, un test sur la réactivité des services de sécurité à la veille de la commémoration des attentats des frères Kouachi du 7 janvier 2015 ? A ce titre, elle a démontré qu’une islamiste en niqab pouvait se déplacer en toute tranquillité au cœur de Paris, que ce soit dans les trains de la RATP ou de la SNCF. Il est vrai qu’une rumeur court sur la bienveillance de la RATP face à l’islam, ceci pouvant expliquer cela mais cela n’est qu’une rumeur.

Cette anecdote montre surtout l’abaissement prévisible de la vigilance citoyenne, sinon aussi des forces de sécurité suremployées durant les fêtes de fin d’année. La menace islamiste ne doit pas être relativisée ni banalisée, encore moins oubliée.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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